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Full text of "Revue des études juives 1882"

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in 2012 with funding from 

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http://archive.org/details/revuedestudesjui04soci 



r> 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



N° 7 

JANVIER-MARS 1882. 



PARIS 
A LA LIBRAIRIE A. DURIACHER 

83 *«, RUE DE LAFAYETTE 



l^ 



LES SOUSCRIPTIONS DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES AU SIÈGE DE LA SOCIETE 
17, RUE SAINT-GEORGES 



La Société des Études juives, voulant assurer 
aux Rédacteurs de la Revue une pleine liberté 
scientifique, déclare qu'elle n'accepte point la 
responsabilité des articles publiés et qu'elle la laisse 
tout entière aux auteurs. 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 






VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 
RUE DUPLESSIS, 59 



^ REVUE 

al 




DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 

DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME QUATRIEME 




PARIS 
A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

8 > bic . RUE LAFAYETTE 

1882 



Af R 2 6 ^ 79 

'&SITY OF t?*ï 



loi 



LE MEMORBTJCH DE MAYENCE 

ESSAI SUR LA LITTÉRATURE DES COMPLAINTES 



Les chroniques proprement dites, écrites par des auteurs juifs 
au moyen âge sont pauvres en renseignements sur l'histoire des 
persécutions des Juifs. Pour reconstituer cette histoire depuis 
la destruction du second temple jusqu'à la première croisade, il 
faut glaner dans des commentaires bibliques et le Talmud, dans 
des réponses de casuistique, dans les ordonnances des rois et 
des seigneurs et clans des recueils des conciles, quelques maigres 
notes qui ne s'y trouvent qu'accidentellement. 

Pour l'époque de la première croisade, R. Eliézer, fils de Nathan, 
écrivit un petit récit historique, intitulé Yb'n'n nvpw, Persécu- 
tions de Vannée 48S6 l (de la création du monde, correspondant 
à l'année 1096 de l'ère vulgaire). Un auteur anonyme nous a 
laissé un document semblable, publié récemment sous le titre de 
rvttOTi rvrvtt, les anciennes persécutions-. Pour l'époque de 

1 Zur G-eschichte der Kreuzziïge nach handschriftlichen hebraïschen Quellen herausg. 
von A. Jellinek. Leipz. 1854. Le ms. hébreu n° 45 de la bibliothèque de PUniversilé 
de Strasbourg renferme ce document (voir le catalogue de M. Landauer, p. 66) 
avec quelques variantes. Nous n'en mentionnerons ici qu'une seule, réservant les 
autres pour un travail que nous publierons sur les documents hébreux relatifs aux 
croisades. C'est le mot énigmatique 1*J*"|t"P T^N- « la le te de 125 irP », que M. Graetz 
explique bien par la fête de S 1 Jean, qui a lieu le 24 juin et qui tombait, en 1096, le 
premier jour de Thammouz; M. Graetz corrige avec beaucoup de sagacité 12}*")FP en 
ttWÏT- (Geschichte der Juden (1861), t. VI, p. 430). Le ms. de St. lit mm ; ce 
même mot désignant une fête chrétienne se trouve également, d'après les renseigne- 
ments de M. Loeb, dans le registre de Dijon. Or û*lt"P contient les premières deux 
lettres de "pfp, Jean, et est en même temps une allusion au passage Û^rïbittb fimT 
Û"lt"P (Exode xxn, 18). Nous possédons aussi le même traité de R. Eliézer, beaucoup 
plus étendu que celui qui a été publié par M. Jellinek. Nous l'avons trouvé dans un 
ms. du Beth hammidrasch de Londres. Ajoutons, dès maintenant, que le ms. est 
d'une écriture française. 

s Publié par M. Mannheimer, d'après un manuscrit de la bibliothèque de Darm- 
T. IV. 1 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la seconde croisade, nous avons l'ouvrage d'Ephraïm de Bonn 1 . 
Les persécutions sont encore relatées dans des pièces litur- 
giques assez nombreuses, connues sous le nom de ntnp, élégies, 
dont une grande partie est imprimée dans les recueils de prières 
du rite franco- allemand, appelés tnmtm] ; quelques-unes cepen- 
dant se trouvent encore en manuscrits 2 . Les souffrances que les 
Juifs ont eu à endurer dans la province ibérique sont également 
racontées dans des liturgies du rite hispano-portugais 3 . Il en est de 
même pour les persécutions d'Afrique et de Pologne. Ce n'est qu'au 
xv e et au xvi c siècle qu'Abraham Zakkout 4 , Judah ibn Yerga 5 , 
Samuel Usque G et Joseph Cohen d'Avignon 7 composèrent de vé- 
ritables chroniques, dans lesquelles l'histoire des souffrances des 
Juifs est parfois minutieusement racontée. Il est indubitable que 
ces auteurs ont eu à leur disposition un grand nombre de docu- 



stadt, dans le Maqazin ds M. Berliner, dans la Monatsschnft de M. Graetz, et à "part, 
en 1880. 

1 Imprimé sous le titre de l'p'n'n DITU, comme appendice à la traduction 
allemande de l'Emek hal~Bahha par M. Wiener (Leipz. 1858). Le ms n° 45 de 
Strasbourg renferme aussi ce document; nous l'avons collationné et nous en don- 
nerons les variantes une autre fois. Nous saisissons cette occasion de remercier l'admi- 
nistration de cette bibliothèque qui a bien voulu envoyer ce ms. à la bibliothèque 
Bodléienne d'Oxford. 

2 Voyez surtout l'admirable ouvrage de M. Zunz, le vétéran de la littérature rab- 
binique, intitulé Die synagogale Poésie des Mitlelalters, Berlin 1855 ; Geschichte der 
Juden, de M. Graetz, t. VI, p. 219 et VII, p. 461. Nous donnerons à la suite quelques 
autres notices, tirées de notre catalogue des mss. hébreux de la bibliothèque Bod- 
léienne à Oxford. Nous espérons que ce catalogue, dont nous corrigeons en ce mo- 
ment l'index, paraîtra dans le courant de l'année 1882. 

N° 1025 (col. 223), comm. ab 1122. p^ïtf suscription dJVÛN *|"îl lO" 1 ntfï 
b^ïlimD rVPtt b^ ^Tna *}"îl "p . N° 1031 le nbnt, commencement ÎTDÏK 

WM tpnbK, suscription i^n^E ran ttnnb ùn^3> nntt) dn»iN it nbiT 
i"i 'ri sa-naprin n*™ b$ wu3 baiEra na np^ . n° 1103 (coi. 314) rrnaViiD 

ïiariwN nbin, suscription dttrr ^l^î^p b^ ■Û^lba ^TÛfi hy . N° 1155 (col. 349) 
commencement 1ï b^SN par Ahron Cassel (Zunz, Literaturgeschichte der syn. Poésie, 

p. 380), suscription 'i 'n ava wm wnpn ïib^np m^w b^ tho^ iî in^p 
j-pSS "p^a 'Y^'n : û^Tip dn^ï-n bnioiprim '©"iDb p^a fï"riN ûw 

N° 1171 (col. 376), commencement "pipn&O 'pINnNI suscription ^fpitf] "jNdfal 

n"i ïnaoai na^ab 'i dm lierai r^b^b 'a ru© a-napsnvi rrvïa b^ mois 
rnd mma» lïidii ïtos» awan p nnn^ "n mmo rttt'radi . "p^ a"-n 

ÏI^O" 1 • N° 1204 [commentaire sur les prières de R. Eleazar de Worms) on lit (fol. 259) 

s-i? baa n^b? Éznb^tttta i^mbab n^b^ û^fc-i? im mi baatt aba 
s-nia-ia iwi^© nsaa nna rrn^ Mbs^u: p^a^^a ns mma ï—iuia»^^ 
ib^m tnsb ïTttpnm d^ba '*j i— laïaa man '«a d^iï-pn "pa a^ann 
lai i3b wy abi îaVritti tf'apin Tiaa ïima dnatoii dna ^mb irbr 

...n^n ^Db a^rnb nab ira d^ïi ^a 

3 Voyez encore, Zunz, op. cit., Graetz, op. cit., t. VII, p. 64 ; Letterbode (périodi- 
que publié par M. Roest à Amsterdam), année VI, p. 32. 

4 Connu sous le titre de "pOtVP ^SD, dernière éd. par Filipowski, Londres, 1857. 

5 ÏI^IÎT 1 Sa a 115, traduit en allemand par M. Wiener. 

6 Consolaçam as tribulaçoès de Ysrael, Ferrare, 1553. 

7 JSdaïl pfa3>, dont M. Julien Sée vient de publier une bonne traduction fran- 
çaise avec des notes. 



LE MEMORBUCH DE MAYENCE " 3 

ments perdus aujourd'hui, ou qui se trouvent encore en manus- 
crits dans des bibliothèques inconnues. 

De tout temps le respect pour les morts a été grand, et il l'est 
encore, parmi les Juifs. Le deuil est observé de nos jours ri- 
goureusement, même par les libres-penseurs ; les enfants mâles 
se rendent à la synagogue pour réciter le Qaddiseh;- autrefois 
chacun s'empressait de faire des donations, soit pour la syna- 
gogue, soit pour la caisse des pauvres, soit enfin pour l'entretien 
des écoles ou des cimetières. Ces donations étaient consignées 
dans des livres spéciaux qu'on conservait à la synagogue. Ces 
livres sont connus en Allemagne sous le nom de Memorbuch, ou 
Mémoriaux : c'est surtout dans les communautés allemandes que 
cet usage s'est observé jusqu'au commencement de ce siècle ; en 
Pologne et en Hongrie même il n'est pas éteint. Les noms des 
bienfaiteurs étaient mentionnés dans une prière spéciale nommée 
Hazharah (i-roîï-i) dans le rite allemand, parce que la prière com- 
mence parle mot *r\yp, et HasclihcibaU (ms^n) dans le rite por- 
tugais. Ce dernier rite ne possédait pas de Memorbuch, au moins 
à notre connaissance. Les Mémoriaux renferment également les 
noms des célébrités rabbiniques du temps, l'étude du Talmud ayant 
été tenue toujours en grand honneur parmi les Juifs ; ils contien- 
nent aussi ceux des martyrs morts à différents époques l . Ces noms 
étaient aussi mentionnés dans la Hazkarah, et quelques-uns même 
tous les Sabbath. 

On comprendra par là l'importance historique de ces ouvrages. 
Il est vrai qu'on n'y trouve que des noms de personnes et de lo- 
calités, très rarement un fait historique proprement dit; mais ces 
noms à eux seuls représentent toute l'histoire juive du moyen 
âge ; ils appartiennent à ceux qui ont souffert pour le Dieu unique. 
La connaissance géographique du moyen âge profitera également 
de la connaissance de ces noms de lieux qui portent la dénomi- 
nation du temps 2 , de même les noms de personnes auront un 
grand intérêt pour la lexicographie 3 . Les Juifs en effet non seu- 
lement adoptaient toujours la langue du pays où ils étaient ac- 
cueillis, et cela même dans les écoles et dans les synagogue» 4 , 



1 Dans les écrits des rabbins français du Nord on emploie presque généra- 
lement Tépithète '0"l*7pïl, « le saint » pour un martyr ; c'est une espèce de canoni- 
sation. 

2 L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a mis au concours en 1879 ce sujet 
pour le prix ordinaire. 

3 Voyez l'opuscule de M. Zunz, avec le titre Namen der Jadeu, Leipz. 1837, 
réimprimé avec des additions dans les Gesammelte Schriften de cet auteur. 

4 Nous n'avons pas besoin de mentionner l'usage de la langue arabe en Orient et 
en Espagne. Nous possédons des traductions en persan de la Bible, des écrits apo- 



/, REVUE DES ETUDES JUIVES 

mais même donnaient à leurs enfants des noms populaires ; outre 
le nom saint ou hébreu, hommes et femmes portaient pour la plu- 
part un nom indigène. 

Dans ces dernières années on s'est occupé beaucoup de la litté- 
rature des Memorbuch. L'honneur en revient à M. le D r A. Jel- 
linek, prédicateur à Vienne, qui le premier a publié une partie 
d'un Memorbuch concernant les communautés de Worms et de 
Vienne ', publication suivie d'additions tirées par nous d'un ma- 
nuscrit de la bibliothèque Bodléienne à Oxford 2 . Le savant hébraï- 
sant et théologien, M. W.-H. Lowe de Cambridge, un des meilleurs 
connaisseurs de la littérature rabbinique parmi les chrétiens, a 
publié une partie du Memorbuch de Nuremberg pour l'année 
5109 = 1349 3 ; il l'a fait précéder d'une courte et intéressante in- 
troduction sur les dates des persécutions des Juifs en Allemagne 
et dans la France du Nord, jusqu'à l'année 1349. Il l'a accom- 
pagnée de notes très instructives sur les noms des personnes 4 et 
des localités mentionnés dans ce document. M. Jellinek ne s'est 
pas arrêté à sa première publication ; il vient de nous donner un 
traité qui renferme les noms des martyrs morts en 1349, en diffé- 
rentes localités, ainsi que ceux de bienfaiteurs et des rabbins de 
Cologne et de Deutz de 1581 à 1816, d'après les Memorbuch de 
Deutz et de Coblence 5 . M. le grand rabbin Charleville, de Ver- 
sailles, a contribué à ce travail par une liste de lieux où des mas- 
sacres eurent lieu en 1096, d'après un manuscrit qu'il possède . 
Nous devons encore mentionner l'article de M. le D r Perles sur 



cryphes et des pièces midraschiques. D'autres traductions existent en grec et en es- 
pagnol. Des mots et des phrases françaises sont cités dans les commentaire's de 
Raschi et de ses successeurs, et, comme on peut le voir par l'élégie de Troyes et par 
la prière que nous donnons plus loin, le français fut employé dans les synagogues. 
Pour l'allemand, les Juifs de Pologne et de Hongrie le parlent encore et le consi- 
dèrent avec un certain respect comme langue sacrée, parce que leurs ancêtres le 
parlaient. 

1 Worms und Wien, Vienne, 1880. 

8 Dans le Letterbode, année, VI, p. 67, 130 et 141. 

3 The Memorbook of Niïrenberg, London 1881. M. Lowe a bien deviné que le ms. 
de Cambridge contient tous les noms des martyrs de l'année 1349. Dans le Memorbuch 
de Mayence la liste des martyrs est précédée de la prière l'iîD'p à plusieurs reprises, 
comme cela se trouvait sans doute autrefois dans le ms. de Cambridge. Ajoutons en- 
core que lems. de Mayence porte toujours (à l'exception de deux passages où on lit 
Û" 1 "!* 1 ^) E'H'E au lieu de D" 1 ^" 1 ^ du ms. de Cambridge, Au lieu de ÎTH2553 '"l (n° 32), le 
ms. de Mayence a "^"iN '-| ; au lieu de ^j^-iSp (n° 85), le ms de Mayence lif-ùtûl^p, 
à la fin (n° 151), ce ms. porte "pb^fa '53 ÏTTirDïl irûl. 

4 Le nom de tP^n que M. Lowe croit d'origine arabe nous semble représenter le 
nom d'isaac. En effet, R. Isserlein dit expressément que *ppn représente le nom 
d'Isaac. 

5 Martyrcr und Memorbuch, Vienne 1881. 

6 Voyez pour les corrections Revue, t. III, p. 289. 



LE MEMORBUCH DE MÀYENCE S 

le Memorbuch de Pfersee l et les extraits que M. le D r Levin a 
donnés de celui de Coblence '- . La synagogue de Worms en pos- 
sède également un, qui. contient peu de nouveau après celui de 
Mayence. Malheureusement l'ancien Memorbuch que feu M. Car- 
moly avait vu 3 est perdu, et le nouveau a peu d'intérêt pour nous 4 . 

Le plus ancien et le plus complet de ces Mémoriaux est celui 
qui se trouve maintenant à Mayence et qui appartient à la com- 
munauté orthodoxe de cette ville. Grâce à M. le D r Lehmann qui 
s'est empressé avec la plus grande amabilité de nous envoyer cet 
important manuscrit à la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, nous 
allons en donner une description complète, à laquelle nous join- 
drons quelques extraits, et surtout une liste relative au massacre 
de Nuremberg en 1298. Cette publication complétera le travail de 
M. Lowe mentionné plus haut. 

Ce manuscrit, qui se compose de trois volumes, provient de la 
bibliothèque de feu M. Carmoly et est connu sous le nom de Me- 
morbuch de Mayence, pour la seule raison que le manuscrit ap- 
partenait jadis à la synagogue de Mayence; à la vérité, comme on 
le verra plus loin on pourrait plutôt l'appeler le Memorbuch de 
Nuremberg et même de la Lorraine, à en juger d'après la prière 
de msr qui s'y trouve en français. L'écriture n'est pas partout la 
même. La plus ancienne partie est en caractères carrés, elle a 
été écrite en 5057 ~ 1296 par Isaac fils de R. Samuel de Meinin- 
gen, comme l'apprend le passage suivant qui se trouve dans le 
2 e volume de ce manuscrit, après la prière commençant par *>ti 
D"*02 t:ztz et tr^mn na ; il se rapporte à la construction d'une 
synagogue faite dans la même année. 

bbsrrt bnp^i ib^nnîTi "pboaa ^"n 'n ara ^tn rpab «ansb y- nsiaa 
ttîïi *p-ûï nao \nnna ît naia "priai fttroœi \wxù$ ïiusnrifi nwarr mna 
. ïMvnatt bwiato nn phati qpthft ^p^rr TiaaVi vrn^n Tiaab 

Dans l'année 5057 de la création du monde (1296 de l'année vul- 
gaire), le jeudi 48 kislew, la communauté commença à prier dans la 
nouvelle synagogue avec joie et allégresse ; et dans cette même année, 
j*ai écrit ce livre de mémoires en l'honneur du Créateur et à la gloire 
du nouveau sanctuaire. Isaac, fils de Samuel de Meiningen. 

1 Dans la Monatsschrift de M. Graetz, année 1873, p. 508. Notre Memorbuch y 
(p. 512) est cité comme s'il était le Memorbuch de Mayence. 

% Dans le Literaturblatt de la Israelitische Wochenschrift, publié par M. Rahmer a 
Wagdebourg, année 1881, n os 40 et 41. 
Voir ci-dessous, p. 28. 

4 Nous saisissons cette occasion pour remercier M. Bigart, grand rabbin de Metz, 
et les membres du Consistoire de Metz, pour nous avoir envoyé le manuscrit à la bi- 
bliothèque Bodléienne d'Oxford. 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce passage est suivi d'un morceau en prose cadencée que voici : 

r^ 13 v ,invj bir 13 ."D inraiD fm . i^D^n ^biïïi ,iâ rïb^ià 
.roabfca ya , nsb wattrai . ftaa fn'iéi ^ , ftsn w , ïamp d:>b , ftVvaa 
. ûinina mî*ai . ittbijyb ^bïi .wo^riNbi ,iifi ■ittJH* .moi nbinnE 
.ta^airtNiBo.b* . tawro irftjn «bft , d^ssra d^mn .tnaia rûTaai 

: ûiasiio ïteik *w> 

Je me réjouirai en lui (le temple), où le roi, assis à sa table (Can- 
tique, I, 4 2), placera sa majesté. Sa bonté y sera abondante, jusqu'à 
l'arrivée du Messie. En attendant, R. Samson bâtit (le temple); en 
marchant avec humilité (avec son Dieu ; Michée, vu, 8) il poussa le 
travail, dès le commencement de la fondation, jusqu'à l'achèvement 
de sa splendeur. Après l'avoir fini, il alla dans son monde (il mou- 
rut). Avec l'assistance des nobles et les dons des hommes généreux, 
les constructions furent faites. Leurs noms sont écrits sur le livre des 
bien-aimés, qui dorment avec ceux qui reposent dans la terre. 

M. Garmoly, dans sa copie de ces deux morceaux sur la pre- 
mière feuille moderne de ce volume, dit que cette synagogue fut 
construite à Mayence. Si cette assertion était prouvée, Isaac au- 
rait en effet écrit ce passage de ce Memorbuch à Mayence. 

La suite donne la prière commençant par lp*ïia dnpi et le TDïi 
dépourvu de noms, avec la traduction suivante en français : 

-T&'Çfci.p ■siba *p ■Eib&'i (nmi) aoiç 1 ™» [ûrati] V CrorO Tttw 
(ms-nii) uwb Crmn) ïx ip np^i pnii bs-naai (nM5 ^tid itûj hscj 
(nii-j) b^ [in^^^] ©itç 13 [l'a] -ïiEtf his*] ^is rrrapii rmb '■pn *p 

?*}»« \Ï9 *pd Dip11± d3> "nfcTob 

,irî5irjï-î mnm» bda 'p'vsT» niîaiDaîi ûma 

Cette transcription hébraïque est fort incorrecte; il faut lire re- 
memra (texte rememer) Dé spirteine... coitme spirteine (texte 
spirtene) ... M ad layés (peut-être faut-il lire lassiés, c'est-à- 
dire laissiés) . . . pour amor ki fesis (faut-il lire lïil fesist ?) cil 
lemémerêd. 

Vient ensuite le morceau suivant : 

dima Dbw 2 tmiiw ibtaai mb^np lia* irrncaio bm m^i ^ttbtt 't» 
mbnp -na* marc biWr *p:>M irmV infini Jibian w n^TO 

1 Les mots entre parenthèses représentent la traduction hébraïque des mots fran- 
çais, et se trouvent au-dessus de ceux-ci. 

2 Corrigé par une main plus récente N^^n miapïl nia l5plU « qui achetèrent 
des terrains pour des cimetières à Mayence » . 

3 Au-dessus par la même main Tniipna « par ses règlements pour la commu- 
nauté ». 



LE MEMORBUCH DE MAYENCE 7 

iswi 3pa^ tnai : twt*B3 nbiitii w tnto r^bus tt'W t inYvw badi 
smn isfa'nîTiD tswirt bd {bannis imn d^ni^ tîtuî i-^nN b&rau; 
*i3 -pn» irai : y^bsipE ddfc nbasra ï-iVd rrai 'prbf i» jbjmD'va 

R. Salomon et sa femme Rachel, qui se sont occupés des intérêts 
des communautés pour faire cesser les persécutions; R. Gerson (de 
Metz), qui a éclairé les yeux de la captivité par ses commentaires 
(sur le Talmud) ; R. Simon le Grand (de Mayence), qui a pris les inté- 
rêts des communautés et a fait cesser les persécutions ; R. Salomon 
(de Troyes, connu sous le nom de Raschi), qui a éclairé les yeux de 
la captivité par ses commentaires (sur la Rible et le Talmud) ; R. Jacob 
(Tarn de Rameru) et son frère, R. Samuel (connu sous le nom de 
Raschbam), qui répandaient la loi en Israël, ainsi que tous les au- 
tres rabbins qui ont vulgarisé la loi en Israël (par leurs commen- 
taires) ; R. Isaac et sa femme, Relia, qui firent abolir les impôts à 
Coblence ; R. Meir, fils de Baruch l , qui, lui aussi, répandit la loi en 
Israël. 

Comme l'élégie de Troyes 2 qui se récitait en hébreu et en fran- 
çais, le mdr se disait dans les deux langues ; à moins de supposer 
qu'à Mayence les Juifs parlaient les deux langues, ou qu'il s'y 
trouvait une forte colonie des Juifs français, on serait tenté d'at- 
tribuer ce Memorbuch à une communauté de la Lorraine, peut- 
être de Metz. On aurait tort cependant de vouloir conclure de ce 
que la majorité des rabbins qui sont nommés dans les tôP sont 
français, que ce Memorbuch doit avoir été écrit en France. La 
réputation de ces rabbins allait si loin, qu'on les trouve cités dans 
les Mahazorim de toutes les provinces rhénanes. 

Après les feuilles écrites en caractères anciens par Isaac, en 
viennent d'autres en écriture carrée également d'une main plus 
récente. 

Elles nous donnent les noms des martyrs de l'année 5038 à 5059 
= 1278 à 1299, et même de dates plus modernes. Une petite partie 
de ces trois volumes est en écriture germanico-rabbinique nommée 
d'ordinaire écriture de Raschi, du xv c et du xvi e siècle. 

Parmi ces morceaux, nous signalerons dans le troisième volume 
le passage suivant : 

,pn*35 fc Ytt3 Î-IS d^PdTttïl lbfcn 

p&ifci ûï-ri3tt n»\35 d^ ■nbîl }n3 -i"pî-n baiEid 'n nM5 d^i-iba Tidr 



1 Né à Rothenbourg et mort en prison, à Ensisheim (Haut-Rhin) en 1293. Voyez 
Histoire littéraire de la France, t. XXVII, p. 452 et suiv. 

* Voyez l'excellent article de M. Darmesteter dans la Revïte, t. II, p. 199 et suiv. 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ttJlprrb '^b tns^fcm nmptt mab 'a'b d^ns» msiniû *ïû*a sp^i 
. . . rii -oron û"n*3 iwbb 'cab d^^m ©witti mbai 

Voici les noms qu'on mentionne ici, à Nuremberg : 
Que Dieu se rappelle l'âme de R. Samuel, le fils du saint (martyr) ; 
R. Nathan Lévi, avec les âmes d'Abraham, Isaac et Jacob, parce qu'il 
a laissé 200 littres pour l'entretien du cimetière, 50 littres pour l'hô- 
pital, avec un Talith et un Sût gènes (vêtement pour les morts), et 
50 littres pour les écoles. 

En remarquant que les noms des martyrs de Nuremberg de 1349 
s'y trouvent trois fois, conjointement avec une autre liste des 
martyrs de cette ville de l'année 1298, que nous donnons plus 
loin, on serait tenté de prendre ce livre pour le Memorbuch de 
Nuremberg. Mais ce qui est le plus probable, c'est que la plus an- 
cienne partie de ce document a été écrite dans une ville rhénane 
proche de la Lorraine, et qu'on y a fait des additions au fur et à 
mesure que les événements le commandaient. Disons encore que 
ce ms. contient des feuilles qui n'appartiennent pas à un même ou- 
vrage, et que c'est sans doute un de ceux qui l'ont possédé qui les 
a fait relier arbitrairement ensemble. En effet, il y a des transpo- 
sitions très gênantes et des suscriptions faites par une main plus 
moderne, qui sont incorrectes 1 . Mais tel quel, ce manuscrit est 
important pour l'histoire de la martyrologie juive, et à cause de 
la liste des donations qui y sont énumérées. Espérons que M. Jel- 
linék avec son ardeur bien connue pour la littérature rabbinique, 
publiera prochainement in-extenso ce ms. curieux. Gela lui sera 
d'autant plus facile que M. Graetz en possède une copie. 

Il est temps d'analyser maintenant ce Memorbuch. Le premier 
volume, en prenant l'ordre actuel du ms. contient les prières que 
nous avons mentionnées plus haut et ctes noms de bienfaiteurs. La 
première partie en est écrite par Isaac de Meiningen. Le deuxième 
volume renferme les listes des martyrs de différentes époques 
et de différentes localités, comme on le verra par les extraits que 
nous allons en donner. La première partie, ainsi que quelques 
feuilles du milieu et de la fin, est également de la main du pre- 
mier copiste. Enfin le troisième volume est un amas de feuilles re- 



1 Ainsi nous lisons à la feuille J-j"p (la pagination est arbitraire;, écrite par une 
main moderne (par M. Carmoly ?), la suscription suivante : 

rfa nsia rittn rmb yj» "i dv pTiMtrn î-whn w ^Bn^tti wïi 

ton*] tnpr '- iis irmpsri û^taiip mtosa ûtiwqi cpmttn ^ur^n t]bab 

Les noms qui suivent (en caractères antico-germaniques, très oblitérés) ne sont autres 
que ceux des martyrs de Nuremberg de 1349, publiés par M. Lowe. 



LE RIKM0UBUC11 DE MAYENCE 9 

liées en volume, d'une écriture plus ou mois moderne. Il renferme 
des prières, quelques épitaphes, dont quelques-unes écrites par 
M. Garmoly (celles de Elie de Loans et de Josselman de Rosheim 
petit-fils du fameux Josselmann), des Tôr, l'histoire de R. Amnon 
et de l'institution de la prière Sjpin i"»nat, également de la main 
de M. Carmoly. Ajoutons encore qu'à la fin du deuxième 'volume 
se trouvent les copies faites par M. Carmoly des lieux où les mas- 
sacres eurent lieu 1 , avec leur dénomination actuelle, qui n'est 
pas toujours exacte, ainsi qu'une autre liste d'endroits qu'il a 
copiée du Memorbach de Metz 2 , perdu à présent. Dans cette 
copie, plusieurs noms sont estropiés et par conséquent les iden- 
tifications que M. Carmoly en donne n'ont pas de valeur. 
Voici la table des matières du second volume de ce Memorbuch : 

n^ti ava T^aa 'fi 'nsb Y'ann n-psiû m^ir: .*T**t 

rttitMn 'a av "i^aa va BWSttTm wiïi , n^a 

rroiD 'a d"p }Taa 'a aia^mi *ynm . fno 

■Sdbrc nauîa '*towi ans? Y'ann rm*n nnnttft a-oibip wrn , ïto 

msnaœ 

mat* ^asb 'i^na 'a an^a f-pca 'a asaaia ^mrr , ivo 

i^Na a"a Yp'n'n p-nnatTH wiin . ma 

3 [b""»sb 'a's'p'ri'n] ypaa rf's '-isb qbN Emer* wn .yno 

nasaa [n] tanbb 'Vi'p'n'n aibn win . naa 

■piarraa tnsb 'Yafc'p'n'n ^troeVii win .ynDr™ 

ia a"-H taauja ^ eansS? 'rftt'p'n'ri û^rrouicw 4 aTib mviîi .aa^a 

ypoa s"i todïi t]b^b rtanwfin r-ia^ ûTnpam *ynïi , "j-no 

aaa t'i ans:? 'a *py»at , *p ^nn aa 

"•nïsna cnsb "7 pmaaaTia *smn . "man 

rawa 'a d^sisma win .mon 

Id^a n"a ^iaîi p]b^b rf'a yabsip witt . t^a 

'i a*p T*Ka Y'ta <wm qbab n"a aasyȕ wto . -p^a 

ia a"ai rana Via aois wiîti ambip wirt .ran 

«rçabam wiîi 

\von 'a :nsb 'a'b'p'nri ttwba ^dt-iuj . ï"Pû 

awfcû'n'i wn 'nrraîan an:>aia 



1 Voyez ci-dessous, p. 28. 

2 Voyez ci-dessous, p. 28. 

J Les mots entre [ ] sont pris dans les listes des noms des martyrs. 
' Ce nom est écrit ailleurs N^lb. 
• Dans la liste, ce nom est écrit &WHP3fcip. 

6 Dans la liste, ce nom est écrit WUftdiN et à la fin de notre table ■p^aTba. 
Voyez Geschichte der Juden, de M. Graetz, t. VI, p. 434. 

- Dans la liste, les mots ÏT3U3 ÎTVÏ3, « seconde persécution », sont ajoutés. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a^ab ova 'n ûtt aaa a*n aaa n'^ BiaiûanN wih , a« 

iidtbîi t]bNb a"» /ta r a-p jb^aa 'a ua^a^ibia *vrm ♦l^a 

£j!?8b a"»] ïo^a 'a ^bn ntanba na a^-iSN 'n isaa Naaimpa , "ja^ 

■»totDîn t]bab a"» nos btt ^aœa KitMaa naaa 

anab y'a miasa Y'a aanaaa nantta a^a.iai 

ianab X"n '1 d*n "ja^a ït"s missa Y s îanha trtfispnna . lo^a 

2 'n a-p 'piamaa a"* 1 ^ibîi t]bNb Va "pana ^nia • •ptama 

['i dr nana 3/^3 ^ton &|bab 'b pniaanyn wih ♦ nan 

anab Y'a 'a dr nana :a"a «ananp witt 

'n a*p bib^a y'a ia^sb Y'a pnwï .bïba 

ia^ab fi iD^aa y'a aaaia ■witt . ic^a 

'in d^ a^a "7 ianab î"a nuiDa^a wïi . aa 

mttîsa Y'b 'sb y'a nana.^aana i:nnîi • nan 

ianab n"ai ansb fa ïwn ^nnîi 

i*rtana a" 1 ' anab n"a ^raiDJûb , ^nœn 
*ma wnii nittjsa 'n pnaamïia 

■^^^r? t|b«b n"3 n^aa 't miûsa K"a ^anaina . n^a 

b'vïww wiïn rnttea . . 'a a^ tiana a"-> Btsiûvia ■crinft . fian 

['b'n'a a-p ïiana a*"»j d-pa ia 

'b'n'a l"Poa nana assp ■wnïi ;nan 

'b'n'a /- i d"p nana 1 wia "Witt . nan 

[■WrtJ "iiNa b'ca'a brarapn^a wnn .ma 
ïa^ab fa ara -ina iabïi d-mna 'i ■pwbN wnsi 

Massacre de Spire, le jour du Sabbath, 8 Iyyar 4856 = 1096. 

Worms, les dimanches, 23 Iyyar et 1 er Siwan = 1096 

Cologne, le lendemain de Schebouoth 1096. 

Mayence, le mardi 3 Siwan 1096. 

Wurtzbourg, le 22 Adar 4907 = 1 1 47. 

Erfurt, le 25 Sivan 4981 =1221. 

Fulda, le 17 Tebeth 4696 = 1236. 

Wolfshagen, le mois de Hesclrwan 4996= 1235. 

Lauda et Bischofsheim, le 10 et le 11 Schebat 4995 = 1235. 

Francfort, le 13 Siwan 5001 =1241. 

Kitzingen, le 17 Ab 5003 = 1243. 

Ortenbourg, Thischri 5004 = 1243. 

Pforzheim, le 20 Thammouz. 

Coblence, le 15 Nissan 5025 =1265. 

Sinzig, le vendredi 15 Iyyar 5026 = 1266. 



1 Dans la liste, f S. 

2 Dans la liste, on donne ensuite ici les deux noms suivants de martyrs mis à mort 
à Bamberg en 4975 = 1215: pnaaaa Haiïld ifinD W WÎ13 ïanab ïl'jP'p'n'na 

.li-Dtt ïT71ît na apan 'ni .parî ^aina na nuja 'n 



LE MEMORBUGH DE MAYENCE 11 

Cologne et Neuss, le 15 et le 21 Thammouz. 

Wiebelingen. 

Biais, le 20 Siwan 4931 = 1171 * l . 

Xanlen, Aldenahr, Metz, Trêves, Bopart, Dortmund. 

Arnstadt, le M et le jeudi 13 Ab 5024= 1264. 

Mellrichstadt, le mercredi 2 Nissan 5043 = 1283. 

Kreuznach, le même jour et la même année R. Epîiraïm, fils de 

R. Eliezer le Lévite mourut du supplice de roue. 
Mayence, le 7 e jour de Pessah 1283. 
Bacharach, 26 âmes périrent le même jour. 
Ruckenhausen, 13 personnes furent massacrées, le vendredi 

25 Nissan 1288. 
Munich, le vendredi 12 Marheschwan 5046 == 1285. 
Wissembourg * , le vendredi 13 Thammouz 5030 = 1270. 
Cobern, le dimanche 29 Tammouz 5046 = 1296. 
Seberg, le jeudi 23 Eloul 1296. 
Cochem, le 23 Nissan 5013 = 1253. 
Munster, le jeudi 4 Ab 5047 = 1287. 

Traunbach, 36 personnes périrent au mois de Thammouz 1287. 
Thuringen, les années 1287 et 1288. 
Langenstein, le 12 Thischri 5048 = 1287. 
Homberg, cinq personnes périrent. 
An. 

Bottingen, 21 personnes moururent le 7 Iyyar 5058 = 1298. 
Neusladt et Windesheim, le lundi le 20 Thammouz de la même 

année 
Kempen, aux mois de Thammouz et de Siwan 5048= 1288. 
Bonn, le vendredi 6 Thammouz de la même année. 
Berncafsel, le second Adar 5039 = 1279. 
Aldenahr, six jeunes gens suivirent les eaux 3 5046 = 1289. 

Mais la liste des localités où les Juifs eurent à souffrir la torture 
et la mort n'est nullement finie avec cette table. Celle-ci se rap- 
porte seulement aux feuilles écrites par Isaac de Meiningen. Avant 
d'énumérer les autres lieux mentionnés dans ce Memorbuch, 
nous allons citer les noms des Juifs massacrés dans quelques villes 
de France. 

Martyrs de Blois* (fol. Tir).- 
na b&ompï 'r,] "TDnïT fr-taii Yrt *ia barm 'n . tt"nba ^st-ui) 

1 On trouvera les noms des martyrs ci-dessous, p. 12. 

2 Probablement en Alsace; on trouvera ces noms ci-dessous, p. 13. 

3 Se sont fait baptiser? 

* Voyez Graetz. Geschichte der Juden, t. VI, p. 219. Les mois entre [ ] ne se trouvent 
pas dans la liste de la seconde main (fol. 72"p). Cette liste est plus correcte que celle 
qui a été écrite par Isaac ; nous l'avons donnée telle quelle, en y ajoutant les variantes 
de l'autre liste dans les notes qui suivent. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

'n] .wb« 'nd pnir 'n . *b«n»» 'n Tnai dra*] nn ['pnd ia] ^pnn 
prap 'i bo Sttn !-mrn 'n • "pa p mutt '-i . f-irra "in rmm 'n . [ïmiT 
*-™ rt«b ma .îrmaa ynrn 4 K£b3"d mtt »wû!i 3 T^ . ^-n'natt 
tnn^ . drwn 'n bia main . iimn] bannie 'i & mnt nsis t-ina .&ovTm 
hiti . bm ïnntt . îtyid» fnfc . îTrnaa ^niûi btfïM (,'nrt in:nT ii«b 
d^ntt nna • bNittffi 'i nn iisn m» . "fra '-n r^di mo r-n» . mis» 
î-rsbïï t-ina . ttan mfc . ïttiït 'n S-tiiï d^ntt tnn^n . «ybaiK tnnan 

6 n5n ï-nft nï^ba 'n nd 

R. Jehiel, fils de R. David le Cohen le pieux, R. Jekouthiel, fils de 
R. Judah le Cohen, R. Judah, fils de R. Samuel, R. Judah, fils de R*. 
Meïr, R. Baruch, fils de R. Menahem, et son frère, R. Samuel, R. Isaac, 
fils de R. Eliézer, R. Judah, fils d'Aaron, R. Moïse, fils de Noun, R. 
Judah, frère de Isaac de Trêves (ou de Troyes), le jeune Pantin, les 
femmes pieuses : Pulcelina et ses deux filles, Lea, Madrona, Bona, la 
femme de R. Samuel le Hazan, la femme de R. Menahem, Lea, femme 
de R. Samuel et ses deux filles, Zephora, Rachel, Zephora, Sarah et 
son fils R. Baruch, Hanna, fille de R. Samuel, Miriam ; Eiguelina 7 ; 
Miriam, femme de R. Judah ; Hanna; Malkah, fille de R. Eliézer 
Hanna, avec une petite fille née dans l'auto-da-fé. 

Martyrs de Metz (fol. nat). 

.j-ï1tt5Ba dviun d^ujy db"D 

R. Samuel le Gabbin ("trésorier de la communauté). R. Meïr, R. Sa- 
lomon, fils d'Isaac, avec sa femme, en tout 22 âmes. 

Martyrs de Trôyes* (fol. B"afc). 

,h i .inbdi i"i3d wi inttiNi ^bâtais pnsr" 1 /ta i .ttW!-)EE d^sT-iui 
d^n 'n .awia» d^n 'n .i«aa ©rm *yp ^fcbiB 'n .pdn pror* 

1 Suivent les noms de b&nOT '*1 ^3 ÎTnîT 'il drDft 'm. 

2 ©^tûtt. 

3 ^BUS. 

4 is^b^bnd mtt mTDWi d^sn. 

G La liste plus récente a Tordre suivant : ^DDN 'fal dfljfa 'l DdT ""p^m '*! rO"! 

'»i nsn '^i "im 'n rtai mie» 'fci bm '» fcammin vrai s — r^b '*n 

•can mb^ra nb^rn *-nn:ci nsn 'toi mie '73 nnai ridbtt 'toi wVa^M 

7 Ce nom représente peut-être un diminutif du mot allemand Auge, œil, Eigelein ; 
ou le diminutif du nom Abigail, en ce cas il faut le prononcer Avigalina. Voyez 
Zunz, Namcn der Juden (dans le 2 e vol. de ses Gesammelte Schriften, t. II, p. 65 au 
mot Abgali, et Lowe, op. cit., p. 23 au mot N^iPN, prononcé Avigai). 

8 Voyez l'article de M. A. Darmesteter dans la Revue, t. II. p. 199 et suiv. 



LE MEMORBUCH DE MAYENCE 13 

, fcnMaip 

R. Isaac Chastelain (Châtelain), sa femme, ses deux fils et sa bru ; 
R. Isaac le Cohen ; R. Salomon, fils de Vivas (Hayyim) Gabbai (tré- 
sorier) de Brinay ; R. Hayyim, de Chaourse ; R. Simon Sofer (scribe); 
R. Bendit, d'Aviré ; R. Jona et R. Simon, gendre de Kadmeneth. 

Martyrs de Wissemoourg l parmi lesquels on trouve 
plusieurs prosélytes (fol. ca"at). 

rirau ibN .'i ût mna yi ^ottM ï|baô 'b nsiea 'Jhimû'n ^nh 
'-inn . *pwa na m»» 'n » m» tintai pwp ymo"^ ■no^ns d^p^E 
pnar 'n . nD-iSitt ina -nnan bKvnpi na dta-ia '-i .ïtaVffl na ï-itaM 
t**2b"i*i r-™ imin ^œà na prar» 'n . dttfi »vr»p br sp^ii aimaa "ja 
ïiiDrntt 'a fDiKa nnas tpT ^a mnan pmti 'n . aian ^m b^ ibis»» 
. Bprcai ^nr-rarr ttnpn 'jïfiïi barau: na a^nsN '"n . :marn brrp î-naab 
ONttU) a^m- bab ©ni ?t»ïto s-ismE wa» dîna» na amaa 'n 
dîmaN 'n . aistt Tirr* b^ qn^j-i d-^bir -m ib» bâta t-nonb «ai a^bs 
.tomba "naan y*:pi d"Wîi ^ba on^ pmettiiMa i^ax dîna» p 
œana .dïïrrnn^ br 61*11031 ^i»p •p-nd^a wnsi . drabi? td naai 
ira» amas* p prap 'n .itdidïi 6jb«b anab n"a 1 av vboa -unn 

. ûu:rr nin^ b3> tpu» pTiaaTntt 

Voici les sept hommes pieux qui subirent la torture et moururent 
d'une mort amère : R. Moïse, fils de R. Simon; R. Samson, fils de R. 
Salomon ; R. Gersom, fils de R. Jekuthiel, avec un jeune homme fran- 
çais ; R. Isaac, fils d'Abraham (un prosélyte?), brûlé pour la sainteté 
de Dieu; R. Isaac, fils de R. Ascher, avec sa femme, Dolça, brûlés 
pour l'unité de Dieu; le jeune R. Isaac, fils de R. Joseph, mort du 
supplice de la roue en expiation pour la communauté deWurtzbourg; 
R. Ephraïm, fils de R. Samuel le Hazan, martyr par le feu ; R. Abra- 
ham, fils du patriarche Abraham 3 de France, supérieur des Déchaus- 
sés, qui quitta sa religion pour venir s'abriter à l'ombre des ailes de 
celui qui est éternel, brûlé pour l'unité de Dieu; R. Abraham, fils du 
patriarche Abraham d'Augsbourg, qui quitta sa religion pour se con- 
fier à celui qui vit éternellement, subit la torture et fut brûlé pour 
l'unité de Dieu, le jour de la néoménie de kislew, le vendredi, en 
l'année de la création 5025 (= 1264 de l'ère vulgaire) ; R. Isaac, fils 



1 Nous ne sommes pas sûrs que toutes ces personnes aient été mises à mort à Wis- 
sembourg. Nous les donnons comme telles d'après l'indication du texte. Il est curieux 
de voir que, malgré les persécutions continuelles, des chrétiens embrassaient la 
foi juive. Voyez Perles, Monatsschrift, 1873, p. 514. 

s Au-dessus on trouve un 3 = p-naS^a" 1 "). 

3 Le père des prosélytes est toujours Abraham le patriarche, qui, d'après la tradi- 
tion, a le premier renié les idoles et prêché l'unité de Dieu. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du patriarche Abraham de Wurtzbourg, qui fut brûlé pour l'unité 
de Dieu. 

Voici ensuite une liste de localités où eurent lieu des massacres 
de Juifs à différentes époques : 

Ratisbonne (Regensburg p^nn^'n), le 28 Iyyar. 

Prague (fittns), le jour de Schebouoth. 

Les martyrs du pays de Kanaan [)WD, pays Slaves) '. 

Les martyrs de la France (riSDlï). 

Halle (Nbn), le 26 Nissan. 

Autodafé à Corbeil. 

Les martyrs des îles de la mer (d^n ^tk; Angleterre). 

Londres (îûTWib), 4,500 personnes en l'année 5024 = 1264. 

Nassau (? «■*«), en 5037 = 4 277. 

La femme Hannah brûlée à Sahbourg (pms^bî).- 

Meiningen, en 5003 = 4 243. 

Presbourg (pmarns), R. Jonah et ses collègues. 

Neustadt (en Autriche). 

Vienne (awn). 

Ziegenhagen (Ziegenhain KttWifc). 

Julich (ÉObia). 

Kirchberg (p^srpp), en 5047=4287. 

Lechenich ("p^K la même année. 

Kira (ÉTPp), dix personnes y périrent le 4 1 Thischri 5048 = 1287. 

Premisl (? abattis). 

^rç/ow (? n^J?). 

Eeimbacli Cpafc^a). 

Heilbronn (fift'HnVwtt), le dimanche 4 2 Heschwan, 5059= 1 298. 

Wïddem CiTP"!), le 19 Ab 5048 = 4 288. 

Rheinheim [°t h^?*% mardi 45 Kislew 5062 = 4301 2 . 

■n^l (Weissenseeï), le 2 Nissan 5064 = 4 304. 

anbip [Colleda ?) 

fctatflBaâ (Tennstaedt?) 

Constance (Nirjttip). le mercredi 18 Siwan 5086 == 1326. 

Zfam (dïi) 3 . 

Rothenburg (rm^a-n) 4 . 

Pour l'année 1298, les endroits suivants sont énumérés : 

1 Sur l'application de ce nom aux pays slaves, voyez Harkawy, Die Juden und die 
Slavischen Sprachen, 1867, p. 20. 

3 11 est douteux que dïl désigne la localité française de Ham (dép. de la Somme) 
comme M. Graetz [Gesch. der Juden, t. VI, p. 433) le veut. 

4 Parmi les martyrs on mentionne le nom de R. Misçé DSIBÏTi probablement 
l'auteur de l'ouvrage de casuistique O^D "iso (voir le catalogue de Turin 1881, 
p. 165). La date du massacre manque. 



LE MEMORBUCII DE MAYENCE 15 

Berching ('pmaT'a), le dimanche 46 Ab. 
Iphofen Cp'ï-îDitf), le lundi 19 Thammouz. 
Kitzingen, le même jour. 

Ochsenfurt (OTVttWTW), le dimanche soir, 18 Thammouz. 
Wurtzbourg,\Q mercredi 13 Ab. 
Sindringen (psi-H^ï), le lundi 19 Ab. 
Mergentheim (d^ntaWitt), le même jour. 
Mekkelsmiïhle (? Kblttûpi»), le 15 Ab. 
Krautheim (û^rttailp), le 16 Ab. 
Mosbach ftarifc), le 18 Ab 1 . 
Bischofsheim (à Gamburg pTDtta), le 14 Ab. 
GVîtM (Naii), le dimanche 8 Elloul. 

Weinheim (a^nsn), dans la synagogue, le 13 Thischri 5059 = 
1298 (la mention de Tannée est de l'écriture de M. Carmoly). 

Enfin voici les noms de ceux qui furent massacrés et brûlés à 
Nuremberg, le vendredi le 26 Ab 5058 = 1298, nous publions cette 
liste in-extenso. Parmi eux se trouve l'auteur du wilo, R. Mar- 
dochéeben Hillel. 

. unsb n"D 'i ùt> a« rrpn 'rtfi'i'K • plasma idytoi wnrt 

an-DN "fritt . vaa 'n nsn ni» intûan pan ans» na b&orp n ann 
onsfi annaN 'm . pan annaa na wn baraœ nsnm cmapa-n» irai-; 
'an b^m na nos n . n^a 'ai N'ûir inn» irai "pbrna in-)» imafin 'an 
. s^^^a in-i» inttJNi 'an b&rrp na tp-p '-i . n*5i •pbo-na *m:a inttJNi 
nsai pan ^p-ia nsai pnn pan ap3>-< nsan nia» n hn w» r-rai 
l-nfnaa ^©i "pb^n *~™ in^Nn pan *pn» ^a.pmr» h . pan ts» 
. nwi înwi pan pmti ia n»bta n . nna îriJai Nin»:^» f-n» 
pan annaa na -rasa n"nn . snjiîi mai pan ba-m na annaN 'n 
ûtriaN -ia ppbï . pan dîmaa na baraiû n ■ wi "pb^na m» inia&n 
^-na na apy n , ca^înbiN nn^ musai pan apjn na •yna 'n . pan 
miîr h mnan liai b'nai'" t— in» in®»'! pan ap*i na bai»;a n . pan 
'si îrnaai pan apy na ma» n pan apr"> na barm n . irnaai pan 
pD n"nn . i^a 'm 'pbiia ni» nniDKi pan pa na si»^ibp n . naa 
. pan owsibp na wie n . 2 i^a 'ai anbi:; m» wiûni pan &W5ibp na 
b^TP na y^T 1 'n . i^a 'm «m tn-i» ini»«i pan b*om na ptw n 
. -p;a 'n n^» tnn» irnsai pan b«->n^ na b^i»© n . in^NT pan 
m» irn^NT pan Dîna» na b«i»o n . mnan pan isnTa* n isan 



1 Parmi les noms des martyrs, on trouve les noms de na pp^n b&Ottia '" 
aiîD ra '» ir^ITT HT^bN n. Ce R. Samuel le Ponctuateur est sans doute le mêm 



"1 
3>aiîD ra '» IPMTT "IT^^N "H. Ce K. Samuel le Fonctuateur est sans doute le même 
qui a copié une Bible en 1200. Voyez dans le **paT!En de M. Steinschneider, n° 109 
et Wickes. Treatise of accentuation, Oxford, 1881, p. ix, note 5. 

2 Cette feuille se trouve séparée des suivantes ; nous voyons cependant qu'elle ap- 
partient au même document, à en juger par le nombre 730 des martyrs qu'on donne 
à la fin et qui s'accorde à peu près avec notre liste. 



JG REVUE DES ETUDES JUIVES 

immb™ mna inttfcw pain amaa na priai 'n . taîraa 'ai aitai 
ûMnaN na sjot 'n . nnpa hns mia^i parr annaa na banim 'n . toi 
'n . mtë&ri ïMah btfifii na mmrj amaat 'n . aaia *— ïi» mican ina- 
û^an na annaN 'n ■ Nb^ ma -mican pan rpBOhfp n"nn p apm 
ap*i 'n . anni iasb nabia ^aibipa dianan &ifià wi ' aniBiaa pan 
m-iiaai pan TOa na ûi-naa 'n . Nb^a ma mm •paai paii "pria na 
ma inttfin iprn iibfi raa na m 'n . pan apm na pria 'n . vaa 'ai 
priai 'n nman isai r»an ma mraai "ibr; pna* na bfcrrp 'n . "pbaia 
na baniûi 'i . "paa 'm p^icna ma miiîNi iibn tp-p na pnai 'n . ■nbn 
bfirmpi na banaiB 'n . ^ibn n3>an îonatt . -paa 'ah miûfio "nbn Nn»û 
na "jmaui n"rm . n:?ai aa^ nna mai . -paa /h n pan ma mia*n "nbrr 
oia^aibp 'n . nibb n^itt Mnai îmnaa "ri ybanm ma miiSNi *ibrt rnaa 
nna miaen *ibn ïh^ara n"n:n }a îna:>tt 'n . ïibana nna mmi "«nbr: 
amaa na iimm 'n • a«ia nia miaNi iibn mpiba na pa 'n . "pb-iat 
ma mia&n i-ibfi maa na mm 'n . niaa 'ai yban ma mmi iibn 
nos n"nrt . a^bna, ma miûNi iibn nos na ipîn baia*£> 'n . rtnai N-ja^ 
iibn b&oaia na aipibN 'n . vaa 'ai "pbaia ma miB8h iibn bjoaia na 
• rran ma miaNi ^b'- bwàxn -ia ap^^ 'n . n3>3i N^a^n mia mia^i 
'n .bmb ma mia^i ^bîi naa ia b^m^ '1 . ^ibrs naa ia b^iaia 'n 
. ^ibïi bfcnaw na aniax '1 • tpbBia nna intoki ^bn n^a na i'ûn 
.^ibn b^iatî /i -i inai i^a 'm ssiia hia m^sn ^ibr? iT3>^bN ia iïîn 'n 
3pr-« ia Nnsbn r -i . n^a r rn Nib^T ma mwi bbn na ^anna 'n anr? 
nia^ 'n . ^Vib^s ma mtûNi n^a 'n . wa ':i «nbia ma hniz5Ni 
ma miDM t]ai^ ia 'jnya^ h"nn »h^a 'ai ^^msvo ma m^^i 
ma m©Ni £]an^ na baiau) "1 .là^ati N-ua laai îmaa n"nr; .Npiaa-'b 
sma . vaa 'ai rt»Tn? irna rnusNi a^na ia aniaN 'n • i^a 'ai -in&s 
^b£3Ti ma hnttj»i y^n^ ia n^a /b i . i^a 'm païi V" 15 '"> ^^ N3 ^ 
mttîNi ïi^arj ia y3>v 'n . !n^a '^ iran inî f n na »Vw ma . i^a 'm 
îa ^nia '1 b^a imnt ïiiia inna ."jpTn bNTP la nabuï 'n .ybai mna 
ap3>^ 'n .priai '1 ma nsn ma -banaia na 'jpîn bNia'a 'n .htfrm 
■ai N^a i-na mai n^ïi ca^raia naai N-jna ma intSNi inauî na ipïin 
. hihis mna nn^i ba^a ïnna .ma 'm ^inn 'n na ^ntna ma . maa 
nn sjot 1 'n ."j^ban nnran .mmaa 'ai rmma mna m^Ni rrnrti 'n 
mâia na ipTnt b«hi r n . nman ^a^na 'n naan rab^3 mia in»«"i pnati 
baïaia na pn^i 'n . ba-p iwm nnoN s-ina mai raina ma inraen 
'ai n^it snna hnto^h imuîmN na ma r n . ^aa"'m yb^b^ nna mwi 
na pnai 'n . n^aa '^ taa^abn nnna m'ûNi ya>^ na immp ian .vaa 
.Nibia ma imufrn maa na ap^^ 'n .ns>ai ybaimna muîNi aia^aibp 
'n 'pn *ja na>an bjdy» . Naaain mna m^Ni ninan rrni-p na ni»» 'n 
ûinDN na bana^ 'n . i^aa 'm aa^a rnna im»«n lamina na ainsa 7 n . pnai 
nîanba ^ 3 iaina 'n . anaa 'n na ^a^a rnna ■ n^ai ybiaaa mna m^Ni 
na "{pTr; b&<mi 'n . ^Vn 'n bia ma nbma-i n^a-i yban nnna mizîNi 
nna intawi Ti^n na ^ina 'n . nyarr nam nan nnna inia^i b^anm 



LE MEMORBUCH DE MAYENGE 17 

na ftttbtg 'n . pbai i-™ it-noai ytd na dîna» 'n . raa '-n ■pbta*.* 
. -naa 'm ba*»» rnntt nniûNi pn** 1 'n . vaài cancana t-i'n^ in^s-i pnar 
rna «atib ï-nn?a . vaa "n animai rnnto imaan Iptn niBia na ïn>ab\a 'n 
■pb'rb'ia mrarn kw na n*w na>am kw 'n bus imit îirrcaia n"nr; 
bfcnttttJ 'n . vaa "n KnmbtiJ rnnia inttî&n kw na ppnF 'n . s^t 'n h3 
'n . sran-> na amas 'n . tkîb na>ai 'pbpïrçj rnntt m^sn s^n* 1 na 
■«m ian*aai laniiaœ «wv* 'n ha «cab^a m» imaai bs-^rrp na nos 
irnTa . nnoa hn» li-nsan nîa^bs 'n 'pim p ninartbaorp 'n -amas 
ïtvidt£ nn?3 im»wi bs^m na marais 'n . irjaa "n ana*] 'n ha 'pbca'tf 
'n rna ■pbnib'ia. rnn?a . toj "n wrcfin rrriïao n"nn p naa 'n . wa 'ni 
m» nn»Ki ï-nasa na imrr 'n . w imafiti rmîr na *m 'n . nos 
'n . raa "n imo fc-n» imDjn ■untamN na apan 'n . raa 'm "pbaia 
rtmtwî n?ai Km rnn?a . va a "ri pba*n *-n» îrmaai ïtibe na rmrp 
na pnsf 'n . rmrr 'n rna; «ib^ca snntt • rpv 'n brç rnaa tna iatori 
s— iT?a irajan ptiar na btrrr 'n . vaa 'ni jpba' 1 » rnn^a iniasi pioîatt 
■pbmas i~n» iroeai ïnasaia na baaan 'n . baitittî n"ni-i p ar-iT? 'n . sa^Ta 
inttJNi niaa ns d^an 'n . "pbmsc rnntt nn*asi 'pOTœ na arana 'n .wa "il 
m?3 iniawi npna na amas 'n . a^an na mbia 'n . vaa "ri ■pban rnn?a 
Fbo'fl nn^a imoan ya>v n"na "p bsna^ 'n . vaa 'ni tran na mas 'n . npan 
mb'anawams'n .nwpbanva nnjaintîsiy-a^nYi'-pvstt'n. vaa yy 
pnat^ na i^na^b 'n • na>ai rtTabia 'n na yb:n . dîr>aa 'm «a-ma mtt in'wi 
pnsrbK'n . na>ati bsittia liai «a^îa fnn^ nniawi t|OT^ na aï-ras n"nn .nain 
. an-as n"nïi b^ ina nninaïi «ana nnto ,snbi5 snn^ nniûfiri ûïnnas n"m 
inttJNi îr»pîti na ntt5N 'n . vsa 'ai sn^ nn?j in^sn r^yç n"a n*S)3 'n 
'n .'pba^ nntt inuîNi tp^ 'na imn iptr? îi^bs 'n ./n» ,ta n Na^w nn» 
«b^a nn^a incwSi pnat^ na 'jna 'n . i^aa /ta n pbmst nn?o in^sn nnî na "jna 
nnTa nntONi iptrt nte» na phaf 'n . rsa 'm bfim 'n na sainia nn» . wi 
wN^ia^ 'n • v*aa 'ii q^baiiû nn73 nn^asT noa na affina 'n • -paa 'm saina 
-ra^s 'mi nntDNi ninîrî' 1 n^ n^^bs 'n .nrai s^is nn>a in^si b^rr na 
'- btt imiï s:ia 'n» . "J^n^ 'ntt irnuNi pni:-> na t]a^ 'n . n3>aM naai 
-as na birrp 'n . rr^aa 'm pnr" 1 'n na îipan 'n 1 ?: . ïraa "ri sa^a^a 
. n;^:a '-n sma 'nà . Tas nrarn ïnc:7a 'n na bnn 'n^a . nran 'n» nrniiNi 
in-asn diona na pnafci 'n . vaa 'm ybn^i: 'nia musn pnat^ na a^an^ 'n 
Sjov na -?:b-a 'n .n^aa '-n ^"«a 'n?a in^JST bsi^a^a na nfcbià 'n .na^ai 
bs"i7:'a 'n . i-;^a3 "n s'nnm 'ntt iniasn SjOT 1 na 'jpTn bs^m 'n . iniONi 
'm imnaï 'n^a m\asi bsi^a^ na tioi" 1 'n . sibis 'n^a intBKi annas na 
. vaa "ii yba^n 'n^a nniûNi Sri»» na tpv 'n . smï-p na apr^ 'n . vaa 
'n na ■pbTïafc nnrarn . raa "n s^a^nao 'n^a -in\as*i S|OT na srritr 'n 
qc:^ na oiTa^aibp n"nn .nno Jnn^a bffi ïnrna Nsaa^n nna'a^i rt^abu) 
.raa'ai abnaaan r-in^a iniûNi irwîja na ï-iraia 'n . l^bûia r-in?a inajan 
intDNi ti©5a na apa>-> 'n .«^bna nn^a nniDNi mnan .ïrma na rriirr» 'n 
in-as-i . apj-^ na na» 'n apa" n 'na yba^ nn?a .i^aa /ta n i^bcaia nnnTa 
.vaa 'ai "pba^ rnn^a iniasi "jina na nta^bs n"nn .nrai ^baia 1-ntt 

T. IV. 2 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

na baw 'n .baorî^ na ■jpfri dî-na« 'n .na*an Triai nta^bN na npna 'n 
pPfSi 'n .^ibn dmaa "12 rbbTa Wi . n*ai 'pbibia rnia imBai ûma&t 
rn» WWW ?1TOd n"nn 12 fm ipii 'n .na>3i te^a mœ&i rroa na 
jttttf 'n .a^n?a rinia inwi ?W5b na mnan amas 'n .ûfraa "r «Sbà'n 
IjKW mwirt . mnan n^îifta naai Tbaia ni5j lrï©fci arna» na ipîn 
'ai fiera m^ frittan Dwatbp n"nri "p noa 'n . J jdifin 'n *i"ïfti "ja 
btt Taa iw) .i-nsa *n r- mm ^"nn rna ■pbiana rnn^a . irroa 
«aia nna irrfiîn £o?am na ïrott 'n .spbantt irHa ifflbwi a^bx 'n 
•mai -13 barm 'n .Taa -ti inùî&n niaaaba na b&rafô 'n -Taa 'm 
«i*»i>ua ma initiai rrabia na amaa 'n .Taa 'ai tib^a m» intëtfi 
na ût-naa 'n .Tbr? pwii na nï'a>b« .natii e|dt *n na crnsnna -Taa 'ai 
'1 .n?ai a^n?a niw irrawn apan 'n .ra 'an «Thi nn?a îmtffin apr^ 
"1 .npbpa^ nnt; irai n:a3 na priati 'n .ab-^an nnâ misai iptri no» 
îlfëbrâ 'n .amaai drivai maa '1 imafrn TS-iSKn rrctta 'n -Tb na nos 
arnaa n"nn na ï-ran nn?a -Taai Rtaia nn>a inrâai prfiF na [ta]Mmma 
."ûi25îi art n;noa n^arott naîi .rraô m» irnB&n pran 'n .maa 'ai imn 
s-in?a .Tbn fcarpTAN 'n na Tban rrfn .1WÏ1 "pbiT mai Tbttin nn?a 
rn^an nmnai ■pbaia nn» .mai anrn'- Tbn w6« n"nn na Bj^bnï 
rnbaiTa nntt nnoai ■pbœa'si ca^rrbw nwa 'ai Tbn nra^bN Tiff mïa 
.r-naai rpbnaa nn?a -TbiT nsai ^b^bna nnî3 ns-'pTo «^^a nn« .tir'pm 
nn» ïnna nai stûii ma !nna*i fo^ptrt nï^: nn^3 -ïn:aT aiS5"% nnw 
ba^ nn?: .rrfrwî ns^ptîi ^bni: nn^a .annaix n;^i rmnaiîi Nb^an 
gf^ha Mrai Kb^an nn?: .)ro^ b^n^ 'n na nmnaïn Ka^i nn^3 .nrpTrr 
.'îrta ':o a^n 'n na NfFfà nn72 .nos 'n ann na tnî^pTn «a^» nn^a .mbinan 
a>ban>a:-i) a^'^a hé nïiarflaîl N^aa^n nn?a . l'nWt 111 'n na "pfen nn^a 
.n^aa 'ai Sb^a nn?a ^bïaia !nna nai nib^aïn û^n?a nn7a (m ù^izaarr ia»a 
'n na nan nn^a nw 'n na «biK nn^a inan pn^ 'n na Na^ nnw 
nn^a . naprrr npan rra . "jnar; bsitttt 'n na îna^pm «b^a nn^a b^am^ 
nn>a ïimnarj Hnm aa^biN nn» . pan npna naan anna^ 'n na arri 
.nyan ap^i r;aai "jnaïn ina 'n na Nibia nn^a na^pîn ba^Ta nn?a .N^V'ia 
. par» apr^ 'n na snhv nn)a . n^aa 'ai pan ap^^ 'n na 'pbb* n n)a 
nn^a .n^5a n"n- p n^am phaf naai ^ain^a 'n na tnirtaîl Vhnrt nn» 
^bba> nn^a nan nn?a rr^aa r ai n^>a 'n na ^bl^ nn>a . na^pTn; pba^ 

.rtaai 'pb^n nn7a .nran ïnaan 
■^iàa> ai rrbpa i^a^a d^nipii nsoTai 

liste des martyrs tués et brûlés à Nuremberg, le vendredi 22 ab 
5058 A. M.-- [juillet) 4298. 

R. Yehiel fils de R. Menahem le Cohen avec sa femme Hannah et 
trois fils ; R. Abraham le Cohen de Francfort avec son gendre le 
jeune Samuel fils d'Abraham le Cohen ; R. Abraham le Cohen, chef 
de la communauté, avec sa femme Bonneline 1 , sa fille Zussa et les 

1 Diminutif de Bonne. 



LE MEMORBUCH DE MAYËNCE 19 

deux fils de celle-ci ; R. Pessah fils de R. Yehiel le Cohen avec sa 
femme Bruneline • et un garçon ; R. Joseph fils de Yehiel le Cohen 
avec sa femme Gemma; la femme Mina fille de R. Moïse avec ses 
fils, Jacob le Cohen, fiancé, Baruch et Mcïr ; R. Isaac fils de R. Meïr 
le Cohen avec sa femme Hitslin 2 et ses deux filles Moïmona et une 
jeune fille; R. Salomon fils de R. Isaac le Cohen avec sa femme et un 
jeune garçon ; R. Abraham fils de Yehiel le Cohen avec sa jeune fille ; 
R. Ascher fils de R. Abraham le Cohen avec sa femme Bruneline 
et un garçon; R. Samuel fils de R. Abraham le Cohen; Seligman 
fils de R. Abraham le Cohen ; R. Baruch fils de R. Jacob le Cohen 
avec sa femme Adelhcid; R. Jacob fils de R. Baruch le Cohen; R. 
Samuel fils de R. Jacob le Cohen avec sa femme Ycntil 8 , son fils, l'a- 
dolescent R. Juda et sa femme ; R. Yehiel fils de R. Jacob le Cohen ; 
R. Yehiel fils de R. Jacob le Cohen ; R. Moïse fils de R. Jacob le 
Cohen avec sa femme et ses trois fils ; R. Calonymos fils de R. Na- 
than le Cohen avec sa femme Bonneline et ses cinq fils; R. Nathan 
îils de R. Calonymos le Cohen avec sa femme Golda et ses trois fils, 
Mardochée fils de R. Calonymos le Cohen ; R. Isaac fils de R. Yehiel 
le Cohen avec sa femme Henna \ et ses cinq fils ; R. Yoeç fils de R. 
Yehiel le Cohen avec sa femme ; R. Samuel fils de R. Yehiel le Cohen 
avjec sa femme Mina et ses quatre fils ; son fils R. Ezra le Cohen l'ado- 
lescent ; R. Samuel fils d'Abraham avec sa femme Reichheit et leurs 
trois lils ; R. Isaac fils de R. Abraham le Cohen avec sa femme Adel- 
hcid et un garçon ; R. Israël fils de R. Abraham le Cohen avec sa 
femme Eslher ; R. Joseph fils de R. Abraham le Cohen avec sa femme 
Gemma ; le jeune Abraham fils de R. Yehiel le Cohen avec sa femme ; 
R. Jacob fils deR. Yehosiphyah (Joseph) avec sa femme Ella ; R. Abra- 
ham fils deR. IIakim 5 le Cohen de Spire; deux frères de Cologne, Co- 
hanim, qui fréquentèrent l'école; R. Jacob fils de R. Aaron le Cohen 
avec ses lils et sa fille Bella ; R. Abraham fils de R. Moïse le Cohen 
avec sa femme et ses trois fils ; R. Aaron fils de R. Jacob le Cohen. R. 
David fils de R. Moïse le lévite, le vieux, avec sa femme Gutline; R. 
Yehiel fils de R. Isaac le lévite avec sa femme Hannah et son fils le 
jeune R. Isaac le lévite ; R. Isaac fils de R. Joseph le lévite avec sa 
femme Guteret et cinq fils; R. Israël fils de R. Schemarya le lévite 
avec sa femme et trois fils ; le jeune Schemarya le lévite ; R. Samuel 
lils de R. Yekuthiel le lévite avec sa femme Hannah et quatre fils; sa 
fille Gemma et un garçon ; R. Siméon fils de R. Moïse le lévite avec 
sa femme Herzlin, ses quatre fils et sa fille Pessa ; R. Calonymos le 
lévite avec sa femme Gutline ; R. Salomon fils deR. Siméon le lévite 



1 Diminutif de Bruno. 

- Voyez Luwe, op. cit., p. 24. 

Probablement Gentille. Voyez cependant, Lowe, op. cit., p. 25. 
* Hannah ? 

■ Isaac? Voir ci-dessus, p. 4, note 4. 

Probablement le Bess, l'orme anglaise pour Elisabeth. Comparez Peslin ou Pessel. 
Voyez, Lowe, op. cit., p. 26. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avec sa femme Adeline ; R. Nathan fils de R. Elyakim le lévite avec sa 
femme Mina ; R. Juda fils de R. Abraham le lévite avec sa femme 
Rachlin 1 et trois fils ; R. Hayyim fils de R. Moïse le lévite avec sa 
femme Yenta 2 et sa fille; R. Samuel, le vieux, fils de R. Pessah le 
lévite avec sa femme Golda ; R. Pessah fils de R. Samuel le lévite avec 
sa femme Bonneline et trois fils ; R. Elyakim fils de R. Samuel le lévite 
avec sa femme Reichenza 3 et un garçon ; R. Jacob fils de R. Samuel 
le lévite avec sa femme Hannah ; R. Samuel fils de R. Pessah le lévite ; 
R. Yehiel fils de R. Pessah le lévite avec sa femme LiïbeP; R. Ascher 
fils de R. Meïr le lévite avec sa femme Gottlieb 5 ; R. Abraham fils de 
R. Samuel le lévite ; R. Ascher fils de R. Eliézer le lévite avec sa 
femme Brune, ses cinq fils et son fils R. Samuel le lévite. — Le grand 
rabbin R. Mardochée fils de R. Hillel avec sa femme Zelda G et cinq fils ; 
R. Halaftha fils de R. Jacob avec sa femme Golda et trois fils ; R. Moïse 
avec sa femme Tsiperlin ; R. Ascher avec sa femme Senoria 7 et deux 
fils ; R. Siméon fils de R. Joseph avec sa femme Liebste 8 ; R. Moïse avec 
son fils le jeune Bera ; R. Samuel fils de R. Joseph avec sa femme 
Esther et deux fils ; R. Abraham fils de R. Gersom avec sa femme 
Yeruschah et quatre fils ; la femme Mina fille de R. Nathan le Cohen 
et cinq fils ; R. Moïse fils de R. Yoëç avec sa femme Y r outlin 9 et quatre 
fils; la femme Rechila fille de R. Nathan le Cohen avec ses trois fils ; 
R. Yoëç fils de Tobiyyah avec sa femme Reichlin ; R. Salomon fils de 
R. Yehiel le vieux ; Sara, femme de R. Baruch fils de R. Yehiel ; R. Sa- 
muel, le vieux, fils de R. Samuel; la femme Hannah fille de R. Isaac; 
R. Jacob, le vieux, fils de R. Schabbathai avec sa femme Guta, son fils 
le jeune Bernedet et sa fille Mina avec ses quatre fils ; la femme Kai- 
serin fille de R. Baruch avec ses cinq fils : la femme Michal avec sa 
fille Tserouyah ; R. Juda avec sa femme Zephorah et ses deux filles ; 
la jeune fille Reichline ; R. Joseph fils de R. Isaac avec sa femme Bel- 
let et son fils l'adolescent R. Mardochée ; R. Y'oël, le vieux, fils de R. 
Schabbathai avec sa femme Tserit 10 , sa fille Esther et Yoël le jeune; 
R. Isaac fils de R. Samuel avec sa femme Goldeline et cinq fils ; R. 
Nathan fils de Orschraga 11 avec sa femme Susse et trois fils; R. Ju- 
dah fils de R. Yoeç avec sa femme Relèvent et trois fils ; R. Isaac fils 
de Calonymos avec sa femme Y r echlin 12 et un garçon ; R. Jacob fils de 
R. Moïse avec sa femme Golda ; R. Ascher fils de R. Judah l'adoles- 



Diminutif de Rachel. 
! Probablement Jeannette. Voyez, Lowe, op. cit. 25. 
1 Diminutif de Reich. 
1 Diminutif de Lieb ou Luba. 
; Ou Gutlin, Lowe, op. cit., p. 23. 
1 Peut-être le nom slave Zlata, Or, correspondant à Golda. 

Voyez cependant Lowe, op. cit. p. 27 au mot N" n 'l!3'H23- 

I Peut-être Libussa, Zunz, Namen der Juden, p. 46. 
5 Voyez Lowe, op. cit., p. 23. 

10 Peut-être Zierath, comparez le nom Tsirl. 

II Correspond à Feivescb, Phœbus. 

11 Voyez Lowe. op. cit., p. 25, au mot BÎDX Peut-être faudrait-il lire "pV-' 



LI«: MEMORBUGH DE MAYENGE 21 

cent avec sa femme Richantsa ; Joseph fils de saint (martyr) R. 
Isaac ; R. Ephraïm fils de R. Mardochée avec sa femme Mina et 
trois fils ; R. Samuel fils de R. Ephraïm avec sa femme Gneudeline 
et un garçon ; Mina fille de R. Menahem ; R. Mardochée, fils de 
R. Eliézer avec sa femme Reichlin, un garçon, et une vierge la 
tille de R. Vivelin 1 ; R. Yehiel, le vieux, fils de R. Othniel avec 
sa femme Hannah et un jeune fils; R. Baruch fils de R. Moïse 
avec sa femme Gutline et quatre fils; R. Abraham fils de R. Baruch 
avec sa femme Reichlin ; R. Salomon fils de R. Isaac avec sa 
femme Gutart 2 et ses fils; R. Isaac avec sa femme Michal et ses 
deux fils ; R. Salomon fils de R. Moïse, le vieux, avec sa femme 
Schœnfrau 3 et ses quatre fils; Lutsa 4 fille de R. Simhah, femme 
de R. Jérémie ; le jeune Obadyah fils de Jérémie et la jeune fille 
(ioldeline fille de R: Jérémie; R. Isaac fils de R. Jérémie avec sa 
femme Salveda et quatre fils ; R. Samuel fils de R. Jérémie avec 
sa femme Minkelich et le jeune Meïr; R. Abraham fils de R. Jéré- 
mie ; R. Pessah fils de R. Yerahmiel avec sa femme Belietta, qui 
furent tués et brûlés du vivant de leur père ; R. Yehiel, l'adoles- 
cent, fils du saint R. Eliézer avec sa femme Esther; la femme 
Gutline fille de R. Menahem et ses quatre fils; R. Senior fils de R. 
Yehiel avec sa femme Zephora et cinq fils ; R. Pessah fils de R. 
Simhah avec sa femme et quatre fils ; la femme Goldeline fille de 
R. Pessah ; R. David fils de R. Juda avec sa femme et un garçon ; 
R. Juda fils de R. Moïse avec sa femme Bouline et quatre fils; R. 
Jacob fils de R. Orscheraga avec sa femme Sarah et quatre fils ; R. 
Juda fils de R. Moïse avec sa femme Reichlin et quatre fils ; Rosa, un 
garçon et sa sœur Hefzi-bah, enfants de R. Joseph ; Tilia (Mathilde) 
fille de R. Juda ; R. Isaac fils de R. Samson avec sa femme Mineline 
et cinq fils ; R. Y r ehiel fils de R. Isaac avec sa femme Mina ; R. Azarie 
fils de R. Samuel ; R. Hananel fils de R. Samson avec sa femme 
Tsorline 5 et quatre fils; R.Néhémie fils de R. Samson avec sa femme 
Tsorline ; R. Hakim fils de R. Ascher avec sa femme Hanline et quatre 
fils ; R. Gedaliah fils de R. Hakim ; R. Abraham fils de R. Baruch avec 
sa femme Rebecca ; R. Ascher fils de R. Hakim avec quatre fils ; R. 
Israël fils de R. Yoëç avec sa femme Gutline et quatre fils ; R. Meïr 
fils de R. Y^oëç avec sa femme Schoenlin et un garçon ; R. Orschraga 
fils de R. Salomon avec sa femme Brune et cinq enfants ; Hanline 
fille de R. Salomon et un garçon ; R. Liberman fils de R. Isaac avec 
son fils ; R. Abraham fils de R. Joseph avec sa femme Mina et son 
jeune fils Samuel ; R. Elie fils de R. Abraham avec sa femme Golda ; 
Bona fille de R. Abraham ; R. Meïr fils de R. Saadyah avec sa femme 

1 Vivelin est sans doute le diminutif de Vive, traduction de Û^TI, et non pas 
Feblin, diminutif de Phœbus, comme M. Lowe le propose, op. cit. p. 2. 
s C.-à-d. Guthard ou Gutherz, bon cœur. 

3 Voyez ci-dessus p. 22, note 7, et Lowf, p. 27. 

4 Peut-être Luce, lumière. 

5 Diminutif de Sara. 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Diha 1 et trois fils ; R. Ascher fils de R. Ezéchias avec sa femme Mina 
et quatre, fils ; R. Elie, le vieux, Hazan, fils de R. Joseph avec sa 
femme Yecblin; R. Nathan fils de R. Zerah avec sa femme Tsorline et 
quatre fils; R. Nathan fils de R. Isaac avec sa femme Bella et un 
garçon ; Traute, fille de R. Yoëlavec cinq fils; R. Isaac fils deR. Moïse, 
le vieux, avec sa femme Brune et cinq fils ; R. Gerson fils de R. 
Pessah avec sa femme Schoenlef 2 et quatre fils; R. Obadiah fils deR. 
Yehiel avec sa femme Avigai 3 et un garçon ; R. Eliézer fils de R. Juda 
avec sa femme Esther et son jeune fils ; R. Joseph fils de R. Isaac 
avec sa femme Tsaret ; Bona femme de R. Benedet avec ses quatre fils ; 
Rebecca fille de R. Isaac avec cinq fils ; R. Yehiel fils de R. Ascher et 
sa femme Hannah; Rachel fille de R. Moïse et le garçon Ascher ; 
Paura avec ses quatre fils; R. Gerson fils de R. Isaac avec sa femme 
Tserline et trois fils ; R. Isaac fils de R. Gerson avec sa femme et un 
garçon; R. Salomon fils de R. Samuel avec sa femme Maïten 4 et 
quatre fils ; R. Salomon fils de R. Joseph avec sa femme; R. Yehiel, 
le vieux, fils de R. Joseph avec sa femme Freude 5 et quatre fils ; R. 
Samuel fils de R. Abraham avec sa femme Golde ; R. Joseph fils de 
R. Samuel avec sa femme Zeruyah et cinq fils ; R. Jacob fils de R. Juda; 
R. Joseph fils de R. Moïse avec sa femme Reichlin et quatre fils ; R. 
Juda, fils de R. Joseph avec sa femme Sprinça et quatre fils; les jeunes 
filles Tserlin fille deR. Salomon et Richantsa fille de la femme Sarah; 
R. Calonymos fils de R. Joseph avec sa femme Gutline ; R. Simhah 
fille de R. Moïse avec sa femme Reichengold et trois fils ; R. Juda fils 
de R. Moïse l'adolescent avec sa femme Golde ; R. Jacob fils de R. Moïse 
avec sa femme Gutline et quatre fils ; Y r echlin fille de R. Jacob ; R. 
Moïse fils de R. Jacob avec sa femme Bouline et un garçon ; R. Eliézer 
fils de R. Baruch avec sa femme Yechlin et deux fils ; R. Baruch fils 
deR. Eliézer et son jeune frère; R. Abraham, le vieux, fils de R. 
Y r ehiel ; R. Yehiel fils de R. Abraham avec sa femme Goldeline et un 
garçon, le jeune Mullin fils de R. Abraham le lévite; R. Isaac fils de 
R. Moïse avec sa femme Michal et un garçon ; R. Joseph Hazan fils de 
R. Saadyah avec sa femme Richantsa et leurs quatre fils ; R. Abra- 
ham, l'adolescent, fils de R. Moïse avec sa femme Miriam ; R. Isaac, le 
vieux, fils de R. Abraham avec sa femme Boneline et son fils Mei'r l'a- 
dolescent ; le très estimable Y r ehiel fils de R. Reuben ; R. Moïse fils de 
R. Calonymos avec sa femme Mina et ses deux fils ; la femme Gutline 
fille de R. Juda avec ses quatre fils ; les deux fils de R. Eliakim avec 
sa femme Schoenlef; R. Moïse fils de Jérémie avec sa femme Guta et 
cinq fils ; R. Samuel fils de R. Alexandre avec sa femme et sept fils ; 
R. Yehiel fils de R. Ouri avec sa femme Bella et trois fils; R 

1 Voyez sur ce nom l'explication peu probable de M. Lowe, op. cit., p. 23. 

2 Composé de Schôu et ^b cœur, analogue à Gutbard, ci-dessus p. 21, note 2. 
Voyez, pour une autre dérivation, Lowe, p. 26 au mot ÊPbTIiS. 

3 Voy. ci-dessus, p. 12, note 1. 

4 Mathilde. Lowe, p. 25. 
' Lowe, p. 24. 



LK MEMORBUCH DE MAYENNE 23 

Abraham fils de R. Salomon avec sa femme Salveda et trois fils ; lu 
femme Tsarit fille de R. Joseph et un garçon; Elazar fils de R. Isaac le 
lévite; R. Abraham fils de R. Jacob avec sa femme Frida et deux fils; 
R. Jacob avec sa femme Miriam et un garçon ; R. Moïse, le vieux, avec 
sa femme Rechila; R. Isaac fils de R. Peter avec sa fille Minklich; R. 
Pessah fils de R. Lcvi ; R. Moïse le Français et son ami R. Moïse avec 
leurs femmes et leurs fils ; R. Salomon de Ilochstedt fils de R. Isaac 
avec sa femme Guta et ses fils; la femme Ilannah fille de R. Abraham 
le Hazan et deux fils; R. Isaac avec sa femme Léa; le prosélyte qui 
se convertit pendant la colère de Dieu; la femme Rumeline avec son 
jeune fils Judeline; la femme Hanneline fille de R. Eliakim le lévite ; 
la femme Zirlef fille de R. Eliézer le lévite, qui fut tué, avec son fils; 
Gutline et sa jeune sœur, filles de R. Eliézer le lévite; trois jeunes 
filles, Adelheid, Pessline et Esther. — Les femmes: Minela 1 la vieille ; 
Gemma la vieille; Goldeline avec son fils Viveline; Zirlef et ses fils; 
Mingut et son fils ; Mina la vieille avec sa fille Yutta, sa petite fille 
Rachela et le garçon Abraham; Zirlef la vieille, la sage femme; Michal 
la vieille; Yetta la jeune fille, fille de R. Yehiel le Cohen; Rachela 
avec sa fille Zirlef la jeune; Mina la vieille, fille du rabbin R. Pessah ; 
Mina fille de R. Havvim avec ses trois fils; Reichlin fille de R. David 
le lévite; Richentsa qui prie pour les femmes; Miriam la sage femme 
et sa petite fille Gutline; Gaila 2 et ses deux fils; Mina fille de 
R. Isaac le Cohen ; Adela fille de R. Ascher ; Ilannah fille de 
R. Othniel; Bella, la vieille, fille de R. Samuel le Cohen; Rebecca la 
vieille ; Diha fille de R. Abraham avec son fils Baruch le Cohen ; 
Adelkind avec sa jeune fille Tilia ; Michal la vieille ; Golde fils de 
R. Nathan le Cohen, avec son jeune fils Jacob ; Ellène fille de R. Jacob 
et ses deux fils: Golde fille de R. Jacob le Cohen; la jeune Ilaven- 
line 3 fille de R. Mardochée avec son jeune fils Isaac fils de R. Meïr: 
Yutline la vieille; Adlef fille de R. Meïr et ses trois fils; Ilannah; 
Ellène avec son jeune fils; Hitsline et son fils. 
Total des saints (martyrs) : 740. 

Voici maintenant les noms des endroits oii eurent lieu les mas- 
sacres, qui se trouvent ônumérés dans notre Memorbuch. Ces 
mots sont écrits par différentes mains. 

I. En caractères carrés d'une main postérieure à Isaac de Méi- 
ningen (fol. èp>). 

1 Lisez Nb;^^- 

* Abrégé d'Abigail; voyez Lowe, p. 23. 

3 Lt petite Eve. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

KjFWttfrb ïaa-nbaYw ^«ns pTn Ytte*rè pntnaa^bp ïiVm&p*] ta^htaTi 
"pra ïaa^banp D'wttpfcp "paio pnsanbr» ta^nca-np piaiaOT nwbawip 
pnraaiVn "jwm^T pagina p-itûanb Ntan:; ù^'-n p'nab'"?! 
anb tnaitta p-nnb'W p^ï^i bbtdVip pTnarrm jpm yn« "wni-ï 
tpmBram piaaaitt abnrnï-î BbTHûaa^B^ma nth: nn£ . ^BÉahâ 
n^bpb:arap^TBBB^:a)^ba*:aBBœ:D^b , i*a Ktamitln KB'nOTiB ïsnïroirru 
(sic) Nsa^p lanniaaaip BBWna antt^B Bb^t-ftan pain "ja-inbE 
■asnw û^ïi^nbip'nN bana nb^beïtiJi û^nan-n p*iwm n^*wa wnn 
-îrb aaioaip pnaHrm ytsm pnaasnB'ffi œVnaBmb Nanp Bbmbifi bbsj 
dpata^a i^Tia naanp BpTOâsç» tpiaan l'aim 'n las^abi tmaiK pinata 
BBtti'm innap'ra «pT^n cataui^a> .pTnawn pnMintt ïrma p^MatbiBiD 
'n vaan intiiNi ïMaatt train 'n ■ja-nna^ra pnaib^anû d^tia-nn msanN 
'n D'^mDBip'm ïaa^aab^ai pp^wna Na^bip n^wib ima ^aan âna*ai 
ijvnrt &* ta pBbaaa witt la-^îi ■«» "wn nsnaz ^ai-irt in^Ni î-raift ^ai ^inai 
innam râpa" 'n antt bwip ^"nio «^"nba ^sinïï ■nan yns ^ainh Nbn 
pniBttntatt) wnîi ^^id^n wih Kiwi wtti 

Lauden, Grossfeld, Gamburg, ...heim,Dùren,Wartenberg, Freuden- 
berg, Wertheim, Eckenmùhl, Klingenburg, Gernau, Wiedern, Oden- 
gau, Ingelfingen, Lichteneck, Kunzelsau, Weissenburg, Krautheim, 
Haldenberg, Stetten, Konigslieim, Kreglingen, Mosbach, Heilbrun- 
nen, Winheim, Grath, Lunenburg, Gœggingen, Sindringen, Wal- 
denberg. 

Martyrs du pays de Franken; Wurzbourg, Garlstadt, Reineck, 
Hammelburg, Gmùnd, Lahr, Arnstein : la femme Tsira de Hei- 
tingsfeld, Hochfeld, Scliœnberg, VVasserdorf, Geroldshofen, Schoén- 
wart, Hasperde, Melrichstadé, Meiningen, Schmalkalden, Schleu- 
singen, Wasungen, Romhild, Themar, Neustadt, Konigshofen, Kirch. 

Martyrs des villes de Bamberg, Forchbeim, Hohenstett, Gugel, 
Erkolsheim, Ebermannstadt, Hollfeld, Kirn, Licbtenfels, Staufen- 
berg , Neustadt, Gersburg, Konstadt, Lichtenberg, Ausheim, 

Falzingen, R. Frohman, brûlé à Tanndorf, Kœnigssee, , 

Stolzenberg, Urach, Hohenberg, Weissenburg, Eiscbstatt, Heideck, 
Meckenhausen, Freistadt, Erfurt, Hornheim, Spielberg, Tettenborn : 
R. Bonem le Cohen avec sa femme et ses fils ; R. Bera avec toute sa 
maison, Tornau, Culmenau, Neumarkt, Weilchingen, Wickersheim : 
R. Baruch Moïse avec sa femme. 

Martyrs de la France, des îles de la mer, d'Angleterre, de Halle 
et de Hongrie. Ceux qui furent brûlés à Blois et à Corbeil, R. Jacob 
et ses amis. Martyrs de Remagen, Erfurt et Strasbourg. 

II. En écriture cursive allemande ancienne (fol. Vp et n"p). 
'b'Y2 a a a ^ii ib^nnrn tara mïiau: D^Tn ^y mfcta iba 



LE MEMORBUCH DE MÀYENÇE 25 

•BMna . û'iîiwaftp'n • pnns^N . "pa^p . a^iiaBia • ntin . imwi 

.^ataaib .yvrn .pmaamti . ta^r? 
.û^mDBWaa nb^nntt 'bY2 rana rfH 
ÏTib . d^ïroyo . û^rtwbip . trïiaia . pmaaBiaia . a^hiûBiura 
pnawn -^7 -NviaVn .p-nsnmïi ipTiab»» .«a^tatt .ïîiïïaaa 

-aai» . yabsip .abiari . p-is^p . Nransia .kbYn . «anaa . wnb 

. staamaN . •naiBSTa ■ tpba . a^a-ia . a^b . ma 

'b'ïi'aï ï©ïbtf 

. r*nb , nB , n . ia^np-ira . wib'nÊrt'iBYi . d^îiiabntt . N^bit ■ «âa/n 
.t^:-j . a^nat . a^imaa -ïnîiVna .d^pa'Wtt .bKtm©^ .p'nbiiwp 
. piaasiba .pnaaa^ .tans^a .tanbcatoiû . -itaiûatDtta .Nab^pba .taTB 
. Nias . p^p^a-ia . d^nata* .'fBttblï . p*iaaba>2 

b'n'tt ^aianai trm 
.yrçfcjn . pww • op% . btaiTSt • ^ns . B^aj.. wt^. pmaaroN .Npbns 
. imia . si-nuiaa^-iaa^ . y«B»apbn . pi^BU^bani . y-a-n-j . ïàawTp 
. ©nb . ntiûb . pmaana . ïbira . ïp'iiaD'-iTrN . \a^\ • ^abcais^ . ïrbynttattn 
. ^b^i .tpTOrm ■ iti^asia . v^aa^s . ^«bo»»» . t*b . ii^ma . ïtabiç 

•p^a 
-naû* .pTp'ns .^ansTObTi .émana .Vûibani .cnnab .Èpnap*a 
.jnnasja .^wanûtt .pa^-nr .yrbam .pilant .p*na^a Si^wn . pban 
.Nsaîap .a^ïib^p .apnsavia .'jbiti .pa^aiN .pmainp .taiîTttnab 

Voici les noms des villes de saog où les massacres commencèrent 
le 20 Ab, 5096 = 1336. 

Roettingen, Au, Oppenheim, Kitzingen, Ipbofen, Wickersheim, 
Mergentheim, Hohenburg, Wiedern, Lauterbach. 

Le 10 Tammouz 5097= 1337 les massacres commencèrent à Bis- 
chofsheim, Aschafïenburg, Buchbeim, Kùlsheim, Bretheim, Lauden. 
Pfaffenhausen, Stein, Hammelburg, Hohenburg, Villeneuf, Diez, 
Friedburg, Bùdingen. 

Sur le Rhin en 5097 = 1337. 

Lorsh, Bacharach, Vedl, Boppart, Kirchberg, Rheinbellen, Coblence, 
Montabaur, Leun, Kochem, Alken, Munster, Andernach. 

En Alsace en 5098 = 1338. 

Rouffàch , Soulz, Herlisheim , Rappoldsweiler (Ribeauvillé), 
Berkheim, Richviller, Kaisersberg, Mùnstertal, Duringheim, Mùl- 
hausen (Mulhouse), Ensisheim, Sennsheim (Cernay), Thann, Firt, 

Altkirch, Munster, , Benfort, Rittenberg, Blumberg, Zellenberg, 

Soulzbach, Ettenheim, Oberkirchen, Saverne. 

En Bohême et en Autriche en 5098 = 1338. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pulkau, Eggenburg, Reisch, Znaïm, Ilorn, Zwetl, Rakonitz, Er- 
burg, Jemnitz, Pratingen, ïrebitsch, "Welschberg, Walkenstein, 
Hebreichsdorf, Gôrtz, Rastenwalden, Mistelbach, Viten, Emersdorf, 
Tuln *, Naunberg, Passau, Linz, Pôlitz, Budweiss, La, Zastelan, 
Rechniz, Naunhausen, Drosendorf, Felk. 

En Bavière. 

Tegendorf, Landau, Dingelwangen, Brunau, Willshofen, Vierkir- 

chen, Ettenfeld, , Mosburg, Felden, Erding, StraubingeD, 

Pfaffenhausen, Landshut, Kraiburg, Oettingen, , Neumarkt, 

Kellheim, Kamm. 

Une main plus récente a ajouté le passage suivant : 

*TMB !tn^G*i . tn^an brrp hdis&ï lo^a Va riasja '$yp psttj? 
n^N tfr\ nwéai . &rps>tû b^a BOBftYï] br-ipi . fen^rraiftb bï-ip m w?ii» 
taffl nia» taw^att bai tP'WWtta latt^a *tfû& d^binin ib^hm '?'a'p 
Y*< pnias^Tnû ^inti . '5'a'p lo^a "jatta ibitoi ■U'nîi . btti tnpr '- 

. b'ï'p ,ta r a-p t^éw 

En l'année 5133 — 1373, le sabbath 24 Nissan, la communauté de 
Wachenheim fut brûlée ; la même semaine la communauté de 
Lambsheim et celle de Neustadt près de Spire eurent le même sort. 
Le sabbath, néoménie d'Iyyar 5133 = 1373 les malades étant à Ger- 
mersheim ainsi que les gens bien portants furent brûlés. Personnes 
massacrées et brûlées à Mosbach, en Nisan 5133 = 1373. Personnes 
massacrées à Schweinbourg le mercredi, 14 Iyyar5137 = 1377. 

Le passage suivant, en caractères carrés, vient immédiatement 
après et est suivi de la prière ^Taœ ^ en caractères cursifs al- 
lemands anciens. 

«bç i^biaiN "p^bEiia NtobiN p^bY-na •twifi'n pTÎ&çjn» "Wjïi 
ïSTlnttp'Y^ awbip an i-i a a^baip Kswas^ ^wn-n qi^w .pwipvwî 
^iôi3> itnrtqnia ass^'a ab^ p^wn^sa p-iwtna ■pb'-tfa wpi^aanw 
pnn^in pntaima p*Vîa&avi pTiair-ïm tmapnô ^nbia TïrïibT?: 

Personnes tuées à Augsbourg et aux environs, à Nôrdlingen, 
Ulm, Eislingen, Uberlingen, Baie, Strasbourg, Spire, Worms, 
Mayence, Coblence, Trêves, Cologne, Dortmund, Osnabmck, Ber- 
lin, Brandenburg, Magdeburg, Halle, Meissen, Nordhausen, Erfurt, 
Muhlhausen, Fulda, Francfort, Wurzbourg, Rothenburg, Nurem- 
berg, Ratisbonne, Landshut, Salzburg, Felk, Krems, Znaim, Bres- 
lau, Cracovie, Eger, Prague. 

1 C'est sans doute dans cette ville que fut copié le Talmud dont une partie se 
trouve au Vatican. Voyez N. Rabbinowicz, Varia Lectiones, t. XI, p. 17. 






LE MEMORBUCH l)K MAYKNΠ27 

A la fin du volume en caractères cursifs allemands anciens. 

.TOWi tjbtfb S-p rû©a 'i:>n ima nm mnîtfi ttba 
-"Dia piï-ûia .pistai .atmmb .pi^pûbam nbnp .*w*na na^wa 

.pô'nbwa ^ana^a yôWE ./wto a"* iwva .K^agnaip .^b 
Ma 1 ** pi-ras pnsimab inwa pms'ûiN nbîtp .pr^a rrs*T%j 
DDWna pan» atarcsb'tàa'w py»b*i b^îwb nsnai^i p^ianém û^'rtb^ 
-bpri panb* pa/noirn yû^brria psw^a Kp'ni'ti ïJWna ywbani 
mb^nDon^Dri ï^bsE p^iaia mm VJHywat'arm» tp-ia*na bina© 
p-iwm pinaana Kbta nbnp ^b^wn B'iïwrb'ri •j^p^T?bita TT 1 " 12 ? 
-wbnîi ^nMbia «ib'nM Kibnt finVnmi bottât û^^ittojiwn bt*b mb 
ïnb'îwob'iDvi ÉTHabip tr^-ïprn-n «aa-n bBiBisa-fà pisto-ir»^ tr«h 
b^ïrcbip-ua BBVXJbû yVfc«e»p b'wftpnya Nabis pnaabsst ÊnVwH 
piiaabiB anywia anb'ma anas b"*swn an-m b**ttottrro wrtwâ 
zhrùPD piix&p px+nim anb «btïi a^ï-irjr smo^i eroiûa'flQ^nfwa 
.sn&V^i pnancïé N-mab mraxn nbï-ïpï-î p n^ s &no o 

wnsb^ïi la^ïiaana, tz^nr-n-D abttYnîa fc^-patBi ç^wtiin mbnp 
ta^mnan piaaab^ «ra b*nBb* t^wnc N^biN piabr^n Basa/n 
-b»« Nrna? «B-ma'nttJ pnnaarrn piawi amabtoïi ^a^N ^ô-i? «ann 
ïnnb*ws mwm nbï-rp . fbawrwa irwwb 1 *! 'jainuwanp ■pïsrobïï fjbp 
.MWtii M&ara Kasab^îa aûBTûanM flûm incarna 

Voici les [lieux où eurent lieu des] persécutions en l'année 5109 = 
1349. 

Province de Boden-See : Les communautés de Weltkirchen, Lindau, 
Rabensberg, Buchhorn, Ueberlingen, Constance, Schaffhausen. [Autre 
province] Memingen, Bibra, Gùndehvangen. Bavière : les commu- 
nautés d'Augsbourg, Burgau,Landsberg, Pfaffenhofen, Aichach, Fell- 
heim, Wasserburg, Vorden, Lipheim, Dillingen, Ingolstadt, Munich, 
Neustadt, "Welldorf, Greding, Heidek, Berching, Nordlingen, Feuch- 
twang, Ellwangen, Dinkelspiel, Burgdorf, Arau, Zofingen, Sursee, 
Arburg, Mellingen, Roupertsvilei", Zurich, Bàle, Sekingen, Waldshut, 
Rheinwalden. Les communautés de Baie, Neuenbourg, Fribourg, 
Thann, Furt, Ensisheim, Sennheim (Gernay), Watviller, Soulz, Gue- 
viler, Mulhouse, Herlisheim, Kaiserberg, Munstertal, Rouffach, Du- 

rinkheim, Golmar, Rapporldsviller, Richeviler, Zellenberg, , Ber- 

kheim, Kestenholz, Schlettstadt, Markolsheim, Ockenheim, Erstheim, 
Fi'irth, Rosheim, Saverne, Neuviller, Bischviler, Offenburg, Maur- 
munster (Marmoutiers), Rhinau, Ettenheim, Hasel, Lar, Endingen, 
Kenzingen, Benfeld, la communauté de Strasbourg, Haguenau, Lan- 
dau, Lauterbourg, Selz. 

Les communautés de Worms, Spire, Bruxelles, Pforzheim, Bret- 
theim, Heilbronn, Wimpfen, Heidelberg, Ulm, Sersheim, Eltville, 
Bingen, Miltenberg, Wertheim, Duren, Erbach, Amorbach, Ham- 
melburg, Friedberg, Wurzburg, Schweinfurth, Ebern, Schmalkalden, 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Schleusingen, Konigshofen, Herleshausen, Les communautés 

de Erfurt, de Muhlhausen, de Nordhausen, de Meissen, Arnstadt, 
d'Eisenach, de Gotha. 

Le passage suivant est écrit par la même main, mais il est 
presque oblitéré ; 

.■nbi&rt t]b&tb b"ap naïaa '*a iu:^i "ton rn'TWtt ib^ 
KM-rn amarâ V^Vian» Nbta pTi&anoiB NttbiN i^br-na p^nsnaiN 
ïttïiEma 'jt 1 ^'' 1 ^ btiw î^ib-n asbip emipSTi to^naaiN «sa;**» 

r «bJP8 

.pTiààavi p^aaaa pnaa^na pSia-STi Ï^E nri» «bttp jttna rna^E 

Voici les [lieux où eurent lieu des] persécutions un vendredi 5139 
= 1379. 

Augsbourg, Nordlingen, Ulm, Strasbourg, Baie, Ueberlingen, Spire, 
Worms, Mayence, Oppenheim, Francfort, Cologne, Fulda, Erfurt, 
Muhlhausen, Nordhausen, Iglau ? les provinces de Meissen, Gassel, 
Wurzbourg, Nuremberg, Bamberg, Rothenbourg. 

• a"p nT» 
smbnp ^smun win inwt» t]bp br tf*'* y^ p"pn rrïnuïa f-naïa 
smaawn aTiasoTn awibip y^b^aip a^ias^a^:^ wû'wm ^n^dib 
a-na'ytt anw?» trrçtttma tr^ftV^ camEn* fcrbtta smaoniatt :maa*rna 
Kb^nat itt^aK 'jwb.w sanî-naaTb amattfc**n keVin i^b^a :matëjnK bïi 
î^p&np r^oana ana^ •nott>5 , »i« xi^Miwiy*! nîïï^p «na^ iamapari 
y^acaïaip ra^ia^a BiÎM^miD a h vfiao w n ^aa au^iu awi a&ns an-nu 
ûicansm bana* smattta amants easiNin 'jmnaaKa amassât îmaattWDap 
-anb^rt saiaraa'ntf ^ba*a "pia-ip lan^a n^bip pa^n nb^am miaula anab 
-bp^ ^aana ^atba paib^T imawtt p^iTiuaTna aoina^b inta-iûa^Yi ai 

an . :ma 

msi'TQlni mM ati> W :a"p m-ptt 
taaaana nabin faamtD "pao^a yapt ps^rni Dia^ 'ppis p^tt 
■pia^tt «StSiJ ÎTîaa'ha piTa airs "pûaanp "pao^rau: ^"ntattiM na^it 
an . art na^itt mao na^n» •pb&îauâani 

Persécutions de l'an 5109 = 1349 (copie de M. Carmoly). 

Dans le MemorhicJi de Metz, écrit sur parchemin, j'ai trouvé énumé- 
rés les [noms de ceux qui ont été] tués et brûlés dans les communau- 
tés de Spire, Worms, Mayence, Oppenheim, Coblence, Cologne, Ro- 
thenbourg, Wurzbourg, Nuremberg, Strasbourg, Bâle, Erfurt, Muhl- 
hausen, Nordhausen, Magdebourg, Neubourg, Halle, Augsbourg, 
Nordlingen, Ulm, Regensburg, Landshut, Eslingen, Ueberlingen, 
Zurich, Francfort, Eger, Krems, Dortmund, Munster, Minden, Bres- 
lau, Cracovie, Trier, Prague, Vienne, Trente, Passau, Weissenburg, 
Schweinfurt, Neustadt, Costniz, Kochenburg, Salzbourg, Schafïhau- 



LE MEMORBUCH DE MAYENCE 29 

sen, Haguenau, Friedburg, Bamberg, Oppel, Wertheim, Landau, 

Marbourg, Wetzhar, Dillingen, Colmar, , CoberD, , Arn- 

stadt Hildesheim, Wintertur, Lindau, Brunswick, Magdebourg, Se- 
lingen, Alzei, Butzbach, Meklembourg. 

Noms des provinces qui ont souffert pendant les persécutions de 
5109 = 1319. 

Mark, Franconie, Rhin, Thuringue, Saxe, Bavière, Souabe, Hol- 
lande, Brabant, France, Autriche, Styrie, Garinthie, Bohême, Mark 
Bernbourg, Meissen, Alsace, Westphalie, Espagne, See ? 

Nous ajouterons une autre liste qui se trouve dans un MahazOr 
ms. d'Oxford qui porte le n° : Mich. 328, OUm. 537; (dans mon 
catalogue n° 1108); le commencement de quelques villes est il- 
lisible. 

Nb^a n^i tJïTvnsM «5*»» m» *nrpT bœ anxju» n« D^ba nar 

. ab^p 
aia^t tn'Wbnja aama «'rmbB'm . . . vmh» wiïi '2 . . . mar 
i^atasi» KafâiVmp rmi'TOm T^p n-jst «taia worb wttïîi »ana ■pasri 
aisna aaïa-pp tfpanba fai^ia Na^ip2N «bâiapia ficba^i N^n a^aip 
b"wnaam a^npnn «mett wdîoiti m»*"*» «m «Yip «aiaa t*tpVi «brm 
û^nana f nb^a a^rm-n waia pnaa^aiatN] û^ïTWttb a^ï-nattia aa^'iia 
-SOT irnas-m I3>ïiujn?a f^-ib a^masnatta ûirw» [-n] û^ai'ni wm 
lia [—3 aina-m ^iiasita 'p'wna ^aatonn ^an aaiana a^ï-na-n [\n] pma 
anobiN bbibe [— ] amausis aaœibp a^rrrsus prirp i^ina^ pitaip 
afnaab frnab'Wï amTOb pa^a [in] iia^i abîûbiîi «aia? bpbM f*OTE 
pa« bow^ii piwna piaa^ia ^tnfc [— ] p;nrïr5a fwnm a^rrbp 



Dans le ms. Mich. 74 (olim, 3542, non catalogué n° 1171) se 
trouve à la fin, après la prière de map, la liste suivante, malheu- 
reusement en partie oblitérée : 

-w\n , ntyi ?ab*»aaia .fpan ■ TW^ ïfaanrr .fum .pbaBaom 
. àabiaoîib , pmaa-rçaia , œpiEna . aabi-na . ■^aabaa'm ? ann , aabi^a 
-aa , fa»™ . fiar^a . f^aai^p . piïmaio . ^piaïai» . bfpa , ^bis 
. ©*ia . aabwn» . Tnpan . K*a , nia . mwn . -j^nana . fûNïbN . wiw*t 

. oia^i . KVvwa 
iî*b« i"-) f^ana .fwna i"n fa bar 'in pnsr*i"a tpv 'iftj 'fir^nbnp 
bTO . (fï-ia aa^piàiï i"n) sn-ner»» . "paairo . Brra-MO-m . h^tt n"n fa 
? . . . ia ? BratT^Tiio . yrmyn . xbïr> . (apy n"n) frçniiana . "prisi 
. ? Mtma . amassa , aattîis * 8tR3« , np . (anaw i"n) «ana . a^awn 
. (pnaF i"nj fnasani . pn&ias^iam , pnattiN . fwbma . wsrbis* 

1 Tous les noms do localités sont suivis du anot STaitt^T. 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

-i"n) ehiapm . ftîtb w '*i mïi] '■p-iDir-pn . c^t-ie 'n nnt-i) "pîwnia 
"Y'n) prbnniN , pmeo-iao . -parn 1 "*!! ♦ [tpv n"n) d^nasi» . (û^ss 
« arma . t^nc . [rpv n"n) 83b"à3ft3 . (u^ss-n n"n) Ktiwni . (apa^ 

.yrbsip 

JNous ne donnons pas la traduction de ces deux pièces parce que 
les noms de localités qu'elles renferment se trouvent déjà dans les 
passages cités plus haut et parce que certaines leçons ne donnent 
pas «de sens satisfaisant. Nous aurons même à revenir ailleurs 
sur hmi grand nombre de noms d'endroits que nous avons tra- 
duits dans les pièces précédentes mais qui nous semblent encore 
très douteux. 

Ad. Neubauer. 



NOTES ET DOCUMENTS 

POUR SERVIR A L'HISTOIRE DES JUIFS DES BALÉARES 
SOUS LA DOMINATION ARAGONAISE 

DU XIII e AU XV e SIÈCLE 



L'histoire des Juifs des Baléares sous la domination aragonaise 
commence avec la conquête de Majorque par Jacme I er d'Aragon 
(1229) et se termine en 1435, date de la conversion forcée de tous 
les Juifs de cette dernière île. A partir de cette époque il n'y a 
plus, à proprement parler, de Juifs aux Baléares ; toutefois les 
nouveaux convertis, comme on les nomme, ne sont pas mis, par 
le fait du baptême qu'ils ont dû subir, sur un pied de parfaite 
égalité avec les habitants chrétiens des îles, ils continuent à for- 
mer, surtout à Majorque, sinon une classe, tout au moins un 
groupe à part, très surveillé par l'Inquisition, qui châtiait sévè- 
rement le moindre retour aux pratiques du culte aboli, et vu de 
mauvais œil par les autres insulaires. 

Les anciens annalistes du royaume de Majorque, D. Juan Da- 
meto et D. Vicente Mut, n'ont touché que très incidemment à l'his- 
toire des Juifs de leur pays ; le pillage de la juiverie de Palma et 
le massacre d'un certain nombre de ses habitants en 1391, la con- 
version générale de l'année 1435, sont à peu près les seuls épi- 
sodes auxquels ils aient cru devoir consacrer quelques pages. 
Jusqu'à D. Jaime Villanueva, qui visita en 1814 les archives et 
tes bibliothèques de Majorque et de Minorque, il ne semble pas 
qu'aucun érudit insulaire ou étranger ait cherché à combler les 
lacunes des historiens du xvn e siècle. Le savant dominicain de 
Valence prit le bon parti ; il fouilla consciencieusement tous les 
dépôts de manuscrits qui lui furent ouverts et s'appliqua à réunir 
une collection de constitutions, ordonnances, privilèges ou autres 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

documents relatifs aux Juifs des Baléares, à leurs droits poli- 
tiques, à leur condition sociale et à leurs relations avec la popula- 
tion chrétienne ; les résultats de ses recherches sont consignés 
dans les tomes XXI et XXII du Viage literario ci las Iglesias de 
Espafia, publiés en 1851 et 1852 seulement, sous les auspices de 
l'Académie de l'Histoire de Madrid. Bien qu'il soit loin, sans doute, 
d'avoir épuisé la matière 1 , Villanueva a fait plus qu'ouvrir la 
voie : les nombreux documents qu'il a tirés des archives de Ma- 
jorque et mis au jour seront toujours considérés comme la base la 
plus solide des travaux à entreprendre sur le sujet qui nous oc- 
cupe. L'érudition locale n'a jusqu'ici ajouté que peu de choses aux 
recherches si bien conduites par Villanueva : VHistoria de Soller 
en sus relaciones con la gênerai de Mallorca -, par D. José 
Rullan, me semble être le seul ouvrage imprimé depuis le Viage 
literario où aient été réunis quelques renseignements nouveaux 
sur les Juifs de la grande Baléare. Il serait inutile d'en chercher 
dans la volumineuse Historia social, politica y religiosa de los 
Judios de Espana y Portugal, par D. José Amador de los Rios, 
qui n'a même pas su tirer parti des recherches de Villanueva, et 
n'a fait, dans les quelques pages de son livre 3 consacrées aux 
Juifs de Majorque, que résumer un article d'un ancien répertoire 
de jurisprudence 4 . Je n'ai rien trouvé non plus dans le premier 
volume des Instilitciones juridicas del puehlo de Israël en los 
diferentes estados de la peninsula ibérica 6 , par D. Francisco 
Fernandez y Gonzalez. 

Pour préparer le terrain à de nouvelles investigations et faci- 
liter la tâche de ceux qui voudraient entreprendre l'étude de la 
question dans son ensemble, je crois utile, avant de faire connaître 
les documents inédits que j'ai eu la bonne fortune de découvrir, 
de donner ici un catalogue détaillé des pièces diplomatiques et 
notices historiques que renferment les ouvrages qui viennent d'être 
mentionnés. 

N° 1. — Ann. 1247 (11 juin). — Charte de Jacme I er d'Aragon, don- 
née à Valence, le 11 juin 1247. Le roi accorde sa protection à quel- 

1 II resterait, par exemple, à achever la transcription d'un manuscrit très important 
de la bibliothèque des marquis de Campofranco à Palma, dont Villanueva n'a pu 
copier qu'un « petit nombre de documents ». Voir le Viage literario, t. XXII, p. 233 
et 250. 

2 Palma, 1877-1878, 2 vol. in 4». 

3 Tome II, p. 293-295. (Madrid 1876). 

4 Le Sumari dels privilegis y françueses ciel règne de Mallorca, d'Antonio Moll 
(Los Rios écrit Mallol). Je ne connais pas cet ouvrage, mais, à en juger par les ex- 
traits d' Amador de los Rios, l'article Juheus dudit répertoire doit être fort incomplet. 

5 Madrid. 1881, in 8°. 






NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALÉARES 33 

ques Juifs du Maroc et en général à tous les Juifs, d'où qu'ils vien- 
nent, qui voudront s'établir dans ses domaines de Majorque, Barcelone 
ou Valence, et défend à ses sujets de les molester ou de leur faire tort 
en quoi que ce soit, sous peine d'une amende de mille sous d'or. 

(Publ. par Villanueva, Viage literario, t. XXII, p. 327; cf. 
ibid., p. 250). 

N° 2. — Ann. 1249 (6 juillet). — Article additionnel aux Franchises 
de Majorque (Valence, 6 juillet 4249), qui fixe le taux de l'intérêt 
qu'il est interdit aux Juifs de dépasser, c'est-à-dire « quatre deniers 
par livre de deniers, au mois », et l'article ajoute : « ainsi que cela 
est plus amplement déclaré dans la charte ou les chartes données 
par nous sur les usures et contrats usuraires faits ou à faire entre 
chrétiens et Juifs. » 

(Publ. par Villanueva, Viage literario, t. XXII, p. 301). 

N° 3. — Ann. 1250 (10 mai). — Charte de Jacme I ,r , donnée à Mo- 
rella, le 10 mai 1250. Le roi confirme un privilège d'habitation accordé 
aux Juifs que nous ne connaissons pas; il leur restitue la place qui 
est devant le palais royal de Majorque \ ut habeatis eam de cetero vo$ 
et vestri, sicut in ipso privilegio continetur. En matière civile et crimi- 
nelle un chrétien ne sera admis à faire la preuve contre un Juif que 
s'il se fait assister d'un Juif et d'un chrétien. Si quelqu'un prétend 
que des gages détenus par un Juif lui ont été volés, et si, d'autre part, 
le Juif jure qu'il en ignorait la provenance, ce dernier ne pourra être 
tenu de les rendre au propriétaire que si on lui paie auparavant le 
capital et les intérêts. Ilestpermis aux Juifs de régler entre eux leurs 
différends et leurs querelles; ils n'auront recours à l'autorité royale 
que pour des délits graves. Les chrétiens qui auront obtenu des ater- 
moiements pour le payement de leurs dettes seront tenus d'informer 
le Mile de Majorque qu'ils paieront à l'échéance le montant de leurs 
dettes et les intérêts, etc. 

(Publ. par Villanueva, Viage literario, t. XXII, p. 301). 

N° 4. — Ann. 1251 (20 août). — Article additionnel aux Franchises 
de Majorque (Lérida, 20 août 1251). Le taux de l'intérêt que pourront 
prendre chrétiens, Juifs et Sarrasins ne devra pas dépasser quatre 
deniers par livre de 20 sous, au mois. Les intérêts ne pourront plus 
croître lorsqu'ils auront atteint la valeur du capital, et lorsque la 
somme des intérêts payés sera équivalente au capital, le créancier 
sera tenu de restituer le contrat du prêt et les gages. 
(Publ. par Villanueva, %Hd. % t. XXII, p. 308). 

1 Le nom de Majorque, en catalan Mallorca, a été appliqué pendant longtemps à 
la lois à l'île et à sa capitale. Ce n'est guère qu'à la fin du xvn e siècle que s'intro- 
duisit l'usage de nommer la capitale Paima, en souvenir de la Palma des Romains 
que des antiquaires ont voulu identifier avecia capitale des royaumes arabe et chré- 
tien. La langue administrative n'a pas entièrement renoncé à l'ancien usage : on dit 
ainsi Vévêjnc de Majorque et non Ytvê'juc de Pnhna. 

T. IV. 3 



34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

N° 5. — Ann. 1252 (8 mai). — Charte de Jacme 1 er , donnée à Lérida, 
le 8 mai 1252. Confirmation d'un privilège donné à Valence qui ne 
nous est pas connu et de la charte de Morella (voir ci-dessus, n° 3). 
Le roi accorde en outre aux Juifs le droit de se plaindre à lui directe- 
ment des torts que pourraient leur causer ses agents. Tout Juif de Ma- 
jorque a le droit de constituer à sa femme une dot en or ou en argent 
par un acte rédigé en hébreu, lequel acte aura la même valeur que 
s'il était rédigé en latin par un notaire chrétien. Les Sarrasins de reli- 
gion juive 1 qui se feront baptiser en tout autre temps qu'à Pâques, 
la Pentecôte et Noël, devront payer douze morabetins au baile du roi. 
Il est défendu aux chrétiens et aux Sarrasins, sous peine d'une 
amende de cent morabetins, d'extraire des pierres ou de la terre du 
cimetière juif. 

(Publ. par Villanueva, ibid., t. XXII, p. 330). 

N° 6. — Ann. 1254 (15 septembre). — Charte de Jacme I er , donnée à 
Lérida, le 15 septembre 2 1254. Le Juif qui ne se conformera pas aux 
prescriptions de l'autorité royale touchant les prêts et le taux de l'in- 
térêt sera seul responsable et puni, les autres Juifs de la commu- 
nauté ne seront pas inquiétés. Il ne se fera plus d'inquisition chez les 
Juifs pour connaître l'état de leur fortune et ils ne seront plus tenus 
de déclarer leurs prêts. Les débiteurs devront payer leurs dettes aux 
échéances ; on ne leur accordera plus de délais. 

(Publ. par Villanueva, ibid., t. XXII, p. 331). 

N° 7. — Ann. 1273 (18 août). — Article additionnel aux Franchises 
de Majorque (Valence, 18 août 1273). Les chrétiens et les Juifs con- 
damnés à la prison ne seront pas détenus ensemble, mais les chré- 
tiens seront enfermés dans une maison et les Juifs dans une autre. 
(Publ. par Villanueva, ibid., t. XXII, p. 312). 

N° 8. —Ann. 1274 (12 mars). — Article additionnel aux Franchises 
de Majorque (Lérida, 12 mars 1274). Défense aux Juifs de prêter sur 
gages à des esclaves, sous peine de perdre le capital et d'avoir à res- 
tituer les gages aux maîtres des esclaves. 

(Publ. par Villanueva, ibid., t. XXII, p. 314). 

N° 9. — Ann. 1276 (12 septembre). — Article additionnel aux Fran- 
chises de Majorque ^Majorque, 12 septembre 1276). En matière de 
contrais le chrétien n'est pas tenu de prêter serment au Juif. 
(Publ. par Villanueva, ibid., t. XXII, p. 317). 

N° 10. — Ann. 1300 (18 mars). — Charte de Jacme II de Majorque, 

1 Item statuimus quoi si aliqv.is Sarracenus vel Sarracena de Judeo vel Judea se 
fecent CAristiamtmvel Christianam, etc. Peut-être faudrait-il traduire : « Si quelque 
sarrasin ou sarrasine, esclave d'un Juif ou d'une Juive ». etc. 

2 II y a dans le texte septimo decimo Kalendas octobris ; or, le 17° jour avant les 
calendes d'octobre est le jour des ides de septembre ; on s'attendrait donc à trouver 
dans la charte idv.z septcmbris. Le premier nombre est probablement erroné. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALEARES 35 

donnée à Majorque, le 18 mars 1299 (vieux style). Attendu que les 
Juifs de Majorque qui lnbitaient dans l'enceinte de Yalmudayna ' et 
dans d'autres lieux de la ville de Majorque ont transféré leurs domi- 
ciles dans certains quartiers (yicos), nommes parties du Temple et de 
Calatraxa*- [partita Templi et Calatravae), où ils ont établi et cons- 
truit leur juiverie [callum suum), et que ce serait leur causer un grave 
préjudice que de les contraindre à quitter ce lieu et à transporter 
ailleurs leur juiverie, le roi leur concède à perpétuité ladite juiverie, 
le lieu où elle se trouve et la synagogue qu'avec l'agrément de l'é- 
vèque de Majorque ils ont commencé à y construire. Il veut en outre 
qu'au cas où ladite juiverie devrait être agrandie, elle puisse s'é- 
tendre dans les lieux contigus à celui qu'elle occupe actuellement, du 
côté de la maison du Temple. 

Publ. par Villanueva, ibid., t. XXII, p. 332). 

N* il. — Ann. 1301 (30 août). — Deux articles des Franchises de 
Minorque, données à Majorque, le 30 août 1301. 1° Taux de l'intérêt 
(quatre deniers par livre de 20 sous, au mois); extinction de la dette 
lorsque la somme des intérêts égale le capital, et restitution des ga- 
ges. 2° Défen-e'aux Juifs de prêter sur gages à des esclaves, sous 
peine de perdre le capital prêté. 

(Publ. par Villanueva, ibid., t. XXI, p. 211 et 215). 

N° 12.— Ann. 1303 (27 juin).— Charte du roi Jacme II (27 juin 1303). 
Le roi ordonne de donner la sépulture ecclésiastique à certains Juifs 
faux monnayeurs, qui, au moment d'être pendus, avaient demandé et 
obtenu le baptême. 

(Citée par Villanueva, ibid., t. XXI, p. 160). 

v 13. — Auu. 130.'; (4 avril). —Lettre de Jacme II, adressée, de 
Perpignan, le i avril 1305, à son lieutenant royal à Majorque, Dalma- 
cio de Garriga. Le 'roi invite ce fonctionnaire à se concerter avec Fé- 
vèque de Majorque « sur le cas des Juifs et la récente affaire qui a 
cause du scandale », et à prendre avec lui une décision d'après la- 
quelle aucun clerc ne pourra désormais pénétrer daus la juiverie ni 
dans les maisons des Juifs « pour exhiber les sacrements en temps de 
3ité » (pro sacramentis talibus exhibendis in tempore necessitatis) , 
s'il ne se fait accompagner par un agent du lieutenant ou du baile de 
Majorque. 

Publ. par Villanueva, ibid., t. XXI, p. 165). 

N° 14. — Ann. 1311 (22 juin). — Charte de Sancho I er . Le roi ayant 



1 Mmudayna (arabe el-raidîna) était la partie fortifiée, et entourée de murs de la 
ville arabe ; les Juifs y avaient un château ou citadelle, du moins Desclot parle d'un 
tttUlt dels Jueus qui devait se trouver à grande proximité du castell dit de VAlmu- 
Yoir Ouadrado, Hiatoria de la cowjuista de Mallorca. Palma, 18H0. p. 396. 

* C'est-à-dire les parts concédées aux ordres du Temple et de Calatrava lors de la 
reparution générale de Tile après la conquête. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pris connaissance d'une lettre adressée à son père, le feu roi Jacme II, 
par les Juifs de Majorque, dans laquelle ils lui font part des craintes 
qu'ils ont ressenties à l'annonce de l'expulsion des Juifs de France, et 
considérant que le roi son père a donné aux Juifs de son royaume 
l'assurance qu'ils n'en seraient jamais chassés, déclare qu'il prend 
sous sa protection et sa garde la communauté des Juifs de Majorque. 
(Publ. par Villanueva, iàid., t. XXII, p. 333). 

N° 15. — Ann. 1315. — Vers l'année 13151e roi Sancho confisca les 
biens des Juifs de Majorque pour des motifs qui ne nous sont pas 
connus. Les Juifs se rachetèrent moyennant une somme de 95,000 li- 
vres de Majorque. Villanueva dit qu'il a vu plusieurs documents sur 
cette affaire. 

(Villanueva, ibid., t. XXI, p. 300, note ; cf. Vicente Mut, 
Historia gênerai del reino de Mallorca, éd. de 1841, t. III, 
p. 384). 

N° 46. — Ann. 1323 (7 juillet). — Charte de Sancho I er (Majorque, 
7 juillet 1323). Les Juifs de Majorque considérant qu'après leur « con- 
damnation générale » on leur a confisqué leur synagogue qui a été 
transformée en une chapelle dédiée à la Sainte-Foi et que cette cha- 
pelle est à très grande proximité de leur juiverie, supplient humble- 
ment le roi de la faire transférer ailleurs. Le roi accédant à ce vœu 
décide, après en avoir délibéré avec son conseil et l'évêque Gui de 
Terrena, que ladite chapelle sera transférée dans ud terrain de feu 
En Cassa, près de la porte du Temple. En outre, les Juifs ayant versé 
au fisc une somme de 2,000 livres de Majorque, et une autre somme 
de 300 livres pour aider à la construction de la cathédrale de Major- 
que, le roi leur accorde les faveurs suivantes : après que la chapelle 
de Sainte-Foi aura été transférée dans le terrain de feu En Cassa, les 
Juifs pourront ouvrir au bout du chemin qui conduit à l'ancienne 
chapelle {in capite carreriae diclae capellae antiquae) une porte de la 
grandeur qu'ils voudront donnant accès dans la juiverie. D'autre part, 
le roi retient la propriété de l'édifice de l'ancienne chapelle, mais il 
s'engage à ne jamais y laisser restaurer le culte chrétien et à inter- 
dire à ceux qui plus tard pourraient acquérir des droits de propriété 
sur ladite chapelle de pratiquer dans le mur de l'édifice des ouver- 
tures donnant sur la juiverie. 

(Publ. par Villanueva, Viage literario, t. XXI, p. 300). 

N° 17. — Ann. 1324 (2 janvier). — Charte de Sancho I er (Perpignan, 
2 janvier 1323, vieux style). Sur la demande de l'évêque de Majorque, 
Gui de Terrena, le roi Sancho décrète que l'ancienne chapelle de 
Santa-Fé ni son emplacement ne pourront jamais être affectés au culte 
juif ou payen; qu'au contraire le « lieu de la dite chapelle » aban- 
donnée restera toujours à la disposition, au pouvoir et au service des 
chrétiens. 

(Publ. par Villanueva, iàid., t. XXI, p. 302). 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALÉARES 37 

N° 18. — Ann. 1328 (5 mars). — Lettre de Philippe de Majorque, 
trésorier de Saint-Martin de Tours, oncle et tuteur du roi Jacme III, 
à son lieutenant à Majorque, Arnau de Cardayllac (Perpignan, 
5 mars 1327, vieux style). Défense de laisser baptiser à Majorque des 
enfants juifs de moins de sept ans, en aucun cas, et des Juifs de plus 
de sept ans, s'ils se refusent à recevoir le baptême. 
(Publ. par Villanueva, iMd., t. XXI, p. 303). 

N - 19. — Ann. 1347 (10 décembre). — Délai accordé aux habitants de 
Soller (Majorque) pour le payement de leurs dettes aux Juifs, malgré 
le privilège obtenu peu de temps auparavant par les Juifs de la com- 
munauté de Majorque, aux termes duquel aucun délai ne serait ac- 
cordé à leurs débiteurs pendant une période de cinq années (Barce- 
lone, 10 décembre 1347). 

(Publ. par Rullan, Historia de Soller, t. I, append. 15). 

N 8 20. — Ann. 1373 (1 er juin). — Statut de l'évêque de Majorque, 
Antoine de Galiana, par lequel il prescrit de ne conférer le baptême 
aux Juifs que trois jours après qu'ils se seront présentés à l'église 
pour le recevoir, afin de leur laisser le temps d'accomplir l'acte 
de leur conversion en toute connaissance de cause (Majorque, 
1 er juin 1373). 

(Publ. par Villanueva, Viage literario, t. XXII, p. 253). 

N° 21.— Ann. 1373 (13 novembre).— Annulation par le gouverneur 
de Majorque, Olfo de Praxida, d'une décision du baile de Soller, sui- 
vant laquelle aucun boucher ni autre personne ne pourra vendre de 
la viande cacher {carns caœerns 1 ) dans la boucherie publique, contrai- 
rement aux privilèges des rois Jacme et Pierre a' Aragon, qui autori- 
saient les Juifs à abattre des animaux et à vendre leurs viandes dans 
les boucheries des chrétiens. 

(Publ. par Rullan, Historia de Soller, 1. 1, p. 37, note 2). 

N° 22. — Ann. 1381 (12 août). — « Lundi, 12 août de l'an de la Na- 
tivité 1381, un Juif, nommé Saydo Davidis, fut brûlé pour avoir cou- 
ché avec une religieuse de Sainte-Claire, qui, pour le même motif, fut 
aussi mise à mort-. » 

(Chronique du notaire Salcet, apud Villanueva, Viage lite- 
rario, t. XXI, p. 219). 

N e 23. — Ann. 1390 28 novembre). — Ban du gouverneur de Major- 
que interdisant aux Juifs de porter des armes prohibées dans Tinté- 



1 Le texte porte taxeras, mais le c et le t se confondent souvent dans récriture du 
xiv e et du xv e siècle. 

* Une ordonnance du roi Jean I er , publiée à Valence, le 14 avril 1394, prescrit que 
« si algun dels dits Juheus sera atrobat ab fembra crestiana en loch sospitos per 
hauer copia carnal ab ella, que sien abdos cremats sens tota merce ». Voir Sanpere y 
Miguel. Las costumbres catalanas en tiempo de Juan 1, Barcelone, 1878. p. 279. 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rieur de la juiverie et de sortir sans lumière de leurs maisons quatre 
heures après le coucher du soleil. 

(Cité par Rullan, Historia de Soller, t. I, p. 419). 

N° 24. — Ann. 1391. — Liste de prêts faits par des Juifs aux habi- 
tants de Soller pendant le premier semestre de l'année 1391. Les 
noms de famille juifs qui reviennent le plus souvent dans cette liste 
sont ceux de Mili, Xulelli, Sagrassa, Mandil, Ben Baracho, Maymo, 
Faraig, Massana, Sesportes, Natjar, Doscha. 

(Publ. par Rullan, iàid., t. I, append. 43). 

N° 25. — Ann. 1391 (juillet). — On apprend à Majorque le massacre 
des Juifs de Castille et de Valence et le pillage de beaucoup dejuive- 
ries du continent. 

(Chronique de Salcet, apud Villanueva, Viage literario, t. XXI, 

p. 223). 

N° 26. — Ann. 1391 (12 juillet). — Ban du gouverneur de Majorque 
pour assurer la sécurité 1 de la juiverie et faire cesser les disputes 
et rixes entre Juifs et chrétiens dans l'intérieur ou aux alentours 
du coll. 

(Cité par Rullan, Historia de Soller, 1. 1, p. 419, note 2). 

N° 27. —Ann. 1391 (2 ou 4 août). — Pillage de la juiverie de Major- 
que (Palma) et massacre d'environ 300 Juifs, hommes et femmes, par 
les habitants de Impartie foraine de l'île venus à la capitale pour obte- 
nir d'être déchargés de certains impôts et libérés des dettes contrac- 
tées par eux envers des Juifs et des convertis 1 . 

(Chronique de Salcet , apud Villanueva , Viage literario , 
t. XXI, p. 224). 

N° 28. — Ann. 1391 (9 août). — Défense aux notaires, sous peine de 
mort et de confiscation de leurs biens, de détruire les actes concer- 
nant les transactions des Juifs, et défense d'en rédiger à nouveau ni 
d'en recevoir. 

(Chronique de Salcet , apud Villanueva , Viage literario , 
t. XXI, p. 224). 

N° 29. — Ann. 1391 (30 septembre). — Article 3 des capitulations 
conclues entre le gouverneur de Majorque et les paysans révoltés : 
« Toutes les dettes de l'ile contractées envers des Juifs ou des con- 
vertis et les usures des chrétiens seront amorties en dix échéances, 
à raison de 2 sous par livre et sans intérêts. Les délégués demandent 
en outre que tous les actes notariés soient détruits. » 

(Publ. par Rullan, Historia de Soller, t. I, p. 425). 



1 Salcet date du vendredi, Si août, ce pillage et ce massacre ; mais en 1391 le 2 août 
était un mercredi. Il faut donc, dans le texte du chroniqueur, lire 4 août au lieu de 
3 août, ou mercredi au lieu de vendredi. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALEARES 39 

N° 30. — Ann. 4 391 (4 octobre). — Articles 35, 43, 45 et 48 de nou- 
velles capitulations conclues entre le gouverneur de Majorque et les 
paysans révoltés. Art. 35. « Le roi pardonnera les offenses, violences 
et crimes commis jusqu'à cette date dans les diverses attaques diri- 
gées contre le gouverneur, les Juifs et les juiveries, le tout ayant été 
fait en l'honneur du roi et pour le bien public. » Art. 43. Obligation 
pour les Juifs d'embrasser sans retard le christianisme. — Art. 45. 
Révocation des ordres envoyés aux recteurs et aux vicaires à l'effet 
d'obliger leurs paroissiens à rendre l'argent et les objets mobiliers 
provenant du pillage des juiveries. — Art. 48. Annulation des dettes 
contractées envers des Juifs dans les dix dernières années et des 
usures des chrétiens. 

(Publ. par Rullan, iàid., t. I, p. 430). 

N* 31. — Ann. 1391 (24 octobre). — Ban du gouverneur de Majorque. 
Les Juifs convertis doivent déclarer s'ils veulent continuer à vivre 
dans la juiverie ou louer leurs maisons aux Juifs privés de domicile. 
Les habitants de Majorque, qui ont en leur possession (Jes portes 
enlevées à la juiverie, devront les faire remettre au cimetière de 
Sainte-Eulalie, où on leur paiera le prix du transport. 
(Cité par Rullan, iàid., t. I, p. 433). 

N° 32. — Ann. 1391 (8 novembre). — Ban du gouverneur de Ma- 
jorque touchant la réorganisation de la communauté des Juifs de 
Majorque. 

(Cité par Rullan, iàid., t. I, p. 433). 

N° 33. — Ann. 1391. — Art. 1 er d'un règlement pour le tissage de 
la laine et la fabrication de draps et de couvertures, promulgué par 
Francesch Çagarriga, gouverneur de Majorque. La fin de ce pre- 
mier article est ainsi conçue : « Les convertis à la foi chrétienne du 
lignage des Juifs sont admis à exercer le métier de tisserand, qui 
pourra leur être enseigné et montré, bien qu'ils soient du lignage 
des infidèles. » 

(Publ. par Rullan, iàid., t. I, append. 25). 

N° 34. — Ann. 1392 (25 maf . — Ordre du gouverneur de Majorque 
aux Juifs et convertis émigrés d'avoir à se présenter dans l'île, dans 
le délai d'un mois, pour y établir à nouveau leur résidence. 
(Cité par Rullan, iàid., t. I, p. 434). 

N° 35. — Ann. 1392 (3 juin). — Ban du gouverneur de Majorque 
offrant 100 florins à celui qui découvrira l'auteur de quittances falsi- 
fiées au détriment des Juifs. 

(Cité par Rullan, iàid., t. I, p. 434). 

N° 36. — Aûn. 1392 (16 juillet). —Pardon général accordé par le 
roi Joan I er à tous ceux qui ont participé aux troubles de l'année 1391 
et en particulier aux auteurs du pillage de la juiverie et du massacre 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des Juifs de Majorque. Les lettres de pardon, données à Pedralves 
(Catalogne), le 16 juillet 1392, ne furent publiées à Majorque que le 
vendredi 11 octobre de la même année. 

(Rullan, ibid., t. I, p. 435. — Chronique de Salcet, apud Vi- 
llanueva, Viage literario, t. XXI, p. 225). 

N° 37. — Ann. 1393 (21 janvier). — Ban du gouverneur de Majorque 
défendant aux habitants chrétiens de l'île de molester les Juifs, sous 
peine, pour les chevaliers, d'être condamnés au supplice de l'estra- 
pade, et, pour les autres, d'être pendus. 

(Cité par Rullan, Historia de Soller, t. I, p. 308, note 2). 

N° 38. — Ann. 1413 (20 mars). — Ordonnance de Ferdinand I or , 
donnée à Barcelone, le 20 mars 1413, qui détermine à quelles condi- 
tions les Juifs de Majorque seront admis à habiter dans l'île et quels 
rapports ils pourront avoir avec les chrétiens. Cette ordonnance, très 
importante, tranche, par la sévérité de ses prescriptions et l'accent 
de haine qui y éclate, sur la législation antérieure, en général assez 
favorable aux Juifs. Voici l'analyse détaillée de ce document. 

Considérant que notre mère la sainte Église a décrété que les Juifs 
infidèles vivraient séparés des chrétiens pour ne pas les souiller 
de leur contact, que les inquisiteurs ont constaté qu'à Majorque 
quelques Juifs cohabitent avec des convertis à la foi catholique et 
excitent ces convertis à abandonner leur nouvelle religion, et que 
des femmes du même lieu passent en Afrique, où elles abjurent le 
christianisme et reviennent aux pratiques judaïques, le roi, pour 
empêcher le retour de telles abominations, ordonne ce qui suit : 

1. Les Juifs de l'île de Majorque et des îles adjacentes habiteront 
dans chaque ville ou cité un lieu clos de toutes parts et ne commu- 
niquant avec l'extérieur que par une seule porte *, lequel lieu sera 
choisi par les jurais et le procureur royal ; et dans les villes où existe 
une juiverie, ils seront tenus d'y habiter. 

2. Les Juifs ne doivent ni manger ni boire avec les chrétiens hors 
les cas de force majeure. Les Juifs ne doivent avoir dans leur mai- 
son ni écuyers ni serviteurs chrétiens, ni nourrices chrétiennes pour 
nourrir leurs enfants ; ils ne doivent pas non plus aller dans les mai- 
sons des chrétiens pour leur faire honneur à l'occasion de noces ou 
de funérailles. Il est permis toutefois aux Juifs de louer des chré- 
tiens pour construire leurs maisons, cultiver leurs vignes et leurs 
champs, mais ces ouvriers ne doivent ni manger ni boire dans les 
maisons des Juifs 2 . 



1 Une ordonnance de 1296 applicable au Roussillon, qui faisait alors partie du 
royaume de Majorque, prescrit également que la juiverie (il s'agit de la juiverie de 
Perpignan) ne doit avoir qu'une seule entrée ; voir Alart, Documents sur la langue 
catalane des anciens comtés de Rottssillon et de Cerdagne. Paris, Màisonneuve, 1881, 
p. 115. 

* Les mêmes prescriptions à peu près se trouvent dans les ordonnances du Rous- 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALÉARES 41 

3. Défense aux Juifs de porter des armes telles qu'épées, dagues, 
poignards, etc., mais ils pourront porter des couteaux et des canifs 
pour couper le pain et la viande. 

4. Comme il est connu que le Talmud prescrit aux Juifs de réciter 
chaque jour une prière contre les chrétiens, les églises et les fidèles 
défunts, dorénavant il sera interdit aux Juifs de dire cette prière, 
qu'ils devront en outre faire disparaître de leur Talmud ou de tout 
autre livre où elle pourrait se trouver écrite. 

5. Défense aux femmes chrétiennes, de quelque condition qu'elles 
soient, mariées, non mariées ou femmes publiques, d'entrer de 
jour ou de nuit dans les juiveries ou dans les quartiers réservés 
aux Juifs. 

.6. Les Juifs qui voudront se faire baptiser ne devront être de- 
tournés de leur intention par qui que ce soit, chrétien ou Juif, mari 
ou femme ; père ou mère, frère ou sœur, etc. 

7. Il est défendu aux Juifs de prendre le titre de Don. 

8. Pour que les Juifs puissent être dorénavant facilement reconnus 
et distingués des chrétiens, il leur est enjoint de porter à leur cha- 
peron un capuchon long d'une palme, fait en forme d'entonnoir ou 
de corne et cousu jusqu'à la pointe. Lesdits Juifs ne pourront pas 
porter de manteaux, mais ils revêtiront par-dessus leurs habits de 
longues robes (gramalles), où seront fixées à la partie extérieure les 
insignes qu'ils ont coutume de porter 1 . Lorsqu'ils voyageront les 
Juifs ne seront pas tenus de revêtir ce costume, afin d'éviter les en- 
nuis que cet accoutrement spécial pourrait leur attirer. 

9. Il est défendu aux Juifs de vendre aux chrétiens des objets 
d'alimentation, excepté les produits de leurs jardins ou de leurs 
champs, qu'ils pourront vendre aux Juifs et aux chrétiens dans leurs 
quartiers ou leurs propriétés, dans les foires et les marchés où ils 
seront autorisés à avoir des boutiques, à la condition qu'ils n'y cou- 
chent point, Il est en outre permis aux Juifs de vendre toutes sortes 
d'autres marchandises. 

10. Les Juifs ne peuvent remplir les charges de percepteur d'im- 
pôts, de vérificateur des poids et mesures, de procureur, etc. 

14. Défense aux Juifs de faire de la propagande et d'attirer des 
étrangers à leur secte. 

I %. Défense aux Juifs d'assister les chrétiens dans leurs maladies, 
de leur apporter des remèdes, de se baigner dans le même bain 
qu'eux, de leur envoyer des présents de pâtisseries, épices et autres 
victuailles ou boissons. 

13. Défense aux Juifs, hommes et femmes, de porter des étoffes 

sillon de Tannée 1296 ; l'une porte qu'il est défendu de • faire la cour à la jeune Juive 
ou à la Juive qui vient d'accoucher » Alart, Documents, etc., ]>. 1 16. 

1 Ces insinues, d'après une ordonnance promulguée ù Valence le 14 avril 1393, 
étaient une roue jaune ou rouge [roda (Ji'oga o vermella), qui se portait sur la poitrine 
{en los pits). Voir Sanpcre y Miquel, Las costumbres catalanas en tiempo de Juan 1, 
Barcelone, 1878, p. 280, note 1. 



42 v REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'écarlate et autres étoffes précieuses ainsi que des manteaux garnis 
de soie ou de fourrures ; défense aux Juives de porter des ornements 
d'or dans leurs voiles et toques. 

14. Défense aux Juifs d'exercer le métier de barbier ni de coudre 
des vêtements de femmes chrétiennes. 

15. Il est prescrit aux officiers royaux d'interdire aux Juives con- 
verties de passer en Afrique pour y abjurer et de laisser revenir à 
Majorque les enfants de ces femmes. 

(Publ. par Villanueva, Viageliterario,t. XXI, p. 258). 

N° 39. — Ann. 1435. — Conversion générale des Juifs de Majorque. 
Sur les causes de cette conversion je ne connais que le récit de 
Thistorien Mut, qui ne renvoie à aucun document contemporain de 
l'événement. 

(Voir Mut, Historia gênerai del reino de Mallorca, éd. de 1841, 
t. III, p. 384 et sunO 

Incontestablement les documents qui viennent d'être analysés 
jettent un grand jour sur certains côtés de l'histoire des Juifs aux 
Baléares depuis la conquête aragonaise, en particulier sur les tra- 
giques événements de l'année 1391, mais il manque encore bien 
des anneaux à la chaîne. Un des points de cette histoire qu'il se- 
rait le plus intéressant d'éclaircir est cette « condamnation géné- 
rale » de l'an 1315, au sujet de laquelle ni les anciens historiens 
de l'île ni la collection diplomatique de Villanueva ne nous ren- 
seignent. J'ai trouvé dans le deuxième registre de la procuration 
royale de Majorque , intitulé Liber Hier arum regiarum of- 
ficii régie procurations, maio, anni MCCCVIIII usque ad 
MCCCXXXVIIII et conservé dans les archives de l'ancienne 
Bailia à Palma » , trois documents relatifs à un accord intervenu 
entre le roi Sancho et les secrétaires de la communauté (aljama) 
des Juifs de Majorque : les Juifs pour payer leur amende avaient 
besoin d'argent, ils demandent au roi la permission de se charger 
momentanément de certains impôts. Je transcris ces pièces en ac- 
compagnant d'une traduction les deux dernières. 

I. Lettre du roi Sancho à ses procureurs royaux à Majorque. 

Sancius, Dei gracia rex Maioricarum, cornes Rossilionis et Geri- 
tanie et dominus Montispesullani, hdelibus procuratoribus suis, 
P. Figuera et Michaeli Rotlando, salutem et graciam. Mittimus vobis 

1 Le premier registre de cette collection n'existe plus aux archives de la Bailia. 
J'ai donné sur ces archives et sur tous les dépôts de documents historiques de Palma 
des renseignements nombreux dans un rapport adressé à M. le Ministre de l'Instruc- 
tion publique qui sera prochainement publié dans les Archives des missions. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALÉARES 43 

interclusa presentibus capitula super statuta Judeorum Maioricarum 
cum responsionibus factis ad ea, vobis presentibus et consencien- 
tibus, secundum quas responsiones, que in fine cuiuslibet capituli 
continentur, volumus fieri et procedi. Super aliis non ad negocium 
Judeorum pertinentibus extra dicta capitula volumus quod permit- 
tatis procedi per Judeos ipsos, prout consueverunt ante captionem 
eorum. Ceterum super sinagoga Judeorum volumus quod eligatur 
locus competens, ubi construatur arbitrio nostro et secretariorum, 
prout satisper nos et nostros consiliarios jam fuit tractatum. Datum 
in Sancto Felice Guixellense \ VI Kalendas octubris anno Domini 
M GCC° XV°. 

Ainsi le roi Sanclio envoie à ses procureurs un projet de nou- 
veaux statuts de la communauté juive de Majorque avec les ré- 
ponses ou observations qu'il a jugé bon d'y faire. Pour tout ce 
qui n'a pas trait à « l'affaire des Juifs » et n'est pas mentionné 
dans les articles de ces statuts, le roi permet aux Juifs de pro- 
céder comme autrefois, avant la saisie de leurs biens. Quant à la 
synagogue, on la fera construire sur un emplacement choisi par 
les secrétaires de Yaljama et les représentants du roi. 

Voici ces statuts avec les annotations du roi : 

II. Aquests son los ordonamens IL Ce sont les règlements et 
e constitucions, les quais los se- constitutions que les secrétaires 
cretaris del Cayl Juych volen fer de la Juiverie veulent faire et éta- 
e ordonar entre eils ab volentat e blir entre eux, avec la permission 
ab consentiment del senyor Rey. et le consentement du Seigneur 

Roi. 

i. Primalment, que tôt jueu 1. Premièrement, tout Juif ou 
maior de .XV. anys ho juyha que Juive de plus de quinze ans qui a 
tenga alberch per si, que sia ten- un domicile payera, par tête, une 
gut de pagar per testa cosa certa, certaine somme, selon ce qu'il ou 
segons que aura, a coneguda dels elle aura, à la connaissance des 
secretaris e dels .VIII. prohomens secrétaires et des huit prohomens 
ordonats en aiuda dels negocis de établis pour subvenir aux besoins 
la aljama, aqueils empero que au- de la communauté, mais ne se- 
ran valent de .X. libres ensus. — ront tenus de payer que ceux qui 
Plau al senyor Rey. possèdent plus de dix livres. — 

Le Roi consent. 

% Item, que tôt jueu ho juyha, 2. Item, que tout Juif, homme 
estrany ho priuat, sia tengut de ou femme, étranger ou du pays, 
pagar cosa certa per libra de carn soit tenu de payer une certaine 
de molto, de bou, de oueyla e de somme par livre de viande de 
totes altres carns escortxadisses, mouton, de bœuf et de brebis et de 

1 San Feliu de (iuixols en Catalogne. 



41 REVUE DES ETUDES JUIVES 

a coneguda dels damuntdits e toutes autres viandes de bouche- 
aixi con eils ho aordonaran, en rie, à la connaissance des susdits 
aytori dels negocis de la aljama. et comme ils le régleront, pour 
— Plau al senyor Rey, abque pa- subvenir aux besoins de la com- 
guen en la aiuda comuna. munauté. — Le Roi consent, à la 

condition qu'ils payeront leur part 
dans l'aide commune. 

3. Item, que tôt jueu ho juyha 3. Item, tout Juif ou Juive qui 
que menuch pan de forment ho mange pain de froment ou de farine 
de mescayl 1 sia tengut de pagar mêlée devra payer une certaine 
cosacerta per quintar, a coneguda somme par quintal, à la connais- 
dels damuntdits aixi con eils ho sance des susdits et ainsi qu'ils 
aordonaran. — Fiat ut super de le régleront. — Accordé comme 
carnibus. plus haut pour les viandes. 

4. Item, que tôt jueu estrany ho 4. Item, que tout Juif, étranger 
priuat que vena vin juesch en ou du pays, qui vend du vin juif 
Malorcha, que sia tengut de pagar à Majorque, soit tenu de payer 
cosa sabuda per quatrer ho per une certaine somme par mesure * 
liura, aixi con mils ho pus pro- ou par livre, ainsi que cela pourra 
fitos sera faedor, a coneguda dels se faire le mieux et le plus utile- 
damuntdits, en aiuda dels dits ment, à la connaissance des sus- 
negocis ; e que nengu crestia es- dits, pour subvenir aux dits be- 
trany ne priuat no puscha vender soins ; et aucun chrétien étranger 
en lo Cayl ne défibra vin jueuesch ou du paj^s ne pourra vendre dans 
senes volentat dels secretaris. — la Juiverie ni au dehors du vin 
Plau al senyor Rey quels secre- juif sans l'autorisation des secre- 
taris pusquen stablir certas per- taires. — Le'Roi permet aux secré- 
sonasde les quais losjueus pus- taires d'établir certaines person- 
quen comprar vin e no d'altres. nés qui seront seules autorisées 

à vendre du vin aux Juifs. 

5. Item, que tôt jueu ho juyha 5. Item, tout Juif ou Juive qui 
quis fassa vestedures noues que se fait des vêtements neufs devra 
deia pagar per liura cosa certa payer par livre une certaine som- 
d'aytant con li costaran, a cône- me selon ce que ces vêtements 
guda dels damuntdits, en aiuda lui coûteront, à la connaissance 
dels dits negocis. — Placet domino des susdits, pour subvenir aux 
Régi, dits besoins. — Le Roi consent. 

6. Item, que tôt jueu qui compra 6. Item, que tout Juif qui achète 
ni vena negunes mercaderies e ou vend des marchandises ou au- 
altres coses en Mailorcha sia ten- très choses soit tenu de payer 



1 Mescayll, écrit aussi mastayll, se dit d'un mélange de froment et d'orge ; voir 
Du Cange, au mot mescalia. On trouve aussi dans les documents la forme mastall, 
mastay {y— U), par exemple dans Rullan, Historia de Soller, t. I, p. 350 et 
352, note 3. C'est cette forme qui a été enregistrée dans le dictionnaire catalan de 
Labernia. 

2 Je traduis ainsi, ignorant la contenance du quatrer et ne lui trouvant, par consé- 
quent, pas d'équivalent en français. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALÉARES 



43 



.gut de pagar cosa certa per liura, 
a coneguda dels damuntdits, en 
aiuda dels dits negocis. — Fiat, 
exceptis judeis extraneis. 

7. Item, que tôt jueu ho juhia 
qui prest a uzura sien tenguts de 
pagar cosa certa per liura del pres- 
tech, a coneguda dels damunt- 
dits, en aiuda dels dits negocis. 
— Placet domino Régi. 

8. Item, que tôt jueu estrany, 
manestral ho de qualque art que 
sia, pusque aia .1. mes continua- 
ment estât en Malorqua, deia pa- 
gar cosa certa per setmana, a co- 
neguda dels damuntdits, en aiuda 
dels dits negocis. — Placet do- 
mino Régi. 

9. Item, que tôt jueu mercader 
qui aia estât en Malorcha .1. ayn 
complit deia pagar en los dits ne- 
gocis cosa certa, a coneguda dels 
damuntdits. — Placet domino 
Régi, si enim factus fuerit civis 
Majoricarum. 

10. Item, que tôt jueu ho juhïa 
qui tenga cases a loger, so es que 
les loch a altre, que deia pagar 
cosa certa per liura del loger, a 
coneguda dels dits negocis. — 
Placet domino Régi. 

11. Item, quels damuntdits pu- 
xen fer e ordonar per eils mateixs 
totes les damuntdites coses e sem- 
blants d'aquelles, a profit e a uti- 
litat de la aljama. — Vol lo se- 
Tiyor Rey que totes les coses da- 
muntdites, ans ques publiquen 2 
sien aordonades ab conceil e con- 
SLiitiment dels procuradors. 

12. Item, que nul patro de nau 
ne de leyn ne de nengu altre ve- 
xe! no gos rebugar de reebre en 



une certaine somme par livre, à 
la connaissance des susdits, pour 
subvenir aux dits besoins. — 
Accordé, sauf pour les Juifs étran- 
gers. 

7. Item, que les Juifs ou Juives 
qui prêtent à usure soient tenus 
de payer une certaine somme par 
livre du capital prêté, à la con- 
naissance des susdits, pour sub- 
venir aux dits besoins. — Le Roi 
consent. 

8. Item, que tout Juif étranger, 
ouvrier ou quel que soit son mé- 
tier, un mois après avoir établi 
son domicile à Majorque, soit tenu 
de payer une certaine somme par 
semaine, à la connaissance des 
susdits, pour subvenir aux dits 
besoins. — Le Roi consent. 

9. Item, que tout Juif marchand, 
après avoir résidé à Majorque une 
année entière, soit tenu de payer 
pour lesdites affaires une certaine 
somme, à la connaissance des sus- 
dits. — Le Roi consent, si ledit 
marchand est fait citoyen de Ma- 
jorque. 

10. Item, que tout Juif ou Juive 
qui a des maisons à louer, c'est- 
à-dire qui les loue à un autre, paye 
une certaine somme, par livre du 
prix du loyer, à la connaissance 
des susdits et pour subvenir aux 
dits besoins. — Le Roi consent. 

11. Item, que les secrétaires 
puissent eux-mêmes faire et régler 
toutes les choses susdites et au- 
tres analogues pour le bien et l'u- 
tilité de la communauté. — Le Roi 
veut que les choses susdites, avant 
d'être publiées, soient réglées sui- 
vant l'avis et avec l'assentiment 
des procureurs. 

12. Item, qu'aucun patron de 
bateau ou de navire ou de quel- 
que vaisseau que ce soit, n'ose 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



son vaxel coses e mercaderies de 
jueus per portar fora la terra con 
per venir en Malorcha, ans tôt pa- 
tro con ve quest no sia ' per lo 
jueu ho deia reebre e fer carregar 
en son vaxel, lo jueu empero pa- 
garli son nolit. — Aordonen ne 
los procuradors e fassen quels pa- 
trons deien pendre e carregar ro- 
bes e mercaderies dels jueus. 



refuser de recevoir en son vais- 
seau des choses et marchandises" 
appartenant à des Juifs, pour les 
porter hors du pays comme pour 
les amener à Majorque, mais tout 
patron devra recevoir ce qui ap- 
partient aux Juifs et le faire char- 
ger en son vaisseau, le Juif de son 
côté doit lui en payer le nolis. — 
Que les procureurs obligent les 
patrons à recevoir et à charger 
les bagages et les marchandises 
des Juifs. 



En se chargeant ainsi d'impôts extraordinaires et en sollicitant 
quelques facilités pour leur commerce, les Juifs comptaient pou- 
voir se libérer promptement de la somme due au roi pour le ra- 
chat de leurs biens confisqués ; mais ils entendaient ne pas rester 
perpétuellement soumis aux articles de ce traité qui les grevaient 
considérablement. Aussi adressèrent-ils au roi une pétition afin 
d'obtenir quelques faveurs spéciales, puis une grâce d'un carac- 
tère général, la restitution de tous leurs privilèges, et enfin le 
droit 'de déclarer nul et de nul effet le traité en question, aussitôt 
qu'ils auraient payé leur dette. Le texte de cette pétition est ainsi 
conçu : 



III. Aquestes son les gracies 
quels jueus demanen al senyor 
Rey. 

4 . Primerament, que nengu jueu 
ho juhia no sia couengut ne oia 
sentencia ne prena justicia en dia 
feriat lur. 

2. Item, si nengu jueu ho juhia 
sera jutgat a sentencia corporal, e 
algun prehicador ho frare menor 
ho preuera lo uol ffer tornar cres- 
tia, que los sacretaris que lauors 
seran, puxen, lo dia que pendra 
la justicia, dins en la preso a eil 
trametre .II. jueus, qui re no li 
diguen, mas li sien dauant e la- 
uors, sis vol fer crestia, fassau, 
cor christianisme per forsa no es 



III. Ce sont les grâces que les 
Juifs demandent au Roi. 

1 . Premièrement, qu'aucun Juif 
ou Juive, ne soit cité, ni jugé, ni 
ne subisse une peine un jour de 
fête juive. 

2. Item, si un Juif est con- 
damné à subir une peine corpo- 
relle, et qu'un frère prêcheur, ou 
un frère mineur, ou un prêtre 
veut le convertir au christianisme, 
les secrétaires de la communauté 
qui seront alors en fonction pour- 
ront, le jour du supplice, lui en- 
voyer deux Juifs dans la prison, 
qui ne lui diront rien, mais se 
tiendront devant lui, et alors si le 



Probablement qu'est ne 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALEARES 



M 



bo. E si non vol fer, que puxa 
fier orde de jueu, e los dits jueus 
puxen ab eil anar tro al loch 
hon pendra la justicia e nols sia 
vedat. 



3. Item, que tôt jueu que sia 
condempnat a peniar, que sia pe- 
niat per lo coll, no per tal quels 
n'entenen a auer semblant honor 
ab crestia, mas con un nom es 
peniat per los peus trigua a mo- 
rir .II. ho .III. dies ; e con es pe- 
niat per lo col, es mort tantost. E 
axi solament domanen asso per la 
pena a aleugar. 

4. Item, que si algun patro de 
nau ho de leyn ho d'altre vaxel 
aportaua algun jueu ho juhia que 
no aia de que pac lo nolit, quel 
patro nol atur en son vaxel, ans 
lo lex anar encontinent, e no li 
deia nel pusque despular de sos 
vestits. 

5. Item, que si algun inqueri- 
dor fara inquisicio contra alcun 
jueu ho juhia per fet delà fe, que 
no puxa en re enantar contra eii 
ne enquérir sens la cort rreyal, 
ans tantost con lo aia fet pendre, 
lo jueu ho la juhia sia mes en la 
preso del senyoi Rey, e aqui se 
fassa la inquisicio ; e tota hora 
quel enqueridor voira parlar ab 
eil ho ab eila que hi sia lo batle 
ho son lochtinent. E fêta la in- 
quisicio, sien dades défendons al 
jueu ho a la juhia e auocat quils 
defena a lur dret. 

6. Item, que si alcun infant 
jueu ho juhia menor de .XV. anys 
se uol fier crestia, que li sien 



Juif veut se faire chrétien, qu'il le 
fasse, car christianisme par force 
n'est pas bon ; et s'il ne le veut pas, 
qu'il puisse faire profession de 
judaïsme, et lesdits Juifs pourront 
aller avec lui jusqu'au lieu où il 
subira sa peine, et que cela ne 
leur soit point interdit. 

3. Item que le Juif condamné à 
être pendu, soit pendu par le cou, 
non pas parce que les Juifs pré- 
tendent au même honneur que 
les chrétiens, mais parce qu'un 
homme, qui est pendu par les 
pieds, tarde deux ou trois jours à 
mourir, et quand il est pendu par 
le cou, il meurt aussitôt. Et ainsi 
ils demandent cela seulement pour 
alléger la peine. 

4. Item, s'il advient qu'un pa- 
tron de bateau ou de navire ou de 
tout autre vaisseau transporte un 
Juif qui n'a pas de quoi payer le 
nolis,le patron ne devra pas le dé- 
tenir dans son navire, mais le lais- 
ser aller aussitôt, et il ne devra ni 
ne pourra non plus le dépouiller 
de ses vêtements. 

5. Item, si un inquisiteur fait 
inquisition contre un Juif pour 
affaire de la foi, qu'il ne puisse 
en rien procéder contre lui ni en- 
quérir à son sujet, sans l'assen- 
timent de la cour royale, mais 
aussitôt après qu'il l'aura fait 
prendre, le Juif sera mis dans la 
prison du roi ; et toutes les fois 
que l'inquisiteur voudra lui par- 
ler, le Mile ou son lieutenant de- 
vra être présent. Et lorsque l'in- 
quisition sera terminée, on don- 
nera au Juif les moyens de se 
défendre et un avocat pour ré- 
clamer son droit. 

6. Item, si un Juif ou une Juive 
de moins de quinze ans veut em- 
brasser le christianisme , qu'on 



48 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



dats .III. dies d'acort, dins los 
quais tôt nom, aixi crestia con 
jueu, puxa ab el ho ab ela parlar. 
E que nul hom, sots certa pena, 
no gos aytals persones bateiar tro 
los dits .III. dies sien passats. 
Encara que nul hom no gos ba- 
teiar ne fer bateiar jueu ni juhia 
menor de .X. anys, con non aien 
sen, e asso sots pena la quai el 
senyor Rey conega. 



7. Item, que ay tant con los dits 
jueus sien en deute ab lo senyor 
Rey no sien tenguts de pagar 
questa ni siza ne molinatge ne ne- 
guna altre aiuda neexactiorreyal 
ne veynal. 

8. Item, que dins lo dit temps 
nul hom (neguna persona) no puxa 
auer ne recaptar gracia ni alon- 
gament de negunes deutes que 
deie(n) a jueus, con en altre guisa 
cils no porien pagar so que cleuen 
al senyor Rey. 

9. Item, que totes les mercade- 
ries qui sien de jueus fora la terra 
e clins lo dit temps vendran a 
Malorcha, que no sien embargàdes 
ne emparades per lo senyor Rey 
ne sos ofecials per lo deute del 
senyor Rey, ans deien venir en 
poder dels sacretaris, per tal que 
los jueus de qui son pus volen- 
terosament les aporten en esta 
terra. 

4 0. Item, que tots los secretaris 
que seran dins lo dit temps aien 
plen poder e licencia de pendre e 
fer pendre tots seils qui seran de- 
sobediens e rebels a eils e no vol- 
ran pagar so en que seran tenguts 
e aqueils absolre e fer absolre 
sens licencia de batle ne de altre 
hom e destrenyer los en bens e 



lui donne un délai de trois jours, 
pendant lequel tout homme, juif 
ou chrétien, pourra lui parler. Et 
que personne, au risque d'encou- 
rir une certaine peine, ne s'avise 
de baptiser de telles personnes 
avant que lesdits trois jours soient 
écoulés. En outre que personne, 
au risque d'encourir une certaine 
peine, qui sera fixée par le roi, ne 
s'avise de baptiser ni faire bapti- 
ser Juifs ni Juives de moins de 
dix ans, car à cet âge on n'a pas 
de raison. 

7. Item, que lesdits Juifs, tant 
qu'ils n'auront pas payé leur dette 
au roi, ne soient pas tenus de 
payer quête ni imposition, ni droit 
de mouture, ni aucune autre aide, 
ni exaction royale ou vicinale. 

8. Item, que pendant ledit temps 
personne ne puisse être tenu 
quitte de dettes contractées en- 
vers des Juifs, ni obtenir des ater- 
moiements, car, autrement, ils ne 
pourraient payer ce qu'ils doivent 
au roi. 

9. Item, que les marchandises 
qui au dehors de l'île appartien- 
nent à des Juifs et qui pendant 
ledit temps seront envoyées à Ma- 
jorque, ne soient point saisies ni 
retenues par le roi ou ses agents 
à cause de la dette, mais qu'elles 
soient remises aux mains des se- 
crétaires, afin que les Juifs à qui 
elles appartiennent soient encou- 
ragés à les envoyer en ce pays. 

10. Item, que tous les secrétai- 
res qui seront en fonction pen- 
dant ledit temps, aient plein pou- 
voir et plein droit de prendre et 
de faire prendre tous ceux qui 
leur seront désobéissants et re- 
belles et ne voudront pas payer 
ce à quoi ils sont tenus, de les ab- 
soudre ou faire absoudre sans per- 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALEARES M 

en persona e penyorar e uendre mission du baile ni d'aucun autre 
penyores e totes al très coses fer homme, de les contraindre à payer 
perque eils puixen cumplir les en se saisissant de leurs biens 
pagues al scnyor Rey. ou de leurs personnes, de leur 

prendre des gages, de vendre ces 
gages et de faire toutes autres 
choses, moyennant quoi ils puis- 
sent effectuer leurs payements au 
roi. 
41. Item, que tôt jueu puixa il. Item, que tout Juif puisse 
comprar bens aventats. acheter des biens mis en vente. 

12. Item, que nengu jueu ne 12. Item, qu'aucun Juif ni Juive 
juyha no puscha vendre son al- ne puisse vendre sa maison de la 
Lerch dins lo cail a crestia o cres- juiverie à chrétien ou à chrétienne, 
tiana mas que puscha carregar mais qu'il ou elle puisse l'hypothé- 
sobre son alberch morabetins, a quer, à la connaissance des secré- 
coneguda dels secretaris. taires. 

13. Item, quels jurats de Ma- 13. Item, que les jurats de Ma- 
lorcha nels prohomens de la terra j orque ni les prohomens du pays 
no pusquen fer nengu ordonament ne puissent faire sur ou contre les 
sobre ne contra jueus en especial, Juifs aucune ordonnance spéciale 
si doncs en gênerai no era per tota qui ne s'applique en même temps 
la terra, encara que sien enteses à tout le pays en général, auquel 
e usen de totes franquesas e pri- cas ils doivent être entendus et 
vilegis de la terra aixi con habi- admis à user de toutes les fran- 
dators de Malorcha. chises et privilèges du pays comme 

habitants de Majorque. 

14. Item, con los jueus de x\Ia- 14. Item, comme les Juifs de 

lorcha sien despulats de tots lurs Majorque ont été dépouillés de 

privilegis, franqueses, les quais toutes les franchises et privilèges 

en spécial lurs eren dades e ator- qui leur avaient été spécialement 

gades, sens les quais los jueus de donnés et accordés, sans lesquels 

Malorcha en la terra profitosament les Juifs de Majorque ne peuvent 

nels jueus estranys habitar en la habiter avec profit le pays ni les 

dita terra no vendrien menys de Juifs étrangers venir s'y établir, 

priuilegis, con per los priuilegis comme, en vertu de ces privilè- 

los quais hauien los jueus estran- ges, ils y venaient autrefois de di- 

gers de diverses terras en Malor- vers pays, lesdits Juifs habitants 

ches habitar venguessen : per so de Majorque supplient humble- 

vmilment els dits jueus habi- ment la Majesté Royale qu'avec 

tadors de Mailorcha a la Reyal sa bonté accoutumée elle leur 

Magestat sopleguen que de bontat rende leurs privilèges, grâce aux- 

sua acustumada los reta lurs pri- quels ils puissent habiter dans 

viligis ab los quais pusquen habi- le pays et y attirer les étrangers, 

tar en la terra e tirar los estran- comme ils faisaient auparavant. 

gers, axi con d'abans feyen. 

15. Item, con els dits jueus no 15. Item, comme lesdits Juifs 
T. IV. u 



so 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



agen sinagoga e als dissaptes e 
als altres dies de lur oracio agen 
a anar per alberchs e fer partides 
dels matexs, es los gran trebayl : 
per so sopleguen liumilment que 
placia al senyor Rey quels assi- 
gure els don loch dins lo cayl en 
lo quai pusquen fier lur sinagoga, 
con tan gran cayl senes sinagoga 
estar no puscha. 



16. Item, que tôt jueu estranger 
qui uenga en Malorcha ab merca- 
deries de les quais aia pagat dret 
en Malorque, que parten de Malor- 
cha, si pren en Manorcha, que no 
sia tengut de pagar leuda ne al- 
tre dret. 

M. Item, que con els ditsjueus 
agen demanats los damuntdits 
capitols de seruitut entre ells, los 
quais, con sien esmeses de diners 
e de bens, no porien complir la 
paga del senyor Rey, entenen los 
dits jueus que los dits capitols 
de seruitut sien obseruats entre 
eils entro quel dit senyor Rey aia 
ahuda conplida paga e fenit lo 
terme, e conplida la paga del dit 
senyor Rey, quels dits capitols de 
la dita seruitut sien casses e vans 
e que d'aquels no vssen ne pus- 
quen vsar d'aqui auant. 



n'ont pas de synagogue et que les 
samedis et autres jours de fête ils 
sont tenus d'aller dans les mai- 
sons particulières et de se séparer 
les uns des autres, ce qui est pour 
eux un grand ennui, ils suppli- 
ent humblement le Roi qu'il lui 
plaise de leur assurer et donner 
un lieu dans la juiverie, où ils 
puissent faire leur synagogue, 
car une si grande juiverie ne peut 
subsister sans synagogue. 

4 6. Item, tout Juif étranger qui 
viendra à Majorque avec des mar- 
chandises, et qui, après en avoir 
payé le droit, les fera sortir de 
Majorque et les transportera à Mi- 
norque, ne devra pas être tenu de 
payer le droit de douane ni au- 
cun autre droit. 

M. Item, parce que lesdits Juifs 
ont demandé à établir entre eux 
lesdits chapitres de servitude, 
sans lesquels ils ne pourraient 
pas, puisqu'ils sont sans argent 
et sans biens, satisfaire à leurs 
engagements envers le Roi, les- 
dits Juifs entendent que lesdits 
articles de servitude soient ob- 
servés entre eux jusqu'à ce que 
ledit Seigneur Roi ait reçu tout 
ce qui lui est dû, et après avoir 
atteint le dernier terme du paye- 
ment et avoir versé la somme 
entière, ils entendent que les- 
dits articles de ladite servitude 
soient cassés et annulés et qu'on 
n'en use ni ne puisse en user à 
l'avenir. 



On ne sait pas exactement combien de temps mirent les Juifs de 
Majorque à s'acquitter des 95,000 livres dues au roi Sancho pour 
leur rachat, en tout cas ils étaient entièrement libérés au mois de 
mars de l'année 1327. C'est vers cette époque qu'ils envoyèrent à 
Philippe de Majorque, tuteur du roi Jacme III, qui résidait alors 
à Perpignan, quatre notables de leur communauté, Abraham Ma- 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALÉARES M 

lequi, Isaac ben Aron, Ayon Ghoen et Joseph Barqui, pour le 
supplier de replacer la communauté juive dans le droit commun, 
puisqu'elle avait payé le montant de l'amende, et de n'exiger 
d'elle à l'avenir que le tribut annuel de cent soixante-cinq livres 
qu'elle était tenue de payer avant la condamnation générale du roi 
Sanclio. Philippe, comme on le voit par la lettre suivante qu'il fit 
adresser par son trésorier, de Perpignan, le 8 mars 132T, aux 
procureurs royaux de Majorque, acquiesça à ce vœu et déclara 
que, voulant suivre l'exemple de ses prédécesseurs, il prenait sous 
sa garde et protection les Juifs de Majorque et leurs biens. 

Ais honratz, sauis e discretz senyors en Michel Rotlan e en P. Roig, 
procuradors enlo règne de Maylorches per nostre senyor lo Rey, de 
nos en Nicholau de Sent Just, maior, e en P. Berro, thesaureres del 
dit senyor'Rey, salutz ab tota honor. Fem vos saber quels messages 
de l'aljama de Maylorches, ço es Nabraffim Malequi, Nissach ben 
Aron, Nayon Choen, En Juceff Barqui, suplicaren a Mossenyer en 
Felip e al consseyll que pus la dita aljema auia pagades noranta 
sinon mill libres en les quais fo condanpnada a pagar al senyor Rey 
en Sanxo de bona memoria, que deges restituir e tenir la dita aljema, 
quant a pagar lo trahut que deuen, en aquela forma e manera que 
auien acostumat de donar ans de la dita condenpnacio. Perqueus fem 
saber que délibérât es estât per lo dit senyor mossenyer En Philip e per 
son conseyllque la dita aliama no déjà pagar al senyor Rey altre tra- 
hut sino aquell que per eylla era acostumat de paguar ans de la dita 
condenpnacio, ço es cent saxanta sinch lb., segons que auem trobat 
per los libres de la thesauraria. E axi daym uos eus manam de part 
del dit senyor mossenyer en Philip que la dita aljama no sia per uos 
altres costreta en altra manera de pagar lo dit trahut sino axi con dit 
es Vol encara e mana lo dit senyor mossenyer en Philip e axi vos ho 
diem de part sua que la dita aljama e tots lurs bens sien en guarda 
e protectio del dit senyor Rey axi con cosa sua propria e axi con tots 
temps han estât per sos predessessors. E registrada la présent letra 
en lo libre de la nostra thesauraria, sia per vos altres rrestituida als 
ditz messatges. Dada en Perpenyan, dimarts a VIII dies del mes de 
mars enl'ayn MCCCXXVLT. 

Deux autres lettres de la même date qui suivent immédiate- 
ment dans le registre II de la Procuration Royale ont trait encore 
à des affaires juives, conséquences toujours de la condamnation 
générale et des droits réservés par le roi Sancho sur l'édifice et 
l'emplacement de la chapelle de Santa Fé. La première est une ré- 

1 Archives de la Bailia. Registre II de la Procuracio Real, fol. 55 v°. La lettre 
porte cette note d'enregistrement: « Fuit presentata presens litera die lune XXVIII 
mardi aono Domiui MGCCXXVIII, pro aljama Judeorum de Maiorica ». 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ponse des trésoriers de Philippe de Majorque à une supplique des 
quatre délégués que nous avons vu figurer dans la lettre précé- 
dente. Ces personnages sollicitaient la permission de transporter 
une fabrique monétaire « dans la cour (pati) ou dans le lieu où se 
trouvait jadis la chapelle de Santa Fé ». Le tuteur du roi fait re- 
pondre que, si la communauté juive s'engage à payer les mêmes 
droits de cens et d'entrée quelle paye pour l'emplacement actuel 
de ladite fabrique, et si le lieu où se trouvait la chapelle reste clos 
de toutes parts, de telle sorte que personne ne puisse s'en servir, 
il consent à céder aux Juifs la cour et les maisons avoisinantes au 
prix qui sera fixé d'après l'estimation qui en a été faite du temps 
du roi Sancho, à condition que la communauté paiera pour l'amor- 
tissement de ladite cour une certaine somme de neuf en neuf ans. 
En même temps Philippe donne ordre à ses procureurs de faire à 
la communauté juive de Majorque « une charte publique de 
dette à un an » pour une somme de 5,000 livres qu'elle avait prê- 
tée au roi. 

Remenbransa sia als honrats e discrets en Michel Rotlan e en P. 
Roig, procuradors en Maylorches per nostre senyorlo Rey, queusfem 
nos en Nicholau de Sent Just,maior.e en P. Rerro, thesaureres del dit 
senyor Rey. Fem vos saber que entre nos e Nabrafim Malequi, Nis- 
sach ben Aaron, Nayon Ghoen, En Juceff Barqui, missatges assi 
trameses per Taljama de Maylorches, son estats diverses tractamens 
sobrel fet de la monedaria que entenien a fïer mudar en lo pati o en 
lo loch on esser solia la capella de Sancta Fe. E finalment lo Gonsseyl 
ha finat en aquesta manera : que si la dita aljama uol donar al 
senyor Rey ay[t]ant de sens e d'intrada con nom trobara del loch on 
ara es la monedaria, quel dit loch on solia esser la dita capella ro- 
manga clos de totes partz enaxi que no sia a seruehy ni a us ni a 
empriu de neguna persona d'aqui enant, e que la dita aljama per 
amortizatio del dit pati pach alguna cosa per manera de foriscapi de 
VIIII en VIIII ayns en aquela forma ques parra faedor, perque si la 
dita aljama uol consentir a aço procehits ab ells sots la forma d'amont 
dita. En altre manera, si fer no ho uol, fets nos ho assaber e nos 
tremetrem uos en a dir la uolentat de mossenyer En Phelip e del Gon- 
seyll. Empero si la dita aljama uol consentir al dit tractament, en 
aquest cas consentissets que tots los alberchs que son denant lo 
loch on esser solia la dita capella sien liurats a la dita aljama, per 
aquela estimacio quel senyor Rey los ach, enaxi que d'aqui enant 
los habitadors dels dits alberchs exida alcuna no agen en lo dit car- 
rer. E con los dits missatges diguen quels alberchs qui son en la 
partida denant lo loch on solia esser la dita capela no poden esser a 
nengu seruehi del cayll en la forma d'amunt dita sensgran danpnage, 
veyats vos altres si es axi con eyls dien. E d'asso e de tôt Palis tra- 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALEARES 53 

metets nos en a dir uostre vigayres ans que res procecescats al dit 
negoci. Deim vos encara de part de mossenyer En Phelip que de les 
cinch milles libres que la dita aljama ha prestades al senyor Rey lus 
fassatz cartapublica de deutea .1. any. Dada enPerpenyan, dimartes 
del mes de marts del ayn MCGCXXYII. 

La seconde lettre concerne le seul Abrahim Malequi, qui sut ob- 
tenir l'autorisation de racheter une maison voisine de l'ancienne 
chapelle de Santa Fé qui lui avait appartenu avant la confiscation; 
mais les trésoriers du roi ont la précaution d'informer les procu- 
reurs de Majorque que la valeur de ladite maison étant jugée su- 
périeure par le conseil à celle de l'ancienne estimation, ils devront 
eux-mêmes fixer le prix du rachat. 

Pro Abrahim Malequi, judeo. 

Als honrats, sauis e discrets senyors En Michel Rotlan e En P. 
Roig, procuradors del senyor Rey en Maylorches, de mi En Nicholau 
de Sen Just, thesaurer major del senyor Rey, saluts ab tota honor. 
No contrastant, senyors, ço que es contengut en vna letra queus 
trametem per los messages de raljama de Maylorches dels alberchs 
que son prop lo loch, on solia esser la capella de Sancta Fe, es aor- 
donat que an Abrahim Malequi sia retutlo seu alberchper aquel preu 
que fo estimât e mes en paga al senyor Rey. Empero con sia estât dit 
per alcuns al Gonseyll quel dit alberch val mes de la dita estimacio, 
asso sia a arbitracio uostra, e si trobaretz que mes vayla, lo dit 
Abrahim pach lo mes valent. Datum en Perpenyan, dimartes a VIII 
de marts MGGCXXVII. 

Il ne me reste plus qu'à faire connaître deux autres documents 
de la même collection qui nous renseignent sur la condition du 
Juif étranger qu'un motif quelconque amenait à élire domicile à 
Majorque. Dans la première pièce, du 20 mars 1334, se trouve re- 
produite la supplique d'un certain Joseph Faquin, Juif de Bar- 
celone, qui, après avoir «. couru le monde » était venu se fixer à 
Majorque, où il avait pris femme. Or, un an et demi environ 
après son établissement dans l'île, les secrétaires de Yaljama vou- 
lurent lui faire payer sa part d'une imposition de dix-huit mille 
livres dont la communauté avait été frappée huit ans auparavant. 
Faquin proteste énergiquement contre cet excès de pouvoir « con- 
traire à toute justice et raison » et obtient de Jacme III, dernier 
roi de Majorque, une lettre pour les procureurs royaux qui seront 
chargés d'examiner son affaire. 

Jacobus Dei gratia rex Maioricarum, cornes Rossilioniset Ceritanie 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ac dominus Montispesullani, fidelibus procuratoribus nostris in 
Maiorica Bn. Jane et Bn. de Valleviridi, salutem et gratiam. Supli- 
cationem nobis oblatam pro parte Jucceffi Faquin oriundi de Barchi- 
nona uobis mittimus presentibus interclusam, mandantes uobis qua- 
tenusprouideatis dicto Iuceff super petitis a nobis suplicando, vocatis 
qui fuerunt euocandi, prout de jure vel consuetudine videritis proui- 
dendum. Datum in Castro de Turri propre Elnam l , tercio decimo 
Kalendas aprilis anno Domini M CGC XXX quarto. Ténor supli- 
cationis talis est : 

Denant vos molt ait e poderos senyor en Jacme per la gracia de 
Deu Rey de Maylorches, etc. Diu e mostra En Juceff Faquin, jueu 
naturalde Barcelona, que eyl es anat per lo mont nauegant e vsant 
e per diuerses parts, e ara tro a vn ayne mig prop passats, poch mes 
ho menys, a pressa muler en la ciutat de Maylorcha e los sécréta ri s 
dels jueus de Maylorcha an taxât lo damunt dit Juceff Fequin que 
déjà mètre e contribuir certa quantitat de moneda en aqueles 
XY1II milia libres que per la dita aljama son degutz, passât ha 
VIII ayns e mes ; lo quai, senyor, es a uos cert (on senyor) con sia 
contra tota justicia e contra tota raho quel dit Juceff Faquin déjà res 
mètre o contribuir en los deutes, les quais per la dita aljema son de- 
guts, ans 2 quel dit Juceff, humil seruidor jueu vostre, ab aquela hu- 
militat que pot [prech] que lo dit tort no li sia fet. Enaxi, senyor, 
que sia merce vostra que lo honrat conseyll vostre déjà asso deter- 
menar et conoxer, enaxi que lo dit Juceff no aja auenir a conoxensa 
de altre jutge ho conoxedor de Maylorcha o d'altre loch. Placia a 
Deu, senyor, que[u]s deu (?) longa vida ab honor e salut 3 . 

L'autre pièce est un sauf-conduit (giriatge) délivré le 21 février 
1448, parle lieutenant du procureur royal de Majorque à Marclufex 
Racandel, Juif de Tenès, pour se rendre à Majorque et y résider. 
Ce Juif n'était pas à proprement parler un étranger ; il avait autre- 
fois (en temps pessat) habité Majorque et demandait à pouvoir y 
élire de nouveau domicile. On voit parles considérants de ce sauf- 
conduit que les rois d'Aragon, depuis Joan 1 er , furent amenés, par 
intérêt, à permettre le retour dans leurs états des Juifs que l'into- 
lérance de la masse avait obligés de s'expatrier et de s'établir sur 
la côte d'Afrique 4 . 



1 Probablement la Tour-Bas- JElne. 

2 11 y a ici une lacune dans le texte. Le mot ans indique que Jucef faisait valoir 
que l'amende avait été imposée à la communauté avant son établissement dans l'île. 

3 Archives de \aBailiaàe Majorque. Registre II de la Procuration Royale, fol. 105. 

4 II est intéressant de savoir qu'au XIV e siècle (peut-être aussi plus tôt et plus 
tard), les rois de Majorque toléraient le séjour dans l'île de maures, libres [Sarrahins 
f ranchs) moyennant une certaine redevance. Les registres de comptabilité de la Pro- 
curation Royale (libres de dades e rebudes) mentionnent très souvent des sommes per- 
çues pour Yestada (séjour) ou Veœida (sortie) de Sarrahins. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DES BALÉARES 56 

Guiatge d'En Mardufex Racandell, judcu del loch do Tenes 1 . 

Als molt honorables tots e sengles bâties, gênerais procuradors 
Reyals e altres qualseuol officiais Reyals dins les terres del molt ait 
senyor Rey constituits, e a tots altres patrons de qualseuol fustes 
dels subdits del dit senyor Rey, als quais les présents preuendran o 
presentades los seran o als lochtinents de aquells, de part d'En An- 
thoni Sait, lochtinent del honorable mossenyor Johan Alberti, caua- 
11er, conceller e maiordom del dit molt ait senyor Rey, e Regidor o 
administrador del offîci de la procuracit) Reyal de Mallorcha salutz e 
honor. Com En Marduffex Racandell, judeu del loch de Tenes, en 
temps pessat habitant en Mallorcha vulle e entena habitar e son do- 
milici en la dita ciutat de Mallorcha mudar, on, com segons lo guiatge 
e seguretat fet e atorgat per lo molt ait senyor Rey En Johan de ec- 
cordable memoria, confirmât après per lo senyor Rey En Marti glo- 
riosament rregnant a tots e sengles e uniuerses juheus, mascles e 
fembres, axi naturals dels dits senyors com habitedors dels rregnes 
e terres dels serrahins, e aquells encare qui ans e après o en temps 
de les destruccions de les juheries e jueus de la senyoria dels dits 
senyors a les dites terres de serrahins se son tresportats os trens- 
porteran, contra voluntat e ordinecio dels dits senyors, e altres en- 
care qualseuoll juheus de qualseuol condicio o estament, seran de 
altres rregnes e terres de crastians e serrahins. a qualseuol ciutats, 
parts 2 e lochs de nostra senyoria vinents per causa de habitar, mer- 
cadeiar o negocis altres fer, de tots e sengles excessos, crims, delictes 
en qualseuol manera greus e forts no exceptant ne aigu, encare que 
fos dels costumats per los dits senyors exceptar : en après guien los 
dits senyors e asseguren los dits senyors los dits juheus en mar e 
en terra ab tots lurs mercaderies e a ells comenades joyes, moneda, 
aur, argent e altres qualseuol bens, per mar e per terra entrant en 
los dits nostres rregnes, mercedeiante estant e d'aquen saluament e 
segura en les dites terres de sarrehins e en qualseuol parts retor- 
nants ab totes les dites mercaderies sens algun empetxament, preso, 
violencia, detensio, arrest que a élis ne a lurs bens en naguna ma- 
nera sia fïet per qualseuoll persones, segons que aquestas coses o 
altres en lo dit guiatge e seguretat molt pus largament son conten- 
gudes. E lo quai guiatge e seguretat lo molt victorios senyor Rey 
Nalfonso, ara beneuenturadament rregnant, actenent lo profit e 
utilitat que per raho de les dites mercaderies reporten lo seu patri- 
moni e regalia, per reho dels dits drets que paguen los juheus de les 
dites mercaderies, ha confirmats ensemps ab tots altres guiatges per 
los Reys pessats als dits juheus atorgats ab carte del dit senyor 
dade en lo monestir de Sent Cugat dez Valers, a XV de noembre 

1 Litterarum regii procumtoris anni MCCCCXXXIIIl usqut ad MCCCCLV1, fol. 
153 t». 

' Peut-être ports 



56 REVUE DES ETUDES JUIVES 

any MGGGGXVIIII. Emperamordaço, de part del senyor Rey, requir 
en subsidi de justicia a cascun de vosaltres e de la mia affectuo- 
sament prech que al dit Mardufax Racandell seruets e façats se- 
ruar lo dit guiatge e seguretat segons séria e ténor de aquelles. En 
testimoni de les quais coses he fêta fer la présent signade de ma 
man e ab lo segell del dit meu offici en lo dors segellade. Datum 
en Mallorcha, a XXI de ffebrer any MGGGGXXXXVIII. Anthoni 
Sait, lochtinent. 

Alfred Morel-Fatio. 



LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE 

EN 1392 



Nous avons déjà parlé (Voir Revue, III, 145) du document inté- 
ressant publié par M. Andreu Balaguer y Merino, le savant membre 
et archiviste-bibliothécaire de l'Académie royale des Belles- 
Lettres de Barcelone, dans deux numéros de La Veu ciel Montser- 
rat, qui se publie à Vich (n os du 23 juillet et du 30 juillet 1881, 
p. 231 et 239). On connait les massacres dont les Juifs d'Espagne 
furent victimes en 1391. La communauté juive de Barcelone fut 
attaquée par l'émeute le samedi 5 août, une partie des Juifs fu- 
rent tués (250 dès le premier jour de l'émeute, à ce qu'il semble ; 
voir la lettre de Hasdaï Grescas dans Schevet Jehuda, édit. Wiener, 
p. 129), beaucoup d'autres furent obligés de se baptiser. Le docu- 
ment publié par M. Andreu Balaguer contient la liste nominative 
de 129 Juifs de Barcelone l qui se baptisèrent et, suivant un usage 
général, adoptèrent des noms chrétiens à la place de leurs noms 
juifs. La pièce est datée de Barcelone, 11 mars 1392. Elle contient 
une procuration donnée par trois des Juifs baptisés, procurateurs 
des 127 autres en vertu de plusieurs actes publics dont le premier 
était daté du 7 décembre 1391, par laquelle procuration Franciscus 
Cahanerius, de Saragosse, est chargé de poursuivre la restitution 
de tous les objets volés pendant le sac de la juiverie de Barce- 
lone et dont les détenteurs se trouveraient dans le royaume d'Ara- 
gon. M. Balaguer en conclut avec raison que les pillards devaient 
être en partie des étrangers venus de l' Aragon. Une pièce du 
7 mars 1393, dont M. Balaguer a donné un extrait, indique du reste 
que cette recherche des objets volés fut infructueuse : De ipsis 
bonis nullo modo aliquid poluit inveniri seu recuperari. 

Le document publié par M. Balaguer est si utile pour l'étude 

1 Les numéros 1 et 19 sont identiques. 



58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des noms juifs que nous n'hésitons pas à le reproduire ici. (N° I.) 
Nous le faisons suivre d'un autre document, encore inédit 
(N° II), que nous devons à l'obligeance de M. Balaguer et qui con- 
tient également une liste nominative de Juifs de Barcelone. Ce se- 
cond document est de 1383 et est tiré des archives du notaire An- 
tonio Bellver, de Barcelone 1 . 



N° I. 

« Noverint universi : Quod nos 

1. Petrus daragay olim Bonanasch astruch, 

2. Raymundus de rosanis olim Caravida çaporta, 

3. Johannes ses escales olim Vinant coffeu, 

cives Barchinone, procuratores ad infrescripta et quamplura alia 
légitime constituti à 

4. Petro pujol, magistro in medicina olim Mestre noch, 

5. Laurencio Sent climent olim Maçot evangena, 

6. Bernardo dezcarner olim Vidal, 

7. Jaufredo ses escales olim Abamari rossell, 

8. Guillermo mulet olim Jafiel ferrer, 

9. Nicholao conomina olim Astruch melsia, 

10. Leonardo ferrer olim Bonjuha argent, 

11. Raymundo de gualbis olim Suclam astruch, 

12. Bernardo çaclosa olim Astruch çatorra, 

13. Petro de casa sagia olim Vidal de la torra, 

14. Bartholomeo despont olim Mosse bonofeu, 

15. Francisco pedralbes olim Mosse falco, 

16. Ferrario gracia de gualbis olim Isaach bonsenyor, 

17. Raymundo de villafrancha olim Mestre bendit deu lo 

guart, 

18. Lodovico buçot olim Vidal isaach, 

19. Raymundo de rosanis olim Caravida çaporta, 

20. Berengario dezcortey olim Juceff des falco, 

21. Simon savall olim Samuel abraam, 

22. Johanne giner olim Bonjuha gracia, 

23. Petro vives olim Astruch de ripoll, 

24. Bartholomeo de casasagia olim Bonjuha isaach dalell, 

25. Bernardo gualter olim Bonjuha mosse dalell, 

26. Bartholomeo sait olim Barzalayt michael, 

1 M. Balaguer a eu la bonté de rectifier pour nous quelques fautes d'impression de 
La Veu del Montserrat. — Les numéros d'ordre qui, dans nos deux documents, pré- 
cèdent les noms, ont été ajoutés par nous. 



LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1392 !St) 

27. Jacobo baro olim Astruch falco, 

28- Johanne bertran olim Samuel benvenist, 

29. Lodovico de prades olim Vidal de prades, 

30. Guillermo vidai puiol olim Isaach de piera, 

31. Bernardo casais olim Juceff abraam, 

32. Bertrando çabater olim Abraam mahir, 

33. Berengario badorch oftm" Bonjuha badorch, 

34. Michael lobet olim Davi de bellcayre, 

35. Johanne roure olim Samuel des forn, 

36. Bernardo de muntalt olim Juceff jafiel, 

37. Petro gibert de campredon olim Salamo de campredon, 

38. Guillermo valles olim Isaach bonafos, 

39. Dominico puiol olim Vidal maymo, 

40. Petro ardit olim Isaach abraam ardit, 

41. Johanne ferrer olim Astruch ravalla, 

42. Francisco joannes olim Bonjuha anatzanell, 

43. Johanne dezval olim JucefFevangena, 

44. Johanne massana olim Salamo maçana, 

45. Bernardo cisa olim Abraam juceff, 

46. Marcho desprat maior olim Rovem bondia, 

47. Guillermo oliverii olim Astruch cap, 

48. Bernardo arnau olim Lobell de manresa, 

49. Gabriele de muntpaho olim Abraam viciai de muntso, 

50. Francisco colomerii olim Samuel ananell, 

51. Johanne ferrarii olim Abraam alfeu, 

52. Petro bofîy olim Isaach maymo galipapa, 

53. Anthonio buçot olim Asquio de milan, 

54. Guillermo ferrer olim Astruch de milan, 

55. Gabriele des sayol olim Bonsenyor mercadell, 

56. Bernardo dezpont olim Jafuda vinag, 

57. Petro jovent olim Isaach de bron, 

58. Poncio de tahust olim Jacobo cofFeu sartore, 

59. Guillermo salelles olim Salamo morcat, 

60. Petro martini olim Juceff burgales, 

61. Bernardo de terra olim Jafuda navarro, 

62. Rafaele desquer olim Bonafeu fabib, 

63. Johanne de gualbis olim Lobell bonjuha gracia, 

64. Sisto olim Hayem gomer, 

65. Raymundo de parets olim Salomo botarell, 

66. Bernardo costa olim Bonjuha mahir, 

67. Johanne de cruilles olim Vives astruch, 

68. Johanne isarch olim Issaach senton mahir, 

69. Francisco Vilamari olim Issaach badorch, 



60 REVUE DES ETUDES JUIVES 

70. Berengario ferrarii olim Juceff ferrer, 

71. Ludovico guixar olim Salamo adret, 

72. Raymundo boneti olim Mosse torarff, 

73. Petro de muntros olim Isaach jasquell, 

74. Guillermo çatorra olim Abraam salamo. 

75. Margarita figuera olim Bonanada uxor Astruch biona, 

76. Galcerando castello olim Yidal sutlam, 

77. Ferrario gracia alias de gualbis, 

78. Raymundo ballistarii olim Samuel alietzer, 

79. Arnaldo soler olim Vidal mercadell, 

80. Petro de cigiis olim Vidal senton xantxell, 

81. Ludovico de gualbis olim Davi jaques, 

82. Johanne de Valencia olim Salamo de Valencia, 

83. Petro vidai olim Juceff çaporta, 

84. Clara olim Astruga uxor den biona de pura, 

85. Raymundo ballistarii olim Abraam des fora, 

86. Jacobo de podio olim Salamo toraif, 

87. Petro bartholomei olim Abraam natzanell, 

88. Johanne de Vallesicca olim Haym bavent risch, 

89. Jacobo lonch olim Salamo lobell gracia, 

90. Petro buçot olim Senton caro, 

91. Petro merles olim Juceff davi, 

92. Petro ça rocha olim Abraam rugat, 

93. Jacobo augusti olim Samuel abraam magister scola- 

norum *, 

94. Johanne corro olim Isaach çaragoça, 

95. Salvatore de vallo olim Salamo salvat, 

96. Petro ballester olim Davi burgales, 

97. Bertrando lança olim Juceff de pontardia, 

98. Bernardo coll olim Lobell baro, 

99. Jacobo mediona olim Samuel bellshom, 

100. Raymundo ballester olim Isaach mahir, 

101. Francisco ripoll olim Juceff alborga, 

102. Francisco pujades olim Samuel sadoch, 
Ï03. Bernardo calaf olim Abraam nogueres, 

104. Johanni gracia olim Mosse roven, 

105. Francisco oliver olim Astruch sescola, 

106. Guillermo mascaro olim Mahir bonjuha, 

107. Francisco vilaplana olim Michel barzalay, 

108. Francisco bertran olim Natan adret, 

109. Philipo de ferreres olim Astruch de Teraçona, 

1 Le mot n'est pas dans Ducange. Les écoliers s'appellent escolans en catalan. 



LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1392 Cl 

110. Michael ariembau olim Isaac mosse, 

111. Raymundo de querio olim Astruch fabib, 

112. Francisco lodrigo olim Abraam alfamem, 

113. Johanne bertrandi olim Bonastruch alcaravi, 

114. Guillermo çagarriga olim Salamo fabib, 

115. Petro guardiola olim Mosse de ganges, 

116. Petro bertrandi olim Bonjuha bennevist, 

117. Gabriele de prades olim Juceff de prades, 

118. Petro terraça olim Isaach maymo, 

119. Gabriele boni olim Mosse cabrit, 

120. Francisco de podio olim Davi cortés, 

121. Raymundo saval olim Cresques affunant, 

122. Arnaldo de rosanes olim Mestre abraam coffe, 

123. Bernardo lunes olim Abraam adret, 

124. Ferra rio sayol pujades olim Yidal abravini, 

125. Floynii bononati olim Isaach de ganges, 

126. Francisco guich olim Salamo asdrach, 

127. Berengario oliverii olim Juceff ferrer, 

128. Johanne de fontcuberta olim Juceff ferrer, 

129. Arnaldo ferrarîi olim Senton del de bellcayre, 

130. Simone pétri olim Mahir salamo, 

omnibus olim judeis Barchinone nunc vero ad fidem orthodoxam 
conversis, etc. . . » 



No II. 



Ce document, daté du 6 juillet 1383, contient une vente et créa- 
tion de cens annuel de 1.000 sous, autorisée par la Aljama (com- 
munauté juive) de Barcelone en faveur de Vénérable Juan de 
Yall, de la maison du roi d'Aragon, citoyen de Barcelone, fils de 
défunt Juan de Vall, également citoyen de cette ville, en échange 
de 14.200 sous, monnaie de Barcelone, prêtés à l'Aljama pour les 
payer à « Petro Cabanyes, juponerio et sartorio civi. Barchinone, » 
en vertu d'une autre écriture de vente de cens, datée du 17 janvier 
1381 et faite par devant Antonio Saploma, notaire public de Barce- 
lone. L'Aljama avait de grands besoins d'argent, car le 10 sep- 
tembre 1383, le même Bonjuha assanell qui figure dans l'acte du 
6 juillet 1383, agissant au nom de la communauté, vendit encore, 
par-devant le même notaire Bellver, au même Juan de Vall, avec 
l'autorisation de l'infant Don Juan, fils du Roi et gouverneur gé- 
néral du royaume, un cens annuel de 400 sous, en échange d'une 
somme de 15.600 sous, monnaie de Barcelone. Ces besoins d'argent 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sont expliqués par le passage suivant de cette pièce : « Attendantes 
dictam aljama et eius judeos singulares ipsius aljame teneri et 
obligatos fore tam Curie Inclite ac magnifici Domini Infantis Jo- 
hannis serenissimi domini Régis primogeniti quam nonnullis per- 
sonis christianis videlicet et judeis et diversis et magnis peccunie 
summis diversis respectis atque causis. Attendentes etiam diversos 
modos fuisse constitutos unde dictas quantitates exolvi possent 
comodius creditoribus ipsius aljame et non invenissent tam utile 
quam per viam seu modum venditionis censualis mortui infra- 
scripto. Idcirco, etc. » 
Voici maintenant la pièce du 6 juillet 1383 : 

« In nomine Domini. Noverint universi : Quodego Bonjuha assa- 
nell, judeus Barcliinone, sindicus. actor et procurator ad infra- 
scripta specialiter et legitimum constitutus ab Aljame judeorum 
Civitatis Barcliinone et a secretariis et a triginta de consilio ac 
aliis judeis singularibus eiusdem aljame infrascriptis inter alios 
nomine ipsius aljame et nomine etiam eorum proprio videlicet a : 

131. Bonjuha gracia, 

132. Roven bonafeu, 

133. et Struch Abenefeia, secretariis anno presenti aljame 

jamdicte et etiam a 

134. Massoto avengena 154. Bissaltell gracia 

135. Salamono scaleta 155. Samuele desforn 

136. Bonsenyor gracia 156. Jaffuda lobell cresques 

137. Atzay cresques 157. Salamone bione bondie 

138. Salamono cresques 158. Salamone obrador 

139. Salamono gracia 159. Astrugo mosse mayir 

140. Samuele bennevist 160. Jacob de milan 

141. Issaclio bisbal 161. Issach bonafos 

142. Abamari rossel 162. Juceffo gabbai 

143. Lobell massana 163. Abraham ardit 

144. Salamono azdra 164. Astrugo çatorra 

145. Davin de bellcayre 165. Juceifo bolaix 

146. Astruc bonafos fisico 166. Bonjuho issach dalell 

147. Vitale scapat 167. Perfetto rosselli 

148. Vitale ferrarii 168. Samuele rosselli 

149. Abraham adret 169. Juceffo domasch 

150. Vitale de ripoll 170. Astrugo de ripoll 

151. Samuele bonafos 171. Juceffo jafiell 

152. Salamono brunelli 172. Juceffo mosse 

153. Samuele saporta 173. Gara vida caporfa 



LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1392 



63 



174. Satell issach 

175. Bonjulia badorch 

176. Salamone fabib 

177. Bonsenyor mercader 

178. Astrugo juceff levi 

179. Astrugo vides 

180. Senton desforn 

181. Juceffo salamo falcho 

182. Abraham tarros 

183. Davi issach cap de pebre 

184. Astrugo massana 



185. Jacob argenter 

186. Bonastruch samuel 

187. Vitale sanon 

188. Senton de bellcayre 

189. Vitale de prades 

190. Juceffo coray 

191. Abraham massies 

192. Juceffo abrahe ferrer 

193. Bonjulia samuel bolaix 

194. Janya xaham 

195. et Senton abraham mayr. 



De quo quidem sinclicatu, procuratione et actoria apparet per 
publicum instrumentum inde factum per Anthonium Bellver auc- 
ritate Regia notarium publicum Barchinone infrascriptum sexta 
die Julii anno a nativitate Domini ultimo scripto millesimo trecen- 
tesimo octuagesimo tertio in quo quidem procurationis, sindicatus 
et actorie instrumente auctoritas et decretum venerabilis Galce- 
randi sestrada, Bajuli Barchinone pro domino Rege intervene- 
runt, etc. » 



Nous allons essayer de donner quelques explications sur les 
noms contenus dans ces deux pièces et d'en identifier un certain 
nombre avec les noms juifs déjà connus. M. Ad. Neubauer, M. le 
docteur Steinschneider et M. Adreu Balaguer nous ont fourni sur 
ce sujet des informations pour lesquelles nous les prions d'agréer 
tous nos remercîments. 

Ce travail d'identification est rendu plus facile par cette circons- 
tance qu'un certain nombre de noms se retrouvent dans les deux 
pièces que nous publions. (Comparez n os 131 et 22 ; 134 et 5 ; 139 
et 89 ; 140 et 28; 142 et 7 ; 144 et 126 ; 145 et 34 ; 149 et 123 ; 155 
et 35 ; 161 et 38 ; 163 et 30 ; 164 et 12 ; 166 et 24 ; 170 et 23 ; 171 et 
36 ; 173 et 2 et 19 ; 175 et 33 ; 176 et 114 ; 177 et 55; 181 et 20 ; 
188 et 129 ; 189 et 29 ; 192 et 127, 128 ; 195 et 32.) 

On verra que ce travail aura pour résultat de fixer définitivement 
la prononciation du nom d'un certain nombre d'auteurs célèbres 
dans la littérature juive et dont les noms n'ont pas été encore lus 
exactement. 

Cette étude a surtout un grand intérêt parce qu'elle s'applique 
aux Juifs de Barcelone. C'est une des villes d'Espagne qui a pro- 
duit, avec Gérone, sa voisine, le plus de savants et d'écrivains 
juifs. Déjà dès la naissance de la science juive en Espagne, Barce- 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lone compte un rabbin savant, Isaac b. Reuben, de la célèbre gé- 
nération des cinq Isaac. La prospérité des écoles de cette ville est 
attestée par cette parole d'Isaac b. Schéschet 1 : ttrtfMfc-ûl &rrnN 
!T33 ûWitt « l'air qu'on respire à Barcelone rend intelligent ». 
Nous donnons ici une liste des savants ou autres hommes célèbres 
de Barcelone, en avertissant que nous n'avons pas la prétention 
de la faire complète 2 . 

Abba Mari, fils de Joseph ibn Caspi (Catal. Leipzig, 

p. 303 e). 
Abraham Abulafia, fin xm° s. (Ozar Nehmad, II, 231). 
Abraham et Barchilon, 1328 (Amador, Historia, II, 60). 
Abraham Cohen, vers 1540 (Wolf, I, n° 100). 
Abraham b. Hasdaï, 1235/40 (Catal. ~bodl. p. 673). 
Abraham b. Juda, vers 1253 (Wolf, I, 81 ; comp. pour la 

date, Ghirondi, p. 24 et p. 26). 
Abraham b. Samuel Hallévi b. Hasdaï, 1232 (Kobeç Tes- 

cliubot ha-Rambam, édit. Leipzig, III, p. 6 et 7). 
Abraham b. Hiyya Albargeloni, mort 1135 ou 1136? 
Aron Halévi, mort 1293. 

Rab "pbwm (?), xvi e siècle (Koré haddorot, f° 33 a). 
Benjamin Schéschet, Naci, vers 1160 (Benj. Tud., init.). 
Bonafos Vidal, 1305 (Rabb. fr., index). 
Bonastruc de Barcelone (Gonsult. Isaac b. Sch., n° 7). 
Bonirac (Bonisac?) Salomon (Wolf, III, 371 & et 460). 
Hasdaï Crescas, 1391. 

Isaac, poëte, comm. xm e s. (Harizi, ch. 46). 
Isaac 'pî^inn, xvi° siècle [Schalsch., î° 64a; peut-être le 

même que R. Bargilon, plus haut). 
Isaac b. Reuben, né 1043. 
Isaac -b. Schéschet, 1391, a dû résider à Barcelone, où il 

aura été élève de Nissim Gerondi. D'après M. Stein- 

schneider, il y aurait eu un autre uy'n'n de Barcelone 

(Ozar Nefim., II, 235). 
Jacob et ses fils, comm. xm° s. (Harizi, ch. 46). 
Jacob b. Isaac Alcorsono, écrit à Barcelone en 1378 (Revue, 

III, 139). 
Jacob b. Josef Kabrut (Jeivish Literat., p. 184). 



1 Consultations, n° 369; comp. Baba Batra, 158 b. 

2 Dans ce qui suit, nous appelons Catal. Leyde, catal. Munich, catal. Paris, etc., 
les catalogues des manuscrits hébreux de Leyde, de Munich, de Paris, etc. Catal. 
bodl. désigne le catalogue des livres hébr. imprimés de la bibliothèque bodléienne, par 
M. Steinschneider. 



LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1392 Ci 

Jacob b. Moïse ibn Acsaï, 1298 {Schalschélet, éd. Venis , 

f°59a). 
Johanan (Wolf, I, III, 724)? 

Jona b. Abraham Geroncli, a résidé à Barcelone; mort 1263. 
Joseph de Barcelone (Castro, Bibliot., p. 623). 
Josef b. Aknin b. Juda b. Josef Jacob le dayyan sefardi Bar- 

celoni (Mébo hattalmnd, Bresîau, 1871). 
Josef ibn Gaspi (vers 1300 ; Catal. Leipzig, p. 203 e ; p. 324). 
Josef Hayyat {Schalschélet, édit. Venise, p. 65 a). 
Joseph ibn Yahya, élève de Salomon b. Adret (Schalschélet, 

édit., Venise, P59 à). 
Josef ibn Zabara r-n&oî, vers fin xn e siècle (Catal. botll., 

p. 1521). M. Saige a un sceau appartenant, si je ne me 

trompe, à un Josef b. Juda î-nsoT. La lecture de Valet 

est difficile, cette lettre ayant une forme archaïque qui 

ressemble à celles des Iscrizioni, de M. Ascoli, planche II. 

On connaît aussi un Juda Zabara, du xni° siècle {Cal. 

bodl. s. v. Jehuda Sabara), et qui pourrait être le fils de 

notre Josef. Voir en outre, Salomon b. Adret, T, 415; 

Rabb. fr., p. 715 ; II. B., VIII, 89. 
Juda b. Astruc, sous Jayme I er d'Aragon {Hebr. Bibl. 

XII, 59). 
Juda b. Barzillaï, vers 1130. 

Juda b. Isaac, médecin, eomm. xm e s. (Harizi, ch. 46). 
Juda b. Salomon, fin xm e s. (Catal. Paris, n° 985 ; Ozar 

Nehmad, II, 121, 233}. 
Makir, comm. xiii s. (Harizi, ch. 46). 
Moïse b. Nahman, de Gérone, a disputé à Barcelone contre 

PaulusChristiani, en 1263. 
Moïse de Narbonne, a écrit à Barcelone en 1349. 
Mordekai, vers 1305 {Rabb. fr., index) . 
Mordekai Rossello (Catal. Munich, n° 49 et Ozar Nehru., 

II, 236). 
Nissim b. Reuben Gerondi, a enseigné à Barc, mort après 

1374. 
Salomon b. Abraham b. Adret, et ses fils, 1305. 
Samuel Galil (Minh. Ken. : Rabb. fr., index). 
Samuel Hallévi, Naci, comm.xm e s. (Harizi, ch. 46). 
Samuel ou Salomon b. Abraham b. Hasdaï, vers 1160 (Benj. 

Tud., mit. ; Graetz, VI, l 1>e éd., p. 230). 
Sealtiel, vers 1160 (Benj. Tud., init.). 
Sealtiel, comm. xm e s. (Harizi, ch. 46). 
Schéschet, comm. xm e s. (Harizi, ch. 46). 

T. IV. 5 



06 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Schéschet b. Benveniste, le Naci, mort vers 1203 (Hebr. 

Bïbl. XII, p. 106). 
Schéschet b. Isaac Gerondi, vers 1320 (Benj. Tud., édit. 

Asher, II, p. 5). 
Semtob ibn Gaon, de Soria, élève de Salomon B. Adret 

[Catal. bodl.,^- 2523). 
Semtob b. Isaac, de Tortose, et son maître Isaac b. Meschul- 

lam, à Barc. en 1284 (Catal. bodl., p. 2523). 
Simon Duran, quitte Barcelone en 1391. 
Zag (Azzachus, = Isaac), médecin du roi d'Aragon, 1220 

(Graetz, VI, 2 e édit, p. 375). 
Zerahya b. Isaac b. Sealtiel Hên (Cat. bodl. p. 2585 ; Ozar 

Nehmad, II, 229 ; Hébr, Bibl., X, 42, XI, 42 ; Cf. ibid., 

II, 99; IV, 125). 

Dans cette liste nous avons omis à dessein la plupart des noms 
de Barcelone qui se trouvent 1° dans le Minhat Kenaot ; 2° dans 
les consultations de Salomon b. Adret, n° 415 et ss. ; 3° dans 
Benjamin de Tuclèle, éclit. Asher, II, p. 4 à 6 ; 4° ceux de la fa- 
mille des Gracia qu'on trouvera plus loin ; 5° ceux des consulta- 
tions d'Isaac b. Sch., etc. 

Voici maintenant nos notes sur les noms compris dans nos 
deux documents l : 

Abamari (n° "7). Nom bien connu et rendu célèbre par Abba- 
mari ben Moïse (Don Astruc), de Lunel, auteur du recueil de 
lettres Minliat Kenaot, relatives à la querelle des maïmonistes 
(Voir Rabbins français, p. 647 et index). On sait quel rôle impor- 
tant la communauté juive de Barcelone et son rabbin en chef, Sa- 
lomon b. Abraham b. Adret, jouèrent dans cette querelle, qui 
se termina lors de l'expulsion des Juifs de France en 1306. 

Abenefeia (n° 133). Ce nom est sans doute de la même famille 
que celui d'Abulafia. Dans les Abné Ziccaron^ ce dernier nom est 
souvent écrit Ir-p^^na, avec deux yod, ce qui donnerait la pro- 
nonciation Abulafiyya. Dans Hebr. Bibliogr., XIV, 96, Salomon b. 
Isaac w. Comp. Wolf, III, n° 39, Abenephi, etn°220. 

Abravini (n° 124). Ce nom pourrait servir, s'il en était besoin, à 
fixer la prononciation du nom de la célèbre famille des baomsN. 



1 Pour les noms géographiques, nous nous sommes servi du Diccionario de Pas- 
cual Madoz. 



LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1392 07 

Affunant (n° 121). Nous n'avons pas pu identifier ce nom. 

Adret (n 09 11, 108, 123). On a enfin la vraie prononciation du 
nom du célèbre rabbin de Barcelone, Salomon b. Adret, rrfiN. 
M. Steinschneider a été bien près de la vérité lorsque, dans ' son 
Catalogue de la Bodléienne (p. 2269), il orthographiait b^TS; sui- 
vant Ernéh Jia-bahha, édit. Letteris, p. 127. Le Salamo Adret de 
notre liste (n° 71) ne peut pas être le Salomon b. A. dont nous ve- 
nons déparier et qui est mort avant 1330. Ce dernier paraît avoir 
eu au moins trois fils : Isaac, qui a signé la lettre qui se trouve 
dans les consultations de son père, I, n° 415; Juda (Koré had~ 
dorot, éd. Cassel, p. 22a); Nastruc Salomon, dans Jeschurim, 
VIII, p. 157 et 159. Sur un Abraham b. Salomon b. Adret, voir 
Catal. bodl., p. 2269. 

Aïborga (n° 101,). Le Koré haddorot (édit. Cassel, p. 28&) nomme 
un Isaac nama^N (Aliborga), correspondant de Josef Colon, 
XV e siècle. 

Alcaravi (n° 113). Serait-ce le nom de "n-ipbN (Abraham Alca- 
ravi) dans Simon Duran, I, 97? 

Alfamem (n° 112). Peut-être ^naba, dans Simon Duran, IV, 1. 

Alfeu(n° 51). Probablement Halfen. Ce dernier nom peut pro- 
venir de l'hébreu liai fan, ou de l'arabe fisbrï ou "psbs, iïalfon, 
Kalfon, nom déjà porté par un des plus anciens poètes juifs de 
l'Espagne (Harizi, chap. 3 et 18). Un Abu Saïd Halfon Halévy, à 
Damiette, du temps de Juda Halévi (v. 1141); Saadia ibn fiDb^, 
dans Yakhin nboaz de Sémah Duran, I, n°65; Béni Alfon, dans 
Amador, Historia, I, 399. Comp. Catal. VodL p. 697 (Abraham 
Kalfon) et p. 835, Chalfon ; Catal. mss. hébr. Berlin, Chalfon b. 
David b. Abr. et Saadia b. Yahyia b. Halfon. Voy. aussi Ghirondi, 
p. 41. 

Alietzer (n° 78). Eliézer: remarquez la prononciation tz pour 
l'hébreu t. 

Anatzanell (n° 42), Natzaneil (n° 87). C'est le nom de Netanel ; 
remarquez la transcription de n par tz. 

Ardit (n° 40). Ce nom (Ardit, Arditi) est encore très répandu 
aujourd'hui parmi les Juifs d'Orient. Voir, par exemple, Isaac 
Ardit, auteur d'un livre imprimé à Salonique en 1823, Hebr. BibL, 
VII, 24. Voyez Abraham Ardit et Efraïm Ardit, dans Schem hag- 
(jedollm de Benjacob, 2° partie, au mot tr-isa i-Tûtt. Nous ne sa- 
vons quels rapports il y a entre ce nom d'Ardit et celui d'Ardot 
DVnK, qui est très répandu dans la littérature juive. 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Argent (n° 10). Comparez Revue, I, p. 65, Marc-Dargent ; Comp. 
aussi le mot suivant. 

Ar g enter (n° 185). Pourrait bien être la traduction du nom de 
Caspi ^scû (p.ëx. Josef ibn Gaspi). 

Asdrach (n° 126), Azdra (n° 144). Serait-ce le nom d'Ezra? Il 
n'est pas impossible que ce nom soit parent de celui d'Astruc. 
Voy. H. B., IV, 124. 

Asquio (n° 53). Peut-être Hiskiyya (Steinschneider). 

Astruch (n os 1, 9, 11, etc.), Astrug (n° 159). Nom très répandu. 
Voir, par exemple, l'index des Rabbins fr., celui de Saige, Les 
Juifs du Languedoc. Le nom vient à" Aster, astre ; il est peut- 
être la traduction de Gad; H. B., V, 47; Ghirondi, p. 66. 

Astruga (n° 84). Nom de femme. Voir les mêmes index. 

Atzai (n° 137). Nous supposons que c'est le nom de Hasdaï. 
Nous aurions ainsi le nom du célèbre rabbin Hasdaï Grescas, qui a 
sûrement demeuré à Barcelone (Consultât. Isaac b. Schéschet, 
n° 376) et qui s'y trouvait peut-être à l'époque du massacre de 
1391, puisque son fils fut tué dans ce massacre. S'il était identique 
avec le Atzai Cresques de notre n° 137, il faudrait en conclure qu'il 
se trouva parmi ceux qui furent obligés de se faire baptiser. Après 
l'émeute, il se serait enfui à Saragosse ; c'est de là qu'il adressa 
aux Juifs d'Avignon sa lettre sur les persécutions de 1391 dont 
nous avons parlé plus haut. Il faut pourtant remarquer que cette 
lettre est datée de Saragosse le 19 octobre 1391, tandis que notre 
document est daté de Barcelone 1 1 mars 1392. En cas d'identité, 
il faudrait supposer que Hasdaï serait revenu de Saragosse à Bar- 
celone ou que les Juifs dont les noms figurent sur notre pièce et 
qui avaient donné procuration à trois d'entre eux pouvaient ne 
plus demeurer tous à Barcelone à l'époque où cette pièce a été 
dressée. Quelques-uns auront pu aller demeurer à Saragosse, et ce 
sont peut-être eux qui ont noué les relations avec le Franciscus 
Cahanerius de notre document. — Voir dans Girbal,Los Judios en 
Gerona, Azay Toros (= Theodoros?), pp. 35 et 83. 

Avengena (n° 134), Emngena (n os 5, 43). C'est le nom d'Ibn 
Gannah, porté parle célèbre grammairien Jona ibn Gannah. Comp. 
Steinschneider, Gafiki, p. 356. 

Azdra. Voir Asdrach. 

Badorch (n 09 33, 69). Un Hayyim ^*\li écrit, en 1470, le cod. 
Rossi n° 312; Perreau, Bollet. degli studii orientali, I, p. 454; 
Comp. Catal. Hambourg, p. 138. 



LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1392 69 

Baro (n° 98). On connaît le poète Abu Ibrahim ben Vra, de 
Lucène, contemporain de Jona ibn Gannah. Sur Abu Ibrahim b. 
Baron b. rua [nwffl ?), voir Kerem Chemed, IV, 85 : Catal. bodl., 
pp. 1335, 1616, 1806; ffebr. £*W., XIII, 91 ; Isaac Ibrahim b. 
Baron, de Malaga et Abu Ammar b. Baron, contemporains de Juda 
Halévi, Betulat bat Jehuda, pp. 19 et 20; pn "D, Simon Duran, 
II, 96, 97; Baron, dans Saige, index. 

Barzalay (n° 107), Barzalayt (n° 26). Les Barzillaï sont nom- 
breux dans l'histoire de la littérature juive, par exemple, Juda b. 
Barzillaï Albargeloni, du commencement du xn e siècle; le Korê 
haddarot (voir l'index) nomme encore Baruch, Josua, Méir (comp. 
Hebr. BibL, XI, 39) ; divers Barselay figurent dans Kayserling, 
Navarra (voir l'index). Un Reuben b. Barzillaï b. Sealtiel, de Bar- 
celone, figure dans la Consultation de Salomon b. Adret, I, 415. 
Enfin, dans Harizi, ch. 3, il y a un Josef b. Barzel. — Le mot hé- 
breu barzel signifiant fer, il est permis de supposer, comme l'a 
déjà fait M. Steinschneider {Hebr. BibL, III, 87), que les noms 
de Barzel, Barzillay, sont identiques avec ceux de Ferrer, Fer- 
rarii, portés par divers Juifs espagnols. Voir ces noms plus loin. 

Bellcayre (n os 34, 129). Ville de Catalogne. 

Bellshom (n° 99). Pour ce nom encore nos documents sont pré- 
cieux. On ne savait comment lire le nom de ùitïbs ou tntp^a, 
porté entre autres par Moïse de Narbonne, dit maître Vidal. On le 
prononçait Blasom (Catal. bodl., p. 1968) ou Blason (Kayserling, 
Navarra, p. 168). Ce nom se trouve dans les Consultât. d'Is. b. 
Sch. n° 220 ; de Simon Duran, I, 26, 163, ûnrabnaN Efraïm Gerondi; 
dans Kayserl., Navarra, Efraïm Vidal == Vidal Bellshom (p. 170); 
Heb. BibL VIII, 88, Josef Bellshom ; dans Catal. des ms. hébr. 
de Paris, n° 1200, Moïse Vidal Bellshom, en Sicile, en 1504; dans 
Girbal, Los Judlos, etc., p. 20, Bellhom Scapat ; dans Saige, 
Juifs du Languedoc (index), Belhom. Voy. aussi Josef Bellshom, 
B. B., VIII, 88. 

Beanevist (n° 116), Benvenist (n° 28). Le nom de Benveniste est 
très répandu dans l'histoire et la littérature juives. A Barcelone, 
on connaît spécialement le Naci Schéschet Benveniste ; un Josef 
b. Benveniste a signé, à Barcelone, la lettre qui se trouve dans les 
Consultations de Salom. b. Adret, I, 415. Sur les Benveniste, voir 
Graetz, Histoire, VIII, note 4; Hebr. BibL, V, 68 ; VI, 14 ; VIII, 
125 ; IX, 91 ; X, 82, 136 ; XI, 91 ; XIII, 106 ; XV, 54, 78. Un Sa- 
muel Benv. est nommé dans Consult. d'Is. b. S., n° 214. 

Biona (n os 84, 157). nrnw dans Consult. dlsaacb. Sch., n- s 266, 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 

377, 378 (Zunz, Gesamm. Schrifl., II, p. 30). Le den Biona du 
n° 84, probablement pour de Eribiona. 

•' Bisbal (n° 141). Ville de la Catalogne. 

Bissaltel (n° 154). C'est le nom hébreu Beoallel . 

Bolaix (n os 165, 193). C'est le nom u^bN'uaa. Comparez, sur les 
noms de ce genre, H. B., XVI, 61 ; XIX, 93 ; Çag Abenayx, al- 
mojarife de la reine dona Maria, dans Amaclor, II, 87. 

Bonanada (n° 75). Nom de femme. 

Bonayiascli (n° 1). Prononcez Bonanasc, non Bonnasc (Zunz, 
Zur Gesch., 461). Le nom paraît composé de Bonan (ï&wn) et 
d'Isaac. Voir Consult. d'Is. b. S, piaamasK, En Bonanasc, n° 349, et 
powi^MN de Barcelone, n° 415; 

Bondia (n° 46). En hébreu Yom toi), bonjour, jour heureux, 
(Saige, index). Comparez Kayserl., Navarra, p. 168, note 2. 
Dans Consult. d'Is. b. Sch., Bondia Cohen, n° 60 s ; David Bondia 
Cohen, n° 179; Vidal Bondia, n° 266. Dans Koré Jiadd., Abraham 

Bondie (n° 157). Autre forme du nom précédent ? 

Bonjuha (n os 10, 22, 24, etc.). C'est le nom de Bon-Iuyf 
{Revue, I, p. 65), plus ou moins identique avec Bon-Juda ou Juda 
(car Julia vient sans doute, comme juif, du nom de Juda). Juda 
Desfils s'appelle S-wnMa (Consult. Simon Duran, I, 134) ; Juda 
Zerahya s'appelle iwiWO Astruc [Hebr. Bïbl., XIV, 98). Un Bon- 
juha de Gérone assiste au colloque cle Tortose (Sehev. Jeh., éd. 
Wiener, p. 168). Bonjuah, en Sicile, dans Is. b. Sch., n° 171 ; 
Bonjua, dans Girbal, p. 20. On voit, par ce qui précède, qu'il ne 
faut plus transcrire les noms de irwriM'n et ttSN'nwis par Bongua, 
Bongodas ou Bongudas, car le a est tilde ; il faut donc écrire Bon- 
jua, Bonjudas; Comp. dans Is. b. Sch., n° 265, Bjoi'a, Jucef, et 
n° 266, ©Nm'Mna, Bonjudas. 

Bonsenyor (n os 16, 55, 136). En hébreu, iroiu, Tobie. Kenéset 
liaggedola, E~ben Ezer, chap. 129, n° 121. 

Botarell (n° 65). Nom connu par Moïse Botarel, qui, en 1409, 
composa un commentaire du Livre de la Création. Il existe un 
Moïse Botarel plus jeune (Catal. bodl. p. 1780); Moïse Farissol 
Botarel (Catal. Munich, n° 252); Salomon Botarel, Catal. Munich, 
index des propriétaires de mss ; Botarel baauwr, Catal. Mu- 
nich, n° 252. — Ville dans la prov. de Tarragone. 

Burgales (n os 60, 96). Voir dans Koré haddorot, ,'index, Abra- 



LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1392 71 

ham b. Aziz (ou Azuz ?), Abraham b. V&wma; dans le corps de 
l'ouvrage, f° 43&, ce nom est écrit bm'n (Bourgueil?). Comp, 
Calai, bodl. p. 672. Le mot encore usité aujourd'hui, veut dire 
« habitant ou originaire de Burgos ». 

Cabrll (n° 119). Le nom se trouve dans Girbal, Los Judios, etc., 
p. 32 (Moïse Gabrit) ; Nastruc tr*Dp, dans Consult. de Nissim Ge- 
rondi, n°55; Gabriel Souscabrito, AVolf,III, 447c.,Fùrst, Blblioth., 
s. v.; Jacob b. Juda b. Kabrut, Jewish Literalure, p. 184; Ludovic 
Cabrito, Catal. Paris, n° 753. — Cabrita, Gabrito, sont des noms 
de villes espagnoles. 

Cap (n os 47, 183). C'est sans doute ainsi qu'il faut lire le nom 
des t]Np qui se trouve dans la Consultation de Salomon b. Adret, 
I, 415, et dans Minhat Kenaol, p. 157. Nastruc t|Np, dans Is. b. 
Sch., n°104. 

Çaporla (n os 2, 19, 83), Saporta (n° 153). Nom très connu, dans 
la littérature juive, sous les formes de Saporta, Saportas, Sas- 
porta, Sasportas, Sasportès, et peut-être Sprot et Saprout. Voir 
Calai, bodl., p. 2551. — Le préfixe ça, sa, est un ancien article fé- 
minin, encore en usage aujourd'hui à Majorque. Il y a un Porta 
dans le département des Pyrénées-Orientales. Bonastruc à Porta, 
Calai, bodl., p. 1956. 

Caravida (n os 2, 19). Le nom est fort connu sous cette forme ou 
sous celle de Caravita. Isaac Caravida, Cal. bodl. ; Astruch Cara- 
vita, Guirbal, p. 20; En Caravida, Consult. de Nissim Gerondi, 
n°30. 

Caro (n°90). En transcription hébraïque, TiNp, traduit peut-être 
par a'on. Le nom est célèbre par Josef Caro, auteur du SchulJian 
•i;h. Voir dans Fùrst, Bibl., Abraham Caro, Isaac, Menahem, 
Salomon Caro, II, 171 et ss. 

Cofîe (n° 122), Coffen (n os 3, 58). C'est le mot Cohen, avec f 
pour h. Le nom serait-il identique avec celui de Coffino? Voir 
Koré hadd., index, Aron Coffino. 

Coray (n° 190). Ce nom serait-il parent de Toraïf, Torarff(voir 
ces mots) ? 

Campredon (n° 37). Ville de la Catalogne, aujourd'hui Cam- 
prodon. 

Cresques (n° 137). Le nom serait en" hébr. n^sit (Zunz, Ges. 
Sch., II, p. 54). 

Dalell (n os 24, 25). Un Elie bxbï dans Catal. Leyde, de Stein- 
Bchneider, p. 285 ; Comp. Hebr. Bibl. VIII, 48. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Davi (n°- 34, 81, 91, etc.). Pour David. Comp. En Crescas *rj, 
dans Is. b. Scli., n° 226 ; iTwa Bondavi, xbid., n° 171; Muel Bon- 
davi Comprad, Catal. Munich, n° 292. 

Domasch (n° 169). Serait-ce quelque chose comme piû*n, 
Damasc ? 

Deu lo guart (n° 17). En français, Dieu le garde ; en hébreu, pro- 
bablement irnttia ou peut-être îtsse ; Saige, Juifs du Languedoc 
(index), Diex lo gar. 

Evangena (n os 5, 43). N oiv Ar>engena. 

Fabib (n os 62, 111, 114). C'est le nom très connu de n^mr», Habib. 
D'après Zunz (Gesamm. Sclir., II, p. 53), le nom aurait été tra- 
duit en espagnol par Comprado (voir cependant plus haut, Caro) ; 
peut-être aussi en latin par Amatus [Hebr. Bïbl,, IX, 80). Le plus 
célèbre des Habib est Jacob, auteur du En Jacob. On trouvera 
chez les bibliographes les noms de Hayyim (Conforte), Josef, 
Lévi, Moïse, Samuel (Cat. bodl) ben ou ibn Habib, Amatus Lu- 
sitanus = Habib Hassefardi ; R. Habib, à Xativa, dans Is. b. 
Sch.,n°326. 

Falclio (n° 181), Falco (n os 15, 27), des Falco (n° 20). En trans- 
cription hébraïque, 'ppbs ou "jipbND ou ■psbs. Abraham, David, 
Elie, Jacob, Juda, Moïse, Semtob, Senior b. Jucla Falcon, dans 
les bibliographes, Koré liadd., Scliem hagged., Zunz, Liieratg., 
p. 586 ; Abraham b. Moïse F., Abnè Ziccaron, n° 52 ; Bondua F. 
et Semtob F., dans Simon Duran, 1,51; Hebr. Bïbl., VIII, 88 ; 
Salomon b. Moïse Falconi, Minhat Ken., p. 61 ; divers dans Kay- 
serl., Navarra. — Falco est une ville de l'île Majorque. 

Ferrer (n os 8, 70, 127, 128). Nom assez fréquent, porté aussi par 
des chrétiens, comme le prouve le nom du célèbre Vincent Ferrer, 
qui a tant contribué au malheur des Juifs en Espagne. Un Rabbi 
Ferrer a assisté au colloque de Tortose, et il est probable que ce 
rabbin est identique avec le ■pibta -p-]d:n d'Is. b. Sch., n° 314, qui 
ne sera autre que le rabbin Zerahya Halévi, de Saragosse, nommé 
par le Sclievet Jeliuda dans le récit du colloque de Tortose et qu'on 
peut supposer identique avec Zerahya Halévi b. Isaac Saladin 
(Oz.Neh., ibid.). Comp. Abraham Ferrar ou Farrar, Wolf, I, III, 
IV, n° 137; David Farrar, IV, n° 516 ; Josef b. Abr. Ferrer, codex 
De Rossi, n° 428; Nassim (— Nissim) Ferrer, dans Girbal, p. 34. 
Le nom paraît avoir été traduit en hébreu par Vns ou ^na, Bar- 
zillaï (voir ce mot plus haut). 

Ferrarii (n os 77, 148). Paraît être identique à Barzillaï. Voir ce 
mot et le mot Ferrer. 






LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1392 73 

Forn (n° s 35, 85). Il y a diverses villes de Forna en Espagne. 

Gabbaij (n° 162). En hébr., \Nn:\, nom très répandu. Dans 
Fûrst, Bibl., I, 312, Abraham, lsaac, Juda, Méir, Salomon, Gab- 
baï, Jacob Algabbaï, I, 37; Mohamed Gabbaï, Wolf, III, n° 1407; 
Moïse Gabbaï, Wolf, I, n° 1533; fréquent dans lsaac b. Sch. 
(n os 28, 43, 53, etc.), et dans Simon Duran (I, 33, 58, etc.); En 
Mose Gabbaï, Hebr. Bibl, XVI, 86. Dans Rabb. fr., p. 713, 
!»»a53t*i doit peut-être se lire « des Gabbaï ». 

Galipapa (n° 52). Nom connu. Il y a une ville de Gali dans la 
province de Barcelone. 

De Gualbis (n° 77). Peut-être la ville de Gualba, dans la prov. 
de Barcelone. 

Gomer (n° 64). Serait-ce le nom de File Gomer, dans les Ca- 
naries ? ou bien Gomez? 

Gracia (n os 22, 63, 77, 89, 136, 157). Nom d'une famille célèbre 
de Barcelone, portant en hébreu le nom de )r\, Hên = grâce. Nous 
ne nous rappelons pas qu'on ait déjà fait la remarque que ce nom 
vient d'une petite ville, Gracia, située tout près de Barcelone. 
Zunz, dans Benjamin de Tuclèle, édition Asher, II, pp. 4 à 6, énu- 
mère un certain nombre de personnes de cette famille. Nous 
croyons devoir reproduire ici ces noms en y insérant ceux que nous 
avons trouvés ailleurs : Abraham Gracian (Ozar Nehm., II, 232), 
Abraham b. Salomon Rên(Jew. Lit., 199; Ozar Nehm., II, 232) ; 
Bonsenior Gracian [Hebr. Bibl., VIII, 89); lsaac Hên b. Juda b. 
Immanuel ibn Sealtiel (H. Bibl., V, 69); Josef b. lsaac Gracian, 
vers 1412 (H. B., XI, 91) ; Juda Hên, de la maison Sealtiel, à Can- 
die, vers 1528 (Zunz) ; Don Lobel Gracian b. Moïse b. Sealtiel b. 
lsaac b. Zerahya Hên, mort à Barcelone en 1306/7 (Ugolini, Thé- 
saurus, vol. XXXIII, p. 1457-58); Makhirb. Schéschet Hên (Minh. 
Ken., p. 157. Adret, n° 415) ; Moïse b. Sealtiel Hên, xv* siècle 
(Catal. bodl., p. 1872) ; Prophet Gracian [Rabb.fr., index); Don 
Salomon Gracian b. Moïse b. Sealtiel b. Zerahya Hên, mort à 
Barcelone 1306/7 (Ugolini, ibid.), le même peut-être que Salomon 
Gracian b. Sealt. b. Zer., dans Zunz, Zur Gesch., p. 408, et que 
Salomon b. Moïse Hên dans Consult. de Salomon b. Adret, n° 415, 
et que Salomon Gracian, dans Minhat Ken., p. 154, 157, 163; Sa- 
lomon Hên, vers 1349 (Oz. Neh. II, 232) ; Salomon Gracian, à 
Barcelone, 1391 (Revue, 111,465); Sealtiel Hên, près Barcelone, 
vers 1380 (Zunz) ; Sealtiel b. lsaac b. Moïse Hên, à Barcelone, 
1305 (Adret, Zunz) ; En Sealtiel Gracian, vers 1412 (H. B., XI, 
91) ; Sealtiel Nastruc Vidal Gracian, à Barcelone, 1373 (Cat. bodl., 



W REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2585; Jeschurun, VIII, 158; //. B., VIII, 89) ; Zaraliya b. Isaac b. 
Sealtiel Hên (vers 1284, Zunz; Catal. bodl. 2585; Oz. Neh., II, 
229); Zerahyab. Scheschet Hên (Adret, 415 ; Minh. Ken., 157). 
Un Moïse d'Isaac Gratian, à Rhodes, 1426, H. B., IV, 124. 

Havent risch (n° 88). Le commencement liaven est évidem- 
ment pour Aben — ibn. Nous ne savons pas expliquer le reste 
du nom. 

Jaffuda (n° 156), Jafuda (n os 56, 61). C'est le nom de Jeliuda 
avec changement du h en f. Voir, dans le Gomtat, Jassuda pour 
Jehuda {Annuaire de la Soc. des Et. j., I, p. 264, note). 

Jafîel (n os 8, 36), Jafiell (n° 171). C'est le nom de Iehiel, avec 
changement du h en f. 

Janya (n° 194). Peut-être altération de Hananya (Stn.). 

Jasquell (n° 73). Nous supposons que c'est une altération du nom 
de Jéheskel, Ezéchiel. Dans le Comtat, ce même nom est devenu 
Jaasque et Jasque (Corriger dans Annuaire, I, p. 264, note). 

Lobell (n os 48, 63, 89, 98, 143, 156). Transcrit en hébreu b*a*. 
Voir, plus haut, au nom de Gracia ; voir aussi Consult. R. Nissim, 
édit. Constpl., n° 36. 

Maçana (n° 44), Massana (n° 144). Peut-être la ville de Mas- 
sanas dans la prov. de Gérone. 

Maçot (n° 5), Massot (n° 134). Probablement le nom arabe 
WDtt, Massoud (Stn.). 

Mahir (n os 32, 66, etc.); Mayir (n° 159), Mayr (n° 195). Nous 
supposons que c'est le nom de Méir. 

Manresa (n° 48). Ville de la Catalogne, prov. de Barcelone. 

Massies (n° 191). Un R. Josué Messie a assisté au colloque de 
Tortose (Castro, Bibl. esp., p. 206). Comp. Moïse b. Isaac tiwio, 
dans Simon Duran, IV, n cs 16, 119, et dans iinsuiïi "i^^, f° 92, 
3 e col. ; Josef b. Moïse, m^tt, Catal. mss. hébr. devienne, p. 127; 
Comp. Heb. Bibl., XV, 111. ' 

Mayir. Voyez MaMr. 

Maymo (n os 39,52, 118). C'est le nom rendu célèbre par Maïmo- 
nide ou Moïse b. Maïmon. M. Ad. Neubauer suppose que le nom 
signifie Petit, *pp mot signifie calme, lent, indolent. 

Mercadell (n os 55, 79), Mercader (n° 177). La comparaison des 
n os 55 et 177 montre que les deux noms sont identiques. Comp. 
Samuel Vip^ dans Is. b. Sch., n os 263, 264; ib., n° 413 r Vidal 






LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1392 7.: 

Mercadel est peut-être identique avec notre n° 79 ; dans Catal. 
Paris, n° 1284, 12°, Bongoda Merquadil. — Une ville de Mercadal 
se trouve dans l'île de Minorque. . 

Morcal (n° 59). Morcate, ville près de Huesca, dans r Aragon. 

Muntso (n° 89). C'est Monzon, dans l'Aragon. 

Natzanell (n° 87). C'est le nom hébreu Netanel ; remarquer la 
transcription du n en tz. 

Navarro (n° 61). Un Navarro est célèbre dans l'histoire des 
Juifs du Portugal. Comp. Hebr. BibL, XIX, 114, 115. 

Noch (n° 4). Serait-ce Enoch? Peut-être Ye du commencement 
du nom s'est perdu dans Ye final du mot mestre qui précède. 
Mestre désigne le médecin. 

Nogueres (n° 103). Peut-être une des villes de Nogueira, No- 
gueiras, Nogueras. Josué b. Moïse Nogaras, en 1484. Catal. Paris, 
n° 948. 

Obraclor (n° 158). Nous supposons que c'est la traduction du 
nom hébreu bsn©, Poêl. Voir dans Catal. Paris, David b. Yom 
Tob Poêl, n° 1065 ; Jacob Poêl, n° 1090, et Catal. Munich (index), 
Jacob Poêl. 

Piera (n° 30). Ville du district de Barcelone. Le nom du poète 
Saiomon de Piera est célèbre. Voir sur lui principalement H. B., 
XVI, 86 etss. On connaît aussi Meschullam da Piera, poète, mêlé 
à la première querelle des philosophes (Graetz, VII, 60). 

Prades (n os 29, 117). Ville dans la prov. de Tarragone, en Ca- 
talogne. 

Pura (n° 84). Peut-être la ville de Puras, prov. de Valladolid. 

Ripoll (n os 23, 150). Ville de la prov. de Gérone. Josef de Ripoll, 
biEPTi, dans Kennicott, Dissert, gen., p. 381. 

Rossell (n° 7), Rosselll (n os 167, 168). Comp. Abraham Profiag 
Bonjudas ïwn, dans Is. b. Sch., n° 266; Rossel, dans Amador, 
Historia, II, 616 ; Mordekaï Rossello, Catal. Munich, n° 49. Le 
nom désigne sans doute des personnes originaires du Roussillon ? 

Rovem (n° 46), Roven fn os 104, 132). Probablement Ruben. 

Rugat (n° 92). Ville dans le diocèse de Valence. Peut-être le 
tawn de Catal. Vienne, I, p. 124 ; Rabb. fr., p. 713, Rugino, peut- 
être L^:nn, non n^wn (communication de M. Ad. Neubauer). David 
et Çémah, fils de Josef b^Wi, à Avignon, 1722, dans Catal. des 
mss. de la Bodl. préparé par M. Ad. Neubauer. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sadoch (n° 102). = pm, SadoC. 

Salvat (n° 95). Comp. TNib© dans Is. b. Sch., n° 266, et b*frtt, 
dans Sim. Dur., I, n° 55. En Isaac Salvat Méir (vers 1305), Catal. 
Paris, n° 1284. 

Sanon (n° 187). Peut-être Samon, arabe jwîao, = Siméon (Stn.). 

Sartore (n° 58). C'est la famille des cn^fi = tailleur. On trou- 
vera Jacob, Joseph, Juda Hayyat dans les bibliographes. 

Scaleta (n° 135). Le don Salomon î-rcrbpOD (Sescaleta) de Barce- 
lone, clans Is. b. Sch., n° 415, peut être identique avec le nôtre. 
En hébreu, Sullam (voir ce mot plus loin au mot Suclam) et dans 
Saige, index, Scaleta. — Le nom, d'après M. Saige, indique la 
localité française VEscalette. 

Scapat (n° 147). On connaît le En Escapat Malit (trad. hébr. 
du mot Escapat) Halévi, qui joua un rôle dans la dispute des phi- 
losophes des ans 1305/6 (Rabb. fr., p. 726; Min. Ken., 154, 160) ; 
Bellhome Scapat, de Gérone, en 1337, dans Girbal, p. 20 ; Is. b. 
Sch., n° 228. Des Escapa se trouvent dans Abrah. ibn Daud, p. 43 b 
de l'édit. d'Amst. (Néhémie ft&dttar) ; dans Korê hadd. (Josef 
î-iSp^N) ; voyez Catal. bodl., p. 1458. 

Senton (n os 68, 79, 90). Probablement Semtob. Comp. le nom 
du rabbin bien connu Santo de Carrion. Peut-être faut-il lire, dans 
notre pièce, Sentou = Sentov. 

Sescola (n° 105). Nous ne savons si ce nom est le même que 
celui de ttbipw qu'on trouve dans la littérature juive. Comp. Cre- 
cas Vidal Dascolar, Castro, I, 202; H. £., XI, 134; Samuel Astruc 
da Scola, ce qui est traduit en hébreu par ^D2S; Catal. Munich, 
n° 343 3 ; Catal. Paris, n» 1047 10 ; Catal. Turin, Peyron, p. 177. Cet 
Astruc da Scola est peut-être notre Astruch Sescola. — Le mot 
est composé de sa-escola, devenu s'escola, puis sescola. Voir, plus 
haut Çaporta. La forme Sasporta est ainsi également expliqué. 

Slnich (n° 133) == Astruc. 

Suclam (n° 11), Sutllam (n° 76). Probablement Sullam (= échelle). 
Les Sullam sont assez nombreux dans la littérature juive. Voir 
surtout Samuel Sullami, dans Rabb. fr., p. 700; l'identification 
{ib., p. 701) de Sullam avec La Escala, près Gérone, nous paraît la 
meilleure de celles qui ont été proposées (voir cependant Saige, 
Juifs de Languedoc). 

Toraif (n° 86), Torarff (n° 72). Les deux noms sont probable- 
ment identiques. Serait-ce l'hébreu tpns, Çorêf? 



LISTE NOMINATIVE DES JUIFS DE BARCELONE EN 1302 77 

Tarros (n° 182). Ville près de Lérida, en Catalogne. 

Torra (n° 13). La Torra, dans l'île Majorque. 

Vinag (n° 56). Peut-être pour Vivag, ce qui donnerait le nom 
connu des Bibago. 

Vinant (n° 3). Peut-être Vivant, d^fi. 

Xaham (n° 80). Peut-être ûïiia? Voy. Cat. Paris, n° 308. 

Xanlxell (n° 80). Nous ne pouvons identifier le nom avec cer- 
titude. Le x sert le plus souvent à représenter le ra hébreu ; par 
exemple, Xuxên, pour }V\Ui. C'est ainsi qu'on identifiera facile- 
ment le fleuve bwi dont il est question dans le divan de Samuel 
Hannagid publié par, M. A. Harkavy (Studien. u. MitthL, I, p. 56), 
et qui n'est autre que le Xenil (cf. ib. f p. 175). On aurait ici, d'a- 
près cette règle, Xantxell = ^RûEftSî. Il ne nous paraît pas impos- 
sible que le mot représente quelque chose comme Saint Gilles, 
b^btt dans Benjam Tud., éd. Asher, I, 5a. A défaut d'identifi- 
cation sûre, nous rappelons encore le nom de ibn^r^ Sanzolo, dans 
Schevet Jeliuda, éd. Wiener, p. 114, qui a, comme notre Xant- 
xell, le prénom Semtob; Comp. Calai, bodl., p. 2393/4. Dans Catal. 
Leyde, n° 56, Abr. ibiDtttt. 

Nous n'avons fait aucune observation sur les noms de Bron 
(n° 57), Brunelli (n° 152), Çaragossa (n° 94), Çatorra (n° 12), Cor- 
tès (n° 120), Melsia (n° 9), Milan (n os 53, 54, 160), Pebre (n° 183), 
Pontardia (n° 97), Ranvalla (n° 41), Terraçona (n° 109), Valencia 
(n° 82), et quelques autres plus ou moins connus, parce que, 
pour quelques-uns d'entre eux, cela était superflu et que, pour 
d'autres, nous n'avons pu, à notre grand regret, présenter au- 
cune explication. 

Isidore Loeb. 



PAIL DE BOMEFOY ET LE LIVRE DE LA FOI 



(EXTRAIT D'UNE LETTRE DU D r M. STEINSCHNE1DER A M. ISIDORE LOEB 



Vous savez que j'ai besoin de concentrer mes études quelque 
temps sur une thèse dont vous connaissez le sujet. Dans mes 
recherches, j'ai été amené à m'occuper en passant d'une question 
littéraire qui vous intéressera, car elle a quelque rapport avec 
les études que vous avez publiées dernièrement sur les polémi- 
ques entre Juifs et chrétiens. Je vous envoie ces quelques notices, 
dans lesquelles je n'ai fait qu'effleurer la question, vous priant 
d'excuser mon mauvais français. 

Un court mais intéressant article de M. Charles Jourdain, inti- 
tulé : « De la condition des maîtres dliébreu dans C Université 
de Paris, au commencement du xv c siècle 1 », contient quelques 
détails inconnus jusque-là et puisés dans un document que M. Au- 
guste Castan, correspondant du Ministère de l'Instruction publique 
pour les travaux historiques, avait trouvé dans les archives de la 
ville de Besançon. 

On y voit qu'en 1421, l'Université de Paris fit appel à la bien- 
veillance des gouverneurs, bourgeois et habitants de cette ville, en 
faveur de « maistre Paul de Bonnefoy, maistre en Ebrieu et en 
Caldée ». Elle exposait que maître Paul avait composé un livre en 
hébreu sur la foi catholique, que son intention était de le faire tra- 
duire en latin ; qu'à cet effet il se rendait en pays étranger, sans 
aucunes ressources, et qu'à tous ces titres il méritait d'obtenir 
aide et secours. Comme il s'est converti, ajoute-t-elle, « à la con- 
fusion des Juifs ennemis de Dieu et de la dite foy, nous sommes 
perforcez de lui administrer ses vies et estât jusqu'à icy, afin 
qu'un si notable clerc qui de présent au pays de France est seul 

1 Revue des Sociétés savantes des départements, 3 e série, torne I, année 1863, 1 er se- 
mestre, p. 350-358. 



PAUL DE BONNEFOY ET LE LIVRE DE LA FOI 79 

docteur en Ebrieu et Caldée au grand reproche de tous clirestiens 
et au déshonneur de nostre dite foy, ne soit contraint de retourner 
au premier et dampnable estât des tenesbres duquel Dieu l'a ap- 
pelé à la lumière ». 

Selon M. Jourdain, deux faits paraissent pleinement établis par 
ce document : 

1° Que l'Université de Paris n'avait pas cessé de compter dans 
ses rangs quelques maîtres d'hébreu ; 

2° Que ces maîtres étaient en général des Juifs convertis, et que 
leur nombre s'était réduit à un seul. M. Jourdain a en vain cher- 
ché ce Paul dans Fabricius, Golomesius l , Wolf et De Rossi, mais 
il l'a retrouvé dans un autre document qu'il a promis pour le pro- 
chain cahier de son Index chronolog. chartarum ad hisl. Uni- 
versitatis Paris, spectantium -. 

Lorsque Henri V, vers la fin de l'année 1420, retournant en An- 
gleterre, passa à Rouen, l'Université de Paris lui envoya une dépu- 
tation chargée de lui présenter diverses demandes, entre autres la 
suivante. D'après les anciennes ordonnances (ex antiqua ordina- 
tione), l'Université de Paris devait compter plusieurs docteurs en 
hébreu ; or elle n'en avait alors qu'un seul, « qui, à cause de l'in- 
jure du temps, pouvait à peine continuer à être nourri et vêtu hon- 
nêtement » (qui propter iniquitatem temporis vix potest victum 
et uestiium honéste contïnuarè). La députation demandait au roi 
de remédier à cet état- de choses et surtout de donner à maître Paul 
de Ronnefoy, à qui il avait alloué cent francs, les cinquante francs 
qui lui étaient dus. Or, tout porte à croire que ces cinquante francs 
ne lui furent pas payés, et c'est pour cette raison, selon M. Jour- 
dain, que Paul prit la résolution d'aller chercher fortune à l'étran- 
ger, peut-être dans l'Italie, qui voyait déjà poindre l'aurore d'une 
renaissance des lettres antiques. 

En 1434, le concile de Bâle invita les évêques à envoyer dans les 
localités de leur diocèse des missionnaires aux Juifs, et renouvela 
le décret du concile de Vienne portant qu'il y aurait dans les 
Universités deux maîtres chargés d'enseigner la langue^ hébraïque, 
l'arabe, le grec et le chaldéen. 

En 1455, le maître chargé de l'enseignement de l'hébreu à Paris 
réclama ses honoraires annuels, auxquels la France contribua 
pour la somme de huit écus. C'est là le dernier indice sur l'histoire 
de la chaire d'hébreu à Paris avant la Renaissance. 



1 Ctallia Orientalis. 

* Je ne sais pas si M. Jourdain a tenu sa promesse, je ne suis pas en état de le 
vérifier. Aussi bien, les dates fournies par ce premier document suffisent. 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Telle est la substance de l'article de M. Jourdain en ce qui nous 
intéresse spécialement. 

M. Jourdain croit que Paul de Bonnefoy * alla probablement en 
Italie. Cette circonstance nous fait penser à Fauteur anti-juif Paul 
(auparavant Saûl) contre qui (un de ses parents ?) Jacob b. Elia 
écrivit une épître qui a été publiée par M. Kobak 2 . On ne connaît 
pas exactement l'époque où vécurent ces deux auteurs, mais il sem- 
ble qu'ils appartiennent au xm e sièle 3 . M. Halberstam croit que ce 
Paul serait Paulus Christiani, l'adversaire de Nachmanide (1263). 
Mais ces questions d'identification ne peuvent pas se décider par 
les ressemblances de nom : combien n'y a-t-il pas eu de Juifs con- 
vertis qui portèrent le nom de Paul ? Il faudrait à l'appui de l'hy- 
pothèse de Ifi. Halberstam que les citations de Jacob b. Elia se re- 
trouvassent dans les discours où les écrits de Paul Christiani. La 
controverse de Nachmanide, que j'ai publiée d'après un manuscrit, 
est une rédaction où les arguments de Paul Christiani sont abrégés, 
autant du moins que je peux en juger par une comparaison super- 
ficielle, elle n'offre donc pas de renseignement sur la question qui 
nous occupe 4 . Peut-être en apprendrait-on davantage par le 
rwitt» p^tta, dans lequel Mordekhai b. Jehosifia fait mention de 
Paul, adversaire de Nachmanide, et dont la bibliothèque de Turin 
possède probablement un fragment encore inconnu 3 . On pourrait 
peut-être déterminer l'époque où vécut Jacob par celle « du Nasi 
Samuel, de la maison de David », cité par lui (Jesch.,hébr., VJ,29; 
cf. VII, 86), si on avait quelque notice sur ce Samuel. Le passage 
où il est cité, d'après un ms. de Munich, a du reste une lacune qui 
est encore plus grande dans le ms. de cette pièce que possède 
M. Halberstam. Est-ce par erreur que l'éditeur a fait de ce passage 
un nouvel alinéa, ou bien faut-il rattacher ce passage à l'alinéa 
précédent, d'où il résulterait que Samuel aurait vécu en Babylo- 
nie? Nous connaissons trois Samuel ayant porté le titre de Nasi : 

1° Samuel b. Salomon Nasi, de Carcassonne, au xm e siècle ; c'est 
probablement l'auteur d'un commentaire sur le Guide de Maïmo- 

1 Nom adopté certainement au moment de l'apostasie, comme un peu auparavant 
le nom de Sancta Fide adopté, en Espagne, par Hieronymus, qui s'appelait autrefois 
Josua Lorki. 

2 Jeschtrun, t. VI, partie hébraïque, p. 1-32. La femme de ce Paul revint au 
judaïsme; voy. p. 22. 

3 Voir mon Polem. und apologetische Literatur, p. 416, manuscrit Schœnblum, 
30 G ; Jeschurun, t. VIII, p. 40. 

4 Le protocole latin de la Controverse, daté du mois d'août 1263, publié en 1867 
par Ch. de Fourtoulon (Voy. Hebr. Bibliogr., t. XXI, n° 123), ne fournit aucun ren- 
seignement non plus pour notre étude. 

5 Jusqu'à présent on ne connaissait que le ms. du Vatican ; voy. Hebr. Bibliogr., 
XXI, n° 123. 






PAUL DE BONNEFOY ET LE LIVRE DE LA FOI 81 

nide dont il y a un ms. à la bibliothèque des Néophytes à Rome ' ; 

2° Samuel Nasi, qui voulut faire revenir de Rome Calonymos b. 
Calonymos (vers 1320), et qui, selon M. Gross 2 , vécut probable- 
ment à Arles, domicile de Calonymos ; 

3° Don Samuel Nasi, « de la famille de David » (du roi David, 
comme celui de Jacob b. Elia), parent de Samuel ibn Verga, qui 
alla demeurer à Tolède et qui semble avoir vécu au xv° siècle 3 . 

Quoi qu'il en soit de ces Samuel Nasi, l'identité de Paul de Bon- 
nefoy avec le parent de Jacob b. Elia est peu vraisemblable. Est-il 
possible de retrouver le livre hébreu de Paul de Bonnefoy ? 

On sait qu'un autre Paul, le chrétien Paul Fagius, édita, en 
1642, un i-fcEN 155 \ Liber fidei, avec traduction latine, d'après un 
manuscrit assez mauvais et plein de lacunes (voy. p. 130). Lors- 
que j'ai composé le catalogue des livres hébreux de la Bibliothèque 
bodléienne, il m'a été impossible de faire de chaque livre un exa- 
men minutieux. Le Livre de 1% foi chrétienne m'intéressait trop 
peu pour y consacrer le temps qui était alors à ma disposition. Je 
devais supposer d'ailleurs qu'aucun point intéressant de ce livre 
n'avait échappé aux bibliographes chrétiens jusqu'à Jo. Chr. Wolf ; 
j'ai donc seulement cité le passage de ce dernier dans le Catal. 
Bodl. (p. 521, n° 3406). Il est vrai que je demandai, à l'article Fa- 
gius (p. 799), si Fagius ne serait pas l'auteur du texte hébreu 
qu'il aurait peut-être composé avec l'aide d'un Juif. L'étude de 
M. Jourdain sur Paul de Bonnefoy dirigea de nouveau mon atten- 
tion sur le Liber fidei, je le feuilletai pour voir s'il pouvait être le 
livre composé par Paul de Bonnefoy, et je trouvai, sans avoir be- 
soin d'un examen approfondi, que l'ouvrage, tel qu'il a été publié 
par Fagius, ne peut pas être de la plume d'un Juif du commence- 
ment du xv e siècle. 

Je n'ai pas l'intention d'épuiser la matière, mais je crois que les 
notices suivantes sur ce livre qui n'a pas encore été étudié sérieu- 
sement ne seront pas tout à fait superflues. Quel est l'état du texte 
et quelles sont les ressources que nous avons pour l'établir ? Wolf 
(t. II, p. 1257) parle, d'après Bartolocci, d'un manuscrit anonyme 

» Wolf, Biblioth. Hebr., I, p. 1123, n° 2148 ; conf. Catal. Bodl., p. 2475. 

2 Monatsschrift de Graetz, 1879, p. 544. 

3 Ibn Verga, Schevet Jehida, ch. i er ; conf. Zunz, dans Benjamin de Tudèle, 
tome II, p. 8, qui cite Depping, p. 365 (traduct. allemande, p. 286). Depping nomme 
quelques personnes qui sont censées descendre de David, entre autres : Samuel Aben 
Huacar ("iNp"l), Samuel Benjaés (V>yi "ptf) et Samuel Lévi, fondateur de la syna- 
gogue de Tolède. Sur les deux premiers, voy. Ibn Verga, ch. x. La persécution dont 
parle Ibn Verga, ch. i", eut lieu au temps de Salomon ibn Schoschan, qui est proba- 
blement mort en 1257, d'après Zunz, Zur Geschickte, p. 437. L'époque où Samuel, 
parent d'Ibn Verga, alla demeurer à Tolède m'est inconnue. 

4 II faut sans doute lire Emonna et non Amana, comme l'écrit Wolf, II, p. 1261. 

T. IV. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

du Vatican, appelé Pwi»K nso, où il est prouvé par la Bible et les 
sentences des rabbins que le Christ est le Messie et qu'il reviendra 
un jour. Wolf suppose que ce ms. est identique au livre publié par 
Fagius *. Bartolocci (t. I, p. 370) dit qu'il possède un ms. du livre 
édité par Fagius, et il en parle une seconde fois clans sa liste des 
livres anonymes (t. IV, p. 301). Jean Buxtorf en possédait aussi un 
exemplaire, écrit par un Juif, comme il le dit clans sa Bibliotheca 
rabbinica (p. 38, éd. 1708). On serait tenté également de supposer 
que dans le titre du livre intitulé MimîVlM ïmtta, Contre V attente 
vaine du Messie*-, il y a une faute et qu'on doit lire itsfà». La 
transcription Amara, expliquée par tractatns, n'est pas de l'hé- 
breu. Si ce n'est pas une mauvaise leçon, ce sera un de ces titres 
fabriqués, qui ne sont pas rares dans les mss. du Vatican. Tels 
sont les mss. que nous connaissons du livre de Fagius, édité avec 
une ponctuation peu correcte. Il serait désirable qu'on les com- 
parât. 

Le livre contient neuf chapitres, dont la table se trouve dans 
Wolf (t. III, p. 1176), divisés en 87 paragraphes, dont l'index se 
trouve à la page 170. Le texte de l'original n'est pas reproduit 
dans toute sa pureté. Ainsi, à la p. 79. l'éditeur a inséré une note 
qui nous est révélée par le mot tï'rùïi (correction) ; cette note est 
omise dans le latin (p. 86). A la p. 100, les mots pntffcii ^n sem- 
blent indiquer une remarque du copiste (cf. l'épigraphe, p. 126). 
Fagius traduit : « ego interpres ». (Serait-ce lui-même qui aurait 
inséré ce passage ?) La confession de foi hébraïque à la fin du 
livre (p. 127, non chiffrée) est ajoutée par Fagius, on s'en aper- 
çoit au style. Nous relèverons encore le passage suivant (p. 23) : 
p'^ïi ï»tûN lïobs d'Wpaîn ù^rrttïïn isan « Et venerunt ergo qui 
vocantur Ismaelitae, teutonice die hayden, et receperunt eum cum 
amore. » Le mot ■p'^ïi semble être le seul mot allemand qui se 
rencontre dans tout le livre ; c'est peut-être la glose d'un copiste 
allemand, à qui le mot Ismaélites était étranger, ou bien c'est la 
traduction d'un mot qui se trouvait dans le texte primitif 3 . 

Quant à la date de la rédaction du Liber fidei, il faut s'étonner 
qu'une date bien précise qui s'y trouve ait échappé aux savants 
chrétiens, y compris Wolf. A la page 99, § 76 (dans la version la- 
tine, p. 107), on raconte qu'en 262 (1502), les Juifs, jeunes gens et 
vieillards, attendant le Messie, observèrent pendant une année en- 
tière, dans tous les pays, une pénitence telle qu'il n'en avait pas 

1 P. 1263, à la fin du n° 58 sur le livre édité par Fagius. 

2 Ms. du Vatican, cité par Wolf, II, p. 1262, n° 60, d'après Bartolocci. 

3 Dans l'ancien Nizzahon édité par Wagenseil, p. 277, le mot Û^^WlIi" 1 paraît 
signifier également les payens (conf. plus bas). 






PAUL DE BONNEFOY ET LE LIVRE DE LA FOI 83 

été observé jusqu'alors, que pourtant nulle trace de Messie n'ap- 
parut. C'est sans cloute une exagération de l'impression que pro- 
duisit chez les Juifs le pseudo-prophète Ascher Lœmmlein, qui se 
montra dans l'Italie du Nord '. Si ce paragraphe, qui commence 
par les mots psb non natta ï"Pft ÏW312 rttn, n'est pas une interpo- 
lation qu'on aurait ajoutée plus tard pour montrer qu'il est vrai, 
comme le dit le Liber fidei, que les Juifs firent souvent en vain 
pénitence, ce livre aurait été publié entre 1502 et 1542. C'est là 
encore une raison pour laquelle il serait utile de pouvoir examiner 
un autre manuscrit. 

A tout le moins, ce passage est suspect, car Fagius prétend, dans 
le frontispice hébreu qu'il a composé, que le livre est écrit « depuis 
nombre d'années » tTOtB tttfa *5fib (au frontispice latin : ante mul- 
tos annos) ; ce ne sont pas des expressions qu'on emploie pour un 
ouvrage publié seulement depuis quarante ans. Mais il y a plus : 
Fagius publia la même année un opuscule qui semble très rare et 
qui a pour titre : Precationes liebr. quïbus in solemnibus cliébus 
festis Judœi cum mensœ occumbunt adhac hodie utuntur. Parvas 
item tractatidus ex libelle* hebr. excerptus. . . MSiatf "isd Lib. fidei 
a docto quodam Judœo, sed ad cliristianismum converso anle 
ducehtos annos pro fide nostra... conscripto . . . per Paitlum 
Fagium ; Isny, 4S4S, in-4 02 . Ce livre ne renferme que des béné- 
dictions en hébreu et en latin, mais rien du Tractulus promis sur 
le titre et qui devait donner sur les oraisons juives des extraits du 
Liber fideL Fagius s'était peut-être décidé à publier le Liber fidei 
en entier pendant qu'il éditait les « bénédictions ». Quoi qu'il en 
soit, il est intéressant de voir que Fagius croyait et déclarait que 
le Liber fidei avait été composé deux siècles avant l'an 1542. N'a- 
t-il pas connu le passage relatif à l'année 1502 que nous avons cité 
tout à l'heure ? Ces doutes nous autorisent et nous obligent à lais- 
ser de côté cette date suspecte de 1502 et à examiner directement 
le Liber fidei, pour essayer d'y trouver la date de sa composition. 
Je répète que les remarques suivantes ne sont que le résultat 
d'une lecture superficielle. 

L'auteur nomme souvent Raschi (p. 18, 22, 26, etc.) et David 
Kimhi (p. 44) ; il connaît les « soixante-douze noms des livres de la 

1 Voir Polemisehe u. apologetische Literatur, p. 380, n° 60. Daus le Catalogue des 
mss. hébreux de Turiu, publié par B. Peyron, 1880, p. 165, il est dit de Joseph ibn 
Scheraga : « Qui quœdam objecit de eo guod (in nobis) insit vis (!) prophetica » / ce 
qu'il faut traduire ainsi : ■ Qui a fait des objections contre Ascher, qui prétendait 
être prophète. » 

2 Ce livre n'est pas indiqué dans le Catalogue BodL, p. 401. J'ai découvert cet 
exemplaire, le seul que je connaisse, en compilant le catalogue des livres hébreux de 
la Bibliothèque Royale de Berlin, Il ne contient que seize feuillets non chiffrés. 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Cabbale », les hïTTOl mtttt rïnio, ce qui était presque impossible 
avant le commencement du xiv e siècle. Sans appuyer son dire sur 
aucun passage, Wolf remarque (II, p. 1262) que le livre dispute 
contre le lins» velus ; mais plus loin (III, p. 661), il dit que le 
Liber fidei répond aux calumniœ qui se trouvent dans l'ouvrage 
de Lipmann Miihlhausen, intitulé également Nizzahon. La diffé- 
rence de date de ces deux Nizzahon est de tout un siècle ; elle est 
donc de quelque importance pour la solution du problème qui 
nous occupe, comme on le verra l . 

Si nous recherchons dans le Liber fidei les passages du Nizza- 
hon, nous nous trouvons en présence d'une abondance de rensei- 
gnements. L'auteur déclare, à la fin du second chapitre (p. 40, ver- 
sion latine, p. 44) ■pm^ b? rvnwn mrûN -jb'w "jaott « Ab isto porro 
loco jam describam responsiones contra Nizzachon. » A partir de là 
il répond donc à des attaques du Nizzahon. A la page 88, g 62 (ver- 
sion latine, p. 96), il revient à la réfutation du Nizzahon, en pre- 
mier lieu sur les peines infernales d'Adam 2 . Le troisième chapitre 
contient des objections faites par des Juifs contre les Evangiles. Or, 
dans le livre de Lipmann, on ne trouve pas de partie consacrée 
aux Evangiles; il y en a une au contraire dans le vieux Nizzahon, 
édité par WagenseiL p. 166 et suiv. Il ne serait pas sans intérêt, 
pour le texte hébreu, de rechercher dans le Liber fidei, tous les 
passages qu'il cite ; si ces passages ne se trouvent pas dans le 
Nizzahon, on devra supposer que ce dernier ouvrage est incom- 
plet ou que le Liber fidei parle d'un autre livre de controverse, car 
le mot Nizzahon paraît être devenu un appellatif commun aux 
écrits de cette sorte, comme je l'ai déjà fait observer 3 . Je n'ai pas 
l'intention de faire une collation complète des textes, il me suffira 
de donner ici quelques exemples. 

Ce qu'on lit au troisième chapitre, pages 42 et 43, §§ 22 et 23, se 
trouve dans Wagenseil, page 21*7, en ordre inverse. Ce qu'on lit 
page 44, § 24, sur la résurrection, se trouve en substance dans 
Wagenseil, page 234, avec la formule de citation tniûfc-in n^ioi (Pen- 
tateuque), et un peu plus bas uîttin nDDn, ce que Wagenseil traduit 
par « in lege ipsorum ». Un Juif probablement n'aurait pas em- 
ployé le mot « Pentateuque » pour désigner les Evangiles. Ce mot 
désigne plutôt les Quinterne, comme dans les Controverses (ara- 
bes) de Vévêque*. 

1 Fagius voulait môme composer une réfutation du vieux Nizzahon, mais la mort 
l'en empêcha ; voir Wolf, III, p. 6G2. 

2 Voir le livre de Lipmann, ch. vnr. 

3 Encyclopédie d'Ersch et Gruber, à l'article Jûdische Liieratur, % 13. 

4 Voir Hebr. Bibliogr., XX, p. 75. 



PAUL DE HONNEFOY ET LE LIVRE DE LA FOI 80 

Pour ne pas laisser notre question sans aucune solution, j'ai 
comparé le petit nombre de passages du Liber fidei où le Nizza- 
Jwn est nommé formellement. Par malheur, le titre môme du Niz- 
zahoa n'a pas joué de bonheur, aussi bien dans le texte hébreu 
que dans la traduction latine. Déjà au premier chapitre, page 28, 
g 16, on trouve deux fois la faute d'impression m^i au lieu de maa 
qui se trouve plus correctement à l'index, page 131. Fagius traduit 
ce mot par l'expression vague quidam, dans ce passage qui se rap- 
porte à Isaïe, vin, 4. Or ce paragraphe se trouve dans Wagenseil, 
page 84 (cf. Lipmann, chap. 225). On comprend alors comment, 
page 36, § 2, les mots mfifcafi br anrûb nWi «Wri [sic), qui se 
trouvent dans le Liber fidei, peuvent être traduits par Fagius : 
« Nunc vero scribam etiam aliquid contra (inanes glorias Judaeo- 
rum)...» Immédiatement après ce passage, on trouve le motm^am, 
rendu en latin par : Aitthor libri Nizzachon et par : triumphalor 
Me. A la vérité, cette citation dit que l'idolâtrie est contraire au 
Décalogue, ce qui ne se trouve pas dans Wagenseil, page 37, sur 
Exode, xx, 4 (cf., p. 134), mais, en tout cas, cela se lit dans Lip- 
mann, chapitre 610. 

A la page 54, § 31, il est dit que les chrétiens s'appellent Israël, 
mais que le mata (NizuacJi, dans la version latine, p. 59) y oppose 
le Décalogue (Exode, xxm, 20). Ni Wagenseil (p. 40 ; conf. p. 103 
et 122), ni Lipmann (chap. 610), n'ont ce détail. 

A la page 57 (vers, lat., p. 59 : Nizuach), il y a une discussion 
sur Isaïe, vi, 14, et Deutéronome, xm, 7; elle se retrouve dans 
Wagenseil, page 50. 

A la page 58 (lat., p. 63), on discute sur Ps., cxt.vi, 3, comme 
dans Wagenseil, page 141 l . 

Voici un passage enfin qui est certainement emprunté au Niz- 
znacli de Lipmann, c'est celui (p. 4) où est cité Maïmonide réfu- 
tant l'opinion que le monde ne serait pas créé, opinion d'Aristote, 
appelé ici û^ttin ta fin et dans Lipmann (Introduction) mttNn ï)&n, 
ce qu'il faut peut-être corriger en ma^ott ttSan. 

Or, Lipmannn a composé le supplément de son œuvre en 1399 ; 
on doit donc se demander, dans l'hypothèse que Paul de Bonnefoy 
serait l'auteur du Liber fidei original, s'il est possible que le livre 
d'un auteur de Muhlhausen ait pu arriver si vite après sa compo- 
sition jusqu'en France, où Paul de Bonnefoy l'aurait connu, ou si 
ce dernier était un Juif allemand. 

Il nous reste à signaler quelques points intéressants du Liber 
fidei. |Les expositions du IV e chapitre roulent sur les calculs du 

1 La vraie place de cette discussion, selon l'ordre de la Bible, sciait p. 185. 



86 REVUE DES ETUDES JUIVES 

temps de l'arrivée du Messie, fondés sur les 1335 jours de Daniel 
pris généralement pour des années. Le chapitre III (p 49) dit déjà : 
« Plus de 1335 années se sont écoulées depuis la destruction de Jéru- 
salem 1 ». Or, 1335 plus 68, date de cet événement, d'après les chro- 
nographes juifs, donnent l'an 1403. L'ouvrage ne peut donc pas 
avoir été composé avant 1403. Au chapitre IV (p. 61 et suiv.), il est 
dit à plusieurs reprises que les 1335 jours (ans) de Daniel doivent 
être comptés à partir de l'occupation de la Terre sainte par les 
Hébreux jusqu'à la destruction de Jérusalem 2 . A la page 68 (lat. 
p. 74), on trouve la remarque qu'aucun des calculs établis jus- 
qu'alors sur l'avènement du Messie ne s'est vérifié. Si l'on compte, 
dit l'auteur, comme Raschi, 1335 ans depuis Titus, on reconnaît 
que plusieurs siècles se sont déjà écoulés depuis le temps pré- 
dit 3 , et que, selon Saadia et d'autres, le terme devait arriver 
encore plus tôt. Or nous savons que Raschi (sur Daniel, vin) a 
calculé l'époque du Messie pour l'année 1352, et cependant notre 
auteur inconnu prétend que depuis ce temps plusieurs siècles 
étaient déjà passés ! N'aurait-il pas compris les calculs de Raschi? 
Quoi qu'il en soit, on voit qu'on peut difficilement se servir de ces 
données pour établir l'époque de l'auteur. Ainsi, page 79, on dit 
encore que le jugement dernier doit arriver en 5379 (1619). 

Enfin, pour en revenir à Jacob b. Elia, il faut remarquer que 
dans le dernier chapitre, le malheur des Juifs est attribué à l'usure, 
parce que dans les mots ^ittri "n^b ils voient les chrétiens. Or, 
au contraire, Jacob b. Elia, dans sa lettre 4 en réponse à Paul, qui 
avait dénoncé l'usure des Juifs, emploie la phrase aîi nïi 3 pour dé- 
noncer la rapacité chrétienne. Il réplique à Paul que les Juifs de 
l'Orient vivent de leur travail. « Il est vrai, dit-il, que les régents 
d'Ismaël (les Mahométans) sont méchants et pécheurs, mais ils sont 
néanmoins assez raisonnables pour demander un impôt annuel fixe ; 



1 'Û">1ï5 C|bfcî est une faute d'impression, comme le prouve la version latine (p. 53). 

9 De l'occupation jusqu'à Férection du 1 er temple 4 40 

Durée du premier temple 410 

Exil 70 

Epoque du second temple 415 

1335 

L'auteur substitue à la « Gemalria » juive une Gematria chrétienne pour arriver 
au nombre désiré convenant au temps du Christ. Page 73, il retrouve le nombre de 
1335 dans TnDN TnDÏ"! {sic), Deut., XXI, 18, comme dans Albiruni (voir Polem. 
und. apolog. Litemtur, p. 350), Joseph b. Bechor Schor (voir Deutsch, onorgenlànd . 
Gesellschaft, XXXi, p. 394). 

3 Ces paroles sont répétées, p. 74. 

4 Jesclmrun, p. 15. 

5 D'où quelques-uns font dériver le mot hep, hej>. 



PAUL DE BONNEFOY ET LE LIVRE DE LA I n\ 87 

nos princes, au contraire, ne pensent qu'à nous piller, qu'à s'em- 
parer de notre or et de notre argent. Que l'on considère comment 
l'usure se pratique à la cour de Rome l La domination de la terre, 
la guerre contre la Grèce et les Mahométans se fait avec de l'ar- 
gent ; il faut que de hauts dignitaires du clergé en apportent à 
Rome de toutes les contrées, et, s'il en manque, les habitants de la 
Toscane sont prêts à en prêter à usure ; on donne cinq cents pour 
mille, mille pour dix mille, pour « ne pas venir les mains vides 
devant le Seigneur ». De la sorte, les chrétiens font. l'usure avec 
leurs propres coreligionnaires, et nous autres que sommes-nous ? 
narmaa ira n^ns 1112 i^n îifa. » 

Berlin, janvier 1882. 

M. Steinschneider. 



DÉLIVRANCE DES JUIFS DE ROME 

EN L'ANNÉE 1555 

(MARCELLO II — PAUL IV — LES MARTYRS D'ANCONE — MORT DE CARAFFA) 



Dans mon exemplaire du Schalschélet hakkabbâlâh (Venise, 
1587), outre de nombreuses gloses d'une grande valeur, se trouve, 
f° 117 a, ligne 26, une note marginale qui occupe les marges 
droites et inférieures de trois pages. Elle est écrite de la main du 
« pèlerin » Lien connu, Abraham-Joseph-Salomon Graziano,hà b^k, 
comme il se désignait lui-même, d'après les lettres initiales de son 
nom, qui a fleuri dans la première moitié du xvir 3 siècle. Ce con- 
naisseur et collectionneur de manuscrits et d'imprimés, mort rab- 
bin de Modène en 1684, nous a conservé, dans cette note, l'extrait 
d'une relation historique, qui autrement se fût perdue, puisque 
on n'en a trouvé de trace, jusqu'à ce jour du moins, ni à Rome 
ni ailleurs. Il serait grandement à souhaiter qu'on pût découvrir 
de nouveaux témoignages et de nouveaux renseignements sur 
l'événement raconté dans cette note, car elle retrace une des dé- 
livrances les plus merveilleuses arrivées aux Juifs de Rome, à une 
des époques les plus critiques de leur histoire. Comme je puis l'af- 
firmer d'après les recherches de mon ami M. le professeur 
Ignazio Guidi, on n'a pu trouver jusqu'à présent aucune mention 
de cet événement dans les archives et les histoires spéciales de 
Rome. Voici la note de Graziano (texte plus loin) : 

« Ce pape (Paul Caraffa) a, comme je le pense, succédé à Marcello II, 
qui mourut après un règne de vingt et un jours, au mois de Nissan 
5315 de la création (1555 de l'ère chrétienne). C'est ce que j'ai lu dans 
une Megilla manuscrite, rédigée à Rome par les savants qui s'y trou- 
vaient alors, à l'occasion d'un fait miraculeux arrivé aux Juifs à cette 
époque. Un avocat arabe, le docteur Sulim d'Espagne, avait tué un 



DELIVRANCE DES JUIFS DE ROME EN L'ANNEE 1555 89 

chrétien après ravoir frappé de coups nombreux et l'avoir blessé en 
plusieurs endroits. Il le plaça ensuite dans un sac et le porta dans 
un lieu appelé Campo Santo, parce qu'on y avait placé de la terre 
apportée de Palestine. Le lendemain matin, lorsque le surveillant se 
leva et aperçut le sac plein et souillé de sang, il fut saisi de frayeur: 
il ouvrit le sac et y vit le cadavre d'un enfant couvert d'affreuses 
blessures. Il se rendit auprès des juges de la ville, pour faire sa dé- 
claration aux autorités. A la nouvelle du meurtre de l'enfant, et des 
violences inouïes qu'on avait exercées sur lui, le peuple afflua par 
masses à Rome pour voir la victime. Tous se demandaient stupéfaits 
qui avait pu avoir l'audace de commettre un tel crime et de porter 
le cadavre au Campo Santo, alors que le pape, maître de la ville et 
de cet endroit, avait statué que quiconque voudrait, ensevelir un* 
homme ou une femme dans ce cimetière aurait à remettre le mort 
au gardien et à payer le prix de l'inhumation. L'étonnement et la 
consternation causée par la mort de cet enfant fut générale parmi les 
cardinaux, les évèques, les conseillers municipaux et les notables de 
la ville. Lorsque l'affaire arriva devant le pape Marcello, celui-ci fit 
venir ses conseillers, ses agents secrets, et les gardiens de la ville. 
Il leur recommanda de garder l'enfant et de ne pas l'ensevelir, avant 
qu'on eût trouvé ses père et mère, ou un de ses parents. On devait 
saisir ces derniers et les jeter dans la prison réservée aux criminels 
passibles de mort. Dans la ville, on devait établir des guetteurs et 
des espions, pour apprendre ainsi ce qui se disait de la victime. 

Pendant ce temps parut aussi parmi ceux qui étaient venus voir 
l'enfant un apostat d'origine juive, qui affirma hautement qu'un tel 
crime ne pouvait avoir été commis que par les Juifs ; car, disait-il, 
ils ont coutume chaque année entre Purim et Pâques, de tuer un 
enfant, non-juif : on peut s'en convaincre par leurs livres d'his- 
toire et leurs chroniques. Les chrétiens l'approuvèrent naturelle- 
ment et lui accordèrent d'autant plus de créance que ce calomnia- 
teur des Juifs était le même qui, en l'année 4 553, le jour du Rosch 
haschana, avait provoqué l'auto-da-fé du Talmud et d'autres livres. 
Le calomniateur se rendit avec beaucoup de gens auprès des cardi- 
naux, du préfet et des conservateurs, et demanda qu'on exterminât 
les Juifs à cause de ce crime. Les conservateurs se virent forcés de 
s'adresser au pape, pour qu'il donnât l'ordre de massacrer et d'exter- 
miner toute la population juive et de piller leurs biens, le 3 Iyar 
[mercredi 24 avril]. Mais le pape Marcello leur recommanda d'agir 
avec prudence dans cette affaire : ils devaient d'abord se convaincre 
que cette abomination avait véritablement été commise par les Juifs, 
alors seulement il consentirait à porter contre eux un édit de mort 
et d'extermination. 

Sur ces entrefaites vint un médecin chrétien, pour voir, lui aus'si, 
l'enfant assassiné. Il affirma le reconnaître pour l'avoir soigné dans 
la maison d'un chrétien, le docteur Sulim. L'enfant était orphelin, 
mais sa mère, avant de mourir, l'avait remis avec toute sa fortune 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

entre les mains de ce docteur. Lorsque cette nouvelle parvint au 
« bargello l », il se rendit dans la maison du docteur Sulim. Il y vit 
le lit de l'enfant, souillé de sang ; mais il ne trouva pas le docteur 
chez lui. 

A la suite des instantes prières que lui avaient adressées les chefs 
de la communauté juive de Rome et à la suite de la promesse d'une 
somme d'argent considérable, il se donna toutes les peines possibles 
pour découvrir le docteur. Lorsque, grâce à ses efforts, il l'eut enfin 
trouvé, il le fit jeter en prison, lui fit mettre aux pieds des chaînes 
de fer, jusqu'à ce qu'une décision formelle intervint de la part du 
pape. A la suite des interrogatoires auxquels les juges soumirent 
le docteur Sulim, l'affaire fut tout à fait éclaircie. Il avoua sans 
'honte que c'était lui qui avait martyrisé et mis à mort l'enfant, mais 
que c'était dans la seule intention de faire périr tous les Juifs des 
Etats du Pape et de toute la terre. On n'avait pas encore prononcé 
sa sentence, lorsque mourut à un âge très avancé le pape Mar- 
cello II. Alors parut le pape qui avait surnom Théatino, lequel 
ébranla tous les empires et accabla de persécutions les Israélites, qui 
furent profondément humiliés à cette époque. Le jour de son anni- 
versaire, il fit un festin pour tout son entourage. A cette occasion, il 
amnistia les criminels, mais donna en même temps l'ordre de pen- 
dre le docteur Sulim, ce qui fut fait. Par là fut apaisée la colère du 
pape et du peuple. Béni soit l'Eternel, le Dieu d'Israël, qui lui a 
conservé si merveilleusement sa protection à toutes les époques ; 
car beaucoup se sont élevés contre Israël pour le détruire, mais 
Dieu, par sa grande miséricorde et sa bonté infinie, l'a sauvé de 
leurs mains. Puisse-t-il ainsi faire des miracles en notre faveur et 
nous rassembler bientôt des quatre coins de la terre. Amen ! 

J'ai écrit ici l'extrait de la relation de ce miracle pour que le 
lecteur de ce livre (le Schalschélet hakabbalaJh), qui y apprend que 
Paul GarafTa, le Napolitain, décréta contre Israël, en 1555, des peines 
sévères, et que déjà auparavant au Rosch Haschana de l'année 1553, 
il avait fait brûler le Talmud, sache avec quelle précision tous ces 
événements concordent avec l'histoire miraculeuse racontée par les 
rabbins de Rome et que j'ai rapportée. Le pape surnommé Théatino, 
qui fit le procès au docteur Sulim, auteur de l'assassinat et cause de 
tant de maux pour les Juifs, est bien le pape Paul Caraffa de Naples, 
que Guédalia b. Jahia, l'auteur de ce livre, a mentionné en cet en- 
droit, puisque c'est précisément ce pape qui, en 1555, décréta tant 
de mesures contre les Israélites. Si Guédalia b. Jahia n'a pas ra- 
conté cette histoire, c'est sans doute parce qu'il n'a pas connu la 
relation du miracle ou qu'il a désiré la cacher pour quelque raison 
inconnue. 

Joseph Cohen était le seul jusqu'à présent, qui, dans son Emeli 

1 Chef de police, capo dei birri, d'après l'explication que me donne M. Guidi. 



DÉLIVRANCE DES JUIFS DE ROME EN L'ANNEE 1555 91 

hàbacha ■ , nous eût fait connaître le grave danger qui menaça les 
Juifs des Etats de l'Eglise en 1555. C'est d'après lui que Graetz a 
raconté cet événement dans le IX e volume de son Histoire des 
Juifs, p. 359. 

Nous apprenons par Graziano qu'en souvenir de cette merveil- 
leuse délivrance, les Juifs romains firent écrire un rouleau dans 
lequel fut exposée, dans le style de la Megilla d'Esther, toute l'his- 
toire de l'événement. A ce rouleau vint s'ajouter bientôt un poème, 
dans lequel, sans doute, le même sujet était traité une seconde 
fois, sous forme poétique. 

De ces deux pièces, nous n'avons décidément que l'extrait qu'en 
a fait Graziano. Même sous cette forme, la relation inconnue jus- 
qu'à ce jour nous offre une confirmation heureuse et un com- 
plément du récit que nous fait Joseph Cohen. Comme il fallait s'y 
attendre de la part de cet historien véridique des infortunes des 
Juifs, son récit se trouve confirmé par celui de Graziano dans 
tous ses points essentiels. Les divergences entre les deux relations 
devront être jugées avec circonspection aussi longtemps que nous 
n'aurons pas sous les yeux, dans sa teneur intégrale, le véritable 
document historique, le rouleau écrit par les soins de la Commu- 
nauté de Rome 2 . On peut avoir assez de confiance dans l'auteur 
de VEmek Jiabacha, car il fut contemporain des faits en question 
et il a connu vraisemblablement les relations en quelque sorte of- 
ficielles des chroniques romaines. 

Ce qui peut paraître fort étrange, c'est qu'il n'est fait, à ce qu'il 
semble, aucune mention, dans la relation romaine, du rôle que pa- 
rait avoir joué Alexandre Farnèse dans cette circonstance. D'après 
le récit de Joseph Cohen (p. 117), le cardinal Farnèse devint ulté- 
rieurement le sauveur des Israélites, mais il paraît résulter du 
récit simple et naturel de notre Megilla que sous Marcello son 
intervention n'avait pas été nécessaire. 

Notre document rend pour ainsi dire justice devant l'histoire à 
deux papes, en faisant apparaître sous un jour favorable leur 
attitude dans ces circonstances. Marcello II, auquel on n'éleva pas 
même un monument après sa mort 3 , parait, autant qu'on en peut 
juger par la durée de son règne, qui n'a été que de vingt et un 
ps, avoir été animé de dispositions bienveillantes envers les 
Juifs. En tous cas il mérite que nous gardions de lui un bon sou- 
%enir, pour avoir, par sa présence d'esprit et la fermeté qu'il dé- 

1 Ed. Letteris, p. lii, trad. allem. de Wiener, p. 92. 

u Nous ne connaissons aujourd'hui que le nom du greffier de la Communauté Israé- 
lite de Rome en 1554 : Jehuda b. Sabbati (Berliner, Magazin, I, 84). 
3 Grégorovius, Pabstgriiber, 2 e édit., p. 13 : i. 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ploya contre les efforts des judéophobes, empêché dans la ville 
éternelle des malheurs indicibles et des massacres sanglants. 

Ce qui est surtout satisfaisant, c'est le fait que l'auteur de la 
persécution a été mis à mort sur l'ordre de Paul IV, ce pape contre 
lequel l'histoire juive a prononcé un jugement si sévère. Cette in- 
formation est d'autant plus vraisemblable que, dans une affaire 
aussi importante, c'est bien le pape qui a dû prononcer l'arrêt de 
mort et non pas le cardinal Farnèse, comme nous le raconte la 
chronique de Joseph Cohen. 

Grâce à cette nouvelle relation, les faits s'enchaînent plus inti- 
mement et avec plus de vraisemblance. C'est encore une de ces 
histoires de Pâque qui ont fait si souvent répandre le sang des 
Juifs. Il est à remarquer qu'il ne vint pas à l'idée du peuple que 
les Juifs pussent être les auteurs du meurtre. Il fallut, pour faire 
soupçonner les Juifs et les précipiter dans le malheur, l'invention 
du misérable Chananel di Foligno, qui avait déjà pris une grande 
part à l'auto-da-fé du Talmud en 1553. De même, deux ans aupa- 
ravant, à Asti, dans un cas analogue, il avait fallu un Allemand 
pour exciter la populace italienne à accuser les Juifs d'un meurtre ' . 
Chananel, qui, dans la relation de Joseph Cohen, ne paraît que 
dans la dernière partie du drame, après que celui-ci a pris une 
tournure heureuse, joue dès l'origine, d'après la nouvelle rela- 
tion, le rôle d'un instigateur. La réserve de la Curie est d'autant 
plus mémorable. Elle ne se laissa pas entraîner à des violences 
précipitées par l'audacieux apostat qui, rappelant son origine juive 
et de prétendues traditions de famille, pouvait donner plus de 
créance à ce conte de l'usage du sang chez les Juifs. 

On remarquera également qu'il a fallu de grosses promesses 
pour décider les autorités à déployer plus d'activité dans la re- 
cherche du meurtrier. Ce qui préserva de la mort la population 
israélite de Rome, c'est qu'on empêcha à temps la fuite du docteur 
Sulim. Ce sont ces détails précis (comme par exemple cette cir- 
constance que le meurtrier, qu'on n'avait pas trouvé dans sa mai- 
son, ainsi que le raconte Joseph Cohen, a dû être d'abord tiré de 
sa cachette), qui donnent à la nouvelle relation la valeur d'un té- 
moignage oculaire. Elle doit être l'impression immédiate de l'évé- 
nement, car elle nous a conservé le nom du misérable apostat et le 
souvenir de toutes les circonstances accessoires. C'est seulement 
sur la scène où s'est passé l'événement qu'on prend plaisir et in- 
térêt aux petits détails. 

Les deux autres gloses hébraïques citées plus loin, et que j'em- 

1 Emek habacha, p. 113 ; Wiener, p. 91. 



DÉLIVRANCE DES JUIFS DE ROME EN L'ANNÉE 1555 93 

prunte également à mon exemplaire du Schalschélet hakliàbbâlâh 
d'Ibn Jahia, f. 117&, sont aussi de Graziano et concernent le plus 
grand crime et le plus grand bienfait de Paul IV : l'auto-da-fé 
d'Ancone et sa propre mort. Nous ne connaissions jusqu'à pré- 
sent qu'une poésie de Jacob di Fano dans laquelle soit raconté 
l'horrible événement d'Ancone (Graetz, IX, p. 362, n° 1), et le 
poème de Salomon Chasan (Zunz, Litg., 592), publié par M. Ad. 
Neubauer dans le Libanon, V, 344. Nous apprenons par notre 
note que dans la synagogue portugaise de Pesaro, parmi les élé- 
gies récitées le 9 d'Ab dans lesquelles avait déjà trouvé place 
plus d'une histoire douloureuse de l'exil, on en disait régulièrement 
une consacrée aux malheureux maranes d'Ancone, victimes du 
parjure de Caraffa. La piété de notre « pèlerin » nous a conservé 
aussi le nom du poète Mordechai b. Juda di Blanes ! qui paraît 
être issu de la famille bien connue des Blanes. 

On connaît la réputation que s'est faite le plus sombre des 
papes, le napolitain Paul Caraffa, que les auteurs Juifs nomment 
Théatino, parce qu'il a fondé l'ordre des Théatins , et aussi 
parce que la valeur numérique de ce mot le stigmatisait du nom 
d'Aman (n^îa60t3=96.= , |ttM ; Wiener, 1. c, p. 210, n° 288) et que 
maudirent après sa mort Juifs et chrétiens. De même qu'il ne 
respecta pas les œuvres de ses prédécesseurs, de même que, par 
exemple, il voulut faire détruire le Jugement dernier de Michel 
Ange et ne renonça à son projet que sur les instances des cardi- 
naux, de même il ne respectait pas sa propre parole, surtout quand 
elle avait été donnée à des Juifs. Il a pu couvrir la nudité des saints 
sur le tableau de Michel Ange 2 , mais aucune peinture ne sau- 
rait couvrir sa réputation, et ses yeux n'étaient pas encore fer- 
més que déjà ses contemporains prononçaient contre lui la sen- 
tence d'éternelle damnation. On connaît les excès qui se produi- 
sirent à Rome après sa mort, le 18 août 1559. On sait que sa statue 
surmontée de la triple couronne fut traînée à travers les rues de 
Rome et que, sur le Capitole, on prit la décision de détruire ce mo- 

1 Isaac b. Scheschet, dans ses Réponses, n° 127, nomme Meschullam di Blanes. 
C'est de Blanes en Catalogne (Zunz, Zeitschrift, p. 143), que cette famille tire son 
nom. Il n ; est donc pas impossible que ses branches italiennes descendent de maranes 
réfugiés en Italie. Sur Juda di Blanes, voyez Graetz, IX, 50, n° 2; Brûll, Jahrbuch^ 
I, 236... Sur Juda b. Salomon di Blanes, cf. Hebr. Bibliographie, IV, p. 148, n° 114 
Cat. Bodl., 3050, n° 2901, et Magasin de Berliner, II, 96. Notre Mordechaï est 
peut-être le fils de ce Juda Blanes qui, en 1524, à Rome, veilla David Réubeni pen- 
dant son singulier jeûne, comme il le raconta lui-même à Gedalja ibn Jachia (dans 
Schalschélet. éd. Venise, f° 45°). 

* On donnait à Daniello da Voltera le surnom de Brachettone, faiseur de cu- 
lottes, parce qu'il s'offrit pour ce travail. — Cf. Springcr, Rafaël und Michelangelo, 
p. 423. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nument, « parce que le pape avait démérité de la ville ainsi que de 
tout l'univers ». Mais clans d'autres villes d'Italie, comme à Pé- 
rouse, avaient aussi éclaté des troubles semblables, à la nouvelle 
de sa mort *. Cette nouvelle mit surtout en joie les Juifs. Le poids 
qui les avait si lourdement oppressés était enfin enlevé de leur 
âme : ils pouvaient de nouveau respirer. Et de même qu'à Rome, 
signe saisissant des sentiments communs, la populace laissa tran- 
quillement un Juif placer l'infâme chapeau jaune sur la tiare de 
la statue papale, de même, dans les autres villes d'Italie, à la nou- 
velle de la mort du pape, se produisirent sans doute hautement 
chez les Juifs des éclats de joie et de bonheur. Comme nous le 
savons par les Réponses d'Abraham Menahem Porto de Crémone 
que nous a conservées également le zèle du collectionneur Gra- 
ziano 2 un décret de Paul IV voulait que chaque Juif qu'on trou- 
vait sans le ^"D-D stelS « chapeau jaune », payât une amende 
de 20 scudi, et maintenant c'était un Juif qui plaçait ce signe de 
déshonneur sur la tête de l'auteur de redit ! « Paul IV, dit Grégo- 
rovius [1. c, p. 138) ne construisit pas de loggia ni de galeries de 
tableaux, mais une prison avec des murs et des portes, et c'est là 
qu'il enferma l'objet de sa haine, les Juifs. Le ghetto est son mo- 
nument architectural. » Depuis la destruction du temple, il n'y a 
pas eu, paraît-il, de temps plus fécond en douleurs pour les Juifs. 
C'est pourquoi nous comprenons le sentiment qui poussa la main 
du scribe à insérer dans son livre de prières le jour et l'heure où 
unhérault après l'autre apporta à Modène cette nouvelle joyeuse : 
Paul IV a cessé d'édicter des peines. 

Budapest. 

David Kaufmann. 






APPENDICE. 

Texte de la note de Graziano, f° \M. 

d*nirrti tjû ■wrçî iVo m":n , -nepsan ^View Nû"Nnp iViwd nwn 
'n rûiBa — tarai traiert hs h» v** , ^laiesp n"^ û* imsVfca ittï 



1 Ranke, Die rômischeti Pàlste in den let&ten vier Jahrhunderten, I, p. 187, n° 1. 

2 Voir ses collections, f. 420, dans le codex 228 de mon ami M. Halberstam, de 

Bielitz. 



DÉLIVRANCE DES JUIFS DE ROME EN L'ANNÉE 1555 95 

hû»n narca , p^a lainb tav fca'nttan "rfia imabtta ntta»^ -ntra irma 
In» les ^aiaianb ïf'apn t\ba na« n*ïi ,tibwi nemab Y'iata a^aba 
tm wne '^ann p «ttin wa H-iairoa v 'a fenoa man nb\^a ■vwipte 
■»a Nim , pTïi nm«a a^wb a»Ttftt a^as ï-naa*fc ba* bwh aman dïi 
r-ndan , ma -»nao Jhîn , itibd d->"bis -iVr-ni t-r^s-r n»tt , n ana» ma y^r 
ib^ram nnN pia ^"in in» aiai ^Tnïdfrn mai rnssi nmam b>*3flB ia 
npan . na"aao i3"?:sp anpatt ,bfimdi y-iN ■neafla in I93*tt5tts nn« dip?:n 
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Wi ,dïm*tt ba i-iîn Jin lam un Tttîib *pa*?i tjbi«5 ba ^V*i 
T*a 12^^ ïTw^o cjn gptsn j-ium nYnTaan , Ênrtft iwn nm:a a*ttiOirfâ 
ba ww ittttrvn , Ninri ainnï-r na»an na m&nb □■>ai bw i&apmi ,awan 
i2"?:Npa naoaïibi , p mtt)a»b nab nabia *r©8 ïïtpot Ritt ^ rittÉrn , i^riws 
rrn Ninn Dip^m wn "pûbE Tis^taKH n;bft -dte nnatt ,b"an ntj B 3«5 
■nottb 'panfc b":n iB"ttapa anapb rre» in* bfk bïî »r*M mt-nd 15a batd 
wiidd nai rpa , arrnap na»a ■nba» baittid S-rca am&bi nttïidîi Ta dm» 
t r\i2 kiwi na»aîrj na nvn ^bnia natti , a^aY-pa»m twtaaîTrt b^Maidrtïi 
rcm nbta , nb^nft tpbibkïi bis nain :^arm t nbî-jaï in^n p i^n ïrfôtt 
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/nDBmi , vainp 1 ^ ^hn nN t i^n nisn raN na îfiow iïîn la» irîinap^ abi 
ts^a-n» itt^a^an .û^ion m^ïi ^tdn nia^ dip^ ^rtioîi n^aa dw^T 
•w\n Na ^a ^ai , Ni^n annîirt b:> d'ntti» in^a a»i53iab n^a d^bdi-11 
Ninn n?:rr sas^t] ni< mtnb d^an ^ina bNi^^ ïvsii ni b^ ^aa»ïiffi 
■»"af «bN r;Td \d^a ï-naava ïr»a»î3 ^b wnaie bn^ bipa n^^i # iîTttaa>»i 
na»a :n-i!nb a^mab naa i^a snaioa i-wa ^1^2 ^a mtt5a»b danateia , d^Tn^'n 
SmsirT tnt / dîibtti pompai mamatrt nada ri^n^d abia»n m^iN ^ in^ 
J-tT îa»b N^intJ ï5"<N!n nti^a iinana TPttfim / n»« i^n» n33> p i^^taiï) 
"j'niia ^'"tuî trrii naw ïi"n di^a d"iari ns^roîa N*n^ in^'n d^Tin^ ba* 
ta^ïïa» rianïi da» b"3n ta>b!n N^i^'n ■fb'n ^■nn» d^sa da» .^^r: qb.sb 
dTaii—ïb d^TiîT^ïi Taa lapab ■nvjN-rrdiipn bw\n .baba^n b^i 'atttdrm b« 
mB^BNrt bN nabb b"2îi ^itaôn^dwpft nrrnain ^a la» , Mdd ba» d^a^bn 
^toai rjrj pt ia»*i na»^2 , d^i^ï-r bd nN la^bi ronnb Tnawrtî) niD^ ^d 
b"3!-i ibiatnîa ti^bwti , nab dbbtin ^« fflTnb a w ï-nab'ffia iriN dva 
nain t-n?i nns d^ y i-ibnna m&nb / n» "p^ia d^nrfla n^ïn^ ^d dïib a^iûrt 
M^ba rtnbn dtrn i-rna^-» twoi , b&nta^a n«Td ï—rbna J-rn«a»a ^a , ï— itï-t 
n« m«nb niî-i da ^ma ihn ndth «a ïnbwNï-r d^ann nriN ^ï-i^i , fcn^ai 
inN \-na n->aa is-ib^-i^i ,imN n^a^ Nintï n^^n ^"brt amnn na»aî-j 
îrn^pBî-i î-rn^uj amp i^n ^n , îa^i a^ ib yw»i , d^'bno nV'-jii Nipa^a 
?d nN ibi"«^Nart bitN a^oi-id ^n^i , Snb nia^ bd da» Nii-rn tiû'^îi T^a 
annïi na»2ï-T ntatt nx n-i^i /V'art ta3^b"id nrj""iiï-r n^aa ^bîn nNt 
ma^nnM nwn^-i , maa nimïi nrj"-iiïi nN Nir'n «bi , d^a Jibbia?: b"2rt 
ï-t2^ ib nnb nï-nn^jam .fi^nn p"p ^baisi ^fflati 15 "i^a»ia mttpaîn 
niC3""j h Trt n^ Nissiab m^istarn Ta» baa a"a biniaïi .laannb ïrifinn 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

-iban baaa i-iaan ^naî-i rnaa iiwne , n ,™ asttt'i *2p Tû^a ,»W"i 
nain ©piaTi , nw^Wi rib*E n«» nai Nia na» u , Tûsa in^a bna 
,N"ii-jlrj a^bia nia"im 1» û'kmd'wbîi ibanai nanm npn -na«a firawn 
nai^n fiïn niïtib «5*12 abi i-nin tki / s^nîri npa i-rrra ï-it î-na^tt 
ba ns laab ^a ï-rn î-tidjid ï-iïï ba bas ,Kiï"tti n^an n» minrn 
i-na:&>-> intt îa-na abi , ana nnm , nwBKft mabto baa niaa a^iimï-ï 
-iwbks-i ap bai* , b"3ï-i ib^snE tw'BKîi ï-raia ï-ra^a ntt ^a , ib 
b^ nwa nw ,mabtttt «wît niUN ^"^afina ïtî-i ie»b "na^aia 
Ymû bab î-rmatt r-nar ,irvibitt "piat avai ,1^2 iwa b*ri bama^ 
dn ya>ï— ï ïv mbnb a"; lafcn , B'niaaîï-i ba iaan n» a*u^i fViaan 
,inaaia b*iri nwbWi ^bfcfi n»m lia? massa ,b"3i-i a->bia nVaiiî-T 
aa^ania , nn -m baa bjrna* non s*^ban ^a , baHai ipba* 'n npna 
ab^o b^bYttîi marn am-iïT riarna «mi ,ambab arpb? an^i? 
rns» sfanœa inîta win yap^i mab&ai a^aa iatt? fnûan p ,bTra 
na ,ia*a ntti a^aa ïiia^to n^ip na* ^nanai — » "pa» ntt&wi ,yiN'n 
KS&nNp ibnasa ii^BNii Y'? ttana lam^ia îb'n nsaa ampb ^-nï-ib 
Y'aia a^aba* matin naïaa ,barn^a m?n rrvrna i-ifta ntt niaa* ^bisam 
ta ,"*cpîanrt a,baô Y'^ia naiû !n"na a"ian: rpia istttt aiipiai ,!Tp:rb 
b"an a^aa ïiiaj>tt npna anaaia Ffà ba* .pi^p^ia a^mato a'n ibbn a^a*7ïi 
imNia ntBBWB ^nnat© nïïyft im» br N^m n^ ^an» nanma 
aa^bia "nB w Yiïi mnwa îiîapa ï^^^t) , i^u^a i^u: i^a» rïitt nra^a^rr 
tp&wm !Tïi Nir? , a^iT;^- br nanïi m^iw "iT^n , b"aï-r ^na^ n^an ft'nnia 
nsa narwn N^n^ ,è j rt^bna 'n an'- ^a ^stîtw , ^biaNSi ND^n^p ibn^a 
t]bNn^ p"ab i"au: r^aa b^n^î^a rrrrrra n^a nw TiB^DSrt MT aaia , tbïi 
K*vm "| N"»bia /- i ann n^j^^n srrt nat «b a^n , b"D'n baai , ïTi^afb iiboti 
Nbu: in y b"3rs a^a: no^>D'- aina rtan Nbu: ^:a53 NiM ara'- ^bi« , b"3r» b"T 
^nanattï rj^^a »*n — . ib^a ai^a'n a3>a ï-ïî^ «dm nsa b^ imb^ïib înitn 
# Ti3a n^'r» silnîi n3>3ïi :n'mi; b"D'n ^nsa a^ba ^ny'^Htt b"2ïi n^r^a 
naninia n^'n nm^a anaa r»"ais .bba b"Dn '"03 nvym nar^ isb w» ^"3>n 
ï-mnan ^"a %-rn^î-ia \^y\ - "pnnN anaart — , b"Dri a^as nn53>?3 ba b:> 
ib->^a -im 'pa srrt , b"3'n ^wbkîi la^as^a ^a nw ainata / tbn tj^ib las» 
'waprtîa .b^niai ^a -oti» b3> mani mbn nwa nt^ Nnrs^i .i^a ainaa 
p"ab a" H tt5 naïaa n^n , mnnN nnsfci .a^i^b ïiNibnn biaai ,a^prp 
nra^SNïriû 212V12 b"an îrjïiann )n aaiû piNa , labia» 'a , iiûttîfi tjbN^tt 
nra^a^ïi nm« ï-prt , b"a'n a^aa inu:j>wa natarr ib^iNB "ia^a^a ïTSiatirt 
t b"aa d'mîTrT ^i^a nT^u; tvi nwffl inbapii nbu:bu: b^a a-ir; ^a ana^a 

,b^b Tianaiû n^ai 



[Ib. f. M7^, 1. 6.] 

b3> .lan ^a la^nnai^a rnîtt "i^ws ^si^i ïrmarti ,tû^a ^i^a>^ maa 
tia^p na^nnaai .n^r; pT ïit^ai .p^ pa anma» ampaa ^sitû. d^Tipfl 
n^'na ^usn , b"irt «^«bai ftnînn i"hînîaa ^a^n» r n aanrr , îit b^ na^ nriN 



DÉLIVRANCE DES JUIFS DE ROME EN L'ANNEE 1553 97 

■tiwiafà D'un ra^ioa niSN'n'Nû"^ wa rrciaa toib "h» ïima nwib 
^dïï Mns '^b Tivr^a in*33iû pi t mrM irfaa n-nrnaa axa ruran ava 

$pt ban^o nrï'rraaa b"7 TH . . nsb-naitt barm -T'nï-ntta obian danrr 

.b"w 



[Ib. 1. il.] 

,a":i qbp» ^■ntaiw oidt -nîmn nain» ï-pîi nia» ,t|bptt p^ o'ntaipa 
b"n ï-iban û-naia wwa b^i , wrrpw ban , ttî ■vpotdk!! bs> aina ^n«ï» 
t]bNn^) p"ab C3"iffl rott ntaoïa» 'a ,ïTrti ûtïi aawa *pN ,ïtït aita -îsîb 
nm^tt "p nn» y-i , npan rmïïttaa ram» ris rjantttart tt«a f»B«ri 
, y-ia rvirt , ynan nbabana w»a *n»« , ib-nas toc la^arca nwroîi 
irnNb cansai arbaca^ bab mb'm nnan , msanbE aaai , mabtttt «wiîi 
biglai a*nnN a^nani tnjawna nvn man mnw nn ,b&ntt-> ^a 
nata bawb nb™ ï-ï-iir îrrh abi , nwi» nmâfci (ttroa mana) naobn- 
iabri -iaan^a?a ba -o , û^ann wiTava , t-ïTi-i ûtïi i^ t »« ma •jann &TO 
?phnn a^ ram ja^b 'ïi ,nas "oab ^affl labn û^ai^n a ai ^na^b 
»?OT«finaD namatû n« an©"*! <bNW ba> aita *iar< n^aa ,-ifitf tpb^sn 
'i a^aia swia ^btt , haTaii nTWWttn . )K8 , naa-non n» ab^-n 

çpb« Yîas -iwiwaîi bu; nntwaa ,b"ari *'a o^nïaaipa a-ina ^nNiatt a"^ 
h»N inafcptt y"^Tw w oidt tvms , «brvfia b"£T cpr tt"aa iafir*a"fm 
bNTp siantt nNiam — na«b"»tt oian nVott» nnn , riN^-iNa^ib irj^m^ 



T. IV. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 

SOUS LA DOMINATION ALLEMANDE 4 



En 1610 des troubles éclatèrent en Alsace, qui forcèrent encore 
une fois les Juifs des environs de Haguenau à se réfugier dans la 
ville; ils durent acheter ce refuge au prix de 70 florins. Lorsque 
la paix régna de nouveau, les Juifs durent quitter Haguenau. 
Parmi eux se trouvait un homme instruit, médecin et rabbin ; il 
demanda aux magistrats l'autorisation de rester dans la ville. Le 
conseil, pour toute réponse, lui signifia les conclusions suivantes : 
« Nous défendons à Haym, juif, rabi, de s'établir chez nous 2 . » — 
Il dut donc s'en aller aussi, pour retourner à Landau, ville d'où il 
était venu. 

Après quelques années de repos, commença la guerre de Trente 
ans. En 1621 les troupes suédoises vinrent en Alsace. Aussitôt les 
Juifs des environs de Haguenau accoururent de nouveau dans la 
ville pour s'y mettre à l'abri. Ils eurent à payer 12 reichsthalers 
par ménage et par semestre, comme droits de résidence passagère. 
Vers la fin de l'année, Mansfeld s'empara de Haguenau, où ses sol- 
dats, avec l'assentiment de leurs supérieurs et au mépris des con- 
ventions, se mirent à piller la plus grande partie des établissements 
de la ville, qui devaient leur être sacrés, mais où ils cherchaient 
des trésors. Ils ne manquèrent naturellement pas de tout saccager 
aussi dans le temple israélite. Les livres, qu'ils trouvèrent et qui 
ne pouvaient guère leur être utiles furent déchirés et jetés dans 
les rues' 5 . 

1 Voir tome 11, p. 73, et tome III, p. 58. 

2 Arch. de Hag., BB. 55. 

3 Au milieu de ce tumulte, fut ramassé un machsor du matin de Yom-Kippour, en 
morceaux. Les feuilles en mesuraient m ,47 de hauteur, sur 0, 31 de largeur; elles 
servirent à relier, pendant plusieurs années, les registres des protocoles du conseil de 
cette époque, et elles se trouvent encore en cet état aux archives. On voit bien que 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 99 

Les Israélites pleuraient ces malheurs, quand, au commence- 
ment de l'année 1622, l'archiduc Léopold vint au secours de Ha- 
guenau et y mit le siège pour la prendre d'assaut. Mansfeld avait 
eu le temps de lever une contribution de guerre, pour laquelle les 
Juifs versèrent 400 florins. 

Sur ces entrefaites, au mois d'avril, mourut un des Israélites 
réfugiés. La communauté ne put penser à le faire inhumer hors de 
la ville, au cimetière actuel ; elle s'adressa en conséquence au 
Stettmeister Capito l . Celui-ci leur céda une partie de son jardin, 
pour y enterrer leurs morts, moyennant une redevance d'un 
reichsthaler par mort, qui devait lui être payée, à lui personnelle- 
ment. Toutefois, pour être à couvert contre toutes les éventuali- 
tés, ils avaient dû, le jour du décès, et avant même d'avoir pu s'en- 
tendre avec Capito, soumettre l'affaire au magistrat. Le conseil 
se réunit le 19 (dans l'intervalle était mort un 2 e Juif; pour s'en- 
tendre sur la question. Les Israélites, y fut-il dit, ne pouvant sor- 
tir de la ville, pour aller au cimetière, y enterrer leurs deux morts, ■ 
à cause des troupes qui les arrêteraient, demandent un emplace- 
ment dans la ville, et cela le plus tôt possible. En effet, plus la chose 
traîne en longueur, plus il y a danger (à cause de la contagion et 
de la grande agglomération de troupes). Ils veulent bien donner à 
la ville un florin, comme droit de sépulture 2 , comme par le passé. 
Il fut alors décidé : « Qu'ils arrangent cette affaire au mieux, afin 
» qu'il n'en résulte pas de danger pour la cité, et qu'en attendant 
» la fin du siège, ils enterrent leurs morts dans le jardin commu- 
» nal mis récemment à la disposition du commissionnaire du Con- 
» seil. Qu'ils payent pour chaque inhumation un florin d'or. Seule- 
» ment qu'ils prennent note que cette autorisation ne leur est 
» concédée que pendant la durée des hostilités autour de Hague- 
» nau. Après cela, on verra à tomber d'accord avec eux 3 . » 

Les Juifs, appelés pour entendre ces conclusions, supplièrent les 
honorables membres du conseil de vouloir bien modérer leurs 
exigences. Ceux-ci consentirent à remettre ce tribut exceptionnel 
à un reichsthaler. Quand tout fut terminé, le Stettmeister Capito 
s'avança pour annoncer à ses collègues qu'il avait déjà accordé 
aux Juifs un coin de son jardin, moyennant un reichsthaler par 

l'écrivain n'était pas un savant. Ces pages pullulent de fautes d'orthographe et sont 
pleines d'omissions. Une autre main s'est chargée de la correction. Le rite en est 
moitié polonais, moitié allemand. 

1 II demeurait dans la maison Antoine Guntz, rue du Sel, et avait un jardin der- 
rière sa maison, comme on le voit encore aujourd'hui, donnant sur le marché aux 
grains. 

* Arch. de Hag., BB. 59. 

3 Liv. de protoc. du Conseil, aux arch. de Hag., BB. 59. 



400 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mort (outre le reichsthaler qui était à verser dans la caisse mu- 
nicipale), en ajoutant que personne ne pouvait rien prétendre 
contre cet arrangement. Naturellement on lui donna raison : il 
n'eût tenu qu'à lui de se faire verser deux reichsthalers, s'il avait 
voulu. 

Les Juifs des villages environnants, revenus dans leurs foyers 
à la fin de l'année 1622, accoururent de nouveau, en janvier 1623, 
supplier les autorités de Haguenau de vouloir bien leur permettre 
de se réfugier encore une fois en ville. Ils en reçurent l'autorisa- 
tion, à la condition que chaque famille donnerait pour droits de 
séjour, la somme de 12 reichsthalers (à 5,80 = 69 fr. 60) et appor- 
terait, avec ses biens, trois viertel (sacs) de seigle par tête. 

Les Juifs prièrent le magistrat de diminuer cette somme, vu les 
grands sacrifices qu'ils avaient faits depuis près de trois ans. L'im- 
position fut alors réduite à huit reichsthalers. 

Enfin, Haguenau recouvra sa liberté et surtout un peu de tran- 
quillité : les Juifs étrangers retournèrent dans leurs villages. 

Quand les esprits furent un peu apaisés, la communauté israé- 
lite songea à remettre son temple en état. A bout de ressources, 
elle s'adressa à la banque, qui était sous le patronage de la ville, 
pour faire un emprunt. Les fonds de cette banque venaient de dé- 
pôts, et c'est par des prêts qu'on faisait valoir cet argent. Mayer, 
au nom de tous les Juifs de Haguenau, emprunta donc en février 
1623, du dépôt fait par les héritiers de Philippe Wùhvesheim, la 
somme de cent livres neue ungarische ducats (1063 fr.). Pour tou- 
cher cette somme, Mayer dut signer un billet et donner pour cau- 
tion une chaîne en or du poids de 16 1/2 loths et un demi-quintel 
(259 grammes 7/10 es ), de plus, trois gobelets en vermeil pesant en- 
semble 496 loths (soit 3 kilog. 62 1/2 gr.). Les Juifs purent rem- 
bourser cette avance avec les intérêts, le 20 septembre de la 
même année ' . 

Grâce à la tranquillité qui avait commencé à régner dans la ville, 
les autorités eurent de nouveau le temps de penser aux Juifs. Pen- 
dant ces dernières années de guerre, un des six pères de famille 
s'était trouvé retenu à Saverne, par le siège qu'en avait entrepris 
Mansfeld. Il fut forcé de s'y créer une occupation pour se nourrir. 
Il réussit dans ses affaires, il se plaisait d'ailleurs dans cette ville. 
Gomme il s'était distingué pendant le siège, l'archiduc Léopold lui 
avait permis, sur sa demande, de vendre sa maison de Haguenau 
à un autre Juif et de venir demeurer à Saverne. A son arrivée à 



1 Ils avaient fait pour cela auprès d'un particulier un emprunt, dans de meilleures 
conditions (Arch. de Hag. Cahier. CC. 153). 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 101 

Haguenau, il présenta son remplaçant à la magistrature. Celle-ci 
lui défendit de vendre sa maison à ce coreligionnaire. Comme ce 
Juif Jàckel ou Jacob se croyait dans son droit, il porta plainte à 
l'archiduc Léopold, qui intercéda pour lui auprès du Landvogt 1 . 
Après des pourparlers, il put avoir l'autorisation de partir, lais- 
sant à sa place le nommé Gerstel, appelé plus tard l'Allemand, pour 
le distinguer d'un autre Gerstel, dénommé alors le Welch, parce 
qu'il était arrivé à la suite des troupes françaises. 

Ils étaient donc de nouveau au nombre de six familles, quand en- 
fin, le 13 juillet 1626, Jonas, fils de Simon, reçut la permission de 
s'établir à Haguenau comme Juif protégé. Cependant il ne put 
acheter de maison de bourgeois ; mais il fallut qu'il allât demeurer 
chez son père, qu'il versât 12 reichsthalers (69 fr. 60) pour sa ré- 
ception, qu'il fournit un mousquet à l'arsenal, qu'il payât tous les 
ans 24 schillings de capitation, et 4 thalers pour le vin qu'il pour- 
rait boire (s'il n'en prend pas à table, tant pis pour lui). Il fut 
obligé, bien entendu, de venir à la mairie, devant le Stettmeister, 
prêter serment de fidélité aux lois de la ville, etc. 2 . C'était la pre- 
mière fois, après quatre siècles et demi, que la communauté 
comptait plus de six familles. Cette impulsion, une fois donnée, le 
mouvement suivit. Au fur et à mesure que la ville eut besoin d'ar- 
gent, situation qui se reproduisit souvent pendant ce siècle, elle 
frappa monnaie en imposant les Juifs, selon le bon plaisir du 
Stettmeister. 

La guerre sévissant de nouveau, en 1627, les Juifs étrangers re- 
vinrent. C'était après la fête de Pentecôte. Au mois de juin, Bild- 



I « A nos amés et féaux les Unterlandvogt et conseillers de la Basse-Alsace à 
Haguenau. 

» Leopold, par la grâce de Dieu, archiduc d'Autriche, etc., etc. 
» Vous verrez, par la copie ci-jointe, que la ville de Haguenau veut s'opposer à une 
résolution que nous avons prise récemment à l'égard du nommé Jacob, Juif à Ha- 
guenau. Nous lui avions permis de vendre sa maison, située en ladite ville à un 
autre Juif, et la ville a l'intention d'empêcher cette vente. 

» Ledit Juif n'est pas le premier venu. Il nous a rendu des services et encore plus 
à la ville de Saverne, lors du siège de cette localité par les troupes de Mansfeld. 

II a aidé avec une adresse particulière à éteindre les bombes qui y étaient lancées, et 
a empêché ainsi plusieurs incendies. Nous avons profité de cette occasion pour lui 
donner un témoignage public de notre reconnaissance, d'autant plus que nos con- 
seillers intimes nous avaient envoyé sur lui des renseignements très favorables. 
Nous devons, si nous "Voulons être justes, secourir ledit Juif et chercher autant que 
possible à dissuader la ville de Haguenau de son opposition. Si, au contraire, elle 
trouve des raisons assez plausibles qui méritent d'être débattues, on pourra s'en- 
tendre à ce sujet pour les discuter. Vous donnerez votre avis sur les propositions 
à faire à l'une ou à l'autre partie. 

» Ayez-nous toujours comme jusqu'à présent, en affection, etc. 

. Rouffach, 16 avril 1625. » (Arch. de Hag., BB. 15). 

s Protoc. du Conseil, aux Arch. de Hag., BB., 61. Voir plus loin n° 14. 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

stein proposa de faire payer à ceux du Reich, un reichsthaler par 
semaine par chaque homme, et un schilling par chaque femme, 
enfant, domestique et bétail même, d'imposçr ceux de la Land- 
vogtéi, à raison de deux florins par homme et les autres à raison 
d'un schilling. La différence d'imposition était excessivement mi- 
nime, comme on le voit : Bildstein profitait de chaque occasion. 
Les Israélites du dehors firent donc une demande collective de 
diminution de cet impôt extraordinaire, surtout pour les enfants, 
les femmes, les domestiques et les bestiaux. Le 14 juin, le conseil 
se réunit et après un assez long débat, où Bildstein tenait à sa pre- 
mière proposition, ceux du Reich furent imposés à raison d'un 
florin par semaine et par homme, ceux de la Landvogtéi d'un reichs- 
thaler ». Les Juifs revinrent à la charge, en disant que ces dix an- 
nées de guerres continuelles les avaient presque ruinés et qu'on 
devait avoir pitié d'eux. Le magistrat leur répondit qu'il compre- 
nait leur position, mais qu'il n'y pouvait rien changer, et que les 
riches qui se trouvaient parmi eux n'avaient qu'à payer pour les 
pauvres 2 . Enfin, poussés à bout, ils n'eurent plus d'autre res- 
source que de s'adresser au commandant colonel Ascanius, gou- 
verneur de la ville. Celui-ci eut compassion d'eux et les imposa de 
la façon suivante : Ceux du Reich, ensemble, à cent florins par 
trimestre, ceux de la Landvogtéi à six thalers par trimestre, et 
par tête, ce qui faisait plus de cent pour cent de diminution. 
Malgré tous ces sacrifices, ils n'eurent pas le droit d'aller à la 
synagogue. Voici du reste une histoire intéressante à ce sujet 3 : 
A la séance du 31 janvier 1628, le conseil prit la résolution sui- 
vante : comme dans la synagogue on entend continuellement des 
cris, aussi bien la nuit que le jour, elle sera fermée. Simon, le 
président, vint alors annoncer que cette maison lui appartenait, 
et qu'il devait être autorisé à y laisser faire des prières. On lui de- 
manda de montrer ses privilèges. Il répartit qu'il n'y avait pas de 
liberté spéciale concernant la synagogue, mais qu'il se rapportait 
aux promesses que le magistrat avait faites en 15*79 à la commu- 
nauté. Bonus et Mayer vinrent au nom de leurs autres coreligion- 
naires dire que, depuis un temps immémorial, ils avaient toujours 
pu exercer librement leur culte partout où les Juifs s'étaient 
trouvés. Le secrétaire du conseil, après avoir compulsé les traités 
faits avec les Juifs, rapporta qu'il n'y était pas explicitement dit 
qu'ils étaient libres d'avoir une synagogue, et encore moins qu'ils 



1 Arch. de Hag., BB. 62. 

s Ibid. 

3 Protoc, du Conseil. Arch. de Hag. f BB. 62, 



HISTOIRE DES JUIFS DE HÀGUENAU 103 

pouvaient se réunir en communauté; que cette permission était, 
et avait toujours été, une simple tolérance de la part du magistrat. 
Le conseil maintint donc sa première décision : le temple devait 
être fermé. Mais Simon en sa qualité de propriétaire, et parce 
que les quittances de la rente foncière étaient en son nom, pou- 
vait venir à la synagogue, y faire ses prières. 

Le 28 février, Bonus et Mayer revinrent demander, au nom de 
leurs coreligionnaires, l'autorisation de prier dans le temple. Ils 
furent remis à quinzaine. Enfin le 10 mars le contrat suivant fut 
élaboré et lu aux Israélites : 

Comment à l'avenir les Juifs de Haguenau doivent se comporter, 
par rapport à leur synagogue. 

Comme ils sont très souvent venus importuner les membres du 
conseil, qu'ils courent après eux, et qu'ils supplient incessamment 
et très humblement, ils ont touché le cœur des magistrats. Ceux-ci 
veulent donc bien par pure grâce, et sans aucune obligation, leur 
permettre de retourner dans leur synagogue; seulement cette autori- 
sation ne leur a été accordée qu'à la condition qu'aucun étranger n'y 
entre. S'ils transgressent cet ordre, ils seront, à la première infrac- 
tion, punis d'une amende de dix florins et même davantage, mais si, 
contre leur devoir et leur serment, ils recommencent, nous nous ré- 
servons de leur infliger une peine arbitraire. 

Les Juifs protégés de Haguenau à qui nous donnons de nouveau, 
par la présente, la permission de venir avec les leurs à la synagogue, 
doivent, s'ils ne veulent pas qu'on leur défende le service, aussi bien 
à l'intérieur qu'à l'extérieur du temple, être plus modestes, ne gêner 
personne par leurs prières, surtout modérer leurs cris habituels, 
quand ils s'adressent à leur Dieu, et au surplus, tâcher de se mon- 
trer réservés, et devenir des gens honorables. De cette manière l'idée 
ne viendra jamais au conseil de vouloir les gêner dans leurs offices ; 
mais encore une fois, que par leurs manières ils n'offensent pas la 
bourgeoisie de notre localité. 

De même que les Juifs tiennent grandement pour sacré leur sabbat, 
et ne veulent pas s'occuper d'affaires mondaines, de même, ils doi- 
vent aussi trouver très rationnel que nous n'aimions pas les voir les 
dimanches et jours de fête conduire leur bétail au pâturage, et, par 
suite, gesticuler dans les rues de la ville. Nous tenons au contraire à 
ce qu'ils s'en abstiennent totalement, comme nous le leur avons déjà 
fait comprendre plus clairement. Faute de quoi, le magistrat sera 
obligé de les punir arbitrairement. 

Outre cela ils feront bien, s'ils ne veulent pas être inquiétés, de se 
conformer continuellement, à tous les droits réguliers, à tous les pri- 
vilèges, à tout ce qui est juste, de ne transgresser aucun de ces com- 
mandements qui regardent spécialement les Juifs. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les Israélites naturellement répondirent qu'ils voulaient de 
tout cœur, obéir ponctuellement à tous les articles qu'on venait de 
leur lire * . 

Néanmoins, après être rentrés de nouveau en possession de 
cette liberté qui leur était si chère, ils s'adressèrent de rechef 
quelques jours après au Conseil, pour lui soumettre une grave 
question. 

« Nous ne sommes que sept pères de famille, - dirent-ils, dans 
» leur pétition, et il faut que nous soyons à dix pour faire nos 
» prières. Nous supplions donc encore une fois le plus humble- 
» ment possible, qu'on permette aux étrangers de venir au temple, 
» afin que nous soyons en nombre. » 

Ils s'étaient bien gardés de parler de leurs domestiques juifs, 
qu'ils avaient eus de tout temps, pour avoir minian, et parce 
qu'ils ne pouvaient engager de serviteurs chrétiens. Ils eurent 
beau implorer, rien n'y fit. Les étrangers ne reçurent jamais l'au- 
torisation de se rendre à la synagogue 2 . 

Au mois de septembre de l'année suivante (1629), Bonus maria 
sa fille à un jeune homme des environs de Cologne nommé Isaac, 
et obtint, pour son gendre, l'autorisation de venir demeurer à 
Haguenau, aux conditions qui lui avaient été faites à lui-même en 
1610, avec cette différence qu'on ne demanda au jeune marié 
qu'un cheval dans son écurie à la disposition de la bourgeoisie. Un 
mois après, en octobre, Mayer put aussi établir son fils Lôwel, 
aux mêmes conditions 3 . Les voilà donc à neuf ménages pour 
supporter toutes les charges dont la ville les imposait continuel- 
lement. En 1630, en plus de leurs impôts ordinaires, ils furent 
forcés de verser 400 florins de contributions de guerre. Ils durent 
s'imposer des sacrifices pour s'acquitter, mais ils furent obli- 
gés de s'exécuter 4 . En outre, ils eurent à supporter la plus grande 
partie des impositions qui pesaient sur leurs compatriotes de 
Haguenau. 

La guerre continuait toujours. La ville avait une sorte de garde 
civique pour maintenir l'ordre dans ses murs. Toutefois aucun 
Juif n'était admis dans ses rangs, quoiqu'on eût vu par l'exem- 
ple de Jacob, qu'alors déjà, un Juif savait être brave. Par contre, 
il était obligé de se faire remplacer. Une autre anomalie, qu'on a 
peine à comprendre, était qu'on ne leur confiait pas de garni- 
saires ; et si l'idée en était venue à l'autorité civile, les comman- 

1 Arch. de Haïr., BB. 62. V. plus loin n° 15. 
" Ibid. 

3 Arch. deHag., BB. 63. 

4 Ibid., EE. 88, 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 105 

dants militaires s'y fussent refusés. Pour compenser toutes ces 
exemptions de corvées, logements de gens de guerre et gardes à 
monter, ils eurent à payer vingt florins (à 3 fr. 87 = 77 fr. 40) par 
semaine, qu'ils devaient répartir entre eux. Pour éviter tout re- 
tard, ils étaient obligés de faire les versements tous les mardis ' 
entre les mains du receveur 2 . 

Les événements se précipitent. Nous sommes en 1631. On n'en- 
tend plus parler que de guerre. On fait dans la ville de grands 
préparatifs pour ne pas être pris au dépourvu. Dès le début, la 
communauté juive est obligée de verser deux mille florins (à 3 fr. 
87 = 7740 francs), elle doit fournir quatre chevaux pour le service 
de la poste, tandis que le reste des habitants n'a à livrer que deux 
chevaux ou 90 florins 3 . En septembre, les Juifs supplient le ma- 
gistrat de les exonérer des vingt florins qu'ils payaient pour être 
exempts des corvées et autres charges, et offrent de se libérer en 
nature. Ainsi ils proposent de livrer, à partir de ce mois jusqu'à 
la Pàque suivante, cent voitures de bois et un quintal de chan- 
delles. On accepte leur proposition ; seulement le terme est rap- 
proché, et la quantité augmentée. Ainsi ils sont contraints d'ame- 
ner de septembre 1631, au carnaval de 1632, cent cinquante 
kloffter (600 stères) de bois, trois quintaux de chandelles et deux 
sacs de sel. Quand ils voulurent se mettre à l'œuvre pour s'acquit- 
ter envers la ville, ils ne trouvèrent pas d'ouvriers pour faire le 
bois. Aussi le Conseil les punit pour leur retard, en leur imposant 
l'obligation de fournir vingt kloffter de bois en plus, et demanda 
que la communauté en fournît dix par semaine, jusqu'à complète 
livraison *. 

Cependant les Suédois étaient annoncés d'un côté, et les Lor- 
rains d'un autre. Tous les Juifs non seulement des environs de la 
Landvogtéi de Haguenau, mais encore du comté de Hanau, du 
Landvogt de Strasbourg, vinrent se réfugier à Haguenau. Ils ar- 
rivèrent ainsi au mois de janvier 1632. Ils étaient au nombre de 
268, dont 124 vieillards, 137 enfants, et 7 célibataires. On fixa leur 
imposition à 2 florins par tête , soit 536 florins (à 3 fr. 87 = 
2074 fr. 32), plus 24 florins par famille pour contributions de 
guerre, moyennant quoi, ils eurent l'autorisation de rester jusqu'à 
Pâques. Certains autres eurent à verser trente reichsthalers par 



1 Le mardi s'appelait alors Zinstag (jour des intérêts) , d'où probablement le 
Dienstag et certainement la traduction patoise de mardi, chez les paysans d'Alsace, 
par Zistig. 

s Arch. de Hag., BB. 65. 

3 Arch. de Hag., EE. 84. 

4 lbid., BB. 66. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mois (à 5 fr. 80= 174 fr.) *. Le préposé de ceux qui étaient dénom- 
més de la Landvogtéi, était Haym de Landau, avec qui nous avons 
déjà fait connaissance en 1611. Il remit à la mairie une liste de 
tous ceux qui l'avaient suivi, et qui s'élevaient au nombre de 
43 personnes. Ils durent payer jusqu'à Pâques un reichsthaler par 
tête, et, de plus, 15 reichsthalers par famille, pour contributions 
de guerre. Ce même Haym, en sa qualité de savant, était obligé 
de tenir un registre où il inscrivait tous les Juifs qui entraient 
dans la ville ou en sortaient. Ce livre devait être constamment à 
jour, afin que, si l'autorité voulait le vérifier, il fût toujours pré- 
sentable. Si l'on y trouvait une irrégularité quelconque, Haym 
était prévenu qu'il serait cité en justice. 

Les Juifs de Haguenau avaient aussi de lourdes impositions. A 
côté de tout ce qu'ils versaient, ils eurent encore, à partir du mois 
de janvier de cette année, trente reichsthalers à payer par mois, 
pour l'entretien de leurs soldats 2 . 

Le temps passait très vite, Ton voyait arriver la fête de Pâques 
et Haguenau était toujours dans la crainte de se voir prise par les 
Suédois. Les Juifs demandèrent une prolongation de séjour, on 
la leur accorda jusqu'à la Pentecôte, avec la même imposition que 
celle qu'ils avaient déjà payée. Comme supplément, ils durent en- 
core contribuer pour 500 florins à l'entretien des officiers de guerre 
qui se trouvaient dans la ville. Ils se plaignirent de ces imposi- 
tions trop élevées auprès du sous-bailli et du conseil de préfec- 
ture ; ceux de la Landvogtéi adressèrent, en outre, la lettre sui- 
vante aux autorités locales : 

Haguenau, ce 28 juin 1632. 

A Messieurs du magistrat, très nobles, etc., 

Nous, pauvres Juifs, nous venons vous ennuyer de nouveau par 
notre pétition et vous en demander mille pardons. Pour la permis- 
sion de notre séjour dans la ville, les louables magistrats de la cham- 
bre impériale et de la ville de Haguenau nous ont demandé de rechef 
un nouveau Reichsthaler par tête. Il est vrai qu'on nous a accordé 
trois termes pour le payement, prolongé jusqu'à la saint Jean. Mais 
avec la meilleure volonté, nous ne pouvons payer un droit de protec- 
tion si élevé. Si vous comptez, Messieurs, que de la Noël à Pâques, 
nous avons été obligés de vous verser 430 florins, et si vous laissez 
subsister le thaler, cela nous ferait 207 thalers, qui, sur le pied de 
16 florins, forment 330 florins. Nous aurions donc à payer 760 florins 
pour six mois. Si vous calculez encore qu'à côté des Juifs d'ici nous 

* Arch. de Hag., BB. 67. 
» Ibid. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 107 

avons été obligés de contribuer pour 500 florins à l'entretien des offi- 
ciers de guerre qui se trouvaient en nos murs (laquelle contribu- 
tion ne nous a nullement protégés) vous arrivez à un chiffre beaucoup 
trop élevé pour nos moyens. 

Nous ne nous rappelons pas que jamais la Juiverie réunie de la 
Landvogtéi, dont les plus riches se sont réfugiés cette fois-ci ailleurs, 
ait jamais été pressurée de pareille sorte. Le maximum de ce qu'on 
leur ait réclamé était de 200 florins, et même il y a quelques années, 
en 1610, on s'est contenté de les imposer à 70 florins. 

Eu égard à toutes ces contributions, nous vous prions très respec- 
tueusement, par la présente, de vouloir bien nous accorder notre de- 
mande, en nous déchargeant de cette dernière imposition, qui serait 
notre ruine complète. 

Vous nous feriez par là une grâce insigne que les soussignés n'ou- 
blieront jamais. 

Dans l'attente, Messieurs, que vous voudrez bien nous écouter dans 
notre réclamation si juste, nous sommes vos très obéissants sujets 
et très dévoués serviteurs. 

Les Juifs de la Landvogtéi, réunis pour le moment à Haguenau l . 

Le Landvogt intercéda pour eux. Le Sénat répondit : 

Depuis quatre-vingts ans, on a graduellement élevé la contribution 
frappée sur les Juifs étrangers qui venaient chercher un refuge au- 
près de nous. La ville de Haguenau est pourvue de privilèges impé- 
riaux qui ont de tout temps laissé au magistrat la liberté d'accepter 
ou de refuser des Juifs, et même de chasser de son sein ceux qui y 
demeurent, si tel est son bon plaisir. Par conséquent, chaque fois 
qu'on annonce aux Juifs ce qu'ils auront à verser, pour droits de pro- 
tection, ils ont le choix de quitter la ville et son rayon, ou de rester. 
Cependant, pour faire plaisir au Landvogt, nous voulons modifier 
notre demande pour cette deuxième contribution de Pâques à Pente- 
côte, en leur faisant une diminution du tiers 2 . 

Ce rabais était un réel bonheur pour eux. — Ces malheureux ne 
savaient pas que les Suédois n'entreraient dans la ville qu'en 
décembre, et qu'ils étaient même encore assez éloignés. Outre cela, 
les Lorrains qui étaient en garnison à Haguenau les harcelaient 
de toutes façons et leurs patrouilles volantes qu'on rencontrait 
sur toutes les routes les molestaient où elles pouvaient. 

La population juive de Haguenau étant ainsi devenue plus 
dense, la mortalité augmenta et, vu l'état de siège, elle dut songer 
à s'approprier un cimetière dans l'intérieur de la ville. Déjà, 

1 Arch, de Hag., BB. 13, 
* Ibid. 



408 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lors d'un siège, les Juifs avaient enterré leurs morts dans le 
jardin du Stettmeister Capito. Ce cimetière finit bientôt par se 
remplir, lorsque les hostilités recommencèrent. Les Juifs dési- 
rant en avoir un comme les catholiques, près de leur maison de 
prières, profitèrent de la situation pour demander l'autorisation 
d'en établir un clans la ville. Cette autorisation leur fut accordée, 
et ils achetèrent à cet effet un jardin situé près de la tour de l'hor- 
loge (actuellement rue des Roses). En faisant cette demande, les 
Juifs avaient allégué qu'il venait de mourir un des leurs et qu'ils ne 
pouvaient transporter son corps hors de la ville, à cause du dan- 
ger. Bientôt on apprit que les Juifs, outrepassant leurs droits, 
avaient inhumé dans le nouveau cimetière plusieurs corps sans 
nouvelle autorisation du Conseil. Aussitôt (28 avril 1632) le Stett- 
meister Bildstein réunit le Conseil et demanda une punition 
pour les délinquants. La décision suivante fut alors prise : « Comme 
les Juifs ont commis ce délit à l'insu de l'honorable Conseil, ils 
devront déterrer leurs morts, les transporter hors de la ville, à 
leur lieu de repos habituel et payer en outre pour chaque inhuma- 
tion ainsi faite dix reichstalers d'amende •. Les Juifs répondirent 
par une supplique 2 dans laquelle ils exposaient qu'ils étaient vic- 
times d'un malentendu, et demandaient la permission de laisser ces 
corps dans leur lieu d'inhumation, qu'il n'y avait aucun péril à les 
y conserver, qu'au contraire il serait dangereux de les exhumer. 

Le Conseil ordonna une enquête et les Juifs durent obéir. Mais 
le cimetière ordinaire n'avait plus de place, ils durent donc ache- 
ter une propriété qui y attenait, que le Conseil leur permit de 
convertir en lieu de sépulture à la condition qu'aucun Juif étran- 
ger à la ville n'y fût enterré. Ils fondèrent alors une société char- 
gée, sous le contrôle de l'administration de la communauté, de la 
gestion du cimetière. Cette société qui était composée de presque 
tous les Juifs de la ville et de ceux des environs, prit le nom de 
Hebrah de Gemilout Hasadim. 

Pendant ce temps les Suédois étaient partis et avaient été rem- 
placés par les Impériaux sous le commandement de Metternich. 
Des Juifs réfugiés, deux seuls purent continuer à y résider ; ce 
furent le médecin Haym et une veuve de Sclrweighausen, celle-ci 
à la demande du gouverneur, parce qu'elle savait parler le fran- 
çais 3 . Ainsi la communauté israélite comptait en 1633 onze 

1 Livre de protoc. du Conseil. Aux archives de Haguenau, BB. 68. 

2 Ibid. 

3 Haym dut payer huit reichsthalers (46 fr. 40), comme droits annuels de protec- 
tion, et un schilling (0 fr. 39), par jour, comme contribution de guerre. La veuve 
paya la moitié. La famille de ce Haym prit au siècle suivant le nom de Rehns, 






HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 109 

ménages. Les charges qui pesaient sur elle étaient très lourdes, 
et on s'explique difficilement qu'ils aient pu les supporter. En plus 
des impôts ordinaires, en 1634, ils durent, contrairement à la 
jurisprudence établie, recevoir des garnisaires, lesquels avaient 
droit au gîte, à un reichsthaler par semaine (51'r. 80) par cavalier, 
à trois par porte-étendard, quatre par lieutenant et dix par capi- 
taine. En outre, ils furent contraints de verser toutes les semaines 
les cinquante reichsthalers que Metternich exigeait de la ville. 
Ils réclamèrent et on leur accorda seulement que les bourgeois 
logeraient chez eux les cavaliers 1 . Pour le coup les Juifs ne 
purent se contenir. Le 25' décembre un sieur Greiff, membre 
du Conseil, étant venu signifier à Bonus, l'un des préposés de la 
communauté, l'arrêté qui leur imposait ces lourdes contributions, 
Bonus, indigné, lui dit, en présence d'une foule de bourgeois et de 
soldats : « Tu es un de ceux qui ont fait cette ordonnance, tu as 
fait partie de la réunion qui est allée au devant de Metternich 
jusqu'à Soufflenheim. Vous aviez Tair heureux de vous voir suivre 
d'un général et de ses soldats ; vous aviez tout fait pour les faire 
venir dans la ville; maintenant qu'ils y sont, vous vous déchargez 
sur les Juifs des impositions occasionnées par leur présence 2 . » 

Les soldats approuvèrent les paroles de Bonus et le louèrent de 
son courage, mais Greiff le cita devant le magistrat, le lendemain 
26 décembre, réclamant mille thalers de dommages-intérêts et la 
peine de la prison contre lui. Bonus comparut ; il ne nia rien, il 
dit simplement que c'était l'indignation qui l'avait forcé à parler de 
la sorte, que chaque jour il devait essuyer les larmes et les sup- 
plications de ses coreligionnaires, qu'il ne nourrissait d'ailleurs 
aucun mauvais sentiment à l'égard de Greiff et des membres du 
Conseil. 

Le magistrat renvoya le prononcé du jugement au 28 décembre 
et le fit conduire préventivement dans la cage aux sorciers, pri- 
son spéciale réservée aux sorciers condamnés à mort : on n'y pou- 
vait tenir debout. Sa femme implora sa grâce auprès du colonel 
de Hartenberg qui obtint un allégement de la peine ; on mit le 
prévenu dans un autre cachot. Le 28, la sentence fut rendue, il 
était condamné à mille francs d'amende, à six mois de prison dans 
la tour appelée Armbrusler Turm, pour avoir offensé non seule- 
ment le sieur Greiff, mais tous les magistrats. 

L'année 1634 vit encore deux nouveaux pères de famille admis à 
s'établir à Haguenau. Le premier, nommé Hirtzel, avait demeuré 



1 Archives de Haguenau, BB. 70. 

- Livre de protoc. du Conseil aux archives de Hag., BB. 70. 



1 li) REVUE DES ETUDES JUIVES 

jusqu'alors à Eschpach, le second était le gendre de Mayer ' . Peu 
à peu la communauté s'accroissait, bientôt après Haguenau compta 
une treizième famille israélite. Le docteur Ungar permit, en ef- 
fet, à la veuve d'Isaac d'Ueberrach, de demeurer dans la ville pen- 
dant un certain temps, parce qu'elle pouvait y rendre des ser- 
vices par sa connaissance du français. Plus tard elle se maria et 
demeura définitivement à Haguenau. 

La ville semblait donc se départir de sa rigueur, mais aussi 
augmentait les droits d'admission que devaient payer les Juifs. Jus- 
qu'à la Révolution, ce fut cette méthode qui prévalut. 

La guerre de Trente ans continuait a faire venir des troupes dans 
la ville ; une garnison partie, une autre la remplaçait. Les Juifs 
eurent de nouveau à loger des cavaliers, cette fois ils eurent le 
courage de demander au magistrat, pour pouvoir supporter cette 
nouvelle charge, la permission de vendre des chevaux les di- 
manches et jours de fête. Cette autorisation leur fut accordée, 
en tant que la relieion n'en serait pas lésée -. Ils la conservèrent 
pendant quatre-vingt ans, puis elle leur fut retirée. 

Les hostilités continuant, les Juifs surchargés d'impôts décla- 
rèrent qu'ils n'étaient plus en état de payer leurs droits de protec- 
tion. La ville, étant elle-même devenue pauvre, ne put renoncer à 
cette ressource et consentit à réduire ces droits de moitié. La ville 
fut bientôt obligée même d'emprunter de l'argent à ses protégés ; 
le médecin Haym reçut du Conseil des remerciements pour avoir 
prêté vingt florins 3 . 

En 1637, nouveaux impôts, ils durent fournir le mobilier de la 
Landvogtei. 

En 1648, ayant oublié d'offrir aux autorités de la ville le cadeau 
du jour de l'an qu'ils étaient accoutumés de faire, le Conseil les 
rappela à leur devoir, leur déclarant que, faute de quoi, ils se- 
raient déchus de leurs droits de protection. Ces cadeaux furent 
plus tard convertis en un impôt spécial. 

Ici s'arrête l'histoire des Juifs de Haguenau pendant la domina- 
tion allemande ; il nous reste à faire connaître, pour cette période 
la législation qui les régissait. 

Elie Scheid. 

(A suivre). 



1 Livre"de"protoc.'du'Conseil aux archives de la ville. BB. 70. 

2 Archiv. de Hag.', BB. 71. 

' Livre de prot. des séances du Conseil. Archiv. de Hag., BB. 71. Il est même 
remarquable que le Conseil appelle Haym l'honorable médecin Juif, épithète qui 
n'avait pas peu de valeur. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 111 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



N° 14. 1626. 

Jonas Jud, Simon Judens Solm bat ihme in Schùtz und Schirm 
aùi'zimehmen unterthanig gebetten ; — Gonc. — So ibm dargesteli : 
l ° Das er docb kein burgs baus kauffen ; 
2° Und bei Vater bleibe ; 
3° 12 Reicbsthaler Scbirmgeld ; 
4° Ein Mussquett in das Zeùghaùs liefern ; 
5° Jabrs %k Schilling Marzabl ; 
6° Und fur den jehrliche Umbgelt 4 Reicbsthaler legen soll. 

N° 15. 1G28. 10 mars. 

Wie es in der Kûnftig mit der allhiesigen Juden ihren Synagog 
halber soll gebalten werden. Nemblich und fur das erst, ist den Ju- 
den so unter ersamen rathschutz und Schirm bestàndig alhier wohnen 
auf ihr viefeltig importuniren und nachlauffen, auch untherdenig, 
innstendig und demutigs suppliciren und bitten, bis auf E. E. raths 
andervertiger ordnùng und belieben allein aus gnaden und ganz dur- 
chaus keiner Scbuldigkeit, angeregte ihr allhier habendte Synagog 
zwor widerùmb jedoch solcher gestalt vergùnstigt und zugelassen 
worden, das sich derselben aile andre ausslândiche Juden bei pan 
10 H. d. und doriber noch; weil si auf den widrigen fall, auch wider 
ire Pflicht und aydt handeln werden, einer andern willkurlichen 
Straff, gànzlich und durchaus enthalten und bemiessigen sollen. 

Fùrsander, so sollen sich die erstbemelten allhiesige juden, deren 
jetzt verstandener masse die Synagog widerum zù besuchen erlaùbt, 
sambt den ihrigen allen bei Vernichtung ihres vermeinten Gottes- 
dienst sowohl in als ausserhalb der Synagog, auf offentlicher GasseD, 
mehrerer Bescheidenheit als bishero beschehen und im verelich vers- 
tort worden, beilassen, imsonderheit ihr gewônlicher Geschrey dar- 
bei also moderiren auch im ùbrigen sich dermassen erbar erzeigen 
und eingezogen verhalten, auf den Yorderrist e. e. rath zù anderwer- 
tigen Verordnùng oder gentzlicher Abstellung kein Anleitung noch 
weniger etwan der gemeine Burgerschafl't dardurch ainiche Erge- 
rens gegeben werden. 

Drittens, gleich wie sie die Juden iren Sabalh noch heiligen, und 
sich davon gern auderer weltlichen geschefften und vorrichtungen 
bemiesigen; als sollen sie auch billich, an unsern sonn und feierta- 
gen, in das kunftig nit mer, wie bis her beschen, mit ihrem ergerli- 
chen, ùnzùlessigen waithen, sprengen, und tumuliren aufgezogen 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

kommen sondern sich dasselben genzlich und durchaus enthalten 
sollen, ailes wie ietzt verstanden, bei obig angesetzten und noch an- 
deren e. e. raths erost : willkurlicher unausbleiblicher Straff sonders 
geferde. 

Und soll dies einera ersamen rath intérims Verwilligung, so der- 
selbe auf abverstandene Juden allhier innstendiges, demitiges anru- 
fen und imploriren aus H. fir die handt genommen, einem E. rath 
auch gemeiner Stat, weder jetzt, noch in das kunftig, an allen und 
jeden ihren habendte Régalien, privilegien, rechte und gerechtigkeit, 
insonderheit aber an dene freiheiten so sie in specie der juden halber, 
schedlich oder nachtheilig sein. 

Hierauf sich die juden des H. ertheilte Decreti untertenig, demutig, 
bedwiligt mit dem anerbieten das sie sich auf aile und jede obige 
puncte gehorsamlich bequemen wollen. — Allein belen Sie E. E. rath 
nochmalen ganz undertenig ihne das puncte der fremdte halber die 
fernere Gnad zu erzeigen, damit doch sie dieselbe auf begebendte ge- 
legenheit auch in ir Synagog einlassen dorfen. — 

Ist ihnen Categorisch abgeschlagen und durch H n D r Konig reg. 
Stettem. erst noche in guten Ausswichenes derzù geben worden. 



ABRAHAM JOSEPH SALOMON GRAZIANI 

POÈTE HÉBREU DU XVII e SIÈCLE 



Le rabbin Abraham Joseph Salomon Graziani n'a laissé aucune 
œuvre imprimée, et cependant deux siècles après sa mort son 
souvenir est encore très vivant chez les Israélites deModène. C'est 
qu'il a été non seulement un rabbin distingué, versé dans la théo- 
logie, mais aussi un poète aimé du peuple ; il a composé des 
pièces de vers pour toutes les circonstances de la vie : fêtes, 
naissances, mariages, enterrements. Elles sont contenues dans 
un manuscrit hébreu que nous avons eu la bonne fortune de dé- 
couvrir ' . 

Ce manuscrit d'ailleurs n'est pas seulement intéressant pour 
l'histoire de Graziani et de la littérature juive, il est rempli de 
renseignements sur les contemporains du rabbin italien. 
'Disons d'abord quelques mots de l'auteur. Graziani naquit à 
Pésaro, ville soumise alors aux ducs d'Urbin. Son père 2 , nommé 
Mardochée, s'était établi dans cette ville, mais était probablement 
originaire de Gallico. La famille des Graziani paraît avoir porté 
primitivement le nom de cette ville. Ainsi dans les mémoires *des 
fossoyeurs juifs du temps, en parlant d'elle, on se sert de l'expres- 
sion ip^&uïi nriDtfitt « famille originaire de Gallico ». Mon savant 
ami, M. Marc Mortara, grand rabbin de Mantoue, a trouvé dans 
les notes manuscrites de Graziani au Schoulhan Aronkh les mots 



1 Je dois la découverte de ce ms. à M. le D l Laudadio Modéna, fds du savant 
grand rabbin David Zécut Modéna, qui a la bonté de me communiquer tout ce 
qui peut intéresser l'histoire des rabbins qui se sont succédé sur le siège de Mo- 
dène. Je saisis cette occasion pour lui exprimer publiquement ma vive gratitude. 

* Il est mort à Pésaro à l'âge de 86 ans, le mardi, 6 Kislev 5404 (7 novembre 1643). 
On lui fit des funérailles magnifiques, ce qui semblerait indiquer qu'il fut un homme 
considéré ou un savant. A ses obsèques, le rabbin Sabadaï Raphaël Mondolfo et le 
rabbin Samuel Corkos prononcèrent des discours. 

T. IV. 8 



1 14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

suivants : « Je me souviens qu'il m'a été dit par le pieux et intel- 
ligent Ouzriel Graziano, fils du savant cabhaliste, Johanan, fils de 
Tobie Gallico, appelé communément Graziano en langue ita- 
lienne l ». Gallico était donc probablement le nom de famille et 
Graziano un surnom donné à Tobie, qui passa ensuite à ses des- 
cendants et supplanta même plus tard le nom de Gallico. En effet 
dans les quelques mémoires de cette famille que nous possédons, 
lorsqu'on parle d'une femme, on ne l'appelle pas Graziani ou 
Graziano, mais Graziana, comme si c'était un adjectif ajouté 
au nom. La mère de notre poète 2 , Patience, était fille du rabbin 
Samuel Mondolfo. 

Le jeune Graziani quitta de bonne heure sa ville natale, pour 
venir à Modène chez le grand rabbin Nataniel Trabot 3 . La famille 
Trabot, d'origine française, avait quitté la ville d'Ascoli, où ce Na- 
taniel était né, et s'était établie à Pésaro. Elle avait une parenté 
avec les Graziani ; ainsi s'explique peut-être pourquoi Abraham 
vint à Modène auprès de Trabot. Peut-être aussi n'était-il attiré 
dans cette ville que parla science du maître 4 . 

C'est sans doute parce qu'il n'était qu'un étranger à Modène, 
que Graziani avait adopté la signature suivante : ^n *ù tt\N 
yi&o. « Je suis un étranger dans le pays ». En même temps ces 
mots rappelaient son nom : \îî^n renferme en effet les initiales de 
ï->ttbtt> £]Di"> dïnaN « Abraham Joseph Salomon », et les trois der- 
niers mots son nom « Graziani ». Tous les livres qui lui ont ap- 
partenu portent cette légende ; on la trouve encore à la première 
page de quelques Bibles manuscrites des bibliothèques de Modène 
et de Parme, ce qui prouve qu'elles lui ont appartenu. Encore 
aujourd'hui les Juifs de Modène ne donnent à Graziani que le nom 
de Isch Ger. Mais on ne comprend pas cette sorte d'ostentation à 

1 ùsrfn in ■BK'tstttta bwiw Trttâû *p2:n towi rhpn ^> -ittroa wsn 
t&a pmibfôft V'atï ip-^aw mara n"tt33 *pn-p n"nrîtt5 mio* 1 *: nbnp hyi 

, 'isi laN^NUN ï'zh •pu&a "DN^an:» hsi-i 

2 Après la mort de son époux, elle viut demeurer avec son fils Abraham et mourut 
ù Modène, le samedi 1 er Adar II 5423. 

3 Ce Trabot, né à Ascoli en 5329 (1569), mourut à Modène, âgé de 85 ans, le pre- 
mier jour de Rosch-Haschana 5414 (22 décembre 1653) au moment où les fidèles 
réunis dans le temple chantaient la Kedouscha de Moussaf. Ces renseignements nous 
sont fournis par Graziani dans les quelques pages de mémoires sur sa famille, qui 
précèdent le recueil de ses poésies. 

4 D'une pièce du recueil (n° 53), il semble que Graziani, avant de venir à Modène, 
était allé à Rome, où il perdit sa première femme. Nous ne savons rien d'autre de 
celle-ci, sinon qu'elle s'appelait ïltTTOtD et qu'elle était bonne, intelligente et pieuse. 
La femme qu'il épousa plus tard et dont il eut plusieurs enfants, était Sare Bella Pisa, 
qui mourut peu de jours après lui, le 29 kislev 5445 (1684). Elle était fille du rabbin 
Samuel Pisa, établi dans le village de Vignole, qui mourut à Modène, le 9 Tischri 
5430 (4 octobre 1609). 



AliHAlIAM JOSEPH SALOMON GRAZIANI 11.", 

s'intituler étranger dans un pays qui l'avait accueilli. En voici 
peut-être les raisons. Nataniel Trabot, dans son testament que 
possède M. Mortara, avait recommandé aux chefs de la commu- 
nauté de Modène de choisir Graziani pour le remplacer, en qualité 
de rabbin. Néanmoins, à la mort de Trabot, la communauté élit 
Nahman Ben Nahman, rabbin de Ferrare \ parce qu'il était mo- 
dénais. Peut-être Graziani, mécontent, se vengea-t-il en prenant 
pour signature les mots « Je suis un étranger dans le pays », 
comme pour rappeler à ses concitoyens l'injure qu'ils lui avaient 
faite. 

Jusqu'à ce jour, on ne connaissait de Graziani que les œuvres 
suivantes : 

1° Une élégie pour la mort du rabbin Aaron Benoit Modéna 
(27 Tammouz 5399; ; 

2° Une autre élégie plus étendue en l'honneur du même rabbin, 
récitée le septième jour après son décès. Ces deux pièces ont été 
imprimées en tête de l'ouvrage pw 'WE d'Aaron Benoit Mo- 
déna, dans l'édition faite à Amsterdam par les frères Profess 
en 1732; 

3° Plusieurs décisions théologiques, insérées dans le A far Ja- 
kob, de Nataniel Segré. Quelques-unes de ces décisions sont 
mentionnées par Isaac Lampronti dans son Paliad Ishali ; 

4° Un commentaire sur tout le Soulhan ArouUH, cité par Is- 
mael Coen, dans son Zera Emet. Cet ouvrage manuscrit est en 
la possession de mon cher ami, le chevalier Mortara, grand 
rabbin de Mantoue - . 

Sur la vie de Graziani, nous ne connaissons presque rien, sauf 
qu'il a rempli les fonctions de grand rabbin à Modène. 

Il mourut le samedi 27 Heswan 5444 (1664). Ses funérailles furent 
faites en grande pompe, et, dans toutes les communautés voisines, 
on célébra des offices funèbres en son honneur. On peut encore 
voir dans le y^ms bia le discours prononcé par Benjamin Coen 
dans un des temples de Reggio Emilia. 

Il semble que Graziani aurait montré une certaine largeur de 
vue dans la manière d'interpréter les usages religieux, car il excita 

1 Nous tenons pour certain que Nahinan fut le successeur immédiat de Trabot. En 
effet, dans la liste des rabbins qui prêchent à la Société Ù^ïl^ "»3>3Tp (fondée par 
Trabot, le 6 Kislev 5399 = 1638) à l'anniversaire de sa fondation, figurent d'abord 
Trabot, puis Nahinan et à la suite Graziani. De plus, ce dernier a composé une élégie 
sur la mort de Nahman, ce qui indique qu'il le considérait comme son supérieur. 
Enfin dans le préambule de cette poésie, il dit de lui ÎTl"|U5 12î!S"l3 SIÛT 1 « il sié- 
geait le premier parmi les rabbins ». 

* il a pour titre s&-p d!m!s nn"r™D iifittfitt 3>"£tt hv ùwrm mt-iïri 



<M6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le mécontentement des rabbins sévères de ce temps. Voici ce que 
nous apprend Nataniel Halévi, fils du successeur de Graziani au 
rabbinat de Modène : 

« A Modène, ma ville natale, les portes du ghetto étaient comme 
celles du vôtre, sauf qu'au lieu d'être en bois le toit en était en 
pierre. Pendant tout le temps que vécut Abraham Graziani, qui 
était le chef religieux de cette ville, les rabbins murmurèrent, 
mais les choses restèrent en l'état. Le jour de sa mort, qui eut 
lieu le samedi de la péricope trna ^n de l'an 1690, les Cohanim 
vinrent consulter mon père (Meschoullam Halévi), qui leur défendit 
de sortir du ghetto ' . 

Il permettait également l'emploi de l'orgue dans les synagogues, 
hardiesse étonnante pour l'époque. C'est ce qui ressort du passage 
suivant tiré de son ms. [Or ah Haïrn, 560 § 3). 

anima "pansa *p8 'a l'on*» yptst* 'lai nna £>aa "pb aôia nw "pi 
■^sig ix:xvï aba-j ^aa n^a tnbmh ■w» unp^a oibimn îtsfc î-pn ab 
Kiïrp ■piïi&nri aba*j ^psa "pnstt anïi '^ai îtp*Wi na aans^-i as îibipia 
'■nTWWastiBa a*inb ï^œ h"j- spsan '^aa -«"a watta jr»* rsba ■ttKjniKïi 
n^ia ^pam 'nb a^Ei^ia mnatûnm mTiaa naacma ^baa a^^tt a^Tirp 
*^b tat-pmpnnai piaa bs masb ïtses ï** 3 "i** T"* 3 '^ "P ^^i^ ^i 
sasab na arnatt ia «itd t*i8 ^ba imxa ï-nswa "pifcb p as pbi : iabn 
iTÈbai T"sba iawm« imx ympri rna-natt mbipE mn abattis iroprt 
'rpmpinai aiM ht bs inni^ia ntie a-na vrên sb «m-na Nbaia aman 
a^nnfcn i» abi a^iw-in jij Nb pana ait: inwwa Nb a:n , labn ab 
■psb 'pwa û^ntiiN a;aas nnaûttta asn jiKom ^ oto ar;ïi nta nonaia 

: b"D^ ^baa 

Analysons maintenant le manuscrit qui fait l'objet de ces notes. 
C'est un volume de 190 pages, dont les 14 premières contiennent 
des mémoires de famille et quelques notes tirés du livre des an- 
ciens fossoyeurs de Modène. Le reste du ms. renferme cinquante- 
quatre pièces de poésie de Graziani 2 . 

Ce recueil fut commencé par l'auteur lui-même, car les vingt- 
deux premières pages sont écrites de sa main. A certains endroits, 
la marge est chargée de notes, de corrections et de commentaires. 
De temps en temps on rencontre des pages en blanc, ce qui sem- 
blerait indiquer que le copiste savait qu'il existait d'autres pièces 
qu'il n'avait pas, et dont la place chronologique était en cet endroit. 
C'est ainsi qu'on comprend que ce recueil ne contienne pas d'élé- 
gies pour la mort de Trabot, son maître et son oncle. 

1 Pahad Itzhak, II, s. v. bïTN nN731C3. 

2 La plupart de ces pièces renferment les mots V^Na "OSN "15 ©*fct 



ABRAHAM JOSEPH SALOMON GRAZ1ANI 117 

Plusieurs de ces pièces sont précédées d'une courte introduction 
qui apprend les circonstances dans lesquelles elles furent com- 
posées. Pour d'autres, on a laissé un blanc qui devait recevoir 
cette notice. 

Voici la liste des poésies contenues dans le manuscrit : 

4 . Hymne à chanter dans la veillée du Hoschana Kabba (Tischri 5421 
= 16G0 de l'ère chrétienne). 

2. Hymne chantée dans un des temples de Reggio Emilia, le 15 Ab 

5422 (1662), à propos d'un don, fait au temple par le rabbin 
Israël Lenghi, d'un nouveau livre de la loi 1 . 

3. Elégie pour la mort du rabbin Halléluia Ouzriel Modène (ùSïtr» 

n'to m^n "ja Vist wnfc bjmt* ïnbbii "lïftrftfti 'pan ûb^r; 
* w 2 rttDtt Sbr;) 25 Sivan 5422 (12 juin 1662). 

4. Fragment (5 strophes) d'une élégie en langue chaldaïque, pour la 

mort d'un savant et pieux rabbin. Le préambule ordinaire 
manque, de sorte qu'on ne saurait dire avec certitude quel 
était ce rabbin. Cependant on peut conjecturer que cette élégie 
fut composée pour les funérailles du rabbin Méir Barzilaï de 
Saffet [Terre Sainte), décédé à Modène le 23 Tébet 5424 V 

Voici sur quoi se fonde cette conjecture : Le refrain de l'é- 
légie, que l'on devait répéter à toutes les strophes, renferme le 
nom de Méir écrit en grands caractères : 

,Nna*ftn ïvfà» «an an^ x&*n «Wï tcn » 

« Chef dans l'office divin, chef de la Communauté religieuse, 
» premier parmi son peuple et son guide, Méir, qui éclairait 3 
a les intelligences par ses décisions; un des puissants de la 
» terre et une de ses lumières ». Ensuite on voit que le rabbin 
en honneur duquel cette élégie a été composée mourut dans le 
mois de Tébet. 

apn> \N'nb û-n:; "iî-tn fb firûinb ami j-Qtû » 



1 Une note placée au bas de la page nous apprend que cette poésie fut imprimée à 
Mantoue en 5427 (1667), aux frais d'Israël Lenghi. Ce rabbin était un homme très 
considéré. L'auteur du bNlfà'O 13*7 lui adresse quelques consultations casuisti- 
ques (V., § 270 et 276). Moïse Zéchut correspondait avec lui dans des termes qui 
marquent l'estime et l'affection qu'il avait pour lui (V. ïfalîl rvnHN, 14, 15, 16, 
17). On voit par ces lettres qu'il s'occupait beaucoup de Kabbale, Lenghi a composé 
lui-même deux volumes appelés "ibftïl "pT sur la première partie du WÏbttJ 
"piy ; ils se trouvent manuscrits à la bibliothèque Foa de Reggio. 

* Cité avec éloges par l'auteur du d^fàblBïl ttaT, ainsi que l'a signalé Azulaï dans 
son d^blTlt! Qtb. (Première partie, let. mem, art. 8j. 

3 Le nom de Méir, qui vient de la racine "'IN, signifie « qui éclaire ». 



I 18 RETUE DES ETUDES JUIVES 

« Tébet l mois de fâcheux souvenir, c'est lui qui nous cause au- 
jourcVhui ce deuil. » 

Or, Méir Barzilaï fut enseveli le 23 Tébet 5424, comme il ré- 
sulte des mémoires des fossoyeurs. 

• 5. Elégie en honneur du grand rabbin Nahman-Nahman 2 •;' )l2Tù) 
Cî^H5, qui mourut à Modène, le 12 Schevat 5226. 

6. Poésie pour le mariage de Hephtzia (ï"P2£Dt"i) Lévi, et d'Esther 

Fano, célébré le 14 de Tischri 5427 (13 octobre 1666). 

7. Hymne chantée dans le temple israélite des Espagnols, à Modène, 

à l'occasion d'un don, fait au temple par Mordechaï fils de David 
Fano, d'un nouveau livre de la loi (Hesvan 5427). 

8. Ode, à l'occasion du mariage de Pèlerin, fils d'Elie Formiggini 

et de Juliette, fille de Léon Orsino, célébré le 7 Hesvan 5427. 

9. Ode pour le mariage d'Abadia, fils de Raphaël Rovigo et de Né- 

hama, fille de Moïse Seppilli d'Ancône. 

10, Sonnet pour célébrer le mariage de Samson Finzi de Gorreggio 
avec Sarah, fille d'Abraham Galabresi, 8 Adar 5427 (3 mars 
1667). 

M. Poésie en l'honneur d'une nouvelle cabane sacrée (Ï151D), 14 Tis- 
chri 5428 (Octobre 1667). 

12. Elégie pour les funérailles du rabbin Joseph-Benoit-Zalmann de 

Ferrare (23 Adar 5429). 

[Ici une page blanche dans le ms). 

13. Poésie pour le mariage d'Elie, fils du rabbin Isaac Benoit Modéna, 

avec Sarah, fille de Moïse Fermo d'Ancône, célébré le 14 Tischri 
5420 = (9 octobre 1669). 

14. Poésie pour le mariage de Saùl, fils de Samuel Formiggini de Fi- 

nale, avec Allégrine, fille du rabbin Samuel Piazza, de Florence, 
célébré le 1 4 Tischri 5432. 

15. Hymne pour un nouveau livre de la loi donné à un des temples 

Israélites de Modène (26 du premier Adar 5432) 3 . 

16. Elégie pour la cérémonie funèbre, célébrée dans le premier temple 

de la communauté, en l'honneur des rabbins, Maor Sarga Aske- 
nasi (1T55Ï5N fiwntt matt) ; Benjamin Halévi fpOTS iTîTîîbb 
©*îpî1 Sàlpjaïl i*fctt ) ; Abraham Guedilia (mb^T 1 * ùïmN) de 
Jérusalem; Joseph Ravenne (wman EjôT 1 ), grand rabbin à 

1 Le mois de Tébet est un mois néfaste dans l'histoire des Juifs. 

2 Le rabbin Nahman Nahman, père du rabbin Samson Nahman, auteur des deux 
œuvres ■piûlQ'il} yiï et 'piIîfà'O nYrbin, succéda probablement aussitôt à Nataniel 
Trabot sur le siège de Modène. Il mourut soudainement. 

3 Une note placée au bas de cette hymne dit sans aucune autre indication qu'elle 
fut imprimée à Mantoue, le deuxième mois dAdar de la même année. 









ABRAHAM JOSEPH SALOMON GRÀZIANI 119 

Alexandrie de la Paille 1 et Salvador Fermo 2 filait Jttlïn), 
grand rabbin à Ancône (3H Iar 5432 =22 mai \()ï>). 

M. Vers pour une circoncision (ÎT^E rï*ha). On devait les placer 
sur le grand fauteuil ("imbN NOS). (Année 5432 = 28 septem- 
bre 1672). 

Ces vers, tous allégoriques, étaient bien difficiles à com- 
prendre, et l'auteur même en a donné l'explication au bas de 
la page. 

18. Poésie pour le mariage de Joseph Eliézer, fils d'Elie Formig- 

gini, et de Glaire, fille de Michel Zemah de Vérone (8 Kislev 
5435). 

1 9. Hymne pour l'inauguration d'un temple à Modène, fondé grâce 

à la générosité d'Elie feu Pèlerin Formiggini 3 . Cette inaugu- 
ration eut lieu le 1 C1 ' Nissan 5435. 

20. Poésie pour le mariage du rabbin Samuel Sonino, et d'Eve, fille 

d'Elie Formiggini, célébré le 1 1 Sivan 5437. 

21. Poésie pour le mariage de Salomon Salvador Arezzo, et d'Esmé- 

ralde Graziani. Elle était nièce du poète , étant fille de son 
frère Emmanuel. 

22. Hymne à l'occasion du don d'un livre de la loi à un des temples de 

la Communauté. 

Dans le manuscrit on a laissé en blanc un espace pour le 
préambule ordinaire. 

23. Poésie en l'honneur de la fête de Pourim. 

24. Hymne à chanter dans la veillée du Hoschana Rabba par les con- 

frères de la société religieuse, dite des 'ipsb d"nttTû5 de Mo- 
dène. Cette hymne a été achevée le 4 Tischri 5423. 

25. Vers en honneur du rabbin Benjamin Coen d'Alexandrie, grand 

rabbin de Reggio Emilia, lorsqu'il fut appelé par le sort à 
officier le samedi de mtaarD. Ces vers furent écrits en Tis- 
chri 5443 \ 



1 Savant casuiste et écrivain élégant. Nous avons de lui une prière pour les temps 
de guerre, imprimée après sa mort à Mantoue en 1701 ; une dissertation sur le 
morceau chaldéen "pb n fà mfàTpN insérée dans le yp'y* 'HD^ ; un avis sur les cas 
de ÏT73, inséré dans le même recueil, autre avis sur le rituel mentionné par le "^"D 
tp"p, vol. Û^fi miN § 581, 12. Ravenne est surtout connu par ses controverses 
avec Néhémie Hyun imprimées dans le "nb ÏTEfibfà. 

2 On connaît de lui un avis rituélique, inséré dans les T^ ta i!l n"Tt25 (n° 27) et un 
autre dans le ^p^" 1 ""ID^. 11 semble qu'il ait été aussi disciple de Trabot. 

3 Ce temple, qui a toujours porté le nom de son fondateur, est resté ouvert jusqu'à 
l'inauguration du nouveau temple, en décembre 1873. 

* C'est celui qui, deux ans après, a prononcé un magnifique discours aux funérairles 
du rabbin Graziani, disciple du célèbre Moïse Zéchut. Benjamin Coen était un des 
rabbins les plus distingués de l'Italie en ce siècle, non seulement pour sa piété sin- 



I2i) REVUE DES ETUDES JUIVES 

A partir d'ici se trouvent 35 pages laissées en blanc. Les 
poésies qui viennent ensuite sont antérieures, de plusieurs an- 
nées, à celies^qui ont été mentionnées aux n os 23, 24 et 25. Aussi 
on pourrait presque affirmer avec sûreté que les vers écrits en 
honneur de Benjamin Coen furent les derniers que l'auteur 
ait composés. Après ces vers on trouve dans le manuscrit 
des lignes écrites et rayées, ensuite des mots qu'on lit avec 
peine sous la rature. Il semble que l'auteur aurait été trou- 
blé par des pensées mélancoliques. On y lit par exemple 
« VDDb ^prjitt inîott) i» » (« celui qui à son mort étendu devant 
les yeux ») a ^ïiio mïP *£ û^jn » (« L'homme lorsqu'il meurt 
sous la fatigue de ses études religieuses ») pensées qui nous 
donnent l'idée qu'il eut presque le pressentiment de sa mort 
prochaine. 

26. Vers écrits pour engager ses concitoyens à avoir pitié d'un mal- 
heureux, Jacob Polak, surnommé Cantarini, jadis officiant pu- 
blic frak mbii5, à Prague. 

{Le préambule ordinaire manque). 

21. Autres vers sur le même sujet et pour la même personne. 
{Le préambule manque aussi). 

28. Vers qu'on devait placarder dans la Soucca (ï-DiD), écrits le jour 
qui précédait la fête des Cabanes de l'an 5422. 

eère, mais aussi pour sa vaste et profonde science. Né à Alexandrie de la Paille 
d'une famille aisée, il fut élu, très jeune encore, comme rabbin de la ville de Casale, 
et depuis, pour ses talents, appelé au siège rabbinique de Reggio Emilia, très im- 
portant alors. Ses rapports affectueux avec le célèbre auteur du "pis* îinsn na- 
quirent de là. Moïse Zéchut, avant de se fixer définitivement à Venise, avait de- 
meuré quelque temps à Manloue. A cette époque, la ville de Casale était sous la 
domination des Gonzague, ducs de Mantoue, de sorte qu'il y avait entre ces deux 
villes des rapports continuels. Les Casalais devaient aller fréquemment pour leurs 
intérêts à la capitale du duché. L'affection du théologien hollandais pour le jeune 
et spirituel Benjamin Coen était comme celle d'un père pour son fils. Dans ses 
lettres, eu effet, il l'appelle toujours ">b "Pp" 1 \2. « mon fils chéri » et il ne pouvait 
rester longtemps sans le voir. Aussi l'appelait-il auprès de lui de temp's en temps, 
d'abord à Mantoue, puis à Venise où il s'était fixé. Avec le jeune Coen, le rabbin 
Zéchut voyait chez lui un autre jeune homme, le rabbin Abraham Rovigo de Mo- 
dène. Ces deux jeunes gens restaient auprès du savant hollandais des semaines, 
et quelquefois des mois entiers, adonnés à l'étude. De Benjamin Coen nous con- 
naissons les œuvres suivantes : I. l ""p b OTÎ"5 D3*, poésies sacrées, d'une rare beauté, 
pour chacun des jours de la semaine, pour les Néoménies (115*7 h 1Z5N1) et pour 
toutes les autres fêtes des Israélites. — II. I p72"»j*2 b*D5l, recueil de sermons, — 
III. m 3 2 "pblK, commentaire sur les lamentations de Jérémie. — IV. db'IS' DISN» 
commentaire sur le traité RAlôt. — V. Des notes sur le Ùi"»n lmN2£1P« — VI. 
Des lettres scientifiques insérées dans les TTOIÏ"! miSN et des avis en matière de 
rituel, épars dans le p)"l2£i 1t\Z> et dans le Ùfibîl ^nUJ. Enfin, outre ces travaux, 
tous imprimés, on a de lui en manuscrits à la bibliothèque Foa de Reggio Emilia, 
le Ï~T53"|52 ^TOTÏÎà et le to , v-|3''l25 "ipIDD. Benjamin Coen a eu des disciples distin- 
gués parmi lesquels: Isaïe Israël Bassano, qui épousa une de ses filles et lui succéda 
après sa mort comme rabbin de Reggio ; Menasse Jehossua Padova devenu lu 
aussi son gendre et nommé grand rabbin de Modène et le célèbre rabbin Irgaz de 
Livourne. 



ABRAHAM J0SE1M1 SALOMON GRAZIANI 121 

Le préambule porte ces mots : « Poésie pour mettre dans 
la Soucca. Je Vai composée dans ma jeunesse en 3422. » Ces 
mots sont faits pour nous surprendre. En effet nous avons 
déjà dit qu'on connaissait de Graziani deux élégies, une 
écrite pour la mort, et l'autre pour les funérailles du Rab- 
bin Aaron Benoit Modéna , insérées toutes deux dans les 
premières pages du Mahavar Jabok avec la signature dïnnN 
ï-jïTdt "ttarEfina witt ntt"m et non yn&w ^a -ia to^a. Or, com- 
ment celui qui, en 5399, avait composé ces élégies, pouvait-il 
dire que les vers dont nous parlons, écrits 23 ans après, étaient 
un travail de sa jeunesse ? Doit-on dire que ces vers écrits 
pour Soucca ne soient pas du rabbin Graziani, bien qu'ils se 
trouvent dans un recueil commencé par lui-même ? Ou faut-il 
supposer qu'on aurait attribué à Graziani les deux élégies du 
Mahavar Jabok et qu'elles ne seraient pas de lui? De 1639, 
année de la mort de R. Aaron Benoit Modéna, à l'an 4732 où 
le Mahavar Jabok fut imprimé, presque un siècle s'était passé. 
Aucun de ceux qui avaient assisté aux funérailles du célèbre 
cabbaliste n'était encore vivant pour témoigner de la vérité. 
Il est vrai que les lettres initiales des strophes de la pre- 
mière élégie donnent le nom de ûïtun et que la deuxième 
porte "Ott 1"Plfc *i& \vhy ù^Dtf, mais il faut remarquer, pre- 
mièrement, que les deux compositions insérées dans le Ma- 
havar Jabok portent la simple signature de 1"72S *p ûï"naN 
■tëN'^fcna "OTHa, ce qui prouve que la signature n'a pas été 
mise par Graziani lui-même, car lors même qu'il ne signait 
pas avec sa légende ordinaire ynNS "OMl "la tt^N, il signait 
avec ses trois noms, Abraham, Joseph, Salomon ; deuxième- 
ment, que dans le préambule qui se trouve dans le Mahavar 
Jabok avant ces deux élégies, on dit que Graziani était alors 
grand rabbin de la Communauté *. Or, ce fait est inexact, car 
le grand rabbin de la Communauté était alors Nataniel Trabot, 
décédé 15 ans après, ainsi que nous l'avons déjà dit; troisiè- 
mement, que dans la petite introduction qui précède ces deux 
compositions, l'auteur après avoir parlé des hauts mérites du 
défunt, dit : ^n^fitttt iftkfci p br, expression qui semble dé- 
noter un haut fonctionnaire qui pour la gravité du cas descend 
de sa dignité et non un jeune homme obscur, ce que Graziani 
était alors ; enfin, que, dans le recueil des poésies du rabbin 
Graziani, on ne trouve ni l'une ni l'autre des deux élégies in- 
sérées dans le Mahavar Jabok. 



1 Voici les termes de ce préambule : 

fcawtt mannb b"pis:T -nnttîi mri '*« "^isi wj 'm w iuîpn • 
t=rp:n irwttQ ûts vby pip ien *-in owrrb "înb-m fin tp-ram « 
pT imaa a";n {otto p"p »""n »""i bvwri nnii ibriN *w 'î tnbœn « 

« ..bp"^î isN^ana tmaN "n"ïTO3 • 



122 REVUE DES ETUDES JUIVES 

29. Poésie pour le mariage de Joseph Miram de Vignole, avec 

Ester Forli de Sermide. (Il n'y a pas d'autres indications). 

30. Sonnet pour un autre mariage. (Le préambule manque, nous 
■ ne connaissons donc pas les noms des époux ni le jour du ma- 
riage). 

31. Poésie pour le mariage de Mordechaï Sanguinetti, et Bersabée, 

fille d'Azaria Benoit Modéna (Sans autre indication). 

32. Sonnet pour le mariage du rabbin Mordechaï Rovigo, fils du 

rabbin Isaac Rovigo, fils d'Abraham, avec Anne Grâce, fille 
de Salomon Lévi de Florence. (Le jour de la célébration 
manque). 

33. Ode, pour le même mariage. 

34. Poésie pour le mariage de Salvador (2U5W) iils d'Elie ïitio, orfè- 

vre fils de Ménahem, orfèvre d'Ascoli de Pésaro 1 , avec Elisévah 
(3>3tt>-«bN), fille du rabbin Isaac Benoit Modéna, célébré le ven- 
dredi. ... (?) 

35. Vers qu'on devait placarder dans l'école supérieure d'instruc- 

tion religieuse (tt^ltoî"» mn), afin d'exciter les élèves à étudier 
avec ardeur. 

36. Vers qu'on devait chanter au temple avant le Kadiscfi qui précède 

le lSia des prières du samedi. 

Ces vers furent composés parce qu'un des amis du poète 
fonctionnait comme prieur le samedi de m'tfîna. 

37. Epigramme contre quelqu'un qui, devant signer au bas d'un 

acte public devant le tribunal civil, avait signé, Monsieur tel 
des tels. 

38. Enigme à coller sur la tête du veau qu'on avait l'habitude alors 

de placer tout entière sur la table, dans tous les grands 
repas. 

39. Vers à afficher dans une nouvelle cabane sacrée (Tischri 5428). 

40. Vers pour engager les riches à secourir les pauvres. 

41. Ode, à propos des fiançailles de Moïse Crispino, fils de Léon 

de Livourne , avec Rebecca , fille du médecin Silva de Ve- 
nise. 



1 Cette indication est un peu obscure. Après les noms de l'époux, de son père et 
de l'aïeul, se trouve le mot £p")2£ qui signifie orfèvre, mais qui pourrait être aussi le 
nom de famille, car il y a encore aujourd'hui à Florence, à Padoue et ailleurs, des 
familles qui portent le nom iïOré/ïce. Cependant les noms des deux villes Ascoli et 
Pesaro que nous trouvons mis l'un après l'autre, nous a décidé à traduire EpISfc 
comme un qualificatif de leur profession, et à leur donner le nom de famille Ascoli, 
quoiqu'il se puisse qu'à l'origine ils aient eu le prénom d'Ascoli, et qu'ensuite on 
les ait nommés Oréfici, à cause de leur état. 



ABRAHAM JOSEPH SALOMON GRAZIANI 423 

42. Ode pour un mariage. 

Le préambule ordinaire manque el par conséquent les noms 
des époux aussi. Cependant les jeux de mots qu'on trouve 
dans cette pièce , comme dans presque toutes les poésies 
joyeuses de notre auteur, paraissent montrer que le nom 
de l'époux était Samuel Sanguinetti, et celui de l'épouse Ber- 
sabée Zalmann. 

43. Sonnet pour un mariage. 

Même lacune et mêmes jeux de mots, dont on peut tirer les 
noms Moïse Orsino, et Bonne Anne, fille d'Israël Gividali. 

44. Ode, pour un mariage. 

Mêmes observations. Les noms qu'on peut tirer des jeux de 
mots, sont Samuel deBondy Sanguinetti, et Marianne d'Azaria 
Modéna. 

45. Autre version, très différente, des vers que nous avons cités au 

numéro 27. Il est dit dans le préambule que ces vers furent 
composés pour la fête de Pâque. 

{Ici oO pages laissées en blanc). 

46. Elégie en langue clialdaïque. 

Le préambule ordinaire manque. En conséquence, il n'y a pas 
le nom de la personne en honneur de qui elle a été composée. 
Cependant par l'ensemble de cette poésie, on peut affirmer 
avec toute sûreté qu'elle a été écrite pour la mort de l'aïeule 
du poète nommée Fortunée (nia bîft), veuve du rabbin Samuel 
Mondolfo. 

47. Autre élégie en vers hébreux. 

Le préambule ordinaire manque. De l'ensemble de la poésie 
il parait résulter qu'elle a été composée en l'honneur de Mor- 
dechaï Abner Gallico, mort à l'âge de 86 ans et enseveli le 
6 Kislev 5404. 

Cette élégie a la forme d'un petit poème dramatique. Un 
étranger arrive dans une ville où il voit avec étonnement par- 
tout l'empreinte du deuil et de la douleur la plus profonde. Il 
en demande la cause. On lui répond que le pays vient de per- 
dre son guide spirituel, son père bien aimé. L'étranger s'as- 
socie au deuil du pays. Pendant ce temps le convoi funèbre 
arrive entouré et suivi de tout le peuple. Il remarque la fa- 
mille du défunt plongée dans la plus grande consternation. 
Des voix s'élèvent, qui célèbrent les vertus du mort, et tout le 
peuple pleure. 

48. Elégie pour son frère chéri, Aaron Graziani, mort à l'âge de 

22 ans, dans le village de Cortemaggiore, le 20 Ab 5408 l et en- 

1 8 août 1648, 



12 i ' REVUE DES ETUDES JUIVES 

seveli à Busseto, dans le duché de Parme. Cette poésie, dictée 
par l'affection la plus tendre, est un des plus beaux morceaux 
de Fauteur. 

49. Elégie en honneur d'un rabbin appelé Léon (ïrnN îYtiït), mort à 
l'âge de 63 ans, le 11 Tébet 5408. 

Le préambule manque encore, et on doit chercher le nom du 
personnage pour lequel cette poésie fut composée, ainsi que le 
jour de sa mort dans la composition elle-même. J'ai supposé un 
moment que ce Léon (ïrnN fiWP) pouvait être le célèbre 
Léon de Modène (éw^tieîo rma irmrp), décédé lui aussi dans 
l'hiver de l'année 5408, sans que personne ait su jusqu'ici en 
préciser le mois, ni le jour. Cependant après réflexion, j'ai dû 
renoncer à cette hypothèse. Voici pourquoi : Dans un *\wn 
tpj'ry, manuscrit à la Bibliothèque de Parme, il y a une note 
écrite de la main même de Léon de Modène 1 dans laquelle il dit 
qu'alors (à la fin du mois de Schevat 5408), il se trouvait réduit 
presque à la fin de sa vie par la maladie qui l'accablait. Or le 
rabbin dont il est question dans cette élégie mourut le 1 1 Tébet. 
En deuxième lieu, Léon de Modène mourut à l'âge de 77 ans, 
tandis que le rabbin de l'élégie avait 63 ans à sa mort. Nous 
croyons donc qu'ici il s'agit d'un autre rabbin du nom de 
Léon (îrna rmrp), le rabbin Léon Pogetti ou Phujetti (îmîT 
^"ns ï~mN) un de ceux qui siégeaient dans le Bet-Din du 
grand rabbin Trabot, et que nous voyons figurer parmi les 
juges, dans la grande discussion qui eut lieu entre le rabbin 
Aaron Benoit Modèna et le rabbin Joseph Ididia Carmi, au sujet 
des chants de la Synagogue ou des Pioutim 2 . Si cette élégie 
avait été faite pour celui que nous venons de nommer, elle nous 
rendrait deux services : 1° Elle nous montrerait que cet hom- 
me n'était pas un rabbin vulgaire, mais un savant bien dis- 
tingué ; 2° Elle nous donnerait le jour exact de sa mort que 
nous ne trouvons pas dans les mémoires des fossoyeurs du 
temps 3 . 



1 De Rossi, Dictionnaire des auteurs Juifs. Vol. 2, art. Leone di Modena. — Reggio. 
Introduction à son Examen Traditionis Duo incdita et poene incognito, Leonis 
Mntinensis. Page XVII. 

2 V. Introduction au d^331 Epb, édit. de Venise 1626 et ce que j'ai écrit moi- 
même sur cette question dans 1' Univers Israélite (Année XXX e , n°» 4 et 9), dans un 
article intitulé : Une découverte importante. 

3 Dans ces mémoires on trouve enregistrée en ces termes la translation des os du 
pieux rabbin : 

T^offii biiï t-nttinp^r nnîasy vm^ï *itz3* s-hbœ *ûpn 'tdï-i s-miûa » 
^"ari mn y"n i^anVi ïfnbî ^ta^is ima rmîr i^'h^'d tobujî-î û^nn 
i"ii t^din Yn n'to ton êumn^sd mtt ïmn^tt msa^* s"i inapa 

« : p"ob Y'n ni® -na fi"D ûvn îmîi rtn 

« Dans la rangée susdite, dans le XVI e tombeau, on ensevelit les os saints du 
pieux rabbin, le savant Léon Phujetti, et aux pieds de ce rabbin on ensevelit aussi 



ABRAHAM JOSEPH SALOMON GRAZrAM 125 

50. Elégie. 

Mêmes lacunes. Grâce aux jeux de mots, elle parait avoir été 
composée en honneur d'Israël Usiglio, mort le 41 Sivan 5406, à 
l'âge de 47 ans. Du vers suivant \-ona nbi ^mn^a D31S 
il semble qu'il ait été un des chefs de la Communauté. 

51. Autre élégie sans indication. Elle a été écrite afin de célébrer 

les vertus d'une femme éminente par ses talents, sa charité 
et la rare bonté de son âme, Gentille Modéna, fille de feu 
Isaac Modéna de Vignola , veuve de David Modéna de No- 
nantola, décédée, le 4 Tischri 5409 = 2 septembre 1648, à l'âge 
de 77 ans. 

52. Elégie qui semble avoir été écrite pour Michel Modéna, mort en 

5416, à l'âge de 6i ans. 

53. Elégie. Il m'a été impossible de découvrir en l'honneur de qui elle 

a été écrite. Ce sont les plaintes amères d'un homme qui a 
perdu sa jeune épouse, belle, sage et vertueuse. Peut-être, 
comme nous l'avons déjà dit, était-ce la femme de notre poète. 
Cette hypothèse est corroborée par les vers suivants 

dans lesquels Graziani dit que personne ne peut adoucir son 
malheur, sauf celui dont le nom est contenu dans le deuxième 
vers "OTTO. C'était le nom de son père. 

54. Elégie pour les funérailles du rabbin Iedidia Rimini de Carpi, 

mort le mercredi 22 Kislev 5442 S 

55. Le manuscrit finit par une épitaphe, écrite par l'auteur, pour 

mettre sur le cercueil du grand rabbin Léon Rabbeno, de Reg- 
gio Emilia, mort en cette dernière ville à la fin du mois de 
Schevat 5441. Une note nous dit que cette épitaphe a été 
faite par l'ordre du neveu du défunt, Raphaël Melli de S. Mar- 
tin, par suite des prières de David Lenghi. 

les os de l'honorable dame Espérance, femme de David Usiglio, ce qui fut accompli 
le 28 Adar 5420. » Il s'agit donc ici du transport des os du rabbin d'un cimetière à 
l'autre et non de son enterrement. Pour comprendre la vraie signification de ce mé- 
moire, il faut savoir qu'anciennement les Israélites de Modène enterraient leurs morts 
dans la ville. En 1630, lorsque la peste y exerça ses ravages, comme dans presque 
toute lltalie, le gouvernement ordonna aux Israélites de se pourvoir d'un cimetière 
hors de la ville.. La chose ne put se faire aussitôt, il se passa plusieurs années jus- 
qu'à ce que les Israélites achetèrent le morceau de terrain qui sert encore aujourd'hui 
pour le cimetière. Il semble que le grand rabbin Trabot ait été un des premiers qui 
y furent ensevelis. Ensuite on y transporta peu à peu les os des personnes respectables 
qui étaient enterrées dans l'ancien champ. Le nom de ce Léon se retrouve dans le '"D h ï 
SnTOIB (§ 19). Il était fils du rabbin Jacob Phujetti d'Asti en Piémont, auteur du 

tt&sn mwn m^p. 

1 II est l'auteur d'un recueil de n"lï5 ms., mentionné dans le pUÎ2 HN2. 



126 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Après avoir donné ce catalogue raisonné des poésies contenues 
dans ce manuscrit, nous croyons devoir dire quelques mots sur le 
mérite littéraire de ces compositions. 

On se tromperait si on croyait que Graziani ait été un poète de 
premier ordre. Il n'a pas l'élévation et la profondeur de Gabirol, 
mais c'est un homme d'esprit. Il parle le langage de son temps, 
il possédait bien l'hébreu, ce qui lui donnait une grande habileté à 
faire de ces jeux de mots qui plaisaient tant à ses contemporains, 
et qui lui acquirent une renommée surprenante. Ses vers sont 
toujours faciles. Mais, à l'occasion, il savait s'élever au-dessus 
de la foule, et faire entendre de hautes vérités. 



Modène. août 1881. 



S. JONA. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES 



AU XVIII e SIÈCLE 



Nous avons dit dans une précédente étude ' qu'au dix-septième 
siècle, les Français, en s'emparant des îles d'Amérique, y avaient 
trouvé un assez grand nombre de Juifs, amenés ou attirés par les 
premiers occupants, Hollandais pour la plupart. Nous devons 
ajouter que ces Juifs avaient su prendre une telle situation dans 
ces colonies, tant sous le rapport commercial que sous le rap- 
port industriel ou agricole, qu'on fut obligé de compter avec eux 
et de ne pas feindre d'ignorer leur présence. Ils ne se laissaient 
d'ailleurs point oublier. Pour ne citer qu'un exemple, lorsque la 
compagnie de Ouest-Indes qui occupait Pile de Gayenne fut forcée 
de quitter cette ile et de traiter avec les Français, les directeurs de 
cette compagnie durent introduire dans les conditions du traité, 
qu'ils soumirent au commandant français, un article tout spécial 
concernant les Juifs : c'est un fait qui mérite d'être signalé pour 
l'époque. « La nation judaïque, y était-il dit, demande aussi/ le 
» libre exercice de religion comme dans chapitre précédent- », 
c'est-à-dire, exercice libre et public de leur culte, comme pour les 
religionnaires dont il était question au chapitre cité. 

M. de Tracy, à qui furent soumises, le 15 mai 16G4, toutes les 
demandes des directeurs de la compagnie Ouest-Indes, mit en 
regard de ce passage : « Renvoyé à Monsieur de la Barre, seul 
1)0 a. Tracy. » Et nous trouvons ensuite dans le traité ou Pre- 



1 Ab. Cahen, Les Juifs de la Martinique au xvn« siècle, Revue des Etudes juives, 
t. II, p. 93. 

8 Archives du Ministère de la Marine. — Collection Moreau de Saint-Méry. — 
Code de Cayenne, t. I, p. 82. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mières conditions qui furent accordées par M. de la Barre à 
MM. les directeurs de la Compagnie de Ouest-Indes dans Vile 
de Cayenne le paragraphe suivant, qui est la réponse faite à la 
demande des Juifs dont nous venons de parler : 

« Pour ce qui cojxcerne les Juifs qui sont habitués de lîle 
» il leur sera donné toute protection et assistance pour jouir de 
» leurs biens et possession et pour le libre exercice de leur reli- 
» gion et un lieu de lîle qui leur sera assigné par le sieur de la 
» Barre et sous les conditions dont on conviendra après avoir 
» veu celles accordées par la compagnie Ouest-Indes aux dits 
» Juifs l . » 

Pour donner une idée de la situation des Juifs dans les pos- 
sessions hollandaises ou anglaises, nous empruntons aux notes 
manuscrites de Moreau Saint-Méry les renseignements suivants, 
qui nous font connaître les libertés dont jouissaient les Juifs aux 
colonies, notamment à la Jamaïque , pendant le dix-septième 
siècle : 

« Il y a beaucoup de Juifs à la Jamaïque. Ils y ont tous les 
» droits des autres blancs, excepté celui de voter avec les chré- 
» tiens, d'être membre de l'assemblée ni de remplir aucune 
» place de magistrature. Ils ont le libre exercice de leur reli- 
» gion-. » 

Ces premières libertés furent confirmées en même temps pour 
toutes les colonies françaises par l'ordre royal du 23 mai 1671, 
que nous avons déjà publié 3 . La protection de M. de Baas s'étendit 
également sur les Juifs de toutes les îles d'Amérique appartenant 
aux Français. Mais, à la mort de ce gouverneur, les restrictions, 
qui furent apportées aux libertés et franchises des Juifs de la 
Martinique, atteignirent également celles des Juifs des autres 
colonies françaises, et nous trouvons dans les Instructions que le 
Roy ordonne être mises aux mains de M, Patoulet, intendayit 
de la justice, police et finances des îles, la recommandation toute 
spéciale, où il est dit : 

« Sa Majesté estant informée qu'il y a quelques Juifs establis 
» aux dites îles, son intention est qu'il les laisse dans laposses- 
» sion paisible de leurs habitations sans souffrir qu'ils fassent 
~» aucun exercice public de leur religion*. » 



1 Archives du Minist. de la Marine — Collect. Moreau Saint-Méry. — Code de 
Cayenne, t. I, p. 82. 

2 Ibid., P. H., t. VII, p. 299. 

3 Revue des Études juives, t. II, p. 99. 

4 Arch. du Minist. de la Marine. — Instructions aux administrateurs, t. I, 1665- 
1701, ad annum 1679. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIÈCLE 129 

Le même paragraphe se retrouve textuellement dans les Ins- 
tructions envoyées à M. Bégon au mois de mai 1G82 l . 

Malgré ces restrictions, les Juifs se croyaient assez fortement 
établis aux colonies, et, loin de prévoir une persécution, ils 
pensaient être en droit de refuser d'assister à une revue, parce 
qu'elle avait lieu un samedi. L'intendant en signala le fait dans 
un de ses rapports 2 , et M. de Blénac dut sans doute tirer de 
ce fait un argument très fort en faveur de l'expulsion des Juifs, 
qu'il demandait alors avec beaucoup d'insistance, pour plaire aux 
associations religieuses et particulièrement aux jésuites 3 . A ce 
moment encore on profita de l'abjuration d'un Juif (19 avril 1683) 
pour donner à la cérémonie du baptême un éclat extraordinaire : 
l'événement avait une si grande importance aux yeux des admi- 
nistrateurs qu'ils le signalèrent immédiatement au roi 4 (20 avril 
1683), en faisant remarquer que c'était le premier exemple de con- 
version donné aux îles et qu'il fallait en attribuer tout le mérite 
au zèle des religieux. Les circonstances étaient bien favorables 
pour montrer, d'un côté, les difficultés que créaient les prétentions 
des Juifs, et, d'un autre côté, l'activité des religieux et les services 
qu'ils rendaient au catholicisme dans les colonies. Tout concourait 
au but que poursuivait M. de Blénac, en flattant les sentiments 
religieux du roi et de son entourage ; et nous avons vu qu'avec la 
mort de Colbert avait disparu le seul obstacle qui s'élevait contre 
la proscription des Juifs des colonies d'Amérique. 

L'ordonnance royale du 28 septembre 1683 et le paragraphe pre- 
mier du Code noir furent édictés; et, pendant de longues années, 
l'exécution de ces ordres fut l'objet d'une grande sollicitude de la 
part de la Cour. A chaque changement de gouverneur et d'inten- 
dant, les instructions du roi renouvelèrent la recommandation de 
tenir la main à l'accomplissement de la volonté royale et d'empê- 
cher tout retour des Juifs dans les colonies françaises. Aux 
exemples que nous avons déjà cités pour la fin du xvn° siècle, 
nous pourrions en ajouter un certain nombre d'autres pour le 
commencement du xvm e siècle. Nous nous bornerons à rapporter 
le paragraphe inséré dans les Instructions royales adressées le 
40 juin 41 05 au sieur de Vaucresson, intendant des îles, para- 
graphe qui se retrouve textuellement dans toutes les instruc- 
tions suivantes : 

« Sa Majesté ayant donné des ordres pour faire sortir les 

1 Arch. du Minist. de la Mar. •— Inst. aux admin., 1. 1, 1665-1701 ad annum 1682. 
» Ibid. — Collect. Moreau Saint-Méry. P. H., t. I, p. 550. 

3 "V. Revue des Études juives, t. II, p. 100-109. 

4 Arch. du Minist. de la Mar. — Collect. Moreau Saint-Méry. P. H., t. I, p. 625. 

T. IV. 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» Juifs qui étoient estaUis aux îles, Elle veut qu'il empesche 
» qu'il n'y en soit receu aucuns nouveaux à V avenir et qu'il 
» tienne la main à V exécution ponctuelle de l'ordonnance du 
» 26 septembre 1685 l . » 

Malgré ces recommandations particulières, les intendants firent 
souvent observer dans leurs rapports que les Juifs, qui avaient 
quitté les colonies françaises, avaient été accueillis avec empres- 
sement dans les colonies voisines, qu'ils y avaient transporté leur 
fortune, leurs industries, leur activité commerciale, et qu'ils y 
jouissaient d'une très grande liberté. Ils montraient aussi parfois 
quelle utilité on pourrait retirer du retour des Juifs dans les îles 
françaises, et envoyaient au ministre d'assez fréquentes demandes 
de ce genre que leur adressaient des groupes de Juifs des colonies 
voisines. Nous ne signalerons que la requête que transmit M. Dor- 
villiers en 1725, requête par laquelle les Juifs de Surinam sollici- 
taient l'autorisation de s'établir à Cayenne. M. de Phélipeaux, 
secrétaire d'Etat, répondit à cette communication par la lettre sui- 
vante : 

« J'ai rendu compte au Roy de la demande qui vous a été faite 
de la part des Juifs de Surinam de leur permettre de s'établir à 
Cayenne, Sa Majesté n'a pas jugé qu'il convienne de leur accorder. 
Ainsi s'ils vous en font parler encore, vous leur ferés sçavoir que 
vous avez ordre de ne pas les recevoir 2 . » 

Il esta supposer que M. Dorvilliers, assez osé pour transmettre 
une pareille demande, alors que les instructions royales étaient 
nettes et explicites à ce sujet, avait sans doute fait valoir les 
raisons qui militaient en faveur de cette requête. Il n'avait pas 
dû oublier de faire remarquer que cette demande des Juifs n'a- 
vait pas pour motif leur situation malheureuse à Surinam, où 
ils étaient, au contraire, traités avec douceur, avec bienveillance 
même : ils y étaient en quelque sorte entièrement émancipés. Une 
note manuscrite qui appartient à cette époque, note qui est peut- 
être de M. Dorvilliers lui-même, donne sur eux les détails sui- 
vants : 

« Les Juifs de Surinam professent leur religion, possèdent 
» des terres, des esclaves et des maisons. Ils ont voix aux 
» assemblées, même pour élire les membres du conseil, comme 



1 Arch. du Minist. de la Mar. — Instruct. aux administrateurs, t. II, 1702-1719, 
ad annum 1705. 

* Idem. — Collection Moreau de Saint-Méry. — - Colonies en général. T. XV, 
art. Juif. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIÈCLE 131 

» les autres citoyens. De plus, des magistrats juifs : leur nomi- 
» nation est faite pour décider leurs affaires et leurs querelles, 
» pourvu qu'elles n'intéressent ni V ordre public ni un citoyen 
» d'une autre religion % . » 

Nous savons, d'autre part, par les événements historiques qui 
concernent Surinam, que les Juifs de cette colonie étaient recon- 
naissants de l'émancipation qui leur avait été accordée et qu'ils 
donnaient au pays de grandes preuves de leur patriotisme. Nous 
en citerons comme exemple le fait suivant : 

Lorsque, en 1*712, l'amiral français Cassard attaqua Surinam, une 
défense énergique lui fut opposée. Les Juifs surtout, qui étaient en 
très grand nombre, se signalèrent par leur courage et par leur 
attitude martiale : ils étaient commandés par un des leurs, nommé 
Isaac Pinto. La lutte fut héroïque de la part de ces derniers et 
l'amiral Cassard ne passa pas ce détail sous silence. Paramaribo 
n'en fut pas moins bombardé et la contribution de guerre n'en fut 
point allégée. 



II 



Malgré la volonté royale nettement exprimée clans les Instruc- 
tions aux administrateurs des colonies, un certain nombre de 
Juifs continua à séjourner dans les îles françaises d'Amérique, soit 
par tolérance, soit par faveur spéciale. La tolérance venait de la 
part de l'administration locale qui fermait les yeux sur les infrac- 
tions, tant qu'elles ne lui étaient pas formellement signalées ; et 
même, quand elles lui étaient dénoncées, l'autorité agissait avec 
une sage lenteur, de manière à laisser tomber dans l'oubli les 
plaintes qui lui étaient adressées. Mais il arrivait aussi que ceux 
qui faisaient ces dénonciations avaient un intérêt particulier, dont 
ils poursuivaient la satisfaction avec ténacité : ils s'adressaient 
alors à l'autorité suprême de la métropole et suscitaient des re- 
montrances au gouverneur général et à l'intendant. 

Beaucoup de Juifs de France obtenaient aussi des autorisations 
de séjour aux colonies : l'embarquement se faisait à Bordeaux, et 
les permissions devaient passer sous les yeux de l'intendant de la 
province, quand il ne les délivrait pas lui-même. D'autres autori- 
sations étaient délivrées à des Juifs habitant depuis longtemps les 

1 Archives du Minist. de la Marine. — Collection Moreau de Saint-Méry. P. H., 
t. II, p. 680. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

colonies, sous forme de lettres de natur alité, et sur la demande 
formelle des autorités locales. 

Lorsque les lettres patentes de juin 1*723 parurent, lettres qui 
confirmaient les Juifs de Guyenne et d'Auch dans tous les privi- 
lèges que leur avaient accordés celles du roi Henri II (août 1550), 
ils pensèrent que ces lettres abrogeaient pour eux toutes les res- 
trictions apportées par l'article premier du Gode noir. D'après cette 
interprétation, l'édit d'expulsion (1683) et cet article premier (1685) 
ne pouvaient plus s'appliquer qu'aux Juifs étrangers et nullement 
aux Juifs régnicoles. Nous verrons, par la suite, que ce fut aussi 
l'opinion des différentes Cours établies aux colonies, qui, dans les 
questions d'héritage, reconnurent toujours aux Juifs régnicoles le 
droit de disposer de leurs biens, et déclarèrent que l'article premier 
du Code noir ne leur était pas applicable. 

Aux différentes causes qui poussaient les Juifs à rester dans les 
colonies ou même à s'y rendre, nous devons en ajouter une der- 
nière : c'est l'influence très grande qu'exerça une famille juive 
de Bordeaux dans toutes les affaires coloniales, depuis le com- 
mencement jusqu'à la fin du xvm e siècle. Nous voulons parler 
de la famille Gradis, qui fut assez puissante pour intervenir fré- 
quemment en faveur de ses coreligionnaires des colonies. Si elle 
n'eut pas le pouvoir d'amener le gouvernement de la Métropole à 
abroger la loi de proscription de 1685, son influence ne s'en fit 
pas moins sentir dans toutes les îles françaises de l'Amérique, où 
les autorités locales comprenaient fort bien qu'elles avaient à 
compter avec cette maison, toute-puissante sur le commerce colo- 
nial, et qu'elles avaient le plus grand intérêt à ne pas se l'aliéner. 

David Gradis, fils de Diego, fut le fondateur de cette maison 
importante, qui depuis bientôt deux siècles occupe un rang aussi 
honorable dans le commerce de Bordeaux que dans celui des co- 
lonies. Nous allons faire connaître rapidement les relations de 
cette famille avec les possessions maritimes de la France d'après 
une notice que M. Gradis, chef actuel de la maison de Bordeaux, 
a bien voulu nous communiquer et dont il nous a autorisé à 
extraire les détails qui touchent à notre sujet. 

C'est en 1717 que David Gradis commença, pour la première fois, 
à faire des armements, et qu'il ouvrit avec les colonies d'Amérique 
des relations commerciales dont il augmenta plus tard considéra- 
blement l'importance. A partir de 1722, il s'adonna entièrement 
aux affaires maritimes et établit des comptoirs à Saint-Pierre- 
Martinique et sur différents points de la côte de Saint-Domingue, 
le Cap, Saint-Louis, le Fond-de-1'Ile à Vaches et surtout à Léogane, 
où se trouvait déjà un de ses parents et amis, Lopez de Paz, mé- 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIÈCLE 133 

decin du roi. Presque toujours il envoyait, comme ses représen- 
tants, des coreligionnaires et, très souvent même, des membres de 
sa famille. C'est ainsi qu'il fit partir pour le Fond-de-1'Ile à Vaches 
deux de ses neveux, Mendès et Mirande, et pour la Martinique 
deux autres neveux, Gradis et Mendès. Pour donner une idée de 
l'importance de ses affaires, il nous suffira de dire qu'à partir de 
1725 David Gradis expédia jusqu'à six navires par an à ses neveux 
Mendès et Mirande. Ces navires, complètement frétés par lui, 
étaient le plus souvent sa propriété. En 1731 il dut même envoyer 
à la Martinique son propre fils Samuel, pour rétablir l'accord entre 
les deux associés de ce comptoir, dont les caractères s'harmoni- 
saient fort peu. 

Samuel Gradis, qui partit de Bordeaux le 21 août sur un des 
bateaux de son père, tomba malade peu de jours après son arrivée 
à la Martinique et, atteint d'une fièvre maligne, il y mourut le 
5 janvier 1732. A l'occasion du décès de ce jeune homme, si pré- 
maturément enlevé à l'avenir brillant qui s'ouvrait devant lui, 
nous devons ajouter un détail curieux et caractéristique : c'est 
qu'il fut enterré dans le jardin des Frères de la Charité, qui lais- 
sèrent faire les prières selon le rite juif dans l'enceinte de leur 
couvent. Mais ils refusèrent, malgré l'offre de mille livres, qu'on 
plaçât une pierre funéraire sur la tombe du malheureux Samuel 
Gradis. 

Il nous est bien permis de déduire de ce fait que les Juifs étaient 
assez nombreux à la Martinique pour former la réunion (minian) 
nécessaire à l'accomplissement des rites funéraires. Constatons 
encore qu'à ce moment l'intendant de la colonie ne dissimula pas 
à Gradis et à Mendès qu'ils étaient censés domiciliés en France et 
que, si l'un d'eux venait à décéder aux colonies, tous les biens 
du défunt seraient confisqués comme aubaine, au profit du Trésor. 
Mais nous allons voir que cette théorie ne fut pas admise comme 
règle de jurisprudence, ni par les autorités locales, ni par le Mi- 
nistre. C'était à l'occasion de la mort d'un autre Gradis. 

Abraham Gradis, chef de la maison Gradis et Mendès frères 
de la Martinique, mourut en cette île au mois de mars 1738, 
léguant tout ce qu'il possédait à deux de ses sœurs non mariées : 
il excluait par là ses deux autres sœurs mariées, dont l'une s'était 
convertie au christianisme et était devenue la femme d'un procu- 
reur au Parlement de Bordeaux. Cette dernière, à la nouvelle de 
la mort de son frère et du testament qui la déshéritait, porta 
plainte au Ministre et lui remit un mémoire qu'il s'empressa d'en- 
voyer aux administrateurs de la Martinique avec la lettre sui- 
vante : 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

Lettre du Ministre ! à M rs de Champigny et Lacroix, 
du 9 février 4739' 2 . 

Je vous envoyé un mémoire qui a été présenté par Suzanne Gra- 
dis, femme du sieur Goustault, procureur au Parlement de Bordeaux, 
concernant la succession d'Abraham Gradis, son frère, mort à la 
Martinique au mois de mars de Tannée dernière. Il paroît par ce 
mémoire qu'il y a un procès à la Martinique à l'occasion d'un testa- 
ment par lequel Abraham Gradis a institué ses héritières Rebecca et 
Judith ses sœurs qui sont, comme il était lui-même, de la religion 
juive, à l'exclusion de Suzanne Gradis qui a eu le bonheur d'em- 
brasser la religion catholique ; que Rébecca et Judith réclament la 
succession de leur frère en vertu de ce testament qui est attaqué 
par Suzanne Gradis, et que la succession en question est entre les 
mains des sieurs David et Aaron Mendès, exécuteurs testamentaires 
du deffunt, ses associés et de la même religion que lui. 

Les représentations que Suzanne Gradis a faites par ce même mé- 
moire ont paru mériter attention, non seulement par raport à l'af- 
faire particulière qui en fait l'objet, mais encore par raport à la 
question en général, et Sa Majesté à qui j'en ay rendu compte m'a 
ordonné de vous dire qu'Elle veut être informée de l'état de l'ins- 
tance pendante devant les juges de la Martinique. 

Il est à croire que M. de Lacroix n'aura pas manqué d'y faire in- 
tervenir le Domaine de Sa Majesté qui peut avoir des droits sur la 
succession dont il s'agit, et j'attends même qu'il m'informera de ce 
qui sera passé. En tout cas, s'il n'y avoit pas satisfait avant la ré- 
ception de cette dépêche, vous aurès agréable de m'envoyer un détail 
qui puisse me mettre en état de connoître «toutes les circonstances 
de cette affaire ainsy que la succession d'Abraham Gradis. Vous 
ferès surseoir en même tems au jugement jusqu'à ce que sur le 
compte que vous m'en aurès rendu, je vous aye envoyé de nou- 
veaux ordres de S. M. et vous prendrès cependant les mesures 
nécessaires pour mettre en sûreté tous les effets apartenant à cette 
succession. 

S. M. veut aussy être informée s'il est vraye que les S |S Mendès 
soient Juifs comme on l'expose dans le mémoire que je vous envoyé, 
que vous m'envoyès une liste de ceux qui peuvent se trouver dans 
les Isles, que supposé qu'il y en ayt, vous expliquiès depuis quel 
tems ils y sont, les establissements qu'ils y ont, et le commerce 
qu'ils y font. 

J'attendray sur le tout une réponse prompte de votre part afin 
que S. M. puisse donner les ordres qu'Elle jugera à propos. 

1 M. Phélipeaux, comte de Maurepas. 

2 Arch. du Minist. de la Mar. — Collect. Moreau Saint-Méry. — Code de la Mar- 
tinique, t. X, p. 701. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVI11 SIECLE i:;:i 
Voici la réponse de MM. de Ghampigny et de La Croix ' : 

ILES DU VENT. La Martinique, le 12 aoust 1739. 

Monseigneur, 

Abraham Gradis et David Mendès Juifs sont venus avec votre 
agrément dans cette Isle au mois de novembre 1729 2 pour y régir 
les affaires de Gradis leur oncle, autre Juif établi à Bourdeaux, qui 
faisoit de gros armements pour les Isles. Ils n'avoient alors aucun 
bien. L'oncle les defrayoit entièrement et ne leur donnoit aucuns 
appointements. Lasses de ne rien gagner, ils firent leurs représen- 
tations à leur oncle qui leur accorda quatre pour 0/0 de commission 
sur les ventes et se chargea de tous les frais. Ils ont depuis retourné 
à la charge, leur oncle a étendu les quatre pour 0/0 sur les achats, 
mais aux conditions de supporter tous les frais de sa maison de 
commerce en ces Isles. Enfin le s r David Mendès ayant fait venir icy 
Aaron Mendès, frère du dernier, Ils l'ont fait entrer dans leur so- 
ciété sans qu'il fut tenu d'y mettre aucun fond : les deux associés se 
contentoient de son industrie. 

Ces détails feront connaître, Monseigneur, qu'ils doivent toute 
leur fortune à la commission dont leur oncle Gradis de Bourdeaux 
les a chargés et à leur industrie. Abraham Gradis s'est cru dans ces 
circonstances en droit de disposer de ses acquêts en faveur de deux 
sœurs Rebecca et Judith Gradis qui ne sont point établies pour leur 
faciliter les moyens d'y parvenir. Il s'est pareillement cru en droit 
de deshériter Suzanne Gradis, femme du s r Goustaud qui vous a 
porté sa plainte et qui a embrassé la religion catholique, et une 
autre sœur également établie, qui est restée juive. Elle se nomme 
Sara et elle a épousé le nommé Acosca, juif : fondé à ce que nous ont 
assuré les Mendès sur ce que ces deux dernières étant établies, elles 
n'avoient pas besoin des mêmes secours que celles qui ne l'étoient 
point. Si, comme il y a apparence, ce motif est vrai, la religion ca- 
tholique que Suzanne Gradis a embrassée n'a point opéré son exhc- 
rédation. 

Il nous reste à examiner si Abraham Gradis a été en droit de 
tester et si sa succession est ou non sous le cas d'être confisquée par 
droit d'Aubaine. 

Les Juifs de nation portugaise établis à Bourdeaux ont payé au 
Roy en 1723 une somme de 100 mil livres et les deux sols pour 

1 Arch. du Minist. de la Mar. — Correspondance générale. — Colonie?. — Ad an- 
num 1739. 

2 D'après la Notice manuscrite de la famille Gradis, Abraham fils d'Anthoine et 
neveu de David Gradis partit de Bordeaux pour la Martinique le 25 juillet 1726, 
sur le Patriarche Abraham, appartenant à la maison David Gradis; et ie 17 mai 
suivant (1727), David Mendès y fut envoyé et associé à Abraham par David Gradis, 
dont il était également le neveu. 



136 . REVUE DES ETUDES JUIVES 

livre en sus pour le joyeux avènement de Sa majesté à la Couronne 
et en considération de ce paiement ils ont obtenu au mois de juin 
de la même année des Lettres-Patentes par lesquelles (vien- 
nent quelques extraits) 

Suivant l'esprit de ces Lettres-Patentes, Abraham Gradis étoit 
très en droit de tester et de disposer de ses biens et sa succession 
ne seroit point en France dans le cas d'être confisquée par droit 
d'Aubaine. 

Mais il n'en est pas de même des Isles et colonies françoises. Par 
l'article premier du Gode noir, Sa Majesté enjoint à tous ses officiers 
de chasser hors de ces Isles tous les Juifs qui ont établi leur rési- 
dence comme aux ennemis du nom chrétien et commande d'en sortir 
à peine de confiscation de corps et de biens. Cette loy est très 
rigoureuse. Mais il nous paroist qu'elle ne peut ni ne doit s'appli- 
quer qu'aux Juifs qui viennent icy de leur chef et sans permission. 
Tous ceux qui en obtiennent ne peuvent plus être confondus avec 
ceux que S. M. déclare ennemis du nom chrétien. Elle ne leur ac- 
corderoit point de permission particulière si Elle n'étoit point as- 
surée de leurs sentiments personnels par les comptes qu'Elle s'en est 
fait rendre. Les s rs Gradis et Mendès sont dans ce dernier cas. Us 
sont venus icy, Monseigneur, autorisés de votre agrément, vous 
avès même particulièrement recommandé leurs intérêts à M vS le Mar- 
quis de Champigny et d'Orgeville par votre dépêche du 2 septem- 
bre 4 736. Nous leur devons de plus la justice de vous rendre témoi- 
gnage de leur droiture et de leur probité dans leur commerce et de 
leur exactitude dans le paiement des sommes qu'ils doivent. 

Ces différentes raisons nous persuadent, Monseigneur, qu'il y a une 
distinction à faire entre les différents avantages qu'ils peuvent pré- 
tendre dans ces Isles en conséquence des Lettres-Patentes du mois 
de juin 4 723. Elles ne dérogent point nommément au Code noir du 
mois de mars 4 685. Abraham Gradis n'a pas pu tester et n'a point 
deu le faire sans en avoir obtenu une permission expresse de Sa 
Majesté; ainsi nous estimons que son testament doit être déclaré 
nul. 

Les Mendez et luy étant venus icy à la faveur de la permission 
que vous leur avès accordée, nous pensons que leurs biens ne sont 
pas dans le cas d'être confisquez au proffit du Roy par droit d'Au- 
baine. Et conséquement que la succession d'Abraham Gradis doit 
revenir à ses héritiers. 

Ces différentes réflexions ont déterminé M. de La Croix à sus- 
pendre un jugement définitif sur l'instance que le Directeur Général 
du Domaine a porté devant lui. A la réception de votre dépêche du 
9 février dernier, M. de La Croix s'est fait présenter par ce Direc- 
teur une requeste tendante à la confiscation de la succession d'A- 
braham Gradis. Il a ordonné sur cette requeste aux s rs Mendez de 
représenter l'inventaire du deffunt et les autres actes dont nous 
vous envoyons coppie. Ils y ont satisfait et il n'a pas cru devoir 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIECLE 137 

pousser cette procédure plus loin jusqu'à ce que vous réussies ho- 
noré de vos ordres. 

Si vous accordés la succession aux héritiers il leur sera sigaiffiée 
la requeste du Directeur du Domaine avec assignation pour compa- 
roitre devant lui et en conséquence des permissions particulières 
obtenues de S. M. par les s rs Abraham Gradis, David et Aaron Men- 
dez pour venir commercer dans les Isles, il déboutera le Directeur 
du Domaine des fins de conclusion de sa requeste, mais attendu 
que par les dernières permissions Sa Majesté ne leur a pas ac- 
cordé le pouvoir de tester dans ces Isles et que les Lettres-Pa- 
tentes du mois de juin 1723 obtenues par les Juifs de nation portu- 
gaise établis dans la généralité de Bourdeaux ne dérogent point 
nomément à l'Edit du mois de mars 1685, il cassera et annullera le 
testament d'Abraham Gradis comme étant contraire aux dispositions 
de l'article premier dudit Edit et il renvoyera les héritiers à par- 
tager la succession suivant les loix et coutumes. 

Si au contraire vous jugés à propos d'accorder la succession à une 
ou à plusieurs des sœurs du deffunt par préférence aux autres, 11 
adjugera la confiscation de la succession au domaine de S. M., 
comme lui étant acquise par droit d'Aubaine et en conséquence de 
l'article premier de l'Edit du mois de mars 1685 et au moyen de 
cette confiscation vous serès, Monseigneur, en état de procurer ce 
don à celles des sœurs du deffunt que vous voudrès en gratifier. 

Si vous adjugés cette succession aux sœurs du deffunt, il sera 
nécessaire qu'elles envoyent icy une procuration bien et duement 
légalisée appuyée des titres sur lesquels elles fonderont leurs droits 
d'hérédité. 

Quant au montant de cette succession qui auroit été plus forte 
qu'elle n'est sans les pertes que l'incendie a causées à la société de 
Gradis avec les Mendez, nous ne pouvons vous rendre d'autre compte 
de son état présent que celui qui résulte du compte cy-joint qui 
nous a été fourni par les s rs Mendez. Il paroist par ce compte qu'il y a 
eu, comme nous l'avons exposé, une première société entre les sieurs 
Abraham Gradis et David Mendez, depuis le 3 novembre 1729 jusqu'au 
1 er janvier 1736 et une autre entre eux et Aaron Mendez depuis le 
1 or janvier 1736 jusqu'au 1 er octobre 1738 et que déduction faite de 
la solde du compte particulier d'Abraham Gradis, il restoit de net 
pour sa succession 70,276 livres, 16,6. Cette somme ne pourroit 
valoir en argent de France qu'environ 52 à 53 mil livres suivant le 
cours actuel du change. Mais elle ne paroist pas exigible aux termes 
de la Société contractée entre les s rs Abraham Gradis et Mendez. 
Cette société devant durer jusqu'au 1 er janvier 1741 sans que dans 
le cas de mort d'un des associez les survivants ayent aucun compte 
à rendre aux héritiers du prédécédé qu'à la fin de cinq années de 
leur société, à peine les contrevenants de payer aux acquiesçants la 
somme de quinze mille livres par forme de dédomagement. Les 
s rs Mendez nous ont cependant témoigné qu'ils étoient prêts de 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

compter par devant des négociants que les partis prendroient pour 
arbitres et qu'ils le feroient d'autant plus volontiers qu'ils s'ac- 
querroient par là tout le fruit de leur industrie pendant le reste du 
tems pour lequel leur société devroit avoir lieu. Ce sera, Monsei- 
gneur, aux parties auxquelles vous adjugerès cette succession à dé- 
cider de la continuation ou de la cessation de la société, et à prendre 
les mesures qu'elles estimeront les plus convenables pour faire 
compter les s rs Mendès qui paroissent disposez à terminer le tout à 
l'amiable. 

Nous sommes avec un très profond respect, Monseigneur, vos très 
humbles et très obéissans serviteurs. 

La réponse du ministre fut conforme aux arguments avancés 
par les administrateurs, comme on peut le voir par la lettre 
suivante ! :. 

Lettre du Ministre à Messieurs de Champigny et de La Croix. 

Du 18 janvier 1740. 

J'ai examiné le détail dans lequel vous êtes entrez par votre lettre 
du 12 aoust dernier, au sujet de l'affaire concernant la succession 
d'Abraham Gradis, Juif, mort à la Martinique, au mois de mars 1738. 
Des deux partis que vous proposés pour le jugement de cette affaire, 
le premier est celuy qui paroist le plus en règle. 

En effet, Abraham Gradis ayant obtenu la permission d'aller s'é- 
tablir pour comercer aux Isles, il n'étoit pas dans le cas de l'article 
premier du Code noir, mais on ne peut donner à cette permission 
d'autres effets que celuy de mettre un Juif à l'abry de la prohibition 
et des peines portées par le Code noir et autres effets civils suivant 
les règles du droit commun qui s'observe à l'égard des Juifs. Ainsy, 
M. de La Croix peut juger la contestation portée devant luy par le 
Directeur des Domaines et sur le fondement de la permission ac- 
cordée à Abraham Gradis, renvoyer le directeur de la demande par 
luy formée, il restera à décider les contestations que les sœurs de 
ce Juif pourront avoir entr' elles pour sa succession et avec les s rs 
Mendes pour raison de la société qu'il avoit contractée avec eux ; mais 
M. de La Croix pourra les renvoyer devant les juges ordinaires. 

Au reste, on prétend que cette succession doit être beaucoup plus 
considérable qu'elle ne paroist par l'état que vous m'en avés remis, 
mais c'est ce qui pourra être discuté devant les juges ordinaires. Il 
convient cependant que M. de La Croix prenne toutes les mesures 
possibles pour empescher qu'elle ne soit dissipée. 

Par ma lettre du 9 février de l'année dernière, je vous avois de- 
mandé une liste des autres Juifs qui peuvent se trouver aux Isles 
avec un état de leurs établissements, je vous prie d'y satisfaire sans 
plus de retardement. 

1 Archives du Ministère de la Marine. — Gollect. Moreau Saint-Méry, — Code de 
la Martinique, t. X, ad annum. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIÈCLE 130 

A cette lettre, les administrateurs firent la réponse suivante ' : 

A la Martinique, le 24 juin 1740. 
Monseigneur, 

Nous avons reçu la lettre que vous nous avés fait l'honneur de 
nous écrire le 18 janvier dernier, en réponse à la notre du 12 aoust 
précédent, sur la succession d'Abraham G radis, Juif, mort à la Mar- 
tinique. 

Aussitôt que les héritiers de ce Juif ou leur fondé de procuration 
s'adressera à M. de La Croix, il prononcera son jugement pour dé- 
bouter le Directeur du Domaine de la demande qu'il a formée en 
confiscation de cette succession et s'il les voit trop animés les uns 
contre les autres sur la validité du testament, il les renvoyera de- 
vant les juges des lieux, il donnera cependant tous ses soins pour 
empêcher que la succession d'Abraham Gradis ne soit dissipée. 

Les s- s Mendez, cousins du deffunt, étoient, Monseigneur, les seuls 
Juifs que nous eussions icy ; ils ont embrassé la religion catholique 
au commencement de cette année, suivant le compte que nous avons 
eu l'honneur de vous en rendre et ils sont fort estimés des négo- 
cians de S 1 Pierre. La permission en vertu de laquelle ils sont venus 
commercer en cette Isle ne s'est point trouvée dans le peu de vos 
lettres dont M. d'Orgeville a laissé copie à M. de La Croix ; la copie 
que M. d'Orgeville leur avoit donnée de cette permission a été consu- 
•mée dans l'incendie ; mais le s r Roze pourra aisément retrouver l'o- 
riginal parmy les papiers de M. d'Orgeville dont il a été chargé. 

Nous sommes avec un très profond respect, Monseigneur, vos très 
humbles et très obéissans serviteurs. 

Champigny, De La Croix. 



III 



Outre la question de savoir si le droit d'aubaine était applicable 
ou non aux biens des Juifs décèdes aux colonies, la correspon- 
dance ministérielle nous montre encore que le roi désirait ap- 
prendre comment des Juifs, malgré les ordres formels, avaient 
pu s'établir aux colonies, et quel était le chiffre de cette popula- 
tion. Dans toutes nos recherches, il nous a été impossible de trou- 
ver une réponse catégorique à ces questions, à moins de regarder, 
comme pouvant en tenir lieu, le passage de la dernière lettre de 
MM. de Champigny et de la Croix, où il est dit que les frères 

1 Archives du Ministère de la Marine. — Corresp. générale. — Colonies. — Mar- 
tinique, ad anmim. 



140 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mendez étaient les seuls Juifs établis aux colonies. La situation 
des administrateurs était fort délicate. Ils ne pouvaient pas ré- 
pondre d'une manière formelle à ces questions, parce qu'ils ne se 
sentaient point à l'abri de tout reproche : ils n'avaient point fait 
exécuter strictement les ordres du roi et il ne leur était pas pos- 
sible de présenter leur ignorance comme une excuse valable. 

Cependant le zèle des religieux était toujours en éveil ; et sou- 
vent des colonies, quelquefois aussi de Bordeaux, partaient des 
dénonciations contre le séjour ou les actes de quelque Juif habi- 
tant les îles d'Amérique. La correspondance suivante échangée 
entre le ministre et les administrateurs des colonies nous en four- 
nit une preuve bien édifiante : 

Lettre dit Ministre à 3I TS de Champigny et de La Croix '. 

Du 16 avril 1741. 

Il m'est revenu qu'un Juif établi à S 1 Domingue a envoyé il y a 
quelque tems à Bordeaux deux filles mulâtres qu'il a eues d'une 
négresse libre catholique qu'on prétend être sa femme et qui n'avait 
consenti à ce qu'elles passassent en France qu'à condition qu'elles 
seroient élevées dans la religion catholique dans laquelle elles 
avoient déjà été instruites : mais qu'ayant été adressées à d'autres 
Juifs, ils ne leur avoient point permis de suivre l'intention de la 
mère et se disposoient à les élever dans le Judaïsme, si M. l'arche- 
vêque de Bordeaux, qui en fut informé, n'y avoit mis ordre. 

Comme il ne faut pas douter que tous les Juifs qui peuvent être 
aux Isles n'envoyent de même en France leurs enfants légitimes ou 
naturels pour les faire élever dans leur religion, il m'a paru néces- 
saire de vous recommander de faire veiller à leur conduite à cet 
égard, s'il y en a à la Martinique qui soyent dans ce cas. 

Je dois aussy vous prévenir que sur l'avis que M. Rostan m'a 
donné qu'il se présente journellement des Juifs à Bordeaux qui de- 
mandoient à s'embarquer pour les Isles, je luy ay prescrit de les 
refuser afin d'empescher qu'ils ne se multiplient trop dans les Isles 
où ils pourroient causer du désordre ; je vous observeray de même 
à ce sujet que quoique dans l'état que vous m'avez envoyé au mois 
de novembre 4739 des étrangers qui étoient alors aux Isles du Vent, 
il ne soit mention que de deux Juifs qui ont embrassé depuis la re- 
ligion catholique, il y a cependant lieu de croire sur ce que M. Ros- 
tan m'a mandé que le nombre pourroit en être augmenté depuis. 
Dans ce cas vous aurez agréable de m'envoyer une liste en m'expli- 
quant les établissements qu'ils y ont et le commerce qu'ils font, afin 
que je vous fasse sçavoir les intentions du Roy sur leur compte. 

1 Arch. du Minist. de la Mar. — Collect. Moreau St-Méry. — Colonies en général, 
t. XV, art. Juif. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII* SIÈCLE 141 
Lettre des administrateurs au Minisire sur les Juifs de S 1 Domingue * . 

A Léogane, le 4 juillet 1743. 
Monseigneur, 

Nous avions remis au compte que nous avons à vous rendre de 
l'état des missions et de la religion en ce pays à répondre à la lettre 
que vous nous avez fait l'honneur de nous écrire le 16 avril 4741, 
concernant les Juifs qui se trouvent à S* Domingue et par laquelle 
vous nous recommandez de veiller à ce qu'ils n'envoyent leurs en- 
fants naturels ou légitimes en France pour les faire élever dans leur 
religion. 

Comme votre dépêche, Monseigneur, nous ordonne aussi de vous 
faire informer du nombre des Juifs qui sont à S 1 Domingue et de 
vous envoyer une liste en vous expliquant en même tems les établis- 
sements qu'ils y ont et le commerce qu'ils y font, nous envoyâmes 
nos ordres en conséquence dans tous les quartiers pour pouvoir 
être en état de vous rendre le compte précis que vous désirez là 
dessus. 

Mais après les recherches assez exactes faites partout à cet égard, 
Monseigneur, il ne s'est trouvé en Juifs connus dans cette colonie 
que les s rs Mirande et Mendès, fameux négocians de Bordeaux qui 
depuis plus de 15 à 20 ans sont établis au Fonds de l'Isle à Vaches 
où ils font un commerce très considérable et très avantageux à ce 
quartier auquel ils ont fait et font journellement de grands crédits. 
Ce sont de très honnettes gens et contre lesquels il n'y a jamais eu 
la moindre plainte : ils ne sont point mariés. 

Dans la ville du Gap on ne connoit qu'un autre négociant de cette 
religion nommé Jacob Suarès, établi depuis de longues années dans 
cette ville, point marié et d'une très bonne réputation. 

Il y avoit bien ci-devant un autre négociant au Cap que les jésui- 
tes avoient soupçonné d'être Juif, nommé Pereyre ; mais il est mort 
depuis deux ans, et d'ailleurs il avoit purgé ce soupçon par la charge 
de marguillier de la paroisse. 

Par le compte que M. Bigoton nous a rendu là-dessus, il y en 
avoit bien eu ci-devant un établi à la ville de S' Marc ; mais il a 
quitté le pays pour retourner en Europe : on n'en connoît point d'au- 
tres à S 1 Domingue. 

Pour le nom, Monseigneur, du Juif établi à S* Louis dont votre 
dépêche nous parle et qui est accusé d'avoir envoyé deux filles 
mulâtresses qu'il a eues d'une négresse catholique qu'on prétend 
être sa femme, dans le dessein de les faire élever au Judaïsme, si 
M. l'archevêque de Bordeaux qui en fut informé n'y eut mis ordre, 
on a voulu dépeindre M. de Paz, et il a été découvert que c'est un 
trait de vengeance et de tracasserie du Père Rhédon, qui partit à 

1 Arch. du Minist, de la Mar. — Collection Moreau St-Méry. Colonies en général, 
t. XV, art. Juif. 



! 12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

peu près dans ce tems là de la ville de S 1 Louis pour Bordeaux. 

M. de Paz s'est effectivement amusé à faire quelques enfants maies 
et femèles à une négresse à lui pour laquelle il a des bontés ; il l'a 
affranchie depuis longtemps, mais il n'en a point fait sa femme. La 
tendresse qu'il a pour sa progéniture le porte effectivement à en- 
voyer ses enfants à ses parents à Bordeaux pour les y faire élever ; 
mais ils ne le sont seurement pas dans le Judaïsme, nous en avons 
la preuve dans les aînés qui reparaissent icy très chrétiens. M. de 
Paz est sans doute d'origine et de famille juive et son nom même 
est ancien et illustre dans cette nation ; mais i] n'est pas lai de cette 
religion et professe icy très ouvertement et de bonne foi celle du 
royaume non peut-être avec la pureté des mœurs et l'édification que 
tout catholique devroit étaler, mais c'est la crainte du cocuage qui 
en est la seule cause. Il n'a jamais pu se résoudre au sacrement du 
mariage comme au remède de la concupiscence. Nous n'avons rien 
à nous reprocher là-dessus. 

Nous sommes, etc. . . 

Larnage, Maillart. 

Si les administrateurs des colonies avaient mis plus de deux ans 
pour répondre au ministre, celui-ci leur écrivit immédiatement la 
lettre suivante : 

Lettre du Ministre à Messieurs de Larnage et Maillart \ 

Du 3 septembre 1743. 

Sur les éclaircissements que vous me donnés dans votre lettre du 
4 juillet dernier au sujet des Juifs établis à S 1 Domingue, il paroist 
qu'il n'y a aucun nouvel arrangement à prendre par rapport à eux. 
Dès qu'il n'y en reste en effet que trois, qu'ils ne forment que deux 
maisons, qu'ils ne sont point mariés et que leur conduite dans 
le commerce qu'ils font est aussi convenable que vous le dites, 
il n'y a aucun inconvénient à les tolérer dans la colonie et le Roy 
trouvera bon qu'ils y restent tant qu'ils continueront à s'y compor- 
ter comme ils ont fait jusqu'à présent. S. M. n'entend cependant 
point que cette nation puisse se multiplier à S 1 Domingue ; et s'il 
s'y prôsentoit d'autres Juifs que ceux qui y sont vous aurès soin de 
ne les y souffrir qu'autant que S. M. aura permis leur passage. Vous 
êtes déjà informez que sur ce que M. Rostan m'avoit marqué qu'il y 
en avoit journellement à Bordeaux qui demandoient à s'embarquer 
pour les Isles, ce commissaire a eu ordre de les en empêcher. 

A l'égard du s r de Paz, il y a toute apparence que c'est lui qu'on a 
voulu, comme vous l'observés, désigner par l'avis qui me fut donné 
au mois d'avril dernier. J'ai su en effet depuis que les deux jeunes 

1 Archiv. du Minist.de laMar. — Collect. Moreau St-Méry. — Colonies en géne'ral, 
t. XV, art. Juif. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIÈCLE 1 i3 

mulâtresses qui furent mises vers ce tems là dans un couvent de 
Bordeaux sont ses filles, et qu'il pourvoit exactement aux dépenses 
nécessaires à leur entretien et à leur éducation. Mais il y a dans la 
même ville une troisième mulâtresse plus âgée que les deux autres, 
laquelle se dit aussi la fille du s r de Paz. Depuis peu de tems elle 
m'a fait demander un ordre pour pouvoir s'embarquer pour S 1 Do- 
mingue, prétendant que les parents de son père s'y opposoient pour 
des raisons d'intérêt et même de religion. Mais je me suis contenté 
de prescrire à M. Rostan de n'emploïer l'autorité pour un embarque- 
ment qu'autant qu'elle sera en état de faire voir que son retour à 
S' Domingue doit se faire de l'aveu de son père. Je ne suis point 
encore informé de ce qui se sera passé à ce sujet ; mais en tout cas 
il convient que le s r de Paz prenne des arrangements pour que les 
enfants qu'il a en France puissent profiter de l'éducation qu'il a 
l'intention de leur donner sans que ceux à qui il les adresse puis- 
sent y mettre obstacle : et c'est de quoi je vous prie de le prévenir. 
Au reste les témoignages que vous me rendes de lui s'accordent avec 
ce qui m'en est revenu de tous les tems. 

Il résulte de cette correspondance que MM. de Larnage, gouver- 
neur général, et Maillart, intendant, affirmèrent que cette dénon- 
ciation était une vengeance qu'avait voulu exercer le Père Rhedon : 
contre qui? Peut-être contre M. de Paz ; mais, à coup sûr, contre 
ces administrateurs qui, pour ne point s'exposer à un blâme du roi, 
furent obligés de dissimuler la vérité et de déclarer qu'il n'y avait 
aux Iles que trois Juifs formant seulement deux maisons, lorsqu'il 
est certain qu'il s'en trouvait, au contraire, un bien plus grand 
nombre, que les autorités connaissaient parfaitement et qu'elles se 
gardaient bien de nommer. Il est certain également que plusieurs 
Juifs se convertirent vers ce temps pour se mettre à l'abri des 
persécutions populaires * soulevées contre eux, pensant éviter 
ainsi la ruine de leur industrie ou de leur commerce ; car ils igno- 
raient quelle serait la réponse qui serait faite au ministre par les 
administrateurs. Ce mouvement fut loin cependant d'être général, 
et pour quelques conversions auxquelles on donnait un apparat et 
un retentissement qui s'alliaient fort peu à des convictions sincères 
et profondes, la très grande majorité des Juifs resta fidèle à sa foi, 
malgré sa perplexité et ses craintes. Les Juifs y furent d'ailleurs 



1 Les mauvais plaisants môme y contribuèrent, témoin le fait suivant que nous 
avons trouvé dans des notes sur les colonies : « Une négresse fanatique interro- 
» geait depuis longtemps le Christ du Petit-Goave pour sçavoir qui l'avait crucifié. 
» Un plaisant se cacha un jour derrière le pied d'autel de maçonnerie et répondit : 
» C'est Mendez ! La négresse prit des pierres et fondit dans la maison de ce juif 
» qu'elle voulut lapider et qui fut obligé de fuir pour échapper à sa sainte fureur. » 
(Arch. du Minist. de la Marine. — Collect. M. S. — P. H., t. II, p, 502. 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

encouragés par l'exemple que leur donnèrent les deux sœurs Gra- 
dis qui, à l'honneur de cette famille, refusèrent d'épouser les frères 
Mendez, nouveaux convertis, bien que leur frère, Abraham Gradis, 
dont elles étaient héritières, eût exprimé un tel désir, alors que 
les frères Mendez, ses associés, appartenaient encore à la religion 
juive. 

C'est, sans doute, au dépit occasionné par ce refus et à l'influence 
que les deux frères Mendez pouvaient exercer sur l'esprit de quel- 
ques juges à la Martinique que les demoiselles Gradis durent de 
voir le procès, commencé en 1739, se prolonger pendant douze 
ans et ne prendre fin que le 16 juillet 1751. Encore fallut-il que 
Judith, l'une des sœurs légataires, payât de sa personne et se 
rendît à la Martinique. La famille de Rochechouart, qui était fort 
liée avec David Gradis et qui fit ce long voyage avec Judith, mit à 
la disposition de sa compagne de route sa grande influence et les 
relations puissantes qu'elle avait aux colonies. 

Disons un mot de ce procès. — De la correspondance que nous 
venons de publier il résulte qu'Abraham Gradis, mort à la Marti- 
nique, avait fait un testament par lequel il léguait toute sa fortune 
à deux de ses sœurs non mariées, à l'exclusion de ses deux autres 
sœurs mariées dont l'une était devenue catholique. Celle-ci de- 
manda l'annulation du testament et fit parvenir au ministre un 
mémoire à ce sujet. M. de Maurepas, qui transmit ce mémoire aux 
administrateurs, songea un moment à faire saisir la succession au 
profit du Trésor par droit d'aubaine. Mais, sur les observations 
judicieuses de MM. de Champigny et de la Croix, il abandonna cette 
prétention et laissa à la justice le soin de trancher la contes- 
tation soulevée. Les arguments de la sœur déshéritée consistaient 
en ces deux points : 1° la qualité de Juif devait empêcher son frère 
de disposer de ses biens aux colonies ; 2° sa qualité de Juive con- 
vertie était le seul motif de son exhérédation. Le juge rendit une 
sentence qui cassait le testament et ordonnait le partage égal 
entre toutes les sœurs. Appel de ce jugement fut interjeté par les 
deux parties : 1° par les deux sœurs légataires pour demander la 
validité du testament ; 2° par Suzanne Gradis contre la décision du 
juge qui n'avait pas adjugé à elle seule, catholique, l'héritage tout 
entier. L'affaire, portée devant la cour de Port-au-Prince, fut étu- 
diée à fond et rapportée par le conseiller Dessalles qui fit ressortir 
avec beaucoup de clarté et de vigueur la contradiction qui se trou- 
vait dans la sentence même *. Sur ses conclusions, un arrêt fut 



1 Nous donnerons en supplément ce rapport plein de vues élevées, de raisonne- 
ments judicieux et précis. V. Pièce supplémentaire. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIÈCLE 145 

rendu le 6 juillet 1*752, qui mit les appellations respectives avec 
ce dont est appel à néant, entendant ordonne V exécution du 
Testament dit feu sieur Abraham Gradis, les dépens pris sur la 
masse de la succession l . 

Le jugement et l'arrêt dont nous venons de parler ne sont pas 
les seuls d'ailleurs qui reconnaissent aux Juifs des colonies le droit 
de disposer de leur fortune, bien que cette jurisprudence fût con- 
traire aux prescriptions rigoureuses de l'article premier du Code 
noir. Toutes les Cours des colonies jugeaient dans le même sens et 
refusaient au directeur du domaine le droit de revendiquer comme 
aubaine les successions des Juifs. Cependant les simples juges, 
plus influencés par leur entourage, admettaient généralement les 
prétentions du directeur du domaine. L'arrêt du conseil de Léo- 
gane 2 , du 8 mars 1751, condamnait le receveur des aubaines à 
remettre à Emmanuel Cardoze, Juif de la Généralité de Bordeaux, 
les deniers, titres, papiers et renseignements de la succession de 
David Cardoze, son frère ; l'arrêt du conseil du Port-au-Prince 3 du 
4 juillet 1759 et l'arrêt du conseil du Cap 4 du 6 octobre 1759, à 
propos de la succession de Moïse Daguilard sont conçus dans le 
même esprit et basés sur les mêmes considérants. 

Ab. Cahen. 
(A suivre.) 

1 Arch. du Minist. de la Mar. — Collect. Moreau St-Méry. — Code de la Marti- 
nique, ad annum. 

2 Moreau de Saint-Méry, Lois et constitutions des colonies françaises d'Amérique 
sous le Vent, etc. Paris, 1787, t. IV, p. 66. 

3 Idem, t. IV, p. 260. 
* Idem, t. IV, p. 293.' 



T. IV. 30 



NOTES ET MELANGES 



JOSEPH LE ZÉLATEUR 



! 



Dans le second article de M. Zadoc Kahn sur Joseph le Zélateur \ 
on a yu avec quels artifices Joseph Officiai a mis sa signature 
dans la poésie qui termine le Vihkaah. Si on considère que, dans 
cette poésie, il y a des mots à double sens ("pnN, par exemple, 
fait à la fois ^psa et fra» — Joseph ; ba ^n fait aussi ^osç) ; 
si en outre on remarque que le nom de Joseph se trouve encore 
une seconde fois en acrostiche, au commencement des lignes 3 à 
6, on trouvera peut-être légitime l'hypothèse suivante. Dans le 
ms. de Hambourg de Joseph r^sp^ï-i, il y a quelques observations 
de R. Ascher, frère de Joseph b. Natan l'Official. Ces passages 
manquent dans le texte du ms. de Paris, et s'y trouvent ajoutés 
en marge, sans nom d'auteur. M. Zadoc Kahn dit avec raison - 
que « cette suppression du nom d 'Ascher dans le ms. de Paris a 
quelque chose de singulier. » Je crois avoir trouvé l'explication 
de l'énigme. Le poème final dont je viens de parler laisse entre- 
voir qu' Ascher a assisté son frère pour la rédaction du Vikkuah, 
mais que, par modestie, il ne voulut pas être nommé. C'est aussi 
pour cela qu'il n'est pas mentionné dans le ms. plus ancien de 
Paris, mais plus tard, la part qu'il eut à l'œuvre fut connue et son 
nom trouva place dans le ms. plus jeune de Hambourg. En effet, 
le second vers du petit poème dit : 

mmiann trb^iib ^Dn -nom ^w ttd w nraa 

ce qu'on peut traduire par : « [Dieu] qui m'a aidé, etc., nuia, » 



1 Tome III, page 1 

2 Tome I, page 3 



i-i. 






NOTES ET MÉLANGES \\1 

mais aussi, en lisant; ton, par : « C'est Ascher qui m'a aidé jus- 
qu'à ce point et m'a permis d'achever ces Réponses. » En outre, 
le poème commence et finit par ces mots br Dp nuiN ba ■paN 
hwtt, où il y a à la fois un hommage à Dieu, un souvenir au nom 
de l'auteur (*p:aN = Josef) et enfin, comme nous le supposons, 
cette pensée que le frère de l'auteur, Ascher, a renoncé à ses droits 
de paternité sur l'œuvre commune et les a sacrifiés à Joseph ntBK 
'Aï dp. Ainsi le poème mentionne Ascher et rend en même temps 
témoignage de sa modestie. 

D. Simonsen. 



Il 



1. — Je possède un Mahzor du rite romain, sur parchemin, ou 
le texte des prières est entouré d'un ancien commentaire anonyme, 
écrit par un Provençal ou du moins par un Français. Il cite, entre 
autres, R. Jacob Tarn, R. Eli a, Maïmonide, R. Ascher de Lunel, 
R. David Kimhi, et dit, f° 37 : yna bon raia nspn d-hein "un *pi 
hibn ûwia Tisonn ...nsniÉ. Au f° 8, il y a ce passage : n^^n 
n« 'S-rnnn in «izWittp Yhvpw tzppibnn Sun ^ai^SDNp V"^P^ 
♦tD'iVisiatt. Au f° 7 se trouve un passage qui a été aussi communi- 
qué par M. Zadoc Kahn, dans sa belle étude (III, p. 7), mais comme 
il est plus complet dans mon ms., je le donne ici in- extenso : 

!tji- &6ia ibbom n^n wnb TO* no n^a nno -pi^a "jpd ab idds 
«ira -mn -ÙM212 b'ûî no isi^ns ib^sa ^ nttia ftrtfi wtt n^ abi vna 
^b fma NT- nnmtt -D-unn n:n inw d"3>N ^ "pDUïi arsni mo\s m 
ron "pïïft npib nam imi ^t»în laïatt Tîn» Nïm is^tt n-nbb ifnsMO 
ûtn *pa 15 -\2 b\n tna nïn î-nû£53!n*û ^bi tnsna arma s"3>n •ps ^^ 
Tb? îvpttnn -p^b -n-^n b^i ttbwi bj> tes tas o^n ri* amp 
13 b^n'm nrhttnn ;d3> nnix inns b'waaïTi nnnn na' ïrpïitïn imnh 
îrnnî-n tnin ïtidnib he aba ni»» ab bapTn-n min naïatt "jet mskd n^ 
ntt&w Nbn T^ran "ndsb nENitt "ifrd nmtt "ndrib baa b&nii^b aba nnoa ab 
m^b in ibnb in msinb mois ■ndsb ib^sa ^d nasiNdi ttïwi îiVtm 
a^n barurn ^d nm» irwm imna ra:a npnb an™ ■possi bna im^tt 
rcm-> ù^3n -2nn ^d nsn^n 1» ntûipsa s-nui nnm -nrji ion miarb 

1 Capions, chaperons. 

2 Chemises. 

3 Garnie (garnement, manteau). 

4 Gonelle (casaque d'homme). 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

i2\x ■tt it&ïi dr b*nta-> "p ab-i rtKTibîTîi nnpb ïtiw ton hin^ nnpb 
na tnÉttiiD t=ïi ara ^ tz^rn ■ftïn'n ib m-ibiibi non itt? nircyb a*«n 
b&nii^ n^n bÉnw to* mvjn non "nwi i-nû'i* da wro bsa bant^ 
M:mDn in Éttrania *ia rtta ^b vûms-n , ib aimbi non i»^ d"5 mmb 
tidn rwi bd aba "mb banrai "ps tû'n&ïi] ab in ^ d^iwa d'nsnab 
*i)ai« srriïn ban is"i îf* ^m i-natt *rnï-roi ima *idn iti ">d ïdm ab m 

. la»» 3>nan abi vb* tpDin ab îmna 

2. — Les explications communiquées par M. Zadoc Kahn (III,, 
p. 27) sur les versets dvo m»n et np^b im-Od n« -ndiï-n n'ap- 
partiennent pas à un seul et même auteur. L'explication du pre- 
mier verset se trouve bien, comme M. Zadoc Kahn l'indique (p. 28, 
note 1) dans Daath Zékenim, mais ne peut pas être de Joseph 
Bechor Schor, puisque celui-ci, dans son commentaire (édit. Jel- 
linek, Leipzig, 1856) explique tout autrement ce verset. Joseph 
h. Nathan a donc fait ici une erreur de mémoire ou de copie. 

L'explication du second verset se trouve dans le commentaire 
de R. Samuel b. Méir, et est aussi mentionnée, mais sous le nom 
de R. Mosché, dans Paeneach Raza, mais R. Joseph Bechor 
Schor la repousse formellement en disant : nparvrap t|Dd:n ■£ tt"*n 
mann anm Nrwna y-<rç>v imiofcrt nwo îrn bdi&tfr i-rn îrriditt 
•Wfca. Le mot français 'N^-an, que M. Jellinek a rendu par be- 
veria, se trouve seulement chez Bechor Schor, mais non chez 
Samuel b. Méir, et est remplacé dans Paeneach Raza par un mot 
allemand : 2 tpp^b a"ba 'pTiptûi 

S. J. Halbeestam. 



1 De biberagium, beveragium, pourboire. 

2 Lehnkauf, acquisition féodale. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

1 er TRIMESTRE 1882. 



DÎTON tpTl '0 Dito libro esto ordinado en ladino para que todos coran 
en su meldado, e es por las nib^fa di Josef ha-çaddik ï]"y el affamado. . . 
(Livre de morale en l'honneur de Joseph, fils de Jacob, composé de deux 
parties : 1° une apologie de Joseph en judéo-espagnol ; 2° une partie hé- 
braïque contenant des homélies, extraits talmudiques et.midraschiques, 
disposés par ordre alphabétique, sur le même sujet), par Joseph Palaggi 
avec le concours de son frère Abraham Palaggi. Smyrne, imp. Hayyim 
Abraham, 1881, in-4° de 43 + 106 ff. 

Pfcfct *Wtt A treatise on the accentuation of the three so-called poetical 
Books of the old testament Psalms, Proverbs and Job, with an Appendix 
containing the treatise assigned to R. Jehuda ben Bil'am on the same 
subject in the original arabic, by William Wickes. Oxford, Clarendon 
Press, 1881, in-8° de x-119 p. 

Un de nos collaborateurs rendra probablement compte de cet intéressant 
ouvrage. 

^bns Tltobnb rTïl&ttn d'WVS Scholien zum babylonischen Talmud, von 
Abraham Krochmal. Lemberg, libr. Michael Wolf, 1881 ; in-8° de 320 p. 

L'ouvrage demanderait un examen détaillé que nous ne pouvons faire 
ici. Il nous a paru très intéressant, et nous avons vu -avec plaisir qu'il 
s'occupe principalement des problèmes historiques et archéologiques du 
Talmud. 

Bauwerker (G.)* Das rituelle Schachten der Israeliten im Lichte der Wis- 
senschaft. Kaiserslautern, libr. Gotthold, in-8° de 16 p. 

Lecture publique faite le 5 décembre 1881. L'auteur se prononce en fa- 
veur du maintien de la manière juive de tuer les bêtes, mais il voudrait 
qu'elle fût améliorée dans certains détails. 

Encyclopédie des sciences religieuses publiée sous la direction de F. Lich- 
tenberger. Paris, G. Fischbacher, éditeur, 1881. Tomes X et XI. 

Nous signalons, dans ces deux volumes, les articles suivants : Onias, 



i;>0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Onkelos, Isaac Orobio, Osée, Othoniel, Palestine, Paris (culte israélite, 
p. 221), peines chez les Hébreux, Pentateuque (Maurice Vernes), Pente- 
côte (Eug. Picard), Péripot Duran, Pharaon, Pharisiens (Edm. Stapfer), 
Phénicie (Phil. Berger) , Philon (Jean Réville), phylactères, poids et 
mesures chez les Hébreux, Pourim, prophétisme chez les Hébreux (Ch. 
Bruston), propriété chez les Hébreux, Proverbes (Ch. Bruston), Psaumes 
(Ch. Bruston), purifications chez les Hébreux, Rabbin, Rabbinisme, Ra- 
chel, Rahab, Raimond de Pennaforte, Raphaim, Raphidim, Rébecca, 
Réchabites, Adrien Reland, Respah, Livre des Rois, Ruben, Ruth 
(M. Vernes), Saba, Sabbat (Scherdlin), Sabbathaires, Sabbathien, année 
sabbatique, sacrifices (Scherdlin), Saducéens (Stapfer), Salomé, Salomon, 
Samarie, Samson, Samuel, Livre de Samuel (M. Vernes), Sanaballat, San- 
hédrin, Livre de la Sapience (M. Vernes), Sarepta, Saul, Schammaï 
(Stapfer), Scribes (Stapfer), Sédécias, Séir, Sennachérib, Sépulture chez 
les Hébreux, Sésac, Seth, Livres Sibyllins (M. Vernes), Sidon, Siinéon, 
Richard Simon, Sinaï (A. Chauvet), Spinoza (E. Rabier), Symmaque, la 
grande Synagogue (A. Warnitz), synagogue. 

Gellion-Danglar (Eug.). Les Sémites et le Sémitisme aux points de vue 
ethnographique, religieux et politique. Paris, libr. Maisonneuve, in-18 de 
xi-199 p. 

Ouvrage de polémique dirigé principalement contre la religion chré- 
tienne à titre de religion sémitique. 

Immanuel b. Salomo Romano. Comento sopra i Salmi, etc., publié par 
M. le chevalier P. Perreau; fascicules XXX et XXXI. 

Kapff (L.-H.). Hebrâisches Vocabularium in alfabetischer Ordnung, mit 
Zusammenstellung von Synonymen, gleich und àhnlich lautenden Wôr- 
tern und analogen Formen, nach dem Ms. von D r L. H. Kapff bearbei- 
tet u. herausgg. von D r L. Ableiter. Leipzig, libr. Hahn, 1881 ; in-8° de 
vi-178 p. 

La Rochelle (Ernest). Jacob Rodrigues Pereire, premier instituteur des 
sourds-muets en France, 'sa vie et ses travaux. Paris, imp. Paul Dupont, 
in-8° de 576 p. 

Les chapitres x, xui et xv contiennent des renseignements en partie 
inédits sur l'établissement de la communauté juive à Paris, les services 
rendus par Péreire à ses coreligionnaires, la création du premier cimetière 
israélite à Paris, en 1780. 

Reuss (Eduard). Die Geschichte der heiligen Schriften Alten Testaments ; 
zweite Hâlfte. Brunswick, libr. Schwetschke, 1881 ; in-8° allant de p. 
401 à p. 743. 

Ouverleàux (Emile). Notice sur une inscription hébraïque découverte à 
Béjar. Bruxelles, imp. Lhoest, in-8° de 19 p". Extrait de l'Athenœum 
beige du 15 février 1882. 

Cette inscription très curieuse, découverte en 1877, a été décrite par 
M. Nicolas Diaz y Perez dans l' Averiguador universal de Madrid, n° du 
15 novembre 1879, et dans une brochure de M. Augustin Blasco [Bpigrafia 
hebraica, piedra sépulcral ; Madrid, imp. Aribau, 1881) avec le concours 
de notre savant ami M. Fidel Fita. L'inscription est composée de quatre 
lignes disposées en carré. M. Ouverleàux a fort bien lu les deux lignes 
latérales et la ligne inférieure, qui forment ensemble la première partie 
du verset 14 du -psaume 45 : !"IfàijD *thl2 rQ !TTD!D bi>. La ligne supé- 
rieure seule, qui renferme le nom de la personne enterrée, offre de la 
difficulté. Autant qu'on en peut juger d'après la reproduction imparfaite qui 



BIBLIOGHAIMIIK 181 

a été donnée de ce monument, celte ligne doit so lire ainsi : fcO-TT 
fc05"WlN3. Le premier mot n'offre pas de difficulté, c'est le nom de dona 
(donia, dame). Dans le second mot, il n'y a de douteux que les deux "n, 
le premier pourrait être uu ^ ou un "\. Le ^ qui suit le S est archaïque, 
de la même forme que ceux dont nous parlons plus haut, dans l'article sur 
les Juifs de Barcelone (p. 65). La coexistence des jtf archaïques et des N 
modernes ne doit pas étonner, on la rencontre également dans les inscrip- 
tions publiées par M. Ascoli. M. Ouverleaux prend le second mot pour 
Paldoinia (en supposant que le signe que nous prenons pour ^ archaïque 
soit le signe bft, ou bien Padoinia, ce qui serait le nom Baldoina, féminin 
de Baldewin, Balduin (en fr. Baudouin). Si la troisième lettre du mot 
pouvait être b, nous ne serions pas éloigné de penser que nous avons ici 
le nom de Falvinia pour Flavinia (comme, par exemple Porvençal pour 
Provençal, IZevue, III, p. 236 ; ces inversions sont fréquentes). fc03"W 
pour vinia (avec un N entre la l rc et la 3 e lettre) s'expliquerait peut-être 
par cette circonstance que le groupe "^ semble avoir servi à représenter le 
son au (Ascoli, p. ll>). 

Palestine et Syrie, Manuel du voyageur, par K. Baedeker, avec 18 cartes, 
43 plans, un panorama de Jérusalem et 10 vues. Leipzig, libr. K. Bae- 
deker, in-8° de xiv-631 p. 

Quoique cet ouvrage soit apprécié plus loin dans un article du savant 
M. Duval, nous croyons devoir en parler ici à un point de vue différent. 

Ce guide ne ressemble à aucun autre, il est supérieur à tout ce que 
nous connaissons en ce genre. On n'en sera pas étonné quand on saura 
qu'il est principalement l'œuvre de M. Albert Socin, un des savants qui 
connaissent le mieux le pays. Ce qui en fait l'originalité et le mérite ex- 
ceptionnel, c'est que tout en fournissant au voyageur tous les renseigne- 
ments pratiques les plus détaillés et les plus précis, il lui donne, sur l'his- 
toire et la géographie anciennes du pays, l'archéologie, les monuments de 
l'art, les grands ouvrages du génie civil et militaire, des informations pui- 
sées aux meilleures sources et toujours dignes de confiance. L'auteur a 
accompli un immense travail de condensation en résumant, dans ces 600 
pages, très compactes, il est vrai, une littérature des plus vastes. Son ou- 
vrage ne sera pas seulement un guide sûr pour le pieux pèlerin qui va 
surtout en Palestine pour y chercher des souvenirs religieux et des émo- 
tions pieuses, il peut aussi servir de manuel et de répertoire excellent 
à l'archéologue et au savant. Il fait l'identification des lieux bibliques, 
indique l'âge des monuments, mentionne les hypothèses vraisemblables, 
signale les problèmes encore pendants, le tout sans aucun pédantisme et 
sans formules rébarbatives. Si l'on veut, par exemple, parcourir avec lui 
Jérusalem, on sera d'abord mis au courant de la question topographique 
la plus grave qui concerne cette ville, celle de l'identification de l'an- 
cien Sion et de l'emplacement de la ville de David. Puis le voyageur 
recevra des notions justes sur l'histoire de la ville, de ses monuments, 
de ses fortifications, sous Salomon et les rois, principalement sur les tra- 
vaux que fit exécuter le roi Ezéchias. La Jérusalem du temps de Né- 
hémie, avec toutes ses complications de noms bizarres, lui sera ensuite 
décrite. Enfin viendra la Jérusalem d'Hérode, le temple, le Haram actuel, 
la description des trois enceintes, le problème si controversé de l'empla- 
cement du Golgotha. En parcourant, du dehors, l'enceinte du temple d'Hé- 
rode, le voyageur apprendra en gros tout ce qu'on sait aujourd'hui sur 
les portes (l'auteur a probablement tort d'appeler les portes du sud « por- 
tes de la prophétessc Houlda ») de cette enceinte, sur l'âge des assises du 
mur gigantesque de l'enceinte, sur les parties de cette enceinte qui, soit 
au Sud soit au N.-O., peuvent être du temps de Salomon, sur ce fait cu- 
rieux qu'aux angles S.-E. et N.-O. les fondations enjambaient d'un côté 
la vallée de Tyropéon, de l'autre côté un dérivé de cette vallée, etc. En 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pénétrant dans l'intérieur du Haram et des maisons environnantes, on sera 
mis au courant, par exemple, des récits historiques et des légendes sur le 
roc sacré, et l'auteur n'a même pas oublié que dans la salle du Tribunal il 
y avait autrefois un beau sarcophage qu'on peut admirer maintenant au 
Louvre. Les environs de Jérusalem, les tombeaux nombreux et les grottes 
qui se trouvent au N. et à l'E. de la ville sont étudiés avec le même soin 
et la même science. La Jérusalem souterraine et les galeries et canaux 
qui la traversaient auraient peut-être demandé une description plus com- 
plète ou du moins plus ramassée. Il nous semble aussi que Jérusalem au- 
rait mérité d'avoir des cartes topographiques plus détaillées, l'ouvrage en 
était digne. 

Dans les autres parties du livre, nous avons lu particulièrement avec 
intérêt les chapitres consacrés à Hébron, aux eaux d'Etam, à Masada, 
Pétra, Arac-el-Emir, Jotapata, Bettir, aux synagogues de Kefr-Birim 
(p. 398). 

Il est clair qu'un travail si considérable ne peut pas être absolument 
parfait. Les renseignements sur l'état actuel des Juifs sont très maigres 
et quelquefois inexacts. La population de Jérusalem, au dire de tous ceux 
qui connaissent la ville, est bien supérieure à 24,000 âmes (l'auteur sait 
fort bien que les recensements officiels sont des plus incomplets) et la po- 
pulation juive de la ville n'est ni de 4,000 ni de 8,000 âmes (p. 169), mais 
au moins de 13,000 âmes. Les écoles primaires juives ne sont pas men- 
tionnées (p. 169). A Jaffa, à Beyrouth, l'auteur n'indique pas l'existence 
de communautés juives; à la liste des écoles de Beyrouth, il aurait pu 
ajouter deux écoles fondées par l'Alliance israélite (il mentionne celle de 
Damas) et une institution privée. Sur le plan des environs de Jaffa, les 
mots « Colonie agricole de l'Alliance israélite » doivent être remplacés 
par « Ecole agricole de l'Alliance israélite >. Nous ne savons ce que c'est 
que les ouarchi de la p. 94. 

Renan (Ernest). L'Ecclésiaste, étude sur l'âge et le caractère du livre. 
Dans Revue des Deux-Mondes, n° du 15 février. 

Cette étude, sur laquelle la Revue reviendra plus tard avec plus de 
détail, doit servir d'introduction à la traduction de l'Ecclésiaste que 
M. R. veut publier bientôt. Elle contient des pages très aimables sur 
« le charmant écrivain qui nous a laissé cette délicieuse fantaisie philo- 
sophique » homme du monde et de la bonne société, qui n'est à propre- 
ment parler ni blasé ni fatigué, mais qui sait en toutes choses garder la 
mesure, sans enthousiasme, sans indignation et sans exaltation d'aucune 
espèce. M. R. considère le titre de Cohélet comme une énigme qui n'est 
pas encore déchiffrée. Il pense que le livre est très moderne et rédigé vers 
l'an 125 avant l'ère chrétienne. La doctrine de l'auteur ne lui semble pas 
provenir du scepticisme grec, mais représenter un état spécial, et qui n'est 
pas sans antécédents, de la pensée juive. Cette étude si intéressante et 
pleine de charme se termine par une page qui nous paraît regrettable à 
bien des égards et que M. Renan ferait bien de supprimer dans l'édition de 
son livre. 

Rûlf (J.). Drei Tage in Jùdisck-Russland, ein Cultur- und Sittenbild. 
Francfort-s-M., libr. Kauffmann, in-8° de vn-131 p. 

Intéressante relation de voyage dans la Pologne russe. 

Stein (Ludwig). Berthold Auerbach und dass Judenthum. Berlin, libr. 
Driesner, in-8° de 40 p. 

M. Stein a eu raison de faire le portrait éloquent de Berthod Auerbach, 
qui vient de mourir (né 28 février 1812) et de vanter son attachement au 
judaïsme. La vie du grand écrivain allemand et ses œuvres mériteraient 
d'être spécialement étudiées au point de vue juif. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

Strack (II. -L.) [et M. Stcinschneider?]. Geschichtc dor Juden : a. bis zur 
Zerstôrung Jerusalcms ; b. von der Zcrst. Jerusal. bis zur Gegenwart. 

Rapport annuel sur les ouvrages historiques concernant le judaïsme, 
extrait du Jahresbericht der Geschichtswissenschaft, 2 e année, pour 1879; 
Berlin, Mittler, in-8°, allant de p. I, 43 à p. I, 67. 

Le Talmud de Jérusalem traduit pour la première fois par Moïse Schwab ; 
tome V, traités Pesahim, Yoma, Scheqalim. Paris, libr. Maisonneuve, 
gr. in-8° de iv-332 p. 

Lorsque M. Schwab a commencé celte œuvre importante, on pouvait 
clouter qu'il fût possible de la continuer, tant elle demande de labeur et 
d'application. M. Schwab a maintenant convaincu les plus iucrédules, 
puisqu'il en est au 5 e volume de sa traduction. Les autres volumes ne 
manqueront pas de suivre. A mesure que l'œuvre avance, on peut mieux 
apprécier son incontestable utilité et les services qu'elle rend à ceux qui ne 
peuvent pas lire le texte. Ce sera la première fois qu'en dehors du monde 
des talmudistes on pourra embrasser toutes les parties du Talmud. Il im- 
porte peu, par un tel travail, que la critique ne soit pas encore arrivée à 
tout comprendre ; les imperfections de détail inhérentes à une pareille tra- 
duction disparaissent dans l'ensemble de l'œuvre et dans cette vue géné- 
rale qu'elle donne du Talmud. 

Weill (Alexandre). L'Isaïe du faubourg Saint-Honoré. Paris, lib. Dentu ; 
in-18 de 236 p. 

Cet ouvrage est un recueil de poésies ou de satires contre l'état social, 
moral et politique de la France depuis 1870. Il n'est pas seulement juif 
par le titre, mais il est tout imbu de l'esprit hébraïque, M. Al. Weil est 
un prophète à sa manière, et quelquefois un prophète éloquent. 

Zuckermann (B.). Materialen zur Entwickelung der alljùdischen Zcitrc- 
chnung im Talmud; dans le Jahresbericht du séminaire rabbinique de 
Breslau. Breslau, imp. Schottlânder, in-8° de 68-xi p. 

M. le D r Zuck. a réuni et expliqué, avec son érudition ordinaire, les 
passages talmudiques relatifs à l'histoire du calendrier juif (le tribunal qui 
entendait les témoins de la néoménie, résidence de ce .tribunal, les témoins 
et témoignages, l'annonce de la néoménie au dehors, longueur des mois, 
de l'année, etc.). Ce recueil sera très utile pour étudier les origines encore 
très obscures de notre calendrier actuel. 



Revue des périodiques. 



Tlttbn ma Betli-Talmud (Wien, mensuel). 2 e année. = = N° 6. Weiss : 
Biographie de Raschi (suite). — Friedmann : Esprit de la Haggada 
(suite). — H. Oppenheim : Histoire de la Mischna. — Marco Mortara : 
Explication d'énigmes d'Abr. ibn Ezra par maître Profiat Duran. — 
L. Eisler : Sur divers passages du Commentaire d'Abr. ibn Ezra sur 
Isaïe et les douze prophètes. = = N° 7. Weiss (suite). — Friedmann 
(suite). — Eisler (suite). — J. Reifmann : Mots syriaques dans la Bible, 
le Talmud, le Midrasch ; sur le Targum des Psaumes. = = N° 8. Weiss 
(suite). — Friedmann : Mœurs des patriarches. — Oppenheim (suite du 
n° 6). — Jacob Brùll : Le sens du mot Nnfa^- — Friedmann : Note sur le 
calendrier. — Selig Cohen : Notes talmudiques. = == N° 9. Weiss 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(suite). — Friedmann, Patriarches (suite). — Oppenhcim (suite), — Feiss 
Rosenthal : Date de la composition du Targum Onkelos. = = N° 10. 
Weiss (suite). — Ffiedmsu (suite). — Oppenheim (suite). — Néh. 
Brùll : Origine et histoi 1 - pratique concernant la purification des 

mains. 

IItvUm Haschachar, Ile .Margenrœtlie (Wien, mensuel), 10 e année. =ss 
N° 8. Lilienblum >v Esrael et la Palestine. — La terre de gloire (Pa- 
lestine). — P" Mots syriaques dans la Bible. — Modlinger : 
Recensioii d du Léliali toi, de S. Buber. — David Kahana : 
Massoret ira. = = N° 9. La terre de gloire, Palestine (suite). 
— W. jiation d'un voyage sur l'Euphrate. — Salomon Buber : 
Répoi î critique de son édition du Lékah-tob. — Lettre sur la 
manière, ompter les mois chez les Hébreux. — Bibliographie (Meh- 
Tieré Kohecd, de David Kahana ; Debar JEsther, du même ; Samuel ha- 
Nagid, de A. Harkavy, etc.). = = N° 10. W. Schorr : Relation d'un 
voyage sur l'Euphrate (fin). — La terre de gloire. — Jos. Brùll : Midrasch 
Soferim (polémique). — Moïse Orenstcin : Histoire des peuples anciens 
(suite). 

Archives Israélites (Paris, hebdomadaire). 43 e année. = = N° 1. 
M. Schuhl : Superstitions et coutumes populaires du Judaïsme contem- 
porain. II. Gamzou letobah. = = N os 2, 3, 5. Ernest David : Histoire 
juive, les Texeira. 

Dcr Israielit (Mayence, hebdomadaire). 23 e année. = = N° 5. Nochmals 
ein Wort ùber die Lage des Gartens Eden. 

Suite des articles intéressants qui ont paru dans les n 03 42,. 43, 44 de 
l'année précédente eS que nous avions omis de signaler. 

Journal asiatique (Paris). 7 e série, tome XVIII, n° 2, octobre-décem- 
bre 1881. = = René Basset : Etudes sur l'histoire de l'Ethiopie, 
l re partie, Chronique éthiopienne. =■ = Barbier de Meynard : Le livre de 
Sibawaihi, traité de grammaire arabe, publié par Hartwig Derenbourg. 

Israclietische Letterbode (Amsterdam, trimestiel). = == 7 e année, 
1 er livr., p. 1 à 48. — M. Steinschneider : Purim und Parodie, bibliogra- 
phische Notiz (littérature du Purim). — Ad. Neubauer : Pseudo-Biogra- 
phie von Maimonides, ms. des Beth ham-Midrasch in London (texte 
hébreu). — M. Roest : Onuitgegeven Stukken betreffende de Bibliotheek 
en de nalatenschap van David Oppenheim. — Ad. Neubauer : Liturgien 
ans der Hds. Casanata, II. V. 7, in Rom. — H. J. Mathews : Notes on 
the Minor Prophets by ^"^T (Notes tirées de deux mss.). — Zur Bibel- 
forschung. — Die Gruppirungsgedanken einiger Pcntateuch-Partieen. 

Roest : Deux pièces, datées de 1755, dont l'une de Moïse Mendelssohn, 
sur la valeur de la célèbre bibliothèque Oppenheim. — Neubauer, Litur- 
gien : Poésies liturgiques de Menahem Méiri, de Simon b. Josef ou En 
Duran (Durant) de Lunel, et de Juda bar Galonymos. 

Das Jiiulische Literaturblatt (Magdebourg, hebdomadaire). 10 e année. c= 
= N° 48. Lewin : J. Salvador. — Lôwy : Was ist û^Nb^, Sam., I, 15, 
4 ? = = N° 49. Lewin (suite). — Weshalb sind im Talmud u. Midrasch 
die Ilasmon. — Siegesthaten nur schwasch erwahnt. = = N° 50. Lewin 
(suite). — Weshallb sind. . . (suite). s=r =b N°51. Lewin (fin). — Scheftel : 
Bemerkungen zur Mass.ora auf Onkelos. — — 11 e année. N° 1. Ein 



mnUOGR^PHlK 158 

Beitrag zur Geschichte (1er Franklsten. — M. Jaslrow : Bemerkungeu zu 
D r Gebhardts Beitrâgen &ur Erklfirung griecbischer Wôrlor in den Mî- 
draschim u. Talmudcn. = = N° 2. Ein Beitrag zur Gcscli dcr Fran- 
kisten. — Jastrow (suite). = = N° 3. Caro : David's Testament. — 
Jastrow (suite). = = N° 5. Ad. Jellinck : Galdos (sur un roman 'Qloria, 
de Don Benilo Pevez Galdos, Madrid, 18*78). == = N° 6. J. Minor : Ilis- 
lorisches zur Berlincr Judenfrage. = = N or (suite). 

Magazîn fikr die Wissenschafft des «fudeathums Mn, trimestriel). 

8 e année. = = N° 3. Hoffmann : Bemerkun D ' » MiscJina. 

— Lerner : Anlage des Bcrcschit-Rabba und , - Aus 

Bricfen von David Rosin (Sur la date du Hé fer ha-ht,, 
mentaire dé Samuel b. Méir sur Maccot, etc.). — Litera 
Reoensionen (Gùdeman ; Glosses et Glossaires d'A. Darmestt. 
N° 4. Hoffmann (suite). — Lerner (suite). — = Ozar toi), suppl al 
hébreu au Magazin, année 1881. Contient : 1° *pfàl ITilïp, livre d'Apolo- 
gie du Judaïsme de Simon b. Çémar Duran, réédité par M. Steinschnei- 
der, d'après des mss. — Jacob Reifmann : £pttb2^ WD53, Dix-sept lettres 
adressées par A. Firkowitz à J. Rcifm. et renfermant des renseigne- 
ments sur des poètes et littérateurs Juifs. 

Steinschneider : Nous sommes très heureux de la réimpression de ce 
célèbre ouvrage. — Reifmann : Documents. très importants pour l'histoire 
de la littérature juive en Espagne et en Afrique : 1. Lettre de Jehosef le 
Sefardi (Josef fils de Samuel ha-nagid ?) à R. Nissim, à Cairoan ; 2. Poésie 
de Moïse b. Ezra à Hananel b. Josué ; 3. Lettre du même au même ; 
4. Lettre du même à un inconnu ; 5 et 6. Lettre à Barukh b. Isaac (Al- 
balia?) et réponse; 7. Lettre anonyme; 8. Poésie adressée par Samuel 
ha-nagid à R. Hananel. 

Monatsschrift fikr Geschichte und Wîssenschaft des Judenthums 

(Krotoscbin, mensuel), 30 e année. = = N° 11. Graetz : Agrippa IL — 
J. Theodor : Zur Composition der agadiseben Homelien. — Graetz : Die 
ursprûnglicbe Auspracbe des s Lautes im Hebrâiscben. = = N° 12. 
Graetz : Die jùd. Steinsarkopbage in Palâstina. — M. Brann : Zum 
Ofener Judenmord 1686. — Gross : Méir b. Simon (fin). — Brann : 
Nacbtrag. = = 31 e année, n° 1. Frankl : Karaiscbe Studien. I. Jebuda 
Hadassi und sein Eskol hakofer. — Graetz : Zur Topographie Palastina's ; 
Koreaï, Sartaba , Alexandrion , Kônigsberg, Hyrkanion, Cendevia. — 
Frankl : Erinnerungen und Denkmâler der jùd. Gemeinde in Berlin. I. 
Mendelssohn's Stellung in der Gemeinde. — J. Landsberger : Zur Ge- 
schichte der Juden in dcr Mark Brandeburg, insbesondere in der Stadt 
Slcndal, um die Mitte des xv. Juhrhunderts. = = N°2. Horowitz : Ueber 
die Péripétie im Bûche Esther. — Frankl : Karaiscbe Studien (suite de 
Juda Hadassi). — David Kaufmann: DasTodesjahr des R. Isakbar Schcs- 
chet (d'après l'inscription française dans le mur de la ville d'Alger et 
l'épitaphe hébr. imprimée pour la première fois). = = N° 3. W. Bâcher : 
Die Agada der Tannaiten. — Graclz : Aus der Gedachtnissrcde am Ster- 
betage des Stifters des jùd.-lhelog. Seminars, Jonas Frânkel. — Grùn- 
baum : Jùdisch deutsche Chrestomathie (recension de M. Perles). — 
Hochmuth : Gotteserkenntniss (recension de M. Rosin). 

Mosè, Antologia israelitica (Corfou, mensuel). 5 e année — = N° 1. 

P. Perreau : La Cantica di Salomone ed i Commentatori israeliti del 
medioevo. — S. D. Luzzatto : Autobioarafia (suite). = =s N° 2. P. Per- 



1S6 * REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

reau (suite). — Luzzatto (suite). — Quinto congresso internaz. degli Orien- 
talisti tenuto in Berlino 12-17 sett. 1881 (suite). — F. Parisini : I Gantici 
di Salomone Rossi. = = N° 3. Perreau (suite). 

Palestine Exploration Fund (Londres, trimestriel). = = Janvier 1882. 
Notes and News. — Lieutenant Conder's report n° IX. — Clermont Gan- 
neau : Notes n os II, III, IV. — Boscawen : A Phœnician Funeral Tablet. 
— Tomkins : Kadesh on Orontes. — Birch : The rock Rimmon. — Birch : 
The Valley of Hinnom and Zion. — Birch : Variétés. — Sayce : The 
Siloam inscription. — Henderson : Kirjath Jearim. 

Conder : Notes sur l'identification de diverses localités bibliques (Sedé- 
Çofim, Luhit, Iazer, Sibrna Minnit), sur Hesbon. — Cl. Ganneau, note II : 
Sur le chapiteau d'Amwas {Revue, III, p. 296). 

The Hebrew-Review (Cincinnatti, trimestriel), 2 e volume. = = N° 1. 
Annual Address of D r Max Lilienthal. — Cyrus and the return of the 
Exil (traduction de l'article de M. Jos. Halévy dans la Revue, n° 1). — 
Felsenthal : The science of Judaïsm, its nature and its divisions. — A. 
Jellinek : Rédaction of the Mishna. — Jos. Derenbourg : In explanation 
of some Psalms (traduit du journal de Stade?). = = N° 2. Retrospect of 
the History of the Jewish People (traduction du Coup d'œil de M. James 
Darmesteter). — Mielziner : The talmudic Analogy or the rules of Gtesera 
sliawa and liecliesli. — E. Lucius : Essenism in the middle of the first 
Century (traduction ?). — Isaac M. Wise : The Massorah and the masso- 
rctic Text. 

Revue de l'histoire des religions (Paris, trimestriel). 2° année, tome IV, 
n° 5, septembre-octobre 1881. = — H. Oort : Bulletin du Judaïsme 
postbiblique {La doctrine du Logos dans le 4 e évangile et dans les œuvres de 
Philon, par Jean Réville ; System der altsynagalen palastin. Théologie, par We- 
ber) ; etc. = == N° 6, novembre-décembre 1881. Maurice Vernes : Bulle- 
tin critique de la religion juive, Judaïsme ancien (Histoire critique de la 
littérat. prophétiq. des Hébreux, par Ch. Bruston ; Histoire de la Bible, 
par L. Wogue ; Coup d'œil, etc., par J. Darmesteter ; J. Salvador ; sur le 
nom de Yahvéh, par G. d'Eichthal ; Esdras, par J. Halévy). 

L'Univers Israélite (Paris, bi-mensuel). 37° année. = = N° 9. Moïse 
Weill : Les noms des mois hébreux. = = N° 11. M. Schuhl : Préven- 
tions des Romains contre les Juifs. 

Il Vessilio israelitico (Casale-Monferrat, mensuel). 30 e année. = = 
N° 1. A. Pesaro : Cenni storici sulla Comunità isr. di Lugo (suite). — P. 
Perreau : Nuovi studii (suite). — M. Lattes : Letteratura antigiudaica in 
lingua italiana. — = N° 2. A. Pesaro : Cenni storici sulla comunità isr. 
di Cento. 

Zeitschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft (Leipzig, 
trimestriel). = = 35 e volume, 4 e fascicule. — Mordtmann : Die him- 
jarisch-athiopischen Kriege noch einmal (Le roi juif Dhu Novas et les 
chrétiens de Nadjran). — Perles : Bemerkungen zu Bruns-Sachau sy- 
risch-rômisches Rechtsbuch aus dem 5. Jahrhundert (Voir Revue, II, 
p. 331 -, suite). — Ed. Sachau : Palmyrenische Inschriften. 

Isidore Loeb. 



BIBLIOGRAPHIE 157 



Palestine et Syrie : Manuel du Voyageur, par K. B/edeker, avec 18 cartes, 
43 plans, un panorama de Jérusalem et 10 vue?. Leipzig, Karl Bœdeker. 1882, 
xiv et 631 p. in-16. 



Grâce à la traduction française que M. Bœdeker vient de publier 
du Manuel du Voyageur en Palestine et en Syrie, ce livre est appelé 
à trouver en France le succès qui l'a accueilli en Allemagne, où il en 
est déjà à sa seconde édition. Un voyage dans ces contrées, comme 
le fait observer l'auteur dès la première page, n'est pas une simple 
distraction de touriste, en quête de beaux paysages. Le pays, gran- 
diose par son passé, vit surtout de souvenirs ; pour le comprendre, il 
faut apprendre à le connaître tel qu'il était aux époques de sa pros- 
périté. C'est dans cette pensée que l'éditeur a confié la rédaction de 
ce guide à M. Socin, professeur à l'Université de Tubingue, dont la 
réputation de savant est faite depuis longtemps. M. Socin était bien 
préparé pour cette œuvre, car, pendant de longs mois, il a visité et 
fouillé en archéologue passionné le pays où il nous conduit. Si par 
son titre le livre s'adresse au voyageur, par l'abondance de ses ren- 
seignements, dont quelques-uns sont tout à fait neufs, il forme une 
encyclopédie aussi utile à l'orientaliste qu'au grand public qui aime 
à s'instruire. 

Nous passons les 4 32 premières pages spécialement destinées au 
voyageur et relatives à la manière de voyager, à l'histoire et à la géo- 
graphie, pour arriver aux cinq cents pages suivantes qui renferment 
la description des lieux et qui intéressent davantage les lecteurs de 
cette Revue. 

Ce n'est pas sans émotion, qu'en parcourant ces feuillets, nous re- 
trouvons nos impressions d'autrefois, alors qu'il nous était donné de 
faire ce voyage, objet de tant de vœux! Nous retrouvons ces lieux 
tels que nous les avons laissés il y a douze ans. On fait toujours sur 
de mauvais chevaux mal harnachés la route de JafTa à Jérusalem. La 
tentative de relier la Ville Sainte à la mer par un chemin de fer a 
échoué; nous apprenons, par un procès en cours d'instance, que 
toute espérance de voir se réaliser ce projet doit être abandonnée pour 
le moment. C'est naturellement Jérusalem et ses alentours qui occu- 
pent la place la plus importante dans ce guide, p. 150-255. Des plans 
de la ville et de ses environs immédiats l , des gravures des princi- 
paux monuments en facilitent l'étude, mais nous remarquons surtout 
le panorama pris de la Montagne-des-Oliviers, qui donûe une vue 
d'ensemble très réussie, où chaque édifice ressort et se détache sur 
le fond. Il semble cependant, si nos souvenirs sont précis, que le mur 

1 L'absence d'orientation dans les plans est parfois bien gênante. 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de face se prolonge, outre mesure, de la porte Saint-Étienne vers le 
nord ; au reste, le plan, p. 152, n'indique pas un développement aussi 
considérable. 

Nous aimerions à signaler tous les points qui nous ont frappé, 
mais nous devons nous borner. Notons qu'à Naplouse se trouvent en- 
core 430 Samaritains* à vingt ans près, le nombre qu'avaient 
constaté Robinson et R^ . Suivant M. Socin, p. 350, ils croiraient 
à la résurrectio- ement dernier ; ils auraient donc changé 
sur ce poir> f ( ours ancêtres. 

La désertion de Damas et de ses environs, ainsi que de la Syrie 

du Nord garait traitée d'une manière entièrement neuve. Les 

.dl e at Sim c an, entre Antioche et Alep, où Siméon fonda au 

\ 3 l'ordre monastique des Stylites, sont très intéressantes. An- 

tio^ie et Alep terminent la partie descriptive. 

Une table alphabétique très complète, mise à la fin du livre, sera 
très appréciée de ceux qui voudront y puiser des renseignements. 
Nous savons par expérience combien l'absence d'une telle table est 
regrettable ; c'était un des principaux desiderata du Guide-Indica- 
teur du frère Liévin de Hamme, dont nous nous servions pour notre 
voyage. 

Les cartes ont été dressées par M. Kiepert ; ce nom nous dispense 
de tout éloge. 

Ce bon manuel sera désormais le guide indispensable de quiconque 
voudra faire un vo3^age instructif dans les pays qu'il décrit. 

Rubens Duval. 



L,c Livre de Sibawaihi, traité de grammaire arabe par Sîbouya, dit Sibawaihi. 
Texte arabe publié d'après les manuscrits du Caire, de l'Escurial, d'Oxford, de 
Paris, >de Saint-Pétersbourg et de Vienne, par Hartwig Derenbourg, professeur 
d'arabe littéral à l'Ecole spéciale des Langues orientales. Tome premier, Paris, 
imprimé par autorisation du Gouvernement à l'Imprimerie Nationale, 1881, p. xliv 



La brillante époque scientifique que parcoururent les Juifs d'Es- 
pagne au moyen âge ne saurait être justement appréciée, si on ne 
tenait compte de l'influence qu'exerça sur les esprits la civilisation 
des Arabes. C'est surtout dans l'art de la grammaire que ceux-ci 
excellaient, comme le font remarquer MM. Joseph Derenbourg et 
Hartwig Derenbourg dans leur édition des Opuscules d'Abou'l- 



1 Histoire des langues sémitiques^ 4 e édition, p, 210. 



BIBLIOGRAPHE 189 

Walid : « Abou'l-Walid, disent-ils, prit les Arabes pour maîtres et 
acquit une profonde connaissance de leur littérature et des grands 
ouvrages dans lesquels avaient été exposés minutieusement les prin- 
cipes de leur langue. Dans ses Opuscules comme dans son Livre des 
Recherches, il cite souvent les procédés d langue arabe pour expli- 
quer ceux de la langue hébraïque, imitant en cela le Gaôn Saadia 

qui, un siècle auparavant, avait déjà sui \ v me méthode 

Dans la version hébraïque du Rikmâh, les 3 des grammai- 

riens arabes sont quelquefois supprimés ou al ... Nous en 

donnons un exemple curieux, le seul où le ce wailii soit 

expressément nommé » \ 

Si, envisagée de ce côté, la grammaire arabe a droit us la 

Revue des Etudes Juives, un rang honorable est dû. a atà 

Sibawaihi dont la réputation comme grammairien a tru 1 ersé les 
siècles, sans perdre de son éclat. Son traité de grammaire, reproduit 
par d'innombrables copies, n'a pas d'autre titre que « le Livre », car 
c'est la grammaire par excellence qu'aucune autre ne doit faire ou- 
blier. 11 n'est pas de maître parmi ses successeurs qui ne s'appuie 
de son autorité ou ne le discute. Aussi les commentaires sur son 
œuvre abondent, et souvent, en passant dans le texte, ils l'altèrent et 
lui enlèvent de son originalité. L'éditeur, dans ce cas, est constam- 
ment tenu en éveil pour séparer le bon grain de l'ivraie ; la quantité 
abondante des copies ne rend sa tâche que plus difficile. Heureuse- 
ment, M. H. Derenbourg a rencontré à la Bibliothèque Nationale un 
bon manuscrit ancien, qui fait le fond de son texte; il a, en outre, 
consulté les manuscrits des diverses bibliothèques indiquées dans le 
titre du livre. Pour arriver à donner une œuvre aussi parfaite que 
possible, il n'a marchandé ni peines, ni démarches, ni voyages. 

Le but du grammairien arabe est de faire comprendre la langue 
littéraire qui est, par excellence, celle de la poésie ; aussi, ce sont les 
divans des poètes qui fournissent la plupart des exemples cités à 
l'appui des règles et des exceptions. Ce n'est pas un mince travail 
que de chercher le sens de ces vers et de leur rendre leur vraie phy- 
sionomie après les migrations qu'ils ont subies. Le livre de Siba- 
waihi, par l'abondance de ses citations, fournit une ample moisson 
à ses scoliastes ; on se rend compte de leur labeur, quand on songe 
que le commentaire du plus autorisé d'entre eux, celui de Sirâfi, 
remplit trois volumes in-folio de la bibliothèque Khédiviale au Caire. 
M. H. Derenbourg s'en est procuré une copie pour son édition. 

Si Sibawaihi n'est pas le premier grammairien arabe, c'est au 
moins le plus ancien dont l'œuvre nous soit parvenue, car elle 
remonte au 11 e siècle de l'hégire. A son défaut de méthode, à sa 
prolixité, on reconnaît une science à ses débuts, qui cherche sa voie, 
au milieu des traditions des écoles. Quoique l'auteur n'y traite guère 

1 Oj)îiscuîes et Traités d'AhouH-Walid Merrcan ibn Djanah, par Joseph Dcreu- 
Luurg et Harlwi^; Derenbourg. Paris, 18S0, introduction, p. lxxvi. 



460 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que de la syntaxe, son traité comprend néanmoins deux gros volumes. 
En raison des difficultés à surmonter, on ne saura pas mauvais gré 
à M. H. Derenbourg d'avoir tant tardé à publier je premier volume. 
L'introduction qui précède le texte est consacrée principalement 
à l'historique des manuscrits utilisés pour cette publication. Le se- 
cond volume, qui attendra le jour moins longtemps que son aîné, 
contiendra « une biographie sur Sibawaihi et un essai critique sur 
le rang qu'il occupe dans l'histoire de la grammaire arabe ». Cet 
examen critique que nous attendons avec impatience ajoutera à la 
valeur et à l'importance de ce volume. A son apparition, nous lui 
souhaiterons la bienvenue, et nous serons heureux de renouveler à 
son auteur les félicitations que nous lui adressons pour les premiers 
sucoès de cette belle œuvre, si digne des presses de l'Imprimerie 
Nationale. 

RUBENS DUVAL. 



OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES : 

Par l'auteur : Soave, Controversia di Tortosa. Venise, G. Antonelli, 
1862, in-4°de 48 p. 

Par l'auteur : Soave, Dei Soncino celelri tipographi italiani. Ve- 
nise, G. Longo, 1878, in-8° de 50 p. 

Par M. le D r Adler : The Nineteentâ Century, n° 58, décembre 1884. 

Par M. le D r Adler : Persécution of tlie Jews in Russia 1881 reprin- 
ted froom the Times with map and tabulated statement. 2 e éd. 1882. 

Par M. le D r Adler : Russian airocities 1801. Supplementary state- 
ment issuedby the Russo-jewish Committee. Londres, 1882. 

Par M. Nestor Dreyfus. Flavius Josèphe. Trad. franc. d'Arnauld 
d'Andilly. Amsterdam, Pierre Mortier, 4700. 

Par l'auteur : Mose Lattes, Catalogo dei Codici ebraici délia M- 
Uioteca Marciana. Extrait des Gataloghi dei Codici orientali di alcune 
biblioteche d'Italia. Florence, Lemonnier, 4 882, 41 p. 

Par l'auteur : M. Lattes, Nuovo saggio di giunte e correzioni al les- 
sico talmudico (Lévy-Fleischer). Rome, Salviucci, 1881, in-4° de 81 p. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



TOME TROISIÈME. 

P. 26. — ipO"ntiî est le mot Schwetsken, bien connu en Alsace et aussi 
en Allemagne. — D. Kaufmann et Isid. Loeb. 

P. 40, note 1 . — Sur "jap^ bNTQUÎ qu'on trouve dans des mss. du Tal- 
mud et d'anciens auteurs, p. ex. Alfassi, Schebuot, en. i, comparez aussi 
S. Taussig, l-fàbttï rûttblQ, II, 39, note 3. — D. Kaufmann. 

P. 111, en bas. — La tradition, conservée par R. Hananel et Raschi, 
montre que le mot -inTlifcd ne veut pas dire « figurément », mais « dans son 
sens littéral ». Plus tard, il est vrai, sous l'influence de l'arabe, influencé 
sans doute à son tour par les idiomes occidentaux, le mot a eu le sens que 
lui donne M. Perles. Cp. Bet Talmud, II, 117, ma note 4. Mon ami M. S.-J. 
Halberstam me dit que, d'après une hypothèse de M. P.-M. Heilperin, il 
faudrait lire le passage en question {Megilla, IV, fin) : irmSES p"lOD d^ntoïl 
"«Nia nî "n!"! "Pb:? SpÛIttim CpJfà Ï"JÎ "nï"î « Quiconque traduit un verset 
littéralement est un blasphémateur (à cause des anthropomorphismes), 
quiconque y ajoute de son fonds est un menteur (puisqu'il altère le 
texte). — D. Kaufmann. 

P. 117. — Si on veut se convaincre du danger qu'il y a à faire des com- 
binaisons sur les débris des noms de littératures perdues, on n'a qu'à lire 
M. S. -A. Lindermann dans Magid, XXI, 166 et ss. Il fait de myh p 
Eusèbe [= "jTmîis] et de nb^n p St. Jérôme [rban p = ITanfi]. Cela 
rappelle les calembours accadiens, tels que les explique M. Jos. Halévy. 
Dans le JSIIpïl *p2 de Messer Léon il y a un passage publié par M. Stein- 
schneider (Hebr. BibL, VIII, 65) et que M. Perles n'a pas signalé : ifcbtiïlTia 

dïiuî d^sorr dm» wan ^&o (sic) ;w "nsio *p:o [Sanh., 28 a] uînstt 
•'ion aijnrtfn d\sbiï d*ndD dï-nii î-tom ^jds nin id"»^ d^bmin min 

Remarquez aussi le "W^n'o nommé dans le Galuy de Saadia (Carmel, 
noûv. série, I, 66) et qui, se trouvant mentionné à côté de NTO p, rappelle 
particulièrement les ï-ft^b p "HDD du Talmud Jerusalmi. — D. Kaufmann. 

P- 120. — Il fallait remarquer que ce n'est pas seulement le Talmud de 
Babylone, mais aussi la Mischna {Yada'im, IV), qui change le iD"im"0 de 
la Tosefta en ^pllit- Le ms. de la Mischna de Cambridge, qui, d'après 
MM. Schiller- Szinessy et Taylor, contiendrait la recension palestinienne de 
la Mischna et dont Taylor, dans ses Sayings of the Jew. Fathers, a justement 
publié les dernières Mischnas de Yadaïm, paraît avoir quelquefois (d'après 
les notes que j'ai prises autrefois à Breslau) le mot ^p'H£ ; dans le dernier 
passage, seulement 'pfà. — D. Simonsen. 

P. 139. L'identité des trois Jacob ■ûlO'lp que nous connaissons paraît 
certaine (l'orthographe "i5U51"lpba dans Graetz, VIII, l ro édit., 415, est fau- 
tive, comme on peut le voir dans la copie exacte que j'ai donnée dans Beth 
Talmud, II, 116) ; il en résulte que Hayyim ibn Musa, parlant des miracles 
accomplis par ses contemporains Jacob Alcorsono, Moïse Botarel et d'au- 
tres, a en vue des faits un peu antérieurs à l'année 1454, date de la rédaction 
T. IV. 11 



162 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de son livre. C'est du reste ce que prouve la formule Tt"y "nflb ûb5 "DT 
dont il se sert et qui indique que tous ces rabbins étaient morts à l'époque 
où Hayyim écrivait. Si notre Jacob a collaboré, à titre d'astronome distin- 
gué, aux tables faites sous Pierre IV, comme le prouve M. Steinschneider ; 
si, d'autre part, il a composé ^n 1376 son ouvrage sur l'astrolabe ! ms. Mu- 
nich, n° 261, 11°) on ^ut guère admettre qu'il ait vécu au-delà des 
premières dix ou v : -, du xv e siècle. C'est évidemment à tort que 
M. Graetz a fai' x messie (VIII, 107, 415), quoiqu'il ait pu 
être, comm r .espagnols, cabbaliste en même temps qu'astro- 
nome. Il ^xact, et on peut le prouver, de faire de Hasdaï 
Crée de ce faux messie. — D. Kaufmann. 

,oamuel ibn Tibbon en traduisant « celui qui vous plaira » par 
^ suivi l'interprétation du Targoum, adoptée par quelques com- 
mentateurs, d'après laquelle Tobel se compose de toi « bon », el « à ». Voy. 
Aben Ezra, Sefat Yétèr, éd. Lippmann, p. 13 a. — Israël Lévi. 

P. 278. — Dans les éditions du Talmud on a, il est vrai, supprimé très 
souvent les aîeph qu'on rencontre dans les mss., mais lorsqu'ils sont des 
maires lectionis, nullement lorsque cette lettre est radicale. « On était dans 
l'usage de retrancher cette lettre du commencement des mots » uniquement 
en certains dialectes araméens, et dans les écrits qui reproduisent servile- 
ment la prononciation populaire ; mais jamais les mots hébreu® ne sont dé- 
figurés de la sorte dans la langue de la JVJischna. — Israël Lévi. 



LISTE DES KOPEAUX MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

DEPUIS LE 1» JANVIER 1882 



Membres souscripteurs : 

Alliance Israélite universelle, rue de Trévise, 35. — ISO fr. 

Cattaui (Elie), rue de Richelieu, 92. 

Chanaleil (le comte de), rue de Chabanais, 6. 

Franck (Adolphe), membre de l'Institut, rue de Boulogne, 32. 

Landau, villa Landau, Florence. 

Marcus (Saniel), place Saint-Georges, 6, Bucharest. 

Popelin (Claudius), rue de Téhéran, 7. 

Weill (Benjamin-Léopold), rue de Richer, 41. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 29 DÉCEMBRE 1881. 

Présidence de M. Arsène Darmesteter. 

L'ordre du jour appelle l'élection des membres du Bureau. Le Bureau de l'année 
précédente est réélu : MM. A. Darmesteter et Zadoc Kahn, vice-présidents ; Er- 
langer, trésorier; Hartwig Derenbourg et Ephraïm, secrétaires. 

31. le Président propose de fondre les deux Comités de publication et d'adminis- 
tration en un seul comité de direction, attendu que la séparation de ces Comités pré- 
sente des inconvénients. 

M. Loeb est d'avis que les Comités devraient être ouverts à tous les membres du 
Conseil qui voudraient y entrer et prendre part à leurs travaux. 

M. Ab. Cahen dit que les Comités pourraient être supprimés et les questions por- 
tées directement devant le Conseil. 

M. Zadoc Kahn craint que dans ce cas les 'questions arrivent en séance sans avoir 
été suffisamment étudiées. 

M. Th. Reinach propose la création d'une section permanente renouvelée fréquem - 
ment. 

Le Conseil nomme une Commission chargée d'étudier ces questions et de rédiger 
un projet de règlement intérieur. 



SÉANCE DU 26 JANVIER 1882. 

Présidence de M. le grand-rabbin Zadoc Kahn. 

L'ordre du jour appelle la délibération sur le projet de règlement intérieur élaboré 
par la Commission. 

Le Conseil adopte les articles proposés par la Commission et qui peuvent être 
ainsi résumés. 

Il est formé dans le sein du Conseil : 1° un Comité de publication et d'adminis- 
tration composés des six membres du Bureau et de cinq membres élus par le Con- 
seil ; 2° un Comité de propagande élu par le Conseil. 



164 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



SÉANCE DU 31 JANVIER 1882. 

Présidence de M. le grand-rabbin 'Zadoc Kahn. 

L'ordre du jour appelle la suite de la délibération sur le projet de règlement. 

Le Comité adopte les propositions suivantes : 

Le Conseil de direction se réunit en séance ordinaire, au moins une fois par mois. 
Les séances pourront être suspendues pendant les mois de juillet, août et septembre. 
Les dates des séances du Conseil seront indiquées sur la couverture de la Revue, afin 
que tous les sociétaires puissent y assister, conformément à l'article 22 des Statuts. 

Les liages au sort dont mention est faite aux procès-verbaux des séances du Con- 
seil tenues le 28 avril 1881 et le 31 janvier 1882 règlent le roulement des élections 
pour le Conseil. Les vacances résultant des démissions ou décès dans les séries 
non-soumises au renouvellement seront chaque année comblées par un vote spécial 
de l'Assemblée générale : les membres ainsi nommés entreront dans les séries aux- 
quelles appartenaient les membres qu'ils remplacent. 

Le tirage au sort pour le classement des trois nouveaux membres élus dans l'as- 
semblée générale du 26 novembre 1881, dans l'une des trois séries annuelles est effec- 
tué. M. Ventes est classé dans la première série, M. Oppert dans la deuxième, 
M. James Darmesteter dans la troisième. 



SÉANCE DU 28 FÉVRIER. 

Présidence de M. le grand-rabbin Zadoc Kahn, 

M. le Président propose au Conseil de délibérer sur l'opportunité d'introduire 
dans ies séances mensuelles du Conseil des communications et des discussions litté- 
raires et scientifiques. 

M. Halévy appuie cette proposition et fait remarquer que tel est l'usage dans toutes 
les sociétés savantes. 

M. Schwab et M. Reinach présentent des observations dans le même sens. 

Le principe de la proposition est adopté. Le Comité de publication et d'adminis- 
tration est chargé d'en préparer l'application. 

L'ordre du jour appelle l'élection des cinq membres qui composent avec le Bureau 
le Comité de publication et d'administration. Sont élus : MM. Joseph Derenbourg, 
James Darmesteter, Joseph Halévy, Isidore Loeb, Théodore Reinach. 

Les Secrétaires, 
Hart.wig Derenbourg, A. Éphraïm. 



Le gérant responsable, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



UN VASE JUDËO-CHALDÉEN 

DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 



Le département des Médailles et Antiques de la Bibliothèque 
nationale a fait récemment l'acquisition d'un vase contenant une 
inscription magique d'origine juive, dont nous nous proposons de 
donner ici le texte et la traduction, avec un court commentaire. 
Ce monument se rattache par sa forme, son usage et les formules 
qu'il renferme, à une série peu nombreuse et, jusqu'ici, fort impar- 
faitement étudiée, de terres cuites inscrites, qui dévoilent un des 
côtés les plus intéressants de l'histoire des colonies juives instal- 
lées sur les ruines de Babylone après la conquête de Jérusalem 
par les Romains. Ces vases hémisphériques, assez grossièrement 
façonnés au tour, et dépourvus de tout intérêt artistique, ont été 
tous, jusqu'ici, découverts dans les environs de Hillah, c'est-à- 
dire, sur l'emplacement même de Babylone, ou non loin de ses 
ruines. C'est à l'intérieur, sur la surface concave, que se trouve 
écrite à l'encre, circulairement, l'inscription magique destinée à 
mettre en fuite les démons et à préserver de certaines maladies 
celui qui buvait le liquide versé dans la coupe. 

La langue dans laquelle sont conçues ces formules d'incanta- 
tion est généralement celle des Targums de Babylone ; l'écri- 
ture est le plus souvent l'hébreu carré, affectant des formes plus 
ou moins éloignées des formes de l'écriture actuelle, suivant 
l'ancienneté du monument. Nous ne connaissons que deux vases 
qui portent des inscriptions en caractères syriaques estranghelo, 
et qui sont rédigés en un dialecte qui paraît être le mendaïte ! . 



1 L'un de ces vases est au British Muséum ; l'autre, très fragmenté, se trouve dans 
la collection de M. Stewart. Il est bon de se mettre en garde contre les marchands 
orientaux qui apportent en Europe des falsifications de ces vases inscrits. Nous avons 
vu plusieurs de ces monuments dus à l'industrie de quelque potier de Bagdad. 
T. IV. 12 



166 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les premiers de ces bols magiques qui aient été publiés, à notre 
connaissance, sont ceux que M. Layard a découverts au cours de 
son exploration de la Chaldée, et auxquels M. Thomas Ellis a con- 
sacré une notice accompagnée d'une transcription et d'une tra- 
duction, l'une et l'autre fort défectueuses 1 . Ces petites patères, au 
nombre de six, sont actuellement au British Muséum. M. A. Lévy 
a repris la traduction du premier des textes donnés par M. Ellis, et 
il a réussi à expliquer, d'une manière très satisfaisante au point 
de vue linguistique, une formule de magie difficile à interpréter 2 . 
Depuis lors, M. Rodwell, assisté de M. Drach, a fait connaître une 
nouvelle coupe dont il a donné un fac-similé très fidèle, avec une 
transcription et une traduction aussi inexactes que possible 3 . 
M. Joseph Halévy a corrigé les nombreuses erreurs de MM. Rod- 
well et Drach, dans une courte notice lue à l'Académie des Ins- 
criptions et Belles-Lettres, et qui ne laisse guère de prises à la 
critique 4 . Avec sa sagacité habituelle et sa connaissance profonde 
des livres talmudiques, il a établi un texte et fourni une traduction 
qui nous ont mis nous-mêmes sur la voie ; et nous devons dire ici 
que sans la notice de M. Halévy, il nous eût été difficile de publier 
l'inscription qui suit, car elle offre une grande analogie avec celle 
dont ce savant s'est occupé. 

Le vase récemment entré au Cabinet des Antiques de la Biblio- 
thèque affecte la forme d'une calotte hémisphérique très évasée ; 
il est uni sur toutes ses parties et n'offre aucune trace d'ornemen- 
tation ; il n'a même pas au centre, à l'intérieur, cette saillie ou 
«txcpaXoç qu'on remarque sur quelques bols du même genre, notam- 
ment sur celui qu'a interprété M. Halévy. La pâte de l'argile est 
rougeâtre, et les parois sont d'une épaisseur moyenne. Le pourtour ' 
du bord mesure un diamètre de 15 centimètres environ. Rien dans 
la fabrique et l'aspect de ce monument, grossier en lui-même, ne 
peut révéler l'époque de la fabrication ; les caractères paléogra- 
phiques et linguistiques seuls permettent, comme nous le verrons, 
de placer cet objet vers le huitième ou le neuvième siècle de notre 
ère, par assimilation au bol 5 décrit par M. Halévy : ceux qui ont 



1 Layard, Nineveh and Bahylon, p. 509-526. 

2 A. Lévy, dans la Zeitschrift der deutschen Morgenl. Gesellschaft, t. IX, p. 465 et 
suiv. ; puis, en abrégé, dans le Jahrbuch filr die Gesckichte der Juden, an. II, 1861, 
p. 266-271 et 294-295. 

3 Dans les Transactions of the Biblical archœological Society, vol. II, part, i, p. 114 
et suiv. 

4 Comptes-rendus de V Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 1877, p. 288-293. 
Quelques réserves seront faites plus loin, dans le commentaire. 

5 Ce dernier, à en juger d'après le caractère graphique, est peut-être d'un siècle 
postérieur à celui qui nous occupe ici. 






UN VASE JUDÉO-CHALDÉEN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 167 

été publiés par M. Layard sont manifestement un peu plus an- 
ciens. 

L'intérieur de notre vase, c'est-à-dire la surface concave, est 
occupé par deux inscriptions qui se déroulent en spirale, et qui, 




$*™2**j&btfjp* 



se faisant suite l'une à l'autre, sont néanmoins séparées par un 
trait à l'encre qui court sur tout le circuit de la paroi. Contraire- 
ment à ce qui s'observe sur la plupart des monuments du même 
genre, notamment celui qu'a déchiffré M. Lévy, la spirale inscrite 
va de la circonférence au centre. La première formule, celle qui 
est le plus rapprochée du bord, a un peu plus de cinq lignes ; celle 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui est au centre en contient à peine quatre petites. Au milieu, 
sans doute pour remplacer la saillie ou ombilic dont nous parlions 
plus haut, on remarque, tracé à l'encre, un cercle irrégulier et 
très allongé, traversé par deux diagonales qui se croisent en forme 
d'X. Ce signe, qui devait avoir un sens magique, se trouve 
de même sur plusieurs des coupes publiées dans l'ouvrage de 
M. Layard. 

Voici en caractères hébraïques ordinaires la transcription de 
nos deux textes, qui sont d'une conservation graphique suffi- 
sante, sauf quelques parties frustes que nous essayerons de re- 
constituer. 

TEXTE EXTÉRIEUR. 

"pirnn [♦■prom] ywn bs 3 !-fàK -n ^o-Tib «ï-roia }n 'amoN 
7 iîZ»iY! "naii f'a'np'n Vî^rm t^n^bm-i "HWi r^naibi 6 "ps hpn] 
,0 db?bi 9 p*r ï-wp \n irb ^i-njm i-nb vn*T s-rnNtt^n ï-rw^b* 

TRADUCTION. 

Salut du ciel, pour Hisda bar Ama. Toutes mauvaises sorcel- 
leries, grand' 

Œuvres, malédictions, vœux, engagements, de loin ou de près, 
d'hommes ou de femmes, 

La nuit ou le jour, qu'ils font contre lui, ou qu'elles font contre 
lui, depuis ce jour jusqu'à jamais : 

1 Le mot NHION se traduirait exactement par le latin salus, c'est-à-dire santé, 
salut, remède, talisman, préservatif physique ou moral. C'est par ce mot que débute 
aussi la formule magique de l'une des coupes du British Muséum (Layard, op. cit., 
p. 515, n° 2). On sait que NDION est le souhait de santé formulé, aujourd'hui 
encore, par les Juifs à l'adresse de ceux qui éternuent : c'est, selon la tradition, un 
préservatif contre une mort inopinée, et la légende rapporte qu'Abraham mourut en 
éternuant. 

* Nous ferons remarquer que le mot ÏT^tt) est écrit par un tf au lieu d'un tf. Ce 
n'est pas la seule particularité du morceau, qui prouve que l'orthographe en est très 
négligée : nous en citerons d'autres exemples. 

3 La forme "noTl est pour NID^H, et ÏT73N pour N'EN. Ces noms propres se ren- 
contrent très fréquemment dans les livres rabbiniques. 

* Ce mot est très fruste et presque illisible ; mais le contexte et la formule analogue 
publiée par M. Halévy en rendent certaine la restitution. 

5 M. Halévy traduit "pS^pn "p^Tïn^ par • œuvres puissantes » ; l'expression nous 
paraît correspondre à ce qu'on appelait au moyen âge le grand' œuvre (magique). 

6 Les trois premières lettres de ce mot ont presque disparu. 

7 Ce mot itiî^Tl est écrit plus emphatiquement ilDJO^P dans le texte de , 
M. Halévy. 

* Mot fruste, en partie restitué. On remarquera la répétition du même verbe au 
féminin pluriel, ayant pour sujet les démons féminins. 

9 Ou : "^ (par transposition). 

10 La formule ûb^bl *p1 fttDT 1 \Ï2> est exprimée (avec une légère variante) dans 
le texte de M. Halévy par les mots Qb? "J2 "p*! Ntt'P \12> qui ne modifient en rien 
le sens. 



UN VASE JUDÉO-CHALDKEN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 169 

iTDia }td "ppsttn v-pp:n '^T3n •p-ûE'i v^ia» "pbw pb"»H pïiba 
■o -no-rn nviBTp -mn »rré»ni "pjan&o v nN72 V 2 " 1 ■^wm» pi 
ï-nb^i rraana ba ja rota **i!Ti i-naa-û 5 b wsin 4 ^n b* Î-173N 
9 ïro'oxnDi '[ûiz^ai ^a*»...] «nroinb -nûin nsbtt «im 7 ddon 6 naian 

.nbo i»n i»n sw»» nai n^ia 

Que toutes ces choses, les unes et les autres, soient anathéma- 
tisées, bannies, expulsées, arrachées et chassées de son corps 

Et de sa demeure, hors des deux cent quarante-huit (membres) 
ensorcelés, et hors de l'endroit où se tient Hisda bar 

Ama, sur le chemin de Housia. A l'étoile qui domine sur toutes 
les autres étoiles d'en haut, 

Qui chevauche (dans le firmament), appartient le salut, car elle 
enseigne la magie aux magiciens. .. par l'invocation (?) du jujubier. 

Que le grand nom (de Dieu) soit prononcé. Amen, amen, Sélah. 

1 ^"pan, mot à mot: brisées, broyées. 

* Dans le texte interprété par M. Halévy, le mot l pîfn52 a heureusement une 
sorte d'explication placée à l'interligne qui contient le mot l pïT , m52 , Tp5D 1 « ses empla- 
cements >. Peut-être faut-il lire ici : ÏTTTTIfà (avec intercalation superflue d'un 
premier 1), dont le sens certain est : sa demeure. 

3 « Les deux cent quarante-huit » (membres). Cette formule est tout-à-fait nou- 
velle dans les inscriptions des vases magiques. Au moyen âge, les Juifs admettaient 
que le corps humain se décompose en 248 membres, ou parties, qui étaient sujettes, 
chacune individuellement, à subir les atteintes de la maladie ou du démon. Notre 
formule d'incantation a pour but de les préserver toutes sans exception. — Faut-il, 
au contraire, supposer qu'il s'agit de « 248 procédés de sorcellerie », contre lesquels 
l'inscription a pour but de protéger ledit Hisda? 

4 M. Halévy a lu ce mot J"H"lN ; mais la lecture ^TN, sur notre vase, ne peut faire 
l'objet d'une contestation. — Littéralement : main, par extension (?) voie. 

5 La lecture de cette lettre est certaine; elle est assez distante du mot qui précède 
et du mot qui suit ; le fac-similé de la coupe Rodwell, sur lequel a travaillé M. Halévy, 
l'a induit en erreur ; il a vu dans le passage, semblable au nôtre, l'interjection "njtf, ô, 
comparable à l'hébreu ijtf ; il lit : K3a"Û iifi* ♦ ^Stin.. . au lieu de JSaaia b fcP£"in. 
Dans l'un et l'autre cas, il y a un point d'arrêt, une fin 'de phrase, après le mot Housia. 

6 Au lieu de ttaia*! ÏTb^T ÏTaaia, M. Halévy a cru lire sur son texte défec- 
tueux fcO' , 52 t 7 ""fab^l ÎOaaiD ; mais la lecture de notre passage ne peut faire l'objet 
d'aucun doute. Le mot t"D*01 appliqué à une étoile, à Vénus probablement, indique 
une curieuse notion astrologique empruntée par les Juifs aux Chaldéens. 

7 Le mot riDON est le même que fi<mON, le premier mot de notre inscription, avec 
une orthographe un peu différente (par mutation du T en Q). En rabbinique, il est 
vrai, ce mot a fini par être regardé comme dérivé du grec CT7cà8Y], spata, d'où il a pris 
le sens à'épée plate ; mais ce sens ne saurait convenir ici. 

, 8 Passage fruste et difficile à rétablir. Le dernier mot ne paraît pas douteux, c'est 
Dttî^ai. et par le nom; il en reste encore des traces graphiques. Mais ce qui précède 
a complètement disparu, et nous proposons conjecturalement de restituer les lettres 
suivantes : // 35'P h 7a , ï ta î , P, dont nous avouons ne pas comprendre le sens. Dans le 
passage parallèle de l'inscription traduite par M. Halévy, également fruste, ce savant 
a cru pouvoir restituer le mot "pa^tûJD- Ici, ce mot n'est pas admissible. Pour les trois 
ou quatre dernières lettres de ce groupe, il y a peut-être lieu de lire par conjecture : 
[lla^DT, « de ceux qui murmurent » (sous-entendu : les formules), « de ceux qui 
énoncent à voix basse >, selon le mode usité au temps des auteurs du Talmud, pour 
guérir par l'incantation : IDflb. — Enfin, serait-on en présence de lettres détournées 
de leur vrai sens, à reconstituer par les procédés du UJa nN ou ûabfc< comme les 
coupes publiées par M. Layard en offrent des exemples ? 
9 Au lieu du mot ÏTD^DEI.TT, M. Halévy propose de lire : ÏTp^073 135. Mais 



170 REVUE DES ETUDES JUIVES 

TEXTE INTÉRIEUR. 

bs i»i ïwna itsntt i^i Nriûia t^rrn 192 !-p:ott) 2 ^rm ^rra 
pN ?raa Fmautt ■pb'tà'â rt»N na "Ho^nb ïrbrrpb wpi "n^nn 'Fwfc 

.nbo ya& 

TRADUCTION. 

Délivrance parla grâce du ciel, des mauvais esprits et des 

mauvaises maladies, et de toutes sortes 

D'adversités qui se lèvent contre lui, contre Hisda bar Ama : Qu'ils 
disparaissent et soient anéantis de devant lui. Amen, amen, Sélah. 

Quelques expressions et tours de phrases se retrouvent dans la 
formule du Kol Nidré, en tête de la liturgie de la veille du Kip- 
pour. 

Au point de vue tachy graphique, nous noterons les particularités 
suivantes. La forme particulière du o est celle d'un triangle. Le 
i se confond avec le i et même parfois avec le a au commence- 
ment ou au milieu des mots. Le 3 est presque identique aun. Les 
trois lettres tt, n et n se confondent absolument. Le tt a, quand il 
est fait négligemment, beaucoup d'analogie avec le st. Le 9 et le £ 
sont presque identiques. Le p peut se confondre avec le tt, car la 
queue est souvent sacrifiée. Faisons enfin remarquer que le a a 
une forme particulière dans le mot ïrsm, et que ni sont joints de 
façon à ressembler à un n phénicien. Le 3 final est quelquefois à 
angle droit et ressemble assez à une équerre ; il est orné d'une ou 
de deux petites hastes à sa partie supérieure ; mais il ressemble 
aussi parfois à un ■> ou un 1 prolongé. 

Les particularités linguistiques et paléographiques que nous 
avons signalées permettent de regarder notre inscription comme 
un peu antérieure à celle qu'a étudiée M. Halévy et qui se place 

il n'est pas possible de se ranger à l'opinion de ce savant, car la lecture matérielle 
du mot est certaine. Il faut donc y voir une forme dérivée de NlttfaTO (ou NTZÎfà^'-û) 
en syriaque Uîl^li, NUS^TnlD, le jujubier, ziziphus rhawimus, jujuba, dit J. Lévy 
dans son Neuhebr. Wôrterbuch [sub verbo), en rappelant le passage suivant du Tal- 
mud Babli, Pesahim, f. 111 b : « Pour tout arbre dont le branchage est dangereux, 
l'ombre l'est aussi (parce que c'est ordinairement là que les démons opèrent leurs 
maléfices). Une exception est faite pour le jujubier : son ombre n'est pas nuisible, 
bien qu'il ait un feuillage touffu (pouvant servir de repaire aux esprits). Puisqu'un 
démon femelle dit un jour à son fils : tiens-toi à l'écart du jujubier, car c'est lui qui 
a tué ton père et qui te tuera » . (Ils s'éloignent donc d'un tel arbre.) 

1 Avec les points diacritiques : KfP5, repos, tranquillité, délivrance. NrPU ou fp3 a 
le même sens en syriaque. 

2 Ce mot est très fruste, et il semble qu'il y ait entre NfP5 et lui, place pour une 
ou deux lettres qui nous échappent. 

3 Ce mot est difficile à lire ; mais le contexte laisse deviner le sens. 



UN VASE JUDÉO-CHALDÉEN DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 171 

vers le neuvième siècle de notre ère. Elle est postérieure à la 
plupart des coupes qui figurent dans l'ouvrage de M. Layard, 
mais qui néanmoins ne remontent pas, comme le croit l'auteur, 
jusqu'au troisième siècle après J.-C. 

Les Juifs avaient emprunté l'usage de ces coupes magiques aux 
habitants de la Chaldée avec lesquels ils se trouvaient en contact. 
On ne les trouve point en effet ailleurs qu'en Chaldée ; et dans ce 
pays, on voit tous les habitants y recourir, aussi bien les Juifs que 
les Arabes et les Mendaïtes ou Soubbas. Ces vases, rappelons-le, 
servaient à préserver contre l'atteinte des démons ou des ma- 
ladies celui qui buvait le liquide qu'ils contenaient. On ne peut 
donc pas confondre ces objets avec les coupes dans lesquelles on 
versait un liquide qui servait à scruter l'avenir et à faire des pré- 
dictions. Ces derniers se rattachent à l'hydromancie : telle était la 
coupe de Joseph dont il est question dans la Genèse, celle de 
Djemschid dans le Schah-Nameh, et celle que des traditions 
orientales donnent à Alexandre. On les trouve quelquefois men- 
tionnées chez les Grecs et les Romains ; c'est au moyen d'une de 
ces coupes que Numa faisait ses présages ; saint Augustin et divers 
auteurs nous signalent ces usages singuliers *. Mais ces pratiques 
avaient surtout leur siège en Orient, et on les trouve encore chez 
les Arabes du moyen âge. « On obtenait l'effet désiré, dit Reinaud, 
en remplissant la coupe d'eau et en examinant le mouvement du 
liquide, ou en y jetant soit un anneau, soit des bagues. Les Mu- 
sulmans accordent la principale attention aux figures ou aux 
paroles marquées sur le vase. Ils remplissent la coupe d'eau, et 
après que le liquide s'est pour ainsi dire pénétré de la vertu des 
paroles et des figures, ils l'avalent ou le répandent sur eux 2 . » 

Toute autre était la nature et la destination des vases à incan- 
tations magiques du genre de celui que nous publions : on ne cher- 
chait point à connaître avec eux les secrets de l'avenir, mais 
seulement à éviter les maladies et les mauvais esprits. La formule 
avait pour effet d'empêcher que le démon ne trempât ses lèvres à 
la coupe avant celui qui devait boire : aujourd'hui encore, les 
Juifs superstitieux répandent à terre, pour expulser l'atteinte des 
démons, la première goutte de l'eau contenue dans un vase, avant 
de la boire. 

Parmi les notions talmudiques les plus caractéristiques que nous 
pouvons signaler dans la formule qui nous occupe, notons celle des 
248 membres ou parties du corps humain. C'est à l'ancienne astro- 

1 Varro, apud S. August. Cwit. Dei, VII, 35; Jamblich, De Mysteriis Aegypt., 3, 
14, p. 78; Creuzer, Dionysos, p. 302. 
* Reinaud, Descript. des monumentslmusulmans du duc de Blacas, p. 338. 



172 REVUE DES ETUDES JUIVES 

logie chaldéenne que se rattache la mention de l'étoile Vénus, 
l'antique Istar ou Belit, qui était particulièrement puissante pour 
les exorcismes et les guérisons 1 , et qui a pris place, avec les 
mêmes attributs, dans l'astrologie des Mendaïtes et des Arabes. 
Les déplacements mêmes de la planète Vénus sont indiqués dans 
notre texte : elle chevauche à travers le firmament, et, sans 
doute, la place relative qu'elle occupait devait influer sur l'effica- 
cité de l'invocation de son nom. L'invocation du jujubier doit 
aussi être d'origine chaldéenne ; les Mendaïtes ont également un 
arbre dont l'ombre est bienfaisante ; il est fréquemment mentionné 
dans le Sidra rabbà sous le nom de Tifcann, que Norberg traduit 
par vitis cypria 2 . Il y aura certainement un jour des rapproche- 
ments fort intéressants à établir entre ces antiques traditions chal- 
déennes qui ont persisté presque jusqu'à nos jours et les textes 
cunéiformes concernant les pratiques magiques et astrologiques 
des anciens Babyloniens. De même, M. Fagnan a lu sur des mss. 
persans une invocation au roi des Djinns, à celui qui règne sur les 
vers rongeurs, pour qu'ils n'attaquent pas ces manuscrits. Le vase 
que nous avons examiné était fait pour Hisda fils d'Ama, qui ha- 
bitait non loin de Housia ; cette localité mentionnée aussi dans le 
texte traduit par M. Halévy, est inconnue; elle devait se trouver 
non loin de Hillah, peut-être sur les ruines mêmes de Babylone. 

Ern. Babelon et M se Schwab. 



1 Fr. Lenormant, Chaldean Magic, p. 17. 
* Norberg, Onomast. adlib. Adami, p. 144. 



DOCUMENTS INÉDITS 



I. UNE PSEUDO-BIO&RAPHIE DE MOÏSE MAÏMONIDE 



Nous avons publié dernièrement une biographie apocryphe * du 
célèbre Rabbin, philosophe et médecin Moïse Maïmonide. Nous 
donnons ici un document analogue qui a beaucoup plus d'intérêt à 
cause du mouvement du pseudo-messie David Alroï qu'on y trou- 
vera raconté avec de nombreux détails. En outre, il renferme une 
notice sur les Juifs du Yémen, dont l'histoire n'est pas encore 
faite, puis quelques noms et quelques dates qui peuvent être d'une 
certaine utilité pour les historiens du peuple juif au moyen âge. 
Nous ne croyons pas nécessaire de prouver que notre document 
est apocryphe, surtout en ce qui concerne Maïmonide ; on n'a qu'à 
le comparer avec la lettre de cet auteur adressée aux Juifs du Yé- 
men sur le mouvement messianique dans ce pays 2 , et on y trou- 
vera sans difficulté des divergences avec notre pièce. Un mot seu- 
lement sur le manuscrit d'où nous avons tiré ce document. Il se 
trouve à la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, marqué Opp. add. 
8°-36 (dans notre catalogue, n° 2425, 11). Notre pièce commence au 
fol. 63 b et est écrite en caractères rabbiniques espagnols 3 . 

*|b!"n tr»i» «n** K-iï-tr* ■£pn!-î wn im i w» t-ido yn&o ïtïi «ra 
ûna i3U3 ïiïtn ti^ab ïtoi nb^bi ûEn uîn nia poian û'rorçara vaa "onna 
anjtta wrw ond nm» ba> ra-wri ttt 3>tdu5i mn ^aiorr ûujt ïtvk nnan &© 
nn ï-nsan baa bina aan batn rmna ponan n^» bina anN dtob FPrt •o 
•paart maab voai ima "^fco Niinïn u^an Mb? ïitttoi sviû'in baa bina 
w ba "paun ^sb ■p»-'» -n ri©» "n n^b-i b"T pan ïrnrp isan binan 
«a i?DTn nm«an bantca îrnri ya-i» ïtïi -«a min Tasb n*nb ï-pm 

1 Voyez Letterbode, année VII, p. 14 pass. 

* Voyez Graetz, Gcschichte der Juden (3 e édition), t. VI, 306 pass. 
3 Nous reproduisons fidèlement le texte d'après le ms. unique. Les mots et lettres 
entre [ ] sont oblitérés dans le ms ; les mots entre ( ) sont superflus, à notre avis. 



174 REVUE DES ETUDES JUIVES 

©pan anap 'p-ïioi nnN a©n mm bs* bilan "p&on sim iwn ! -n^î» 
îrrn^n mm rtî b:? nm ton 'TûîiaîrT iraan mb n^Nïi r™ lancina 
'-i î-în-ud n,nian b&n©i ma ba naina bisrn i3bi*i taipîan 'Y^'n mnuïfc 
tanabnn rm nbiba nman nina m "ni rtima 'n van 13© npb p jw» 
naai i-iïîNb t=n©b© nb:n nnaa roiifcb naa© 12 tara naamn nb^ba 
"1 nmn T«aa lïmapi b"T 1173173 'n ^ffltsn aibiamb i^pfi Ni-naoabab 
b-m aan ann ia Vfft ba ^a b^nmm nTaana «nn as nb3>ii a^ttïïb niD'tt 
nb53rt ^sb n©73 "i oaaai n^ir» ■pibN nab^ tzynsws ^biob insniai» naai 
b*nu>ia nmn yan» Nim ma n©a ai-iian ba b3>73 naoa na ^bttï-i aum 
. a73ib©a banai a-i^ïïb pï baa a^a ninnnaNn i^aon 
13N &:n Ti5073 imbiTai «b^bica "ma MNïn nnsan pinson ^n 
nu© s^biaibisa» tn^ abiiaibnab swn im« bia m *nnn73 \nma 
nriNi anain 1* Tnsoa ï!dï!*ï pa^a inaa^nsi ïiian imnb V'ia 'Vtt^p'n'n 
■pa p&nanaa nu w*im ynan ba ^nia nmnaa oaa na^Tab imb* p 
pt taaa iab us-» bnpn 131273 nsrpE ib iiek naia arai a^nn '1 ûilimn 
nbwn ■> ta nï-i->in ima ftnni anw ^nabnn nnpab ^ba nbm anm aan ainn 
nrabtttt rsby ^pN© p03> b^ aim©73 i^ab aiaOT wttn ai73© ami aan 
"1 173©© nnpab iDDaaa nm nbmn pm m rtwn nfitowfij iia^i nban 
i-istt zwiMatt nnaa imb naa ^a i:nn Nbïi ^nx nab n^Ni *jna na pniS" 1 
. iraab nniN auii anan N^itiim b"T yûana p iniDTa wa-n ^nt) fjiKftrt 
anart imn baN nïî^ "1 ■jnwirT n«?3 a^-iirT:^ Na -nais anaïi naia nui 

.nfi^n noia ^'n it-i n-i^np^ ^ip ^a "jn^ba aina smrt 
'nran an ©18 1313 "jr-pN inin ©"ipn a^ ii^npîrr mbïip lanipii i^na iiaab 
inana b"T 11731» na rr©^ ni^it^ aainx 13N ond bïip ^sni ijint a^^)3 nbitp 
n«iaa nantiuïii man^ pi© ^abiï maua mmiaa ^a rjwamwa aa^naab 
r-naia m^TOï) ^n3>wia ia ireo ^ma-i toa^i^iN . "jTit n^naa na^nai "jnai 
ma^T «a aiittiK m aim aib^nnibi ain^^b baa» nxa n^N ainmoîi dn» 
173 bai fNiHBONa ni^. rtww ï-m*v*\ n^i niïi iisrt aiip» rnïï i*nttm ^b» 
Wl ptt5»itt"i ia3>ft ^ai© [ijti t2^ , ^ na^in ïiï n^iis ï-nrt simnoa Nai© 
ai-ia-jb itn in?w Nbi 3>»i© nus» 13» rcrvmi ain^i^ n^în a^ a^ ms^nan 
inniTi naniN aiann^i 13a aipnuj^i naib^ an aiir^btt n»© iaba ^nn^N ia 
t<iana 153 ba iniNn© "jiia daïiin aainn b3> ^paarn nt b:? i^as^a n^air» 
iian iaba aaaa !n3>i»© nn^ n3>i»© m^n^usn naai iiiaNin na^ia 112^ 
ib^73 twïû 1^ a^ra^n ib^a iaba auîn» wîn nain n»N n^ï) innia&o 
baab nmnoa nabn a m p^a^n ^^12 aib-in^ ainma ûiniwy anasa 13© 
ira ains^nb i^a *p nn«n 'ttî!an Niaa nap a^b anb ©1© na» ^ îabm 
tanb inn»N aib© anb innTrtm aib© ib lîna-i ^b^ rjn affir im« in-iiï) 
a^ib^a inbwa ilsta ia©^ 'ina^a aa»^ buaa 1»^ ia^n iiaaw a i3?aa 
"]a nri^ apimn m^ip^n aman baa mbnp nain^ aib^ai a^annn aibtJT 
ittînanbNi is-i^iiim 'ab^U5N nn:n tîasi ab baa iy-n iama anN anb inn73« 



1 Lisez ^73*173 ou 1173113. Voir la traduction p. 180. 

2 Ms. 13>73a. 



DOCUMENTS INEDITS 175 

rw ûïib Tiitttf ban© nna na by *|b TJû naama ©rida ab -6 hek natt 
fc^b^Mvi tonN ^b maa -wb dN ann naart ddnb*» ^nr^^u5 nsnaun 
arw^a piaisa baaa 137m 12a -o s-iwm M» naa -lama a-nmart 
v&?'n lasn» n* triai hrœb *p pwwi nnda D^aiûr wn d^nï-r 
b* fcp^ba vn dm d*<pn d"nma d^b d-^N û^id "ima iiasm ■nvr 
mmrt ùr d^bn dmx» D^pmtû ■O'^rt n^nsNi ima "pEnnai ^iirnrt iniN 
•*« d^bn ûmKb hbk Naai Nd© "nmott d*nan ù^sn w in^iû iy 
w dTN ^afc d^ia^anio abn dipm 1» d^am dd^Nï-: n^i -non ^n d^pn 
■Dip ïTart d^m idd im» d^d^ai d^d-ina dnaus itwïi imN 15 ddb 
ibsn iNïiôo&a niï-t ïtsîtï im» amnaa m© dmiBE n^i ibïa rrawn 
vba* mbm rmnai np m r-nbrrt i-nns^a ^ fca:n imaian ba vbat 
TOi i^iana "paKE "p^N dN a^ba^aum dma ^b tien toi id iraNïTi • 
j^ttNn ^b Yr»Jp rinim wii? bdd ^-ptz^a d'n'W d-mïr d^N "W 
taniN baron fcaiiar dOT w»!m «wai taw ,ta i SPiWrt fini» ^nan^ï-r 
cariais din naatt-ï a^baca^rr "ja ^an© "aa^d ïisnaw na dtib ^niaan 
baod îabawn ww nan toYpan dmtrtti dm» naa* î^b* dwba in 
td naan minoa lama lamïr ïam badd m naï-r ^d naat .•ûvnnjs n« 
b© ans 1© ^d naao "man "p 'rwna* ia©"i ïatiiôoaa dia* "la? naa* 
ï»i [d^n] bind banu^a bnp vbs nbai d^uî 'î dvrr n^i ni^ n^» 
taniN bd i^b» i^npns ^d rsw^uîd mpi m^3i nsoa nnb "pan mttiNM 
û^wîtï ^b T173N1 d^iïî 't vm$ N^nm yp^î *pN 1^^ dïib *\ii8 nirt&^an 
•^b nn»Ni ïibnn n^bN "i^dpna© ïitttt nnr i"»bN mbai in^ tiauj^ in 
wrwa ^d 1^» in"i d^HN d^im iNn© d^im dnb i^tt« ^d d^irr^n 
î-rtt^nttîïT J'tttt iu:n"i br Tiuîp p^ïi m»y n^n ïibsnb in ^d^i b:? biN^b 
i3db^ laainN ib "naan nnpi m^na ^pT»i d^iim i^bN idida p ^n^ 
irriNi "isott "iab p^i nndi ai bïip upujnd ït5ïi d^a©^ iston ^ n^^ ' 
la^n^b Nisan i^b:? ïriisn nab !it ït^p ^k ïv to^a-ar ïib^a bixn©^ ■*» 
173T 3>^rt «b .^d ^hn Ni bN td^b n^N m^abtt iid^uji s-nioiNn V 2 ^^^ 
d^pmn yiNa ^w^ nd np3>ir ï-i^auja ^d t<sbN ^nni:n© «b ^an ^iy ypn 
mdb n^dnb ^nnbi^T ^n ^n^^u5 w d^pn© piia «ddb tDnp3>ir 3>^m 
dii maiNi-î ya dnb d^iNtt53n ta^^rt nna ibad^n b^i^ ^a d^i^r: 
■^ny^idu: ^r>3 M©^ dd^m ^ni . son aiipa ba^ ypn nb^ba mira ^n 
■•nia^ ^r3>a ^na© n^na m^bïi ^nan \nna©-! ^1005 nna tn d^imin ^sa ^d 
ïti^-i Nia-» "i^ dbi:> •fliaw maN© nidbr: n"^ ^n^irai Nia^d y^a ^n^m 
iNia^ d^iNi d'na'm mtiiha ^n^i m^y -«dd and ^nindi ^ma^-piit 
ib inid^Mi TOfiûatm lab b^ ^nidn 'rrib ^riNb ^n^ipi id^M im» ^db 
■<niatt5"i mbNWln tay ansïil N^i^tt '"TOI tD^n^a ib ^nnai naai ïibi^i^ 
nd^^d mnam ^ba^r ^110 lï-maa-nd and nb ^nna d^i laïiddab ims 
ma< ^bis itm tdpa* 1 ni©^ "jN^ddNd dd^n^T iNïisd» w ib ^b^i "jmb^tt 
^hn "b i^rtio na bd tzidb ama ^n^n ta^inia ïiaiN© ^bibi ^m m© 
■^n '■'naiNi ia^a d^aizsan ^hn 111 imx nNm fcaab ^nana ipvM !?aa< 
n'^ïi î» ?"d ^a -»b wi^b nn« mia» ,h i ^hn iit ib N^a^i 1^ n^a naaba 
Vv«Si pb d^ipa dd^nN nu:a -aa dai , -«b iiTaw Nb i»n îûbwïri nib«i» 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1N3U3 prb yrrbs ^ba-» ab d"n«iaam dnarpTa ^mansn mabn dmaa p 1 ** 3 
tanatt !T»n aa *nba Wîaan nmiaai liiîib aitaa taama iût& u^an Tb 
fcpttinn diman Tnan ^a n?aan ba> na^a *o n?aia w*n d"naiaan 'an ib 
ain id ^ana w^aa taama œtd ab\a pa pm rmE aa-na ia> D^inoi 
tnTn aa^ia na> taama uinab ^b •pan ">b n^aa ab atn n>aa pi n^an ba> 
-na s-ïmionïi ba> ib -naïaia taanaa pnsoa bnp -6 in^aia frai piat 
TnttNi ^nnEua-i mpi rvpaa aa-i nann mnsio» la^aa* vibai tien ^na 
wiîn .'iai nnnnur rima ^ba n;b "latap^ *np faut ba n"a> aman nTaa nm 
ab 13 nna>5an p aaza ab ta^att) n^abu) ma> ^a t*ii ^na aa» lanaa nbra 
.aica ^bîTa rrïm •piarraa Vrai prn spo na> nanb ^axat a^an 
"»aa7a dnawa bu? attima n;b>a duîb mnro n?a nwn dab naoa nan 
■pp nnm pa> n-i^ niai 'ia?an aoaan nia "pttatt anm na*" laai nttnam 
bina dl« a-im anatt 'n iot ma pim dnb um b&mzra 5]ba nuîa» d^aia 
vnarnD* taanb -i7aiN"i n;b:ott taaïmna naun tzpjau) an^ ann dan bania^a 
nynw pî lab nan w« n;b?ab n^aai anatt '1 na* infii in bama^ wi» 
ta^nian ^aab avaria statn bnpn^apt taa> dnatt 'n ^aabtt laatna pa aw 
bania* m ba> anwi t]Da ^naa T*i ib ianai nniaa itta» i^an mnsm 
fcarrww rnarw in anna tpa "naa Y* "6 ian dnb -i»n n^ari nauîb 
dnb nNUîa NbT dnb n^n n^aN ba ina^ai nb lanan im^ in ba-uz^ bua 
innai dn^a anm dmnn^ nau5 n^^b^n nauîb baab ïr»m d^pb diba 
"•na anm bfin^ tii» tam» ^arirr yn^rr nbn taa^N^aam nanrr dn?a 
nnn ia*nb ran?aa p\aa tabw^ taana^a 7 n n^ia^i ni^m» ^nai t-ivoaa 
^bȕi nmN a?52ua n""> in d^nn Y'ta nn^ ampa baN nna ^b^a mabtta 
na na mrt «bi T»ara>-) ibnaan T«aD iba^-i nn3>n nnîn^T n^i^^n it 
oaaan dibu: ana in^caam tniN n^to^ "i3> dna^a 'n nn^ a^ana na^n n^yb 
n« yapn nbu) nna^n n\a3>?arî iniNa ^nNian "«a ^irra ^a« a»^ 1 » ib 112^ vby 
naa d^«)a»i nuj^an ^bfcin dn^b^ nîm m^m^ni nroaan iaam v n ^ ^^ 
iu:a> pn pb raa-nptt rn\aa nroaan maab ann £]Da dnb pan anT 
n:n5a;an it lyw ansusan dms dai uj^n d^ab^ n^an^ i^aa antt ipa^ 
INnao^a ^ba ujpitib nab nT n^n-» ^n^a Ta» ana^a 'nb "nm bnpn ">apt iaai 
d^naia imp^nnnia "jva ypn pï na>n «b ^a ^nN ba ana>a /ta i dnb i5aN 
taa ^ban bnpn s-ina>5a mi£p7a ^b nan taaat:ara> nbûab-jn ba taanb n»N 
•^bina» nuja> j-ittîTam taana^a 'n ^bm taaa^na nam ^aa ain n^aa nain 
ri^buj in*n canada 'm p?a a""» iNnsoab wiï: ta^ain i"ca nnab bnpn 
ba naaaau) i^a taa^abm taan mnai^aan N^n npmn ^m td N^aita tanTa 
taanb n?aN"i bnpn n->nwab anai taanaw 'n am ^a^n ^asb i^an na^?an 
■iTa n^nu) ^5a bnpm n"a> iaan nu:?aa wa «nm na>-,»u3m nain n^aa 

. nnoa naan nabb nbia^ 
■n^b aan na>i)au:n -ub pT nnab auji^ ^n^n iw» na n^a?a ^aNi 
na\ani anTn bipuîni 'jn^Tan n^a ba> ittarn ^b nt3N Y 5 ^^" 1 l^' 311 nD1D 
naio ib n»«n ^ibanabar son ^b^ani n^anb?aa paa>ntD n;b?an n^n ^a ^b 
taaab nTaai vban b3» i»> '^b'nn taaab n?aN ^a ^b^an ana N^anu) n;b?an 
ana»)ai nnra ^abti marna ^azp» laia-"© d^bna»n nba ^a dab ia»i an bnpa 



DOCUMENTS INÉDITS 177 

o-oan n"an i-nbamabs i^n impart n-»ai ûSŒW ba* w anbnb i»n« 
ba> "pb'nb ^b i^n ^n Dit -imai aanai "onna imioitt) i^ tran* mn ûtta 
n-ir-iNn np-n «a-» nna» [û^nrp] "jbja ^a ^n 3HT ta tzrnbNrr piabTa 
CWiïPtt ^b» rrmN np^ i-nt] ia aitan ^bîTaa nba» ^a baN Q*rai -n^ 

. vwa "jn Ni:73N ^biN ï-panbtn Nbi capiana 
'1 "paun anaa taanaii-i ï-iba baa in-w "p narn m^rr ama "rç&n 
•jiuîbTa tanann iba ^pppa>nu: «ba dnd brtpbi ana>?ab na\a niaN niatt 
nOTi Y'i •p&ob anin maab wibd ï-wnb ^PNausai ^aiprr *pujbb ana> 

, ibN ba ib anawz) ^ba» m^rn 4éW3 an*ba> 
inmaia aanittta animai in animai nuîto 'n rma* ana ipa>7aiata yvoi 
n« nanaw) iy maa* aôi caipm a*b 15 'ni tauîa ipa>au)2i rtma nnTara 
ib^auja noa ^piapai tanszttb inaoïa ^ anarni 'a mbnti vobîTi ^ns 
na> ma>tta ima* imasm imanb ^nabni taw Vu Bpo la» "«nNaro a*bi 
inaa iaa* iama rêîrvn»«i ^ti i^a» nTauîi -o-pan namaa m^i iinNïttaro 
ai^ abma ny nna* naia itta* inmaan "pba* bart anina la* è paa>bi "jmanb 

BTlpil inaiBE Tiani li53> mai 3» N1Ï11 ÛiïTiaa 1^33*1 !"H33l "jb-N !l&niB inat 

baa* inana ricana ^pa* baa* ima* iipsa* ibia* n>aam ittibn ib naii l'raa'b 
taibnn ib m»an nittibn mpsb a^-p caaan ana* ttpai -pa*a ^bnnn aip 
inia taan tzna* lapaii "la^n tDp^i n?aia<?a ^attïï upa* ani aôi ■jbrMDa 
Yba* iaan nntt la* i^t ^b in ib -i^^n i^ibn nb tjpi ipin n^^^t s-n^ibn 
bN^i t=i^ nn^b ib^N ^bn nri7a ^t» t^éw taa^aaiaa riN^Ni r-iTrr rrb^b3 
î^anan fn»» p ^a Qibnn *\12K r-i^rr «b ib n^N casibnri ithpd «»5a 
ib ï-pïto bTra ûip» maa *jb^ ^a ^nto niï-î aie: tznbnn ^a 3>ti ri'i^^a 
to^^n^rr ^b^rr p^a ^usdn ba ^a tDïr>ba» "itti? Nin\a i^sayi ^b^n n^aa 
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178 REVUE DES ETUDES JUIVES 

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^b^n iaab aa av "ifiabn iiaab maa> bab min "îbatN ma ib nnb ^btti-; 
'p-ibn 'pina ïienn aw 'n 1* a-nïra ^jbtob "îfc&n ittibn ynna ib "nairn 
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San lia ba» nma au^i mab imaa» babi bna nu>ia> nb nnb irisn -tnïï 
ban i»api va ban innan nn^an an ba> ib ï-ïïiûttb "irwtû'n "nsriN ma 
B^naptt a^awa ana^j -nba» pa&r Nb T5r baia firaaa ib a'aiû'n n^a" 1 i^b 
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ib p^ tnïï rrttî» n« nn^ ^b^m tth ^a ba^3 bn^ia nnr nbti mïri y-iNîi 
■ib nb^n muîN nN nïiN îrcî^n , "mai num nb p-^n dnb msatt rjUJN 
n^p ©nBb "^nbna^ rçifin ^iT3>a ïtïi ûïrnaN ^nbN n»« » û^nnN i^ujt p 
tD^iaiBrt n^Toi ^b^arr nN)2 ^iiNb fpirtt Tiawn *i^i^ïti arjrj ba^û nriN 
^iin (tin) î|n"n . pnn^ piis^ a^aîi msnftin n^pn ^b^ii ^Bb ûm^i^n 
m^a b3> îi-ttwn biia niui>* ib p^n ta^nii^ niaa» rr^N t^hn inn 'nb 
, "imiu^b vby mw a^-ia^rt n^b^b bisn «b Nir: » iniriM 
mab ^biim n^rnzsa np ir^ln B^^n ba n^i^ rrï-ï ^52 dab t^n ^nt 
a^MNîi p pin nbsn mu53>b nn^a m^b-> nm^bn ù^nN^ a^ ibu) nDiarî 
^b" 1 ^a -in^i mbwï) rb^ biNiubi m^bbi imN-ib pnnTo y-iN» ta^a^ 
'a ^^mu5 ^y tzrb&ymï'* )^ dmim ^a -n?a mîr^ia û^binrj ba msnb 
smnriN ni3>iïD '5 ^3^ n?a^ ni^^bn -jbinsi niNib ^b^ nn^i ûtït» nwa 
miN^-iïirt p niDiaton ^^^"> nniST ai^rr n^ i^^i baa-n nn^ab au) in^T 
nb^bn^D nnN nirp "i^ ^b72M m**ps ^T b3> i^b^ «a^ p^wrr pi oattn pi 
Nirsi ta^BD tanuï:n ïi^^n mïi^ i-iu53>© ta^naart ba ainai p nni<i 
ïi\iî^^ htbt a^nnN a^nsaa ap^n^in a^aïab ams p^ arai nb-^ba aina"> 
t3N"W V" 1 ^^ Nn t= " ,5D N<1 ^^ ipT vaab in» caiN Nau: *iy ta^tt^îi ba 
bap^i n^Bb Na-^i -î^ip^» 3>a^ "innai in»am i3>ttU3 ^^3115 *»a ^m^b m^nb 
nttu> ïT^ttm 'n pTïi ^^m -na^bi maab sriiti mai a^a naaa ^n« imN 
^7353 bi^U5b natYa ^n nn^ i-ïb^^ ^tin nb n^Ni ib»3?n ^ns v^ y rt*1 
^^ pti-r ib -i»n mr-inu) ï-i!a ba bN© pT!i imab ^ttn ib n?3N 
Nb ai-iSMaa "^n^a© an^ïi^i ^^ab "n^bbi ^niN-ib ^njsai pnn?3 piN» -^n^a 
wï» ib n^DNi ^^bs ->n^nu5 b^raT pmin ain» lima ^^^ nanb ^ribyy* 
osftïi -nai ma3>N\z: ^ jn»n baN a^^ïi ba ipin p nt3Na inttîtt 'n 
ims ntïïN baa p ^^^ nwibawîtt hxn Nb^i p nn^n am^pan iab^ 



DOCUMENTS INEDITS 179 

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p nrwi • ca*»nar»a win nap^i b-na ma rm» ï-nbe 'n ib m-n 

b^ai 'pbrt ib^ït fVn ^ nN ^ r "i ^ W "ittia rat aun p ib ibia 
t**itt dmpT "p ^a in n« ana toe 'm -nnwa nrvr nam rrcaan tp^n 
*-paa naïN b^nett batt air™ aifi ^a dïnaN "n dn aha iniûKi ib 
. • 'nnswtttt snaart tp-n 'n maa vaab a-naa Tua ^a-na npbi ^b^n 
bina ^bm nbn 'ta'b'p'n'n naiûi iiaai ■naa* nnriN tarnat* a^b frn 
iDoïi lavra ï-rcian d*na:tta iniN -nap^i aaa »"ia n^T -«anN ^na m 'i 
■nba» -uaan î-hde naan ^a» i-mn -raVa tan^bn^ ba im pi bna 
■»aii) nN •wa npb -p irtan , a^aua na^n taavi-tà iû^n ba* w$ ab -lias 
îrnriN ahb jrm inaaTi ail ba> Tniaa ^nua asib jhai ttin m '-i *»âa 
■nsa y-iab tjmN nb'ai ï— r^^in iaaa^aa^ npb *p nnan .bra ntaian 
babi jaïiBp» ynabi aaabi ara^ban tiaomaaaba* ynaài ns^st. 'paôi 
■pan maa rawi a^aïaai îaa^an a^aaa* -taaua ra^a 3>ïïïa\a t-natn«rt 
nariptt "nbba?» na^an abï "paam w 1 »b "«a n*i "pa^a dï-nba* îca^aïn 
ïraan rraa» 'i ïtab nnnr» ananua ^ piiia a*bua vba* sw? narami arm 
nan d^nailr; ba ana uaïai d"ma?ii ni« -ittua na diai "ina* naa dîib 
ta^a^ *iiaat d^a^b -nti dab^a^aa -îuaan tabaia* i^ïiiia mpsoft bai ata^n 
.yiNïi !aaa "na\au5 nna^ ana ^iriNi i^^U5-« Nbi d^ib û^tn iNn"» Nbi d^b 
i-rma ï-iaitaïi ina^n^i nairaîi ma-'a^» nn^ ûî-iab n^a ^nbia^ «b ^ni 
n^rr Nb n^'iN^ b3> ^n ^va» naa^u: ^^ ba ^a i^3> dmri^bi d^b^jaicb 
bna dan îs^m d^aaai d^arioa dniïi bNiia^ ^aa ba^a mba ^awb 
!-nat:n d^iattta mw^^ai m^oaa r:\aa> anï-n d^nb^ ^n^ "i^^ ïj^n iiaan 
nn^ î-iia» laanb mafcn«în ba?a i^a^a b^n^a^ ^a«!a d^iittîa tam t^îti 
bab srnn n^ab^a niïti d^iab^ûi p"pi d^sbN 7 a diip dt) d^nfi d^iaaNïi» 
ïrnn *™bb d^atnrt d^a taa^a^i bab bna piaia rt^a^T a\ai nai^ 
unabb laai bia^b dnb uaT^a bv nan dïib ian^ plaise yn iDa-ian^ 
diaoT ii^abbi ^aiabbi biaab d'à d^ai dma^iN in^an d^a^ïi srv\ 
baa-i ù^^at» ^la^i d^abN n^iu^^ ïia^i ?ia^ baa pnaisb fnw )Mim 
l^naT t3^nN"a d^ba^u^ V 2 * 1 ta^iiïT' ^a yin^n n^a in^ 3>ia^i jiaia 
inuja>"i ina^aT -intjan ain^an d^^n ba fnaan pi a^a nanTa^a d^arap 

. d^aa n^aa ib^a-» Nb irpiari 
IpT i^Ta^ da^ t)D^i n^a->"i biia "«bn ïiu:7a naa-i ïibn 'a'o'p'n'n îiaujaT 
bai ta^itrrt ba bina iiaa ib n^aa?^ ta^n^^aa ims inap^i d^ n ^a^T 
ib ^n Tb^aïaa Tia^ua "naam laariïi ai-i^ai dua d^ai^aa^ d^bN^»^^ 
tarrp b^ïii imb^a» ^^ ba -jbttïi nb nuî3>\a npart ai-i^ai naab nb^a-> 

.mbiai di5ua .^»n ba-na^ ba b^T ia^ 

« Il y avait en Espagne un homme nommé Maïmon. Cet homme 
était très pieux et marchait dans les voies de l'Eternel; il s'occupait 
de la loi divine jour et nuit. Il avait deux fils, dont l'un s'appelait 

1 Le nom de famille manque dans le ms. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Moïse et l'autre David. Ayant appris que dans la ville de Fez 
dans le Magreb, existait un homme savant s'occupant d'études 
sacrées, versé dans toutes les sciences et qui était une sommité 
dans la philosophie spéculative, il alla, avec toute sa famille, trou- 
ver le grand Gaôn R. Yehoudah ha-Cohen 4 ,de sainte mémoire. 
R. Moïse fils de Maïmon étudia chez ce Gaôn, durant toute sa vie, 
la loi divine qu'il répandait en Israël. A cette époque survint le 
tyran Mahmud 2 qui tua le grand Gaôn au milieu de souffrances 
atroces, parce qu'il avait refusé de se convertir. Voyant qu'il ne 
voulait pas consentir à changer de religion, il le fit périr de mort 
violente. (Que Dieu nous en préserve, nous et nos frères en Is- 
raël ! ) Lorsque R. Maïmon apprit cette nouvelle fatale, il prit ses 
deux fils, R. Moïse et R. David son frère, et s'enfuit nuitamment. 
Ils marchèrent toute la nuit, se tenant cachés pendant le jour, 
jusqu'à ce qu'ils arrivèrent dans la ville de Ceuta, où ils gagnè- 
rent un vaisseau et se rendirent par Alexandrie à Jérusalem. Là 
mourut R. Maïmon, et il fut enterré par ses fils. R. Moïse retourna 
en Egypte et devint plus savant que tous ses contemporains. Sa 
grande renommée parvint aux oreilles du roi d'Egypte, qui por- 
tait le nom de Selah ed-Din. Moïse fut introduit chez le roi, qui le 
reçut favorablement et l'éleva au-dessus des autres princes. Il ré- 
pandit l'étude de la loi en Israël, ses ouvrages et ses lettres arri- 
vèrent en tout temps dans le Magreb, et il s'informait de leur état 
de paix. 

» Moi, le traducteur de cette lettre, habitant de Tolède et natif 
d'Espagne, j'ai fui aussi ce tyran à Tolède en l'an 4946 A. M. (= 
1186 de l'ère vulgaire), le douze du mois de Tammouz et j'ai sé- 
journé en Espagne, pour des affaires, environ quatorze mois. De là 
je suis parti dans la ville de Fez pour le commerce, comme tant 
d'autres. J'y demeurai dans un hôtel en compagnie de Juifs pen- 
dant quatre mois. Le jour du Sabbath, les notables de la commu- 
nauté me dirent : « Il y a ici un vieillard très savant, mais qui 
est malade, nous allons lui rendre visite. » Je les accompagnai 
chez ce malade qui était un homme savant et très pieux. Nous 
nous entretînmes avec lui des exactions du gouvernement et de 
notre état de servitude. Ce vieillard nous apprit que son nom 
était R. Isaac, fils de Nathan et ajouta : « Mes frères, ne savez- 
vous pas que j'ai reçu une lettre d'Egypte du Gaôn R. Moïse 

1 Ce Gaon est probablement le R. Jehoudah ha-Kohen ibn Soussan que Saadyah 
ibn Danân mentionne comme ayant été martyr. Voy. Graetz, Gresck. der Judcn, VI, 
p. 172. 

2 C'est probablement Mohammed Almoumen. Peut-être faut-il même lire miaiû = 
Toumart. 



DOCUMENTS INEDITS 181 

ben Maïmon, de sainte mémoire ? » Il nous montra cette lettre. 

» Voici le contenu de la lettre venue d'Egypte du grand Gaôn 
R. Moïse ; elle est écrite en arabe et traduite en hébreu. 

» A mes frères et amis, au peuple saint de la communauté sainte 
de Fez. Moi, votre frère, l'humble Moïse fils de Maïmon, je vous 
annonce la bonne nouvelle que Dieu va envoyer bientôt le Messie 
et nous consoler avec la ville de Zion. Sachez, mes amis, que j'ai 
appris ces bonnes nouvelles par des commerçants qui sont arrivés 
de Bagdad en Egypte et à Jérusalem. Ils rapportent que le roi des 
Juifs si longtemps attendu a enfin apparu à Ispahan. Le même 
fait est rapporté par les commerçants qui viennent de St-Jean- 
d'Acre, de Damas et d'autres villes. Mais moi, Moïse, je ne voulais 
pas croire, me disant que ces commerçants se raillaient de nous ; 
cependant il me semblait étrange d'entendre le même rapport fait 
par tant de personnes venant de différents endroits, et le doute 
surgit dans mon cœur. Enfin deux riches commerçants de Damas, 
qui voyageaient pour leurs affaires à Bagdad et jusqu'à la Mecque 
où le tombeau de Mahomet se trouve, arrivèrent au Caire et 
vinrent me voir pour me saluer ; pendant mon entretien avec 
eux sur l'état de nos frères en Babylonie et dans d'autres contrées 
éloignées, je leur dis : « Vous êtes mes amis, répondez à une ques- 
tion que je vous adresse, sans me cacher la vérité. » Ils me pro- 
mirent de me dire toute la vérité. « Ce que j'ai appris par les com- 
merçants arabes est-il vrai? » leur demandai-je. Ils répondirent: 
(^Oui, en effet ; nous étions au caravansérail de Bagdad et cau- 
sions de différentes choses, assis devant la porte, quand nous 
vîmes passer un Juif. Celui-ci fut arrêté par deux vauriens qui 
se moquèrent de lui, et nous-mêmes nous prîmes part à leurs rail- 
leries, quand deux commerçants du Yémen *, s'adressant à ces vau- 
riens : « Fous que vous êtes, dirent-ils, ne craignez-vous pas Dieu 
et n'avez-vous pas honte devant les hommes? Sachez que ce Juif 
que vous insultez, Dieu a levé sa corne et fait briller son étoile. » 
En effet le Messie que les Juifs attendaient est en ce moment à 
Ispahan. Beaucoup de tribus se sont jointes à lui, et parmi elles 
deux grandes familles des Arabes, et tout le monde croit en lui. 
Et si on ne veut pas nous croire, me dirent ces commerçants 
arabes, voici deux commerçants riches de Bagdad qui te répéte- 
ront la même chose ; tu croiras alors. J'attendis pendant quatre 
jours l'arrivée de ces commerçants juifs, enfin ils vinrent, et, sur 



1 Littéralement « de Schéba et de Séba > (Psaumes, lxxii, 10). Séba est plutôt 
l'Ethiopie (voir le Lexicoa de Gesenius s. v). Dans notre lettre, on ne veut parler que 
du Yémen. 

T. IV. 13 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ma question si le rapport des commerçants était vrai, ils me 
répondirent : « En effet Dieu a vu notre misère et il nous délivrera 
comme il a fait pour nos ancêtres. » Ils ajoutèrent qu'à Bagdad ils 
avaient vu des commerçants juifs qui disaient qu'à Ispahan un 
homme du nom d'Abi-Saïd ben Daûdi 1 s'était levé, sept ans aupa- 
ravant, se disant le chef de l'armée du Messie, et que beaucoup de 
tribus s'étaient rangées autour de lui et parmi elles des Arabes. 
Voyant cette multitude se joindre à lui, il leur avait dit : « Le 
temps de la rédemption n'est pas encore venu », et il s'était tenu 
caché dans une caverne pendant sept ans. Ces Juifs me dirent 
encore que, cette année, une plus grande multitude se groupe au- 
tour de lui. Ils rapportèrent avoir entendu d'autres Juifs qui pré- 
tendent avoir vu un nuage se lever sur la tête de ce Abi-Said 
pendant qu'il faisait la prière, nuage qui atteignit le ciel. Les 
anciens des Juifs lui dirent : « Maître, notre roi et Messie de 
Dieu, nous vivons en paix et nos communautés sont florissantes, 
tandis que nos frères sont en captivité. Cela ne doit pas durer , 
sois notre commandant et nous irons les délivrer du joug des 
nations. » Sur quoi Abi-Said répondit: « Non, mes frères, l'époque 
de la rédemption n'est pas encore venue et je n'ai pour mission 
que de rassurer les cœurs oppressés de nos frères lointains, afin 
qu'ils supportent encore pendant quelque temps l'oppression. J'ai 
l'ordre de ne pas révéler le moment de la rédemption, mais il est 
proche. » 

» Moi, votre frère Moïse, lorsque j'entendis ces mots de la bou- 
che des Juifs, mon âme se tranquillisa et je fus rempli de joie. Et 
dans la nuit, comme le sommeil ne voulait pas venir, j'étudiai le 
Talmud et j'y trouvai dix-huit questions qui ne peuvent être réso- 
lues que par le Messie 2 . Les ayant mises par écrit, j'appelai mon 
frère David et lui demandai d'aller les soumettre à Abi-Saïd à Ispa- 
han ; je le munis d'argent et de lettres de recommandation pour 
les princes et les pachas. Il partit pour Ispahan où il resta dix jours, 
puis il revint chez moi après une absence de dix-huit mois. Si je 
voulais être prolixe, je vous écrirais ce qu'il m'a rapporté, mais je 
ne vous enverrai que ce qui vous concerne principalement. C'est 
que mon frère a vu Abi-Saïd par qui les Juifs jurent en disant : 
« Vive notre roi, le Messie de Dieu. » Mon frère m'apporta deux 
lettres de lui, dans lesquelles il répond à quinze de mes questions, 
tandis que pour les trois autres, il dit que la solution ne lui en a 
pas été donnée. Moi-même, votre frère Moïse, j'ai pu expliquer 



1 C'est le nom arabe de David Alroï. Cf Graetz, op. cit., p. 426. 
- Celte tradition est inconnue au Talmud et au Midraseli. 



DOCUMENTS INEDITS 183 

quelques-unes de ces questions, indépendamment de la réponse 
d'Abi-Saïd, tandis que celui-ci a fait davantage pour l'explica- 
tion d'autres questions. Je fais le raisonnement suivant : Si cet 
homme avait répondu aux trois autres questions, je n'aurais pas 
cru en lui, car nos Rabbins en ont laissé la solution au Messie, 
mais puisqu'il a dit lui-même qu'il faut attendre le Messie pour 
les réponses, je vois qu'il est dans le vrai. p]t comme les com- 
munautés d'Ispahan m'ont répondu, dans la lettre que m'a remise 
mon frère, que beaucoup de tribus se rangent autour de lui, et 
parmi elles celles de Kédar (Arabes) et de Nébayoth (Nabatéens), 
je me suis réjoui, en me disant : « Voilà ce que le prophète a 
prédit : Toutes les brebis de Kédar seront assemblées vers toi ; les 
moutons de Nébayoth seront employés à ton service » (Isaïe, lx, T). 
Abi-Saïd m'écrivit en outre, dans la lettre qu'il donna à mon frère, 
que durant trois ans encore je ne sortirai pas de la caverne, 
car le temps n'est pas encore arrivé que je la quitte; c'est le qua- 
torze du mois de marheschwan que je sortirai et mon étoile sera 
bonne alors. 

» Je vous raconterai encore ce qui s'est passé dans ce pays. Il y 
a un roi au sud de l'Egypte, descendant des fils de Togarma et 
de Yaphet, qui est musulman. Sa capitale s'appelle Aden, et 12,000 
Israélites demeurent dans son royaume. Leur rabbin s'appelle 
Menahem, c'est un grand homme, savant et craignant Lieu. Un 
jour le roi décréta que les Juifs devaient se convertir ou mourir. 
Menahem demanda un délai de sept jours ; mais ils se rachetèrent 
avec une somme de quatorze talents d'argent. L'année suivante, le 
roi demanda la même somme en renouvelant la même menace, et 
les Juifs se dépouillèrent entièrement pour satisfaire à Hexigence 
du roi. La troisième année, le roi tua un grand nombre d'Israé- 
lites, d'autres purent s'enfuir, et les plus pauvres se converti- 
rent. Les synagogues ainsi que les écoles furent détruites. R. Me- 
nahem s'enfuit, portant un sac sur les reins, au sommet d'une 
montagne, dans un autre royaume. Après quinze ou dix-huit mois, 
le roi apprit où R. Menahem se réfugiait, il en fut fort effrayé. Il 
lui manda de revenir avec confiance, disant : « Je sais que j'ai mal 
agi dans cette affaire, maintenant tâche de rassembler tes frères 
et rebâtissez les synagogues et les écoles. » Il leur donna vingt- 
cinq talents d'or pour la reconstruction qu'ils accomplirent en 
effet. Il en revint 4000; ayant appris ce qui se passait, les anciens 
de la communauté se rendirent chez R. Menahem, et lui dirent : 
« Jusqu'à quand cet homme sera-t-il pour nous une cause de ruine 
(Exod., x, 7) ? Allons à Ispahan.» —Menahem leur répondit : « Non 
mes frères, le moment de la délivrance n'est pas encore arrivé. » 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» Comme ils se récriaient, Menahem leur dit : « Ne vous mettez 
pas en mouvement, mais donnez-moi quelque argent, et j'irai voir ; 
si la chose est vraie, je vous ferai venir. » Il partit donc avec 
quinze des plus notables de la communauté ; ils n'étaient plus que 
douze quand ils arrivèrent, après quinze mois de marche, à Ispahan, 
les trois autres étaient morts de soif, car le chemin était long et il 
fallait traverser des déserts. Ils virent cet homme (Abi-Saïd), et 
R. Menahem écrivit à la communauté que le fait était vrai ; les 
plus aisés quittèrent alors la communauté secrètement 1 . 

» Et moi, Moïse, fils de Maïmon, je me tins tranquille après avoir 
appris ce rapport. Le secrétaire du roi vint me trouver et me dit : 
« Le roi mande ce qui suit : Tu seras le trésorier et tu m'enverras 
l'argent » ; car le roi Selah ed-Din - se préparait pour une guerre. 
Le secrétaire, qui m'apportait la lettre du roi, m'apprit que le roi, 
se tenant debout, avait annoncé que parmi les chrétiens qui ve- 
naient de tous côtés, du Sud et de l'Ouest, pour le combattre et 
s'emparer de Jérusalem et du sanctuaire, Dieu avait fait entrer 
l'esprit de vertige (Isaïe, xix, 14), aussi tous mourraient-ils, soit 
par l'épée, soit par la famine, soit la peste. « Et moi, continua le 
roi, je n'ai pas non plus le droit de régner sur le royaume de Dieu, 
et je vois que le roi des Juifs viendra bientôt pour reprendre ces 
provinces de ma main et de la leur ; mais ma destinée veut que le 
roi des Juifs reprenne de ma main Jérusalem paisiblement et non 
par la guerre, et ainsi peut-être trouverai-je grâce à ses yeux. » 

» Moi qui écris cette lettre, j'ai vu l'original autographe de R. 
Moïse, qui l'a envoyé à la communauté de Fez; et je l'ai traduit 
de l'arabe en hébreu. En arrivant à Rome, j'ai raconté ce récit à 
R. Léon, il s'en est réjoui et m'a prié de le mettre par écrit. 

» Quand j'eus appris par la lettre démon maître, R. Moïse, qu'il 
était encore en vie au Caire, je me réjouis et me jurai que je n'au- 
rais pas de repos avant de l'avoir vu. Je me mis en marche et 
voyageai pendant neuf mois pour me rendre chez lui au Caire. Je 
ne réussis à le trouver qu'après quinze jours d'informations, et je 
le vis enfin dans une caverne. Il me reconnut et fut heureux de 
me voir. Je lui dis : « Me voici à ton service, jusqu'à ce que Dieu 
ait pitié de toi. » Je restai donc avec lui un an, quand il fit un 



1 Voir sur cette conversion forcée des communautés du Yémen, Graetz, Gesch. der 
Juden, VI, p. 306. Selon notre document, la lettre de Maïmonide adressée aux Juifs 
du Yémen se rapporterait au mouvement messianique qui se produisit à Ispahan et 
non à celui d'un autre Messie qui s'était montré dans le Yémen, comme M. Graetz 
le croit. 

* C'est le roi Saladin, qui avait repris Jérusalem des mains des chrétiens, et qui 
permit aux Juifs de s'établir dans la ville sainte. Cf. Graetz, op. cit., p. 305. 



DOCUMENTS INÉDITS 185 

rêve, dans lequel il se voyait près d'un grand arbre portant des 
branches énormes. Il appela son domestique et lui dit de se 
faire interpréter ce rêve, comme si c'était lui qui avait eu la 
vision. Il alla trouver l'homme qui s'entendait à interpréter les 
songes, mais celui-ci lui demanda un délai d'un jour, afin de pou- 
voir consulter les étoiles. Le lendemain, il dit au domestique : « Ce 
n'est pas toi qui as eu la vision, mais Moïse qui se tient caché dans 
la caverne. Sache donc que le rêve prédit de bonnes choses. 
L'arbre représente une grande place que le roi donnera à Moïse, et 
les branches représentent les serviteurs du roi, qui, voulant lui 
faire du mal, diront malgré eux du bien de lui et seront utiles à 
Moïse de toutes leurs forces. C'est le Dieu miséricordieux qui le 
veut, afin que Moïse règne sur eux. » Celui-ci, ayant appris de la 
bouche du domestique ce qui s'était passé, se fâcha, car il se 
dit : « Si le roi a connaissance de cette interprétation, il me 
fera tuer. » Aussi Moïse sortit de la caverne, et s'enfuit dans la 
montagne, où il resta pendant quinze mois, jusqu'à ce que ses 
prières fussent accueillies de Dieu. 

» Après un certain temps, le roi fit un rêve qui le rendit inquiet. 
Il fit appeler tous les savants et tous les mages d'Egypte pour en 
savoir l'interprétation, mais ce fut en vain, personne ne savait ce 
que le rêve signifiait. Enfin, Dieu se révéla au roi dans un songe 
et lui dit : « Ce Moïse que tu as rejeté sans raison saura inter- 
préter ton rêve. » Le roi envoya des estafettes dans tout le royaume 
pour chercher Moïse ; ceux-ci publièrent que le roi donnerait une 
récompense à celui qui le trouverait. La nouvelle parvint jusqu'aux 
oreilles de Moïse et il eut peur de se montrer, croyant que c'était 
un piège. qu'on lui tendait. Enfin Dieu lui apparut dans un songe 
et lui dit : « Il est temps que tu sortes de la caverne, car Dieu a 
entendu ta voix. » Moïse se réveilla avec joie et dit à son domes- 
tique : « Va au palais pour savoir si la chose est vraie, car les trois 
ans annoncés par notre maître, le messager du Messie, touchent à 
leur fin. » 

» Le domestique revint et dit à R. Moïse ce qu'il avait appris des 
officiers du palais. Moïse dit au domestique : « Va chez le roi et 
propose-lui de m'amener, moyennant une récompense de 5000 de- 
niers d'Egypte, et, s'il consent, demande un délai d'un jour. » Le 
serviteur fit comme son maître le lui avait ordonné. Le roi lui 
donna l'argent, ainsi que de beaux vêtements et un cheval afin d'a- 
mener Moïse. Le domestique arriva à la caverne, revêtit Moïse de 
l'habit que le roi lui avait donné et le fit monter sur le cheval. 
R. Moïse se munit des sept livres qu'il avait composés pendant 
son séjour dans la caverne, et se rendit au palais du roi. A son ar- 



186 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rivée, il se prosterna devant le roi qui se leva, le prit par les mains, 
le fit asseoir devant lui, en montrant sa grande joie, et le pria d'in- 
terpréter son songe. Moïse demanda un délai d'un jour, ce qui lui 
fut accordé. Le roi le fit loger dans son palais et ordonna à ses ser- 
viteurs d'être à sa disposition. Le lendemain, Moïse donna au roi 
l'interprétation de son rêve, en ajoutant : « Dans huit jours, tu ver- 
ras l'effet de la vérité de mon interprétation. » Et il en fut ainsi. 
Le roi, après avoir vu que tout ce que Moïse disait se réalisait, le 
combla, dans sa joie, de grandes richesses et le rétablit à sa place 
comme trésorier et comme second du palais; il lui jura parle pro- 
phète Mahomet que jamais il n'écouterait plus les calomniateurs 
qui diraient du mal de Moïse. Aussi la réputation de Moïse comme 
savant et comme médecin s'accrut-elle journellement, le roi 
l'aimait beaucoup et lui donna comme femme une fille de Fez. 
Celle-ci mit au jour un fils qu'il nomma Abraham, car il dit : « Le 
Dieu d'Abraham est venu à mon secours. » Il m'est impossible 
de donner un aperçu des honneurs et des richesses que le roi ac- 
corda à Moïse, de l'estime que tous les officiers lui montraient, et 
des cadeaux qu'il reçut de l'étranger. Mon maître donna comme 
femme à son frère David une habitante du Caire, il le combla de 
richesses et le nomma son trésorier, car Moïse ne pouvait pas suf- 
fire à toutes les affaires que le roi lui avait confiées. 

» Je vais vous raconter maintenant comment R. Moïse menait 
ses occupations. Tous les matins, il se rendait à la synagogue pour 
faire la prière avec deux cents élèves qui demeuraient dans sa 
maison, outre les étrangers de tous les pays qui venaient le voir 
pour s'instruire. Il allait visiter ensuite les malades juifs et mu- 
sulmans. A neuf heures, il se rendait chez le roi, pour rester avec 
lui pendant trois heures. Puis, il prenait son repas et dormait jus- 
qu'au soir, ensuite il s'occupait des comptes, en qualité de trésorier 
de l'Etat, jusqu'à la tombée de la nuit. Pendant la huit il composait 
ses livres, qui sont au nombre de vingt-cinq. Le lendemain, il 
donnait aux scribes tout ce qu'il avait écrit pendant la nuit pour 
le copier. Telles étaient régulièrement ses occupations. Un jour, 
il arriva chez lui de Damiette un vieillard très estimé, du nom de 
Néhémie. R. Moïse le reçut d'une manière très affable et ordonna 
de lui rendre tous les honneurs possibles. Ce vieillard demanda la 
permission de lui adresser une question, ce que Moïse lui accorda 
malgré ses nombreuses occupations. Ce vieillard resta cependant 
avec R. Moïse pendant trois ans, pour suivre ses cours. Il mourut 
au Caire et y fut enseveli avec grand honneur. Notre maître reçut 
un autre fils qu'il appela David ; cet enfant prospéra et devint plus 
savant que son frère Abraham. R. Moïse aimait David, car il était 



DOCUMENTS INEDITS 187 

l'enfant de sa vieillesse, tandis que sa femme préférait Abraham, 
car celui-ci était aimé de toute la maison royale. Tous les deux 
se marièrent avec les filles de R. Joseph le prince, de la famille 
[ ]. Leur père leur donna de grandes richesses. En 

l'année 4939 A. M. ( = 1179 de l'ère vulgaire), David, frère démon 
maître, devint malade et il mourut le 11 du mois d'Ab. Il fut 
enseveli au Caire; mon maître ainsi que tous ses élèves pro- 
noncèrent des oraisons funèbres et firent un deuil tel qu'on n'en 
avait pas fait depuis cinq ans. Mon maître donna ses deux filles 
en mariage aux deux fils de R. David et les dota amplement. Il 
envoya ensuite des copies de ses livres en Espagne, en France, à 
Alexandrie, en Allemagne, à Fez, à Ispahan, et en général dans 
tous les pays où il y avait des rabbins. Aussi ses œuvres se répan- 
dirent-elles partout, mais bientôt des rabbins les regardèrent d'un 
mauvais œil, car ils ne connaissaient pas ses voies et ne compre- 
naient pas ses œuvres, ayant peu d'intelligence, et en somme ils 
le calomnièrent 1 . R. Moïse, à cette nouvelle, composa un ouvrage 
nommé « La lumière des aveugles 2 », dans lequel il explique clai- 
rement ses idées et donne la solution des questions douteuses, 
en disant : « C'est pour ceux qui ont des yeux pour ne pas voir, 
et des oreilles pour ne pas entendre. » Il écrivit aussi des lettres 
qu'il expédia dans tous les pays. 

» Je ne peux dire en partie même les bienfaits dont R. Moïse 
a comblé tout le monde, Juifs et Musulmans; en effet de son vivant 
aucun Juif au Caire ainsi que dans les villages de l'Egypte n'eut 
à souffrir de persécution. Cet homme fut très savant, droit et 
craignant Dieu. Il fit bâtir des synagogues et des écoles, et les 
Juifs étrangers qui venaient voir R. Moïse étaient plus nombreux 
que ceux qui habitaient l'Egypte avant son arrivée, lesquels 
étaient au nombre de 2230. Il enseignait pour tout le monde et, 
pour que les élèves de passage pussent travailler sans souci pour 
leur vie matérielle, il fit construire un hôtel où ils recevaient tout 
le nécessaire; il dota cet hôtel d'une annuité de 10,000 deniers 
égyptiens. Il distribuait toutes les semaines aux pauvres de la ville 
et des villages, sans distinction de religion, deux cents petits de- 
niers en monnaie courante de Fez. Telle fut la conduite de toute 
sa vie; des volumes ne pourraient pas contenir les récits de sa 
science, de son intelligence, de sa richesse et de sa droiture. 

» En l'année 4962 A. M. (= 1202 3 de l'ère vulgaire), R. Moïse 

1 Voyez sur cette lutte contre Maïmonide, et surtout pour la Provence. Graetz, op. 
rit., p. 353 pass. et Histoire littéraire de la France, xxvii, p. 6'W). 
- C'est le « Guide des Egarés ». miblié par M. Munk. 
3 La mort de Maïmonide a eu lieu en 1204. 



488 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tomba gravement malade, il mourut et fut réuni à son peuple, 
vieux et rassasié de jours. Il fut enterré au Caire, où tout le 
monde, Juifs et Musulmans, lui fit grand honneur. Je ne suis pas 
en état de relater le deuil ainsi que les honneurs qui lui furent 
rendus par le roi et toute la maison royale. Que Dieu ait pitié de 
nous et de tout Israël 1 Amen ! » 



IL DOCUMENT SUR DAVID ALROI 



Ce document est tiré d'une chronique inédite ou plutôt d'une 
histoire des Mahométans et des Juifs, composée par Joseph fils 
d'Isaac fT^Hap **P "nattd, en l'année 5433 A. M. (=1673 de l'ère 
vulgaire). Ce livre, qui forme la seconde partie de l'ouvrage, com- 
mence à l'année 4302 A. M. (=542) et va jusqu'en 5432 A. M. (= 
1672), il est intitulé t]0"i*> "nan nso, tandis que le premier volume, 
qui est peut-être perdu, avait pour titre û^an "na** et allait depuis 
Adam jusqu'à l'époque des rabbins surnommés tramao 1 . L'au- 
teur énumère dans la préface les ouvrages suivants qu'il avait 
à sa disposition, quand il composa son livre : 

ïibapn nb^btî wini aaia "porm 'd a^-nrt 'o î-wan misai nso 
a"fcnaa ^una . -îdiû^ }yp*n , "pa^aa 'n m^o» a^n nwii» ùwn nrn 
.ujfcm t-naïtîîi y'aumb w© . s-maa p» .^bwn t .*raii -rm 
b*a 'nïib abi? nw ^bNDDtfp -imba 'nïib imba w d"aû^rj fainii 
Ifcmpba triasi "marnai a-^an ^ banM ma-n •nttfco nii-to d'nw n"ata 
, vïttb» and "pan na« ùN^abN ^pn&mnbN ifnpNpbK 

En comparant ce récit avec celui de Joseph ha-Kohen 2 , on 
verra que les deux chroniqueurs avaient sous les yeux deux docu- 
ments différents, surtout pour la fin. 

to» "wnba WMMi nnN tin» dp VSy n'm a^bs* (!) niûïan nattai 
■»3dbi î-iaiï)^ uifin "6* ^sbi won imn smba ra-n rjsib Tttbi 3 -la-vn» * 

1 Voyez notre catalogue, p. 2410, 1. Le ms. est marqué Opp. add. 8* 34. 
* Voyez Emek Eabbacha, traduction de M. Julien Sée, pp. 41 à 44. 
3 Lisez «WT&*. 



DOCUMENTS INEDITS 189 

baan Yittbrm iiabïiai srab mina b-fW mm usa na^rea apan pu»! 
û^Draasam a^Taicanm "naoai Eana^naai bKaw* "piaban rnaiarn r^aan 
ta-nan b* tanbï-îb tMWïl yapbi ana ^a»a n fca-nrtb nnana riban 
-ipia mmaa ta^a^o to^nsrb fma mm tabtoim nt* raianb mabbi 
6a*iiw»?i narp» na la^am abiaw m» unaab inbia 'ïi ■b anb n»*i&o 
anpnttT mbaz» mn tni ww yftw iiasa ans ^bjai ma» "naia impi 
bina ■pnsaaa ibsN siara mbia nb nbiai ïaba eaa3 nna ta*w yapEn T*b» 
ma» rnttsa «irr "»a a>m r-nm« tan taxi t^tdj?» nNi rvrmrui narriûi 
nn^r; ^bttïi ib nttfin ani» Nbai ina «ba "nba «an -ib rimn ffla ^a m 
■om bN-w *aa ta* h» r-nisb 'n ^anara td -»3n i»«-n SMism ^bja 
ta* -13*772 ^bttfi mil ta^ 'a cpabi nmoii maa wiaïibi "naanb ^bTarr 
ittat* -pr»™ manpb sa ni ftm n-i^i ^iiéph nai b* "Pia*i vna 
ïb n73Ni bttaa ^b^n mis r-î&ma n*ai û^n dira mizn "»ba û*moKïi ma» 
p*at n)a ^73?: nt ^N ^3N ^a ib mrsa* ^n»an ib n»N anbrr n* i^ar? •>» 
a^n îaa Tn "ib "i-iwni "pia*i -p-iia -ib ia* imtDBn ^TaNi bvra bipa ^b^n 
"fbftb -raan ^3*1 in»an b* ^b^rt man n» naba bip h*^Taa aba im» 
naia b* aa^a n* i-nriN Tnasn ■nnôi *jb»m ^bin mm -TDHb ^birr *aart 
iniN i&n ïma imNa vb* *ia*i a^n ^s b* ©moi nnno npb niïtî nnsn 
fnatap m^ia r-inx labim inno b* a^a nan* mîro ^b^n ^12* ba 
^bïit) ^bn ûT'n :niwN3^ ht i^a abira tpïft yx ^a nn^Ni ima^TOïi «bi 
b* taba lîtbmi . irtnp i©n pn û^n^b la^i budbïi au3a a^^ mna* 
trbfii^atD'fli )*nx naaa nu:« «a^ba ba •pwiEbN t^^n nb© a"hN"i nnîoan 
a^na^a m©*b» "ni riN snsttb ma^us^ïi ^n-i a*i nbiarr laan a* na^ib 
■^sb imab» ma^i» baa ta^sîaaïi û^nfim ba n^ aniiiN n^b a^i nb^n 
nbiis-i ©ni bN ana s^newi inb^i ans ms^ma baa ïin^ n* îimm ann 
aa n^naN a^ aa^s^b maa ï-nab -i5aNb ni^a ynNnu5 r-na^"«n ■'©ni dni 
lana tn bNita^ anpa ^pa an ^pau^ Nbi la^Nin riN ia?atti a^i^n ba 
"<a ta^N na^ naa «b ^a rrbiN^în ynt wn «b ^i* ^a nwNb ana nib 
axi nb^ï-; a^nana m©*bîa ^^2:* *a»n ^a "jb a^Tan» i3Ni M^iianïi 'îib 
ba bapi immnb a^ana ib inbiu nb^ai bahw ba» rnnaa mirm i^b 
aba aya aman barri amas* *»u5 Nbi pniai pn^i a*bi aN-ipn a^anan 
D^nfirîi amN mm ans ^b»b mil nan^En D^amnïi ^b» l^nbN i^îb» 
m^a tarr ^^n "j»* h« n*n îinN ib n»Ni m hv i^»n hs matti 
ta^airrr Saa-'abN hifflJi *\fty hn b-^amb ■yb* pb ana ^b» a* ïWiats 
rTan «np «irrr: nb^bai a^pan ^n»i aan*N ^aaNi c^i^n ^b tam 
*\w\ mtaa snm î-ïb^brr ^na-i ^«na lï-rpam i-in^)5an ba mb 
aipuim inbN ^t na ©«nrt ^am "iva^n hs mnan i^b* yap maa 

« En Tannée [4]923 A. M. (1163 de l'ère vulgaire) se leva un 
homme nommé David Al-Roï, de la ville d'Amadia. Il avait étudié 
sous le chef de la captivité Rabbénou Hasdaï, sous le chef de l'école 



L9Û REVUE DES ETUDES JUIVES 

Éli 1 et sous le Gaôn Jacob 2 , à Bagdad. Ce David était très versé 
dans la loi de Moïse, la Halakhah, et le Talraud dans toutes les 
sciences externes (profanesJ,dans la langue et la littérature arabes, 
ainsi que dans les livres mystiques. Il lui vint à l'idée de se révolter 
contre le roi de Perse et de réunir les Juifs, afin de combattre les na- 
tions et de s'emparer de Jérusalem. Il donna aux Juifs des signes 3 
faux en leur disant que Dieu l'avait envoyé avec cette mission. 
Une partie de Juifs crurent en lui et le proclamèrent le Messie. 
Quand le roi de Perse apprit ce que David faisait et comment il 
avait réussi à réunir des multitudes, il lui envoya un messager 
pour le prier de venir en toute sécurité le voir, afin qu'il se con- 
vainquît lui-même de la vérité de ses signes et de ses actions ; ainsi 
il saurait que c'est Dieu qui le veut. David vint chez le roi sans 
crainte et sans frayeur. Sur la question du roi : « Es-tu le roi des 
Juifs ? » David répondit : «Je le suis, car Dieu m'a envoyé pour dé- 
livrer les enfants d'Israël. » Le roi ordonna alors de le saisir et de 
le mettre en prison. Trois jours après le roi s'entretenait avec ses 
princes et serviteurs de l'affaire des Juifs, quand il vit venir à sa 
rencontre David, qui était sorti de la prison sans l'aide de per- 
sonne. En le voyant, le roi lui demanda tout effrayé : « Qui t'a 
amené ici? » David répondit : « Ma sagesse est venue à mon aide, 
et en effet je n'ai pas peur de toi. » Le roi commanda à haute voix 
de saisir David, mais ses princes et serviteurs lui répondirent : 
« Nous ne le voyons pas, ce n'est que sa voix que nous entendons. » 
Le roi fut tout interdit devant la sagesse de David, lequel lui ré- 
pondit : « Je m'en irai sur mon chemin. » Suivi du roi, de ses 
princes et de ses serviteurs, il arriva au bord de la rivière, où il ôta 
son turban, retendit sur la surface de l'eau, et traversa la rivière 
en présence de tous les serviteurs du roi. Ceux-ci le poursuivirent 
sur des nacelles, mais ils ne purent l'atteindre ; ils dirent : « Il n'y 
a pas de plus fort sorcier au monde que ce David. » Le même jour, 
ce David parcourut avec l'aide du Tétragramme un chemin de dix 
jours de marche; il raconta aux Juifs ce qui lui était arrivé, et ils 
s'étonnèrent de sa sagesse. Là-dessus [le roi envoya] auprès de 
l'Emir des croyants, le Khalif de Bagdad, le maître des Musulmans, 
pour lui demander de parler au prince de la captivité et aux chefs 
des écoles, afin qu'on empêchât David de continuer d'agir comme 

1 II est probable que le poème dédié au chef de l ; école,Eli (he-Halouç, III, p. 151 ; 
voir notre Catalogue, n° 2424, 4) se rapporte à notre Eli. Voyez cependant Graetz, 
Gesch. der Juden, VII (2« édition), p. 462. 

2 Ce Gaôn est peut-être identique avec le Jacob, sur la mort duquel on trouve 
deux poèmes d'éloge, publiés par nous dans le Letlerbode, III, p. 54 pass. 

3 Voy^z Deutéronome, xn, 2. 



DOCUMENTS INÉDITS 191 

il avait t'ait jusqu'alors, car en cas contraire le roi ferait tuer tous 
les Juifs qui habitaient son royaume. Ce fut alors un temps de dé- 
tresse dans toute la Perse. Les Juifs envoyèrent au chef de la cap- 
tivité et aux chefs des écoles à Bagdad une lettre ainsi conçue : 
« Pourquoi mourrions- nous devant vos yeux, nous avec tous les 
Juifs? Empêchez cet homme de verser un sang innocent en Israël. » 
Là-dessus les chefs des écoles écrivirent à David en ces termes : 
« En vérité, l'époque de la délivrance n'est pas encore venue et 
l'homme ne réussit pas par la force, car c'est avec Dieu qu'est la 
délivrance. Nous te demandons de cesser tes actions, sinon tu 
seras excommunié par tout Israël. » On voulait ainsi le ramener à 
la raison, mais David en recevant ces lettres, s'en moqua, il se tut 
et ne voulut rien écouter. Mais Dieu, le miséricordieux, mit dans 
le cœur du roi des Turcs, Zaïned-Dîn, un des tributaires du roi de 
Perse, qui était ami des Juifs, et qui connaissait le beau-père de 
David, de lui dire : « Tu sais que tes coreligionnaires sont en 
grande détresse par [les menaces] du roi de Perse. C'est pourquoi 
il est de ton devoir de les sauver. Les Juifs, en outre, te donneront 
dix mille pièces d'or, dont je suis garant. » Le même soir, David 
fut invité à dîner chez son beau-père, qui lui donna suffisamment 
à boire. Au milieu de la nuit, comme David était ivre et dormait, 
son beau-père tomba sur lui, lui coupa la tête, qu'il apporta à Zaïn 
ed-Din. Et le pays devint tranquille. 

Ad. Neubauer. 
(La fin au prochain numéro.) 



NOTICE SUR ABBA MARI DE LUNEL 



Parmi les savants du midi de la France mêlés à la querelle re- 
ligieuse qui éclata dans les premières années du xiv e siècle, entre 
les croyants orthodoxes et les partisans de la philosophie, Abba 
Mari de Lunel occupe un des premiers rangs. C'est lui qui y joua 
le rôle le plus important, on peut même le considérer comme le 
véritable auteur de toute cette fatale querelle, qui eut pour ré- 
sultat d'arrêter pendant un certain temps les progrès de la science 
juive, d'aigrir les esprits et de jeter la discorde au sein de commu- 
nautés jusqu'alors paisibles. Tels ont été de tous temps les fruits 
funestes du fanatisme religieux. Nous connaissons tous les inci- 
dents de cette querelle par la correspondance qui fut alors échan- 
gée entre les rabbins, et qui nous a été conservée dans le recueil de 
Minhat Kenaot. Elle a été racontée avec détails par M. Perles, 
dans sa biographie de Salomon ben Adéreth et par M. Renan, dans 
Les Rabbins français. Nous sommes moins bien renseignés sur 
la vie d'Abba Mari ; nous nous proposons de coordonner ici tout ce 
que nous savons sur ce rabbin. 



I 

LE NOM D'àBBA MARI. 



Abba Mari signe ses lettres de son nom et de celui de son 
père : Abba Mari ben Moïse (cf. Minhat Kenaot, n 08 26, 62, etc.), 
ou encore de celui de son grand-père : Abba Mari ben Moïse ben 
Joseph (ibîd. n 08 19, 34), ou plus simplement: Abba Mari ben Jo- 
seph (ibid. n os 1, 25, 50, 56, 78, 98). Comme cette dernière signa- 
ture se retrouve fort souvent, il est difficile d'admettre ici une 
erreur de copiste, comme le suppose M. Renan (Les Rabbins 



NOTICE SUR ABBA MARI DE LUNEL 193 

français, p. 649), mais il faut plutôt songer à l'usage qu'on avait, 
surtout chez les Juifs provençaux, de se servir du nom du grand- 
père comme nom de famille, en omettant le nom du père. Ainsi, 
pour ne citer ici que quelques exemples, le célèbre Calonymos ben 
Galonymos ben Méir d'Arles est appelé aussi Calonymos ben 
Méir 1 . — Menaliem Méiri, appelé aussi Don Vidal Salomon de 
Perpignan, qui se nomme lui-même i-pnïï rnnb nsabrc p ûrra 
(voy. sa préface au Bel ha-Beliïra), est également cité sous le 
nom de Menaliem ben Méir 2 . — Abraham ben Ismaël, le maître du 
savant provençal Jeruham, est aussi cité 3 sous le nom d'Abraham 
ben Moïse ben Ismaël, ce qui montre bien que la première déno- 
mination n'est qu'une abréviation. — Joseph ben Jehuda ben Si- 
mon, le disciple connu de Maïmonide, est appelé plus simplement 
Joseph ben Simon dans la suscription d'une de ses lettres (Munk, 
Notice sur Joseph ben Jehuda, p. 59). 

Abba Mari portait aussi le nom d'Astruc, Don Astruc ou En As- 
truc (prjattîN V) de Lunel (Minhat Kenaot n° 89; Letterbode, V, 
p. 73), mais il est inexact qu'il ait porté, comme l'affirment quel- 
ques auteurs, le nom de Enduran de Lunel (Rabbins fr., p. 649). 
Une des lettres du Minhat Kenaot (n° 87) est adressée à la fois à 
Astruc et à Duran de Lunel. Ce dernier n'est autre que Simon ben 
Joseph, originaire de Perpignan, qui s'établit à Lunel et vécut 
pendant la querelle religieuse à Montpellier, avec Abba Mari, dont 
il était un des partisans les plus zélés (Rabbins fr., p. 695). 

Dans une relation écrite à Perpignan, le 17 novembre 1304, on 
nomme un certain Moïse Astruc, qui emprunta des livres à son 
fils Bénédic Astruc (Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 114, 242). 
Il est impossible d'identifier, comme le veut M. Saige, cet Astruc 
avec notre Abba Mari, qui à ce moment vivait à Montpellier et ne 
se réfugia que deux ans plus tard à Perpignan; et d'ailleurs if 
n'est jamais appelé Abba Mari de Perpignan. Il importe peu de 
rechercher quel était cet Astruc : ce n'est sûrement pas notre 
Abba Mari. 

1 Cf. Zunz, Gesammelte Schriften, III, p. 150; Gross, Monatsschrift de Graetz, 
1879. p. 470 ; mss. hébr. de Berlin, n» 46 ; Catatog. Bodl., p. 24. Ces auteurs 
écrivent TNft '"1 *p OITS^lbp i"?- —Cf. Monatsschrift, 1879, p. 558; ms. de 
Turin, 14, fol. 213 (dans le Catalogue de Peyron. p. 14) et Monatsschrift. I. c. C'est 
ainsi qu'il faut expliquer ces mots d Isaac de Lattes : "un "PKfa "l"2 C")E" , 2")2p 'l 
CJVSÊ "H212) '"D"l mttSrQ l'Un- et il n'est pas nécessaire d'admettre une altéra- 
tion du texte. (Eebr. Bibliographie, VIII, p. 77.) 

s Cf. Aaron ha-Cohen, Orhot Eayyim. I, p. 86 b, qui renvoie au commentaire sur 
Béçah du Meiri, édition de Berlin, p. 13 a. 11 est vrai qu'à la même page Aaron ha- 
Cohen cite Menahem ben Salomon, qui n'est autre que Menahem Méiri. 

3 Jehuda hen Ascher, Réponses s. t. ÏT7W '}T"DT. édit. de Berlin, n. 84. Cf. Mo- 
natsschrift. 1880, p. 406. 



19'» REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

II 

LIEU DE NAISSANCE ET DOMICILE D'ABBA MARI. 

Abba Mari était originaire de Lunel » (département de l'Hé- 
rault), en latin Lunate ou Lunellum, en hébreu irrp -, d'où le nom 
qu'il se donnait lui-même ^n^n 3 . Il quitta sa ville natale Lunel et 
s'établit à Montpellier où il vécut pendant la querelle de 1303 à 
1306. Peu de temps auparavant il avait été à Lunel, peut-être 
seulement de passage, sans doute pour s'entendre avec plusieurs 
de ses partisans (Minhat Kenaot, n° 18). Dans cette dernière 
ville il rencontra une approbation générale. A Montpellier au con- 
traire, quoiqu'il s'y fût créé un parti puissant, il se heurta à une 
opposition qu'il n'avait pas prévue : celle des libéraux ayant à 
leur tête des hommes comme Jacob ben Makhir, Jehuda ben Moïse 
ibn Tibbon, Salomon de Lunel. La querelle fut très vive de part 
et d'autre. L'expulsion des Juifs de France (1306) en marqua la 
fin subite et tragique. 

Abba Mari se réfugia à Arles (cf. ibid., n° 100), où cependant il 
ne trouva pas, à ce qu'il semble, un accueil bienveillant. Le séjour 
dans cette ville lui devint insupportable, puisqu'il parle d'un se- 
cond lieu d'exil où il dut se rendre en quittant Arles. Il se dirigea 
sur Perpignan où il arriva six mois après l'expulsion de Provence, 
c'est-à-dire vers la fin de décembre 1306. Quelques-uns de ses ad- 
versaires essayèrent de l'expulser de cette ville, mais ses amis Sa- 
muel ben Ascher, de Perpignan, et son fils Moïse ayant intercédé 
pour lui auprès du maître du pays, le roi de Majorque, on lui 
permit, comme aux autres exilés, de demeurer à Perpignan. Com- 
bien de temps y resta-t-il? Nous ne le savons pas. Mais la suppo- 
sition (Rabbins fr., p. 496) que de là il se serait rendu à Barcelone 
n'est nullement fondée. Son élégie sur la mort de Salomon ben 
Adéreth (1310) n'a certainement pas été composée à Barcelone, 
mais y a été envoyée sous forme de lettre. 

1 Sa naissance dans cette ville est encore prouvée de ce que Salomon ben Adéreth 
l'appelle une l'ois plus brièvement b^jlb "D "H 53 N2N (Cf. Minhat Kenaot, n. 31). 

2 "irp-p bl^53 dans Zerahia Gerondi. préface à son Maor ; "irP"P nj'pD dans 
Samuel ibn Tibbon, préface à sa traduction hébraïque du More, par allusion à Deut., 
xxxiv, 3. Cf. Letterbode, IV, p. 166 ; Isaac de Lattes Schaaré Zion. 

3 Cf. sa préface au Minhat Kenaot. Ainsi se nommaient entre autres : Abraham 
ben Natan, auteur du Manhig ; un poète du nom de David, que célèbre Abraham Be- 
darsi (Cf. son poème rODÏinfaïl in fi) ; de même un Jehuda poète également nommé 
par Bedarsi; voy. Zunz, Zur Geschichte und Ltteratur, p. 649. 






NOTICE SUR AIWA MARI DE LUNEL 195 

III 

LES DATES. 



Nous ne connaissons ni la date de la naissance d'Abba Mari, 
ni celle de sa mort. Nous ne pouvons fixer qu'approximativement 
l'époque de sa vie. Lors de la querelle de 1303-1306 il devait être 
un homme mûr, vu l'estime dont il jouissait et puisqu'il avait 
déjà à ce moment un fils marié. Quoi qu'il en soit, il était beaucoup 
plus jeune que Salomon ben Adéreth, auquel il a survécu et dont 
il se dit le disciple, dans un sens figuré, il est vrai. Les expressions 
qui paraissent le représenter comme étant encore jeune à cette 
époque (Minhat Kenaot, n° 6, t^Tfcbnrr W2t; ibid., préface, ■vdk 
"■3N maa watîi) ne doivent pas être prises à la lettre : ce sont des 
formules de modestie. Elles nous empêchent cependant d'admettre 
qu'il fût déjà alors d'un âge avancé. M. Neubauer (Monatsschrift, 
1871, p. 514) tient pour vraisemblable que notre Abba Mari est 
identique avec le vieux Bonastruc, mentionné par Isaac ben Sché- 
schet (Réponses, n° 7) et qui, à Barcelone se serait prononcé sur 
une question de rituel ïpn stiî-wd (1. b^nb) b^ib pnrnztt'n fpTn ^b ^y--\ 
mbttnsn. Cette hypothèse n'est pas fondée. Abstraction faite de ce 
que les noms Astruc et Bonastruc, quelle que soit leur parenté, ne 
peuvent cependant pas être confondus sans plus de façon, il y a 
encore deux points à considérer : 1° Isaac ben Schéschet ne donne, 
dans ses Réponses, aucun titre honorifique à ce Bonastruc, mais 
l'appelle simplement « ce vieillard », tandis qu'Abba Mari est tou- 
jours mentionné par ses partisans de la façon la plus honorable l , 
comme « savant éminent », « l'étoile qui nous guide » (ibid., 
n° 57), « notre maître, la lumière de l'exil ». (Letterbode, 1. c). 
2° Il faut aussi considérer l'époque où ben Schéschet écrivit cette 
réponse. Elle est adressée à Benjamin Amar à Bougie en Algérie. 
C'est à ce même savant et un peu plus tard à un savant de Bar- 
sach que Simon ben Zémah Duran adressa un écrit sur le même 
sujet (Réponses, I, n os 125, 127). La Réponse de ce dernier a donc 

i Ben Adéreth l'appelle [Minhat Kenaot, n» 29), 1333?! tlb^Sïl pTHÏT" b^HÎT; 
{ibid., n» 49), ÛTp ^DH "pn 'pDWaa irOIE ÙDn : Ascher ben Yehiel {ibid.. 
n" 51), ïlb^iîl "1U3H T!2DjM ù^nr». Les savants de Lunel lui écrivent {ibid., 
n* ")4), bY73H Ttïîîn nbîinbl dOb ïfb^Wl Ù^nrî ; Abraham ben Joseph d'Aix 
(ibid., u° 44) va jusqu'à dire -jttîn "DD^ Wï\ p^S ÏTTflQ WlTp Û^ïlbN tt^N 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dû être écrite presque en même temps que celle d'Isaac ben Sché- 
schet, et cela sans doute à Alger, où tous deux s'étaient réfugiés 
en 1391. Il est même certain que la date de la Réponse de Duran 
est un peu postérieure à cette année de 1391, puisque l'auteur 
n'avait alors que trente ans et ne pouvait passer pour une au- 
torité à cet âge. C'est donc dans les années 1395 à 1400 que 
Bonastruc de Barcelone fit une réponse orale à la question de 
Benjamin Amar 1 . Il ne faut donc pas songer à identifier ce 
Bonastruc avec Abba Mari de Lunel, qui fleurit environ un siècle 
plus tôt. 



IV 



LA FAMILLE D ABBA MARI. 



Le père d'Abba Mari, Moïse ben Joseph, qui atteignit un âge 
avancé, et son grand-père Joseph, qui porte le titre de Nassi, et 
qui ont sans doute demeuré tous deux à Lunel, étaient des hommes 
très considérés et très estimés pour leur science 2 . Son fils Me- 
schullam 3 , qui était très savant, était le gendre de ce Moïse ben 
Samuel ben Ascher* de Perpignan, dont nous avons déjà parlé 
plus haut. Une amitié intime liait Moïse b. S. b. A. avec Abba 
Mari, dont il embrassa le parti dans la querelle, s'efforçant néan- 
moins, par esprit de conciliation, d'atténuer l'opposition des partis 
et de les mettre d'accord. 

Un Samuel ben Abba Mari de Lunel copia en 1409 le commen- 
taire 5 d'Aaron ha-Lévi sur Alfassi. L'hypothèse de M. Neubauer 

» II y a rsaibsim "pn finfitt) ...^b TWn. H n'était donc plus alors à Alger. 
D'autres savants qui se trouvaient dans cette ville étaient aussi dits « de Lunel », 
entre autres Abraham Lunel, gendre de Benjamin Amar (CL Salomon ben Zémah 
Duran, Réponses, n° 607). 

* Rab Joseph est appelé [Minhat Kenaot, n° 91), 2n!T, plrmfcfi fcTO3!l E3fin 
DOT '"). R- Moïse {ibid,, n° 2), par Ben Adéreth, frnn ^IS-jH D^HH bYMÏl 2"in 

nbjfctt nno'ï; (n° 3), nM3ïTi nb^an brun buîan; (n° 32), mn «imi 

Ï7UK '-I ; (n<> 61), &^D an £531 pî ï-îb^H ÏBfitttt bmn *TOÏ1 ; (^ 18), pviE 

mbrïïn to*; (n° 49). roïï) in-!» bru ; (n° 54), ïD^nrr tusi nran. 

3 Ibiéf., n° 38. Son beau-père écrit à Abba Mari : Ùlbttîl ^ttnbUJD ÉHIp "pritt 

ùbwn im ■mim ^in ^nn *pa. 

* Ibid., et n° 18. Abba Mari dit de lui, peut-être seulement parce qu'il lui était 
apparenté, Nl^î "irbfcOSft. (Cf. n" 36, 37 et 100). 

5 Le ms. de Munich, n<> 237, publié en 1874, porte l'épigraphe suivante : "ON 

rro-Q bta û-»pDD52 ininN "i nsoïi ï-ït varo b^nbn "ntt K3« "nn ban»© 



NOTICE SUR AIWA MART DE LUNEL 197 

que ce copiste serait le fils de notre Abba Mari ne peut se soute- 
nir, d'après ce que nous avons dit sur l'époque où vécut ce dernier. 
Il est de môme peu vraisemblable que Salomon ben Abba Mari de 
Lunel qui a publié une grammaire hébraïque sous le titre de La 
Langue savante x , soit le fils de notre Abba Mari. L'époque où vé- 
cut cet auteur est inconnue, mais comme il se plaint du peu de 
connaissance que ses contemporains avaient de l'hébreu, ce qui 
l'a porté à écrire une grammaire, il est difficile d'admettre qu'il 
ait vécu dans la première moitié ou au milieu du xiv e siècle ; il a 
dû vivre bien plus tard à une époque où la grammaire hébraïque 
était en pleine décadence et où une telle plainte était plutôt justi- 
fiée, comme à l'époque de Yedaya Penini, de Calonymos ben Ca- 
lonymos, d'Immanuel de Rome. Abstraction faite de cette remar- 
que, il y a eu certainement à Lunel et ailleurs d'autres hommes 
du nom d'Abba Mari. Ainsi il y avait à Lunel, à l'époque même 
de la querelle, un Abba Mari ben David, qui signa, de concert avec 
d'autres rabbins, une lettre d'adhésion adressée à Salomon ben 
Adéreth {RaWms fr., p. 692). 

En général le nom d'Abba Mari était très répandu en Provence, 
ce qui a donné lieu à maintes confusions. Nous ne ferons remar- 
quer que la suivante. Le voyageur Benjamin de Tudèle nomme 
dans son Itinéraire (Itinerarium, éd. Ascher, I,p. 5) un Abba Mari 
ben Isaac qu'il rencontra à Saint-Gilles où il était bailli du comte 
Raymond (vers 1170). Zunz {Itinerarium, II, p. 14) et après lui 
d'autres savants, comme M. Graetz (Histoire, VI, p. 244) et M. Re- 
nan (L c, p. 250) tiennent pour vraisemblable que cet Abba Mari, 
bailli de Saint-Gilles, était le père d'Isaac ben Abba Mari, l'auteur, 
de YIttour (composé de 1119 à 1189). C'est là au contraire une hy- 
pothèse tout à fait invraisemblable. L'auteur de YIttour était de 
Marseille et est sans doute le même R. Isaac que Benjamin de Tu- 
dèle rencontra dans cette ville (Itinerarium,!, p. 6); son père 
était également de Marseille, comme le témoigne Isaac de Lattes. 

s-rtWïi r.aiû an©' mna infcbiBrt ïin«m ...yibo^e NBinï-r amfcb rrejm 

ÏTT^b ""USttîrt îlbNÏ"! C3"isb 3>1!5m Û^ttJl. Steinschneider met en doute l'exac- 
titude de la date 1G9. Neubauer, Monatsschrift, l. c, donne la date Û^^m Ï1&M3 

ànom. 

1 Ms. de Parme, n° 34 dans Hebr. Biblior/r. de Steinschneider, VIII, p. 27, 
^fi-p "ntt N3N p ïlttbtt 'ib Û^Tlttb "pUîb. Le nom de ce dernier rabbin est 
accompagné de la note suivante « appelé aussi En Duran Astruc de Lunel », comme 
si c'était notre Abba Mari. Le manuscrit est aussi à Paris, n° 1239 5 , et dans De 
Rossi, n° 800 ; mais il n'a que la première partie. Il faut en dire autant de celui de la 
Rodléienne, précédemment Cod. Reggio, 18. Le ms. Schorr a le nom NDJX p ÎTîTab© 
ÊOTP "HE, ce que Benjacob, Û^SDÏf "I^IN, considère comme une corruption de 

«TOP "| in p rï?ab'C p nn- 

T. IV. 14 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En outre, l'auteur de YIttour * invoque souvent les écrits talmu- 
diques de son père, qui avait été le chef d'une grande école. Cela 
ne peut pas s'appliquer au bailli de Saint-Gilles, que Benjamin de 
Tudèle compte à peine parmi les savants de l'endroit. Il est diffi- 
cile d'admettre qu'il y ait eu à Saint-Gilles, où demeuraient cent 
Juifs environ, une école considérable ; dans tous les cas, il n'est ja- 
mais question nulle part d'une école pareille ; mais il a dû en 
exister une dans la grande communauté de Marseille, qui est dé- 
signée par Benjamin 2 comme une ville de talmudistes distingués, 
et qui était un des grands centres de la science juive. C'est là sans 
doute qu'il nous faudra chercher cette école et à sa tête Abba Mari, 
père de l'auteur de YIttour. On a aussi mis ce dernier en rapport 
avec notre Abba Mari, et supposé que celui-ci descendait d'Isaac 
Abba Mari de Marseille (Jost, Geschichte des Juclenthums, III, 
p. 41). Cette hypothèse n'est confirmée par aucune preuve. 

Ce qui est certain, c'est que notre Abba Mari était parent du 
Nassi Calonynos ben Todros de Narbonne. Quelle était cette 
parenté? On ne le sait pas. Il n'est pas prouvé non plus qu'elle 
s'étendît à Meschullam, cité dans la lettre adressée à Calo- 
nymos 3 . Meschullam était simplement leur ami commun et leur 
partisan. C'est dans sa maison, sans doute à Narbonne, qu'Abba 
Mari avait obtenu du Nassi la promesse d'un appui énergique dans 
la querelle qui venait d'éclater. Abba Mari lui rappelle cette pro- 
messe dans la lettre dont nous venons de parler et fait allusion en 
même temps à leur parenté. Le Nassi, qui avait hésité jusque là, 
s'attacha tout à fait à lui. Il faut remarquer le respect extraordi- 
naire 4 qu'il témoigne à Abba Mari dans sa réponse et ailleurs. 

Abba Mari jouissait d'une haute considération à cause de sa 
science et de sa noble extraction. Jacob ben Makhir, don Profiat 
Tibbon, le chef du parti libéral à Montpellier et son plus grand ad- 
versaire, se prononce sur cette extraction dans une lettre à Sa- 
lomon ben Adéreth. Nous reproduisons le passage malheureuse- 

1 ^la^ï-r "I3D, édit. Lemberg, I, p. 7, 47 a, 52 a ; II, p. 17 b, 33 b ; I, p. 16 b : 1T 

Û n ?3Sn. Un peu plus tard Maïmonide écrit à Marseille à 1j13>T|1531 "Û^D'lbN 
YT\ V\1 WP Û^iattîl Û^^nït- Cf. ses lettres, édit. Amsterdam, p. 6. 

3 Minhat Kenaot, n° 36 ûbltttt 'l l^tlN *72bDft maa WW T3 ^nTHN 
'IfP 133123^. De là M. Perles conclut [Biographie des Salomon b. Adereth, p. 44) que 
Meschullam lui était parent. Mais fiN peut ici comme ailleurs avoir le sens d'ami. 
Cf. ibid., n° 19; Rabbins français, p. 713. 

4 ibid., n ° 57, îminrt bvtt rrnnn isas *m>, laaaw aaia i3*pna ; n- u, 
3T7ai ,in»ana aiwa Atmn tûm b^s mm nacaa» aaia wna ,nio 



NOTICE SUR ABBA MARI DE LUNEL 199 

ment corrompu qui en fait mention, à cause de la précision du 
texte. Jacob ben Makhir reproche à Salomon ben Adéreth d'avoir 
proclamé hérétiques les études scientifiques et surtout les études 
philosophiques, sur la seule instigation d'Abba Mari, qui les lui a 
montrées sous un faux jour, en disant qu'elles étaient dangereuses 
pour la foi. Après lui- avoir représenté le propos blessant qu'Abba 
Mari avait tenu sur le « vieux roi l », expression par laquelle il 
désignait Samuel ibn Tibbon, il continue en ces termes : « Je me 
» rappelle que dans majeunesse 2 , quand j'étais à Lunel pour y étu- 
9 dier, on y lisait, à des époques déterminées, ses écrits (de Sa- 
» muel ibn Tibbon). Le savant (Abba Mari), qui t'a dicté ta conduite 
» à l'égard de la philosophie, aurait dû se rappeler que mes ancê- 
» très et les siens, le grand savant Meschullam 3 , honoré de l'es- 
» time universelle, ainsi que ses fils et ses gendres, étaient au 
» nombre des plus considérés du pays, que mon grand-père 4 (Sa- 
» muel) et le père "de mon grand-père (Jehuda) avaient les rapports 
a les plus intimes avec eux (Meschullam et ses fils) et que c'est 
» sur leur conseil qu'ils (mes ancêtres) ont traduit plusieurs écrits 
» philosophiques, en tête desquels ils ont mis les noms de ces coiir 
» seillers. Ce qu'on permit alors, on ne peut pourtant pas le dé- 
» fendre aujourd'hui. Maïmonide s'est prononcé d'une façon élo- 
» gieuse et approbative sur ces traductions, dans les lettres qu'il 
» lui a adressées (à Samuel ibn Tibbon). » 
Jacob ben Makhir Tibbon, proche parent de Jehuda ben Moïse Tib- 



1 Minlmt Kenaot, n° 39 ; «cf. n° 9, Wftftî? *pT DNE» ttpfft ^12^ b? 
"irbVttW, allusion sans doute au passage de Kohélet IV, 13, b^DlDI \p1 '"ibfa. 
Cf. Rabbins fr,, p. 673. Samuel ibn Tibbon n'est pas non plus nommé, mais c'est 
lui sans doute qu'il désigne par ces mots Q3 Û^fà^D 113S b"T D3"fà"l blISÏ"» SIlT» 
"lb ITîbUJ riTl5N3 Uîb'sD. L'édition porte la leçon l p"73H : un manuscrit au contraire 
Û3"73"1, ce qui est plus juste. Voy. Lctterbode, IV, p. 131. Maïmonide correspondit 
avec Samuel ibn Tibbon. Cf. Lettres de Maïmonide, édit. Amsterdam, p. 12. 

a L'édition et deux manuscrits portent TH253, d'autres manuscrits ^nVTl^a. 
Cf. Letterbode, l. c. La différence n'est pas essentielle, puisque Jacob ben Makbir 
était sans doute à Lunel pendant sa jeunesse. 

3 ùbltttt 'n bTiart nnrr IS^pîl ^TIN. M. Renan, L c. et p. 713 traduit 
"l^pT par « notre aïeul > ou « notre grand-père >. C'est la signification ordinaire de 
"Opî, mais "iS^pT est uniquement un titre honorifique. Cf. Menahem Méiri, intro- 
duction au Beth ha-Behira •ptH2 n> l"l ÙÏTI2N *1 "imStt Wpt ; ibid., 1^3pT 
b"T 1D**nî1 bn^n ; [àid., mim rïnhW "iSrjpT tt*ltt. Ce Meschullam est Me- 
schullam ben Jacob de Lunel, qui était très considéré et qui encouragea Jehuda ibn 
Tibbon à faire des traductions d'ouvrages arabes. Cf. préface de Jehuda ibn Tib- 
bon à sa traduction du niMbî") main. Cf. Momtsschrift , 1868, p. 292. Les fils de 
Meschullam sont honorablement connus. 

* L'édition porte seulement TîpT "^"HN ; un manuscrit au contraire "VJpT ^TTN 
"Pian. Cf. Letterbode, l. c. 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

bon, un des adhérents les plus zélés du parti libéral à Montpellier et 
certainement fils de Moïse ben Samuel ibn Tibbon [Minhat Ke- 
naoty n os 21, 26) descendrait, d'après le passage cité, de Jehuda ibn 
Tibbon 1 . Mais il est très douteux qu'il ait été en même temps, 
comme M. Graetz le dit (Geschichte der Juden, VII, p. 261), un des- 
cendant de Meschullam ben Jacob de Lunel ; du moins le passage 
que nous avons cité ne le prouve pas. Si l'expression i^pï 2 se 
rapportait aux seuls ancêtres de Jacob ben Makliir, il serait 
très étonnant que celui-ci ne nommât et ne louât que ses aïeux et 
non pas ceux d'Abba Mari, auquel il fait cependant allusion. Pour- 
quoi s'abstiendrait-il de les mentionner ? De plus, dans cette hypo- 
thèse, les Tibbon auraient été alliés à la famille des Meschullam, 
alliance dont on ne trouve de trace nulle part ailleurs . On ne com- 
prendrait pas bien non plus l'emphase avec laquelle cette lettre 
rappellerait à Abba Mari les rapports intimes qu'auraient eus 
entre eux les aïeux paternels et maternels de Jacob ben Makhir. Il 
n'y aurait dans cette intimité rien de remarquable, si les deux fa- 
milles étaient apparentées. Il est plus vraisemblable que Meschul- 
lam de Lunel (mort en 1170), qui avait aussi un fils savant, Rabbi 
Joseph, a été le bisaïeul d'Abba Mari benMoïse ben Joseph de Lunel. 
Chronologiquement, rien n'empêche d'adopter cette hypothèse, 
d'autant plus que le Moïse dont nous venons de parler a atteint un 
âge très avancé. Il faudrait seulement que la naissance d'Abba 
Mari remontât aux années 1245 à 1250, de sorte qu'il aurait eu 
50 à 55 ans au moment de la querelle, ce qui s'accorderait bien 
avec les témoignages de grande estime qu'on lui adresse de tous 
côtés. Tout le passage recevrait dans cette hypothèse une bien 
autre signification et un sens plus précis. Meschullam et ses fils 
ont favorisé les études scientifiques en Provence et c'est à leur ins- 
tigation que les Tibbonides, par de nombreuses traductions, ont 
imprimé à ces études un mouvement progressif. C'est la coopéra- 
tion amicale de ses aïeux et des aïeux d'Abba Mari que Jacob 
ben Makhir rappelle à Abba Mari. Il l'exhorte en quelque façon à 
ne pas agir contrairement à l'esprit de ses aïeux, mais à partager 
leur amour de la science. 

Dans la famille de Meschullam se manifestent des contrastes 
étonnants. Il avait cinq fils, tous savants (Benjamin de Tudèle, l. c, 
p. 3) : l'un, Aaron, était un des partisans les plus exaltés de Maï- 



1 Est-ce Jehuda ou son fils unique Samuel qui a été le grand-père de Jacob ben 
Makhir? je n'ose pas trancher la question, parce que les leçons portent, les unes "VJpT, 
les autres TONT "OpT. 

2 Pourquoi aussi y aurait-il "lj'OpT et non pas "ijpî ? 



NOTICE SUR ABBA MARI DE LUNEL 201 

monide (Voy. Gross, Monatsschrift, 18*73, p. 405) ; un autre, As- 
cher, talmudiste éminent, menait une vie d'ascète, sans cependant 
être un obscurantiste, comme M. Graetz (l. c, p. 240) le représente, 
il était au contraire un ami de la science (Monatsschrift, 1874, 
p. 174) ; le troisième, Jacob, est certainement le même que le cab- 
baliste Jacob Nasir (ïbid., p. 170, 173); le quatrième est Joseph 
dont le petit-fils serait notre Abba Mari qui combattit avec tant de 
fanatisme les études scientifiques cultivées avec tant d'ardeur par 
ses ancêtres. 



LES ECRITS DABBA MARI. 



1. — Abba Mari n'était pas tout à fait étranger à la science dont 
il désapprouvait l'étude. 11 connaît divers ouvrages philosophiques 
auxquels il renvoie dans ses écrits ou dont il emprunte certaines 
expressions et propositions ; mais il n'avait pas pénétré l'esprit 
de ces ouvrages : il s'en est tenu plutôt à la surface. Sans grande 
profondeur et engagé dans une haggada demi-mystique, il n'a vu 
la philosophie que dans un demi-jour. Il n'en a pas reconnu l'im- 
portance et n'en a pas mesuré l'influence d'après les travaux des 
grands philosophes juifs, mais d'après les exagérations de ces 
philosophes exaltés et fanatiques qui croyaient retrouver la philo- 
sophie jusque dans l'Ecriture sainte, et qui avaient appliqué à 
celle-ci un système sans frein d'interprétations allégoriques, afin 
d'établir un accord complet entre Moïse et Aristote. C'est là ce qui 
effraya Abba Mari et lui fit voir dans les recherches scientifiques, 
qui faisaient négliger l'étude du Talmud, un danger sérieux pour 
la foi, dont les doctrines renferment des vérités éternelles qui 
sont au-dessus des systèmes changeants de la philosophie. Il fit 
donc tous ses efforts pour limiter l'étude de la science chez la jeu- 
nesse, en ne lui permettant cette étude qu'à partir de trente ans, 
âge où d'ordinaire les jeunes gens sont assez familiarisés avec le 
Talmud. C'est pour cela qu'il se mit en relation avec les savants 
les plus considérés de Provence, avec Salomon ben Adéreth de 
Barcelone et plus tard avec Ascher ben Yehiel de Tolède ; il ob- 
tint leur approbation et fut cause de leur sévérité contre ses ad- 
versaires. Cette conduite arbitraire et fanatique, qui était tout à 
fait propre à troubler la vie intellectuelle des Juifs, se heurta dans 



•202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les cercles libéraux à l'opposition la plus tranchée et appela la ré- 
plique la plus acerbe. Lorsque de tristes événements matériels 
coupèrent court à la querelle qui s'alluma à ce sujet, Abba Mari 
recueillit dans le loisir de l'exil les lettres qu'il avait écrites pen- 
dant la lutte ou qu'il avait reçues de ses partisans, surtout de Sa- 
lomon ben Adéreth, les réponses approbatives et les répliques 
adressées à celui-ci ; puis il donna à toute la correspondance le 
nom de Minhat Kenaot « l'Offrande du zèle » (d'après Nomb., v, 
18). En tête de l'ouvrage est une très longue introduction et vers 
la fin est intercalé un petit ouvrage rrrm nsD envoyé par Abba 
Mari à Ben Adéreth, où sont développés les principes religieux de 
l'auteur. Cette collection a été publiée en '1838 à Presbourg, 
d'après un manuscrit incomplet. M. Renan (l. c.) a donné sur 
l'ouvrage des renseignements additionnels très précis, d'après plu- 
sieurs manuscrits plus complets et plus corrects, et M. Neubauer 
a publié dans le Letterbode de M. Roest (iv-v) les passages qui 
manquent dans l'édition de Presbourg. Les travaux profonds de 
ces deux auteurs nous dispensent dé parler du contenu des lettres 
plus qu'il n'est nécessaire pour la suite de cette étude. 

2. — Abba Mari était un talmudiste très considéré, mais, on ne 
sait pas s'il a écrit de vastes travaux talmudiques. Il est très invrai- 
semblable qu'il soit identique, comme le suppose M. Renan (L C, 
p. 649), avec cet Abba Mari ben Joseph dont Salomon ben Adéreth, 
dans ses Novelles sur le traité talmudique Schabbat (p. 128 a) 
cite le commentaire sur Alfasi. Ce nom n'est certes pas celui du 
savant de Lunel, et si parfois il signe de cette façon, il faut remar- 
quer que Ben Adéreth, dans les nombreuses lettres qu'il lui adresse, 
ne le nomme jamais Abba Mari ben Joseph. On ne peut donc, sans 
motifs plus graves, considérer ce nom comme celui de notre Abba 
Mari. Ben Adéreth était, du reste, bien plus âgé qu'Abba Mari de 
Lunel : on ne peut donc pas admettre qu'il l'ait invoqué "comme 
une autorité rabbinique. Les Novelles précitées de Ben Adéreth 
ont sans doute été rédigées, comme la plupart de celles qu'il a 
écrites, bien longtemps avant l'époque de la querelle, à peu près 
dans les années 1270 à 1290 *. 

On ne connaît d'Abba Mari que quelques lettres sur des ques- 
tions de casuistique qu'il a échangées avec Salomon ben Adéreth 2 

1 L'époque de la rédaction de ces Novelles ne peut être déterminée avec précision. 
Cf. Perles, ï. c.,p. 79. Dans les Novelles sur Schabbat le nom de Nahmani est suivi 
de la formule b"2£ï. 

2 Minhat Kenaot, n° 6. Cf. n° 8, la réponse d' Adéreth. Cf. Réponses d'Adéreth, 
éd., Berlin, n° 424-427. 



NOTICE SUR ABBA MARI DU LUNEL 203 

ou avec celui-ci et Ascher ben Yehiel à la fois l , plus une réponse 
qui se trouve dans le manuscrit de M. Ilalberstam 2 (n° 136) et qui, 
à cause des renseignements qu'elle nous donne sur les relations 
d'Abba Mari avec quelques savants provençaux, réclame une plus 
longue description. Ce manuscrit, écrit sur papier petit in-4° par 
plusieurs mains, contient 204 ff. ; il est très défectueux en certaines 
parties, renferme de nombreuses Réponses talmudiques de divers 
savants éminents, la plupart de l'époque de Joseph Caro (1488- 
1575), de Joseph Caro lui-même, Jacob Berab, Jacob Castro, Elie 
Mizrahi, Moïse ben Joseph di Trani et autres 3 ; de plus quel- 
ques Réponses moins nombreuses traduites de l'arabe en hébreu, 
de Joseph ibn Migasch sans doute 4 , et enfin cinq lettres casuis- 
tiques de savants provençaux, de l'époque de Salomon ben Adé- 
reth s . Une de ces lettres est d'un docteur très estimé G , Mordechai 
ben Isaac Kimhi, petit-fils sans doute du grammairien David 
Kimhi; une autre est de son fils Isaac 7 , lui aussi savant très es- 
timé, auteur de nombreux écrits talmudiques et autres, et connu 
aussi comme poète liturgique (il vivait encore en 1341). Ces deux 
lettres, empruntées sans doute à la collection s plus vaste des Ré- 
ponses de ces deux rabbins, ont été copiées par le petit-fils de 
Mordechai Kimhi. Ce petit-fils pourrait bien être Joseph ben Salo- 
mon ben Mordechai Kimhi, père d'Isaac ben Joseph Kimhi, qui 
a vécu en 1394 à Arles, où il a copié plusieurs écrits de Schem 
Tob ibn Falkera 9 . Parmi les savants avec lesquels Isaac ben Mor- 

1 Minhat Kcnaot, n° 50 ; Question à Ben Adérelh et n° 51 ; Réponse de ce der- 
nier. Les Réponses que celui-ci envoya à Montpellier sur un sujet analogue (cf. édit. 
Lemberg, II, n° 237), sont sans doute aussi adressées à Abba Mari. 

2 M. Halberstam, pour me permettre d'approfondir la question, a eu la complai- 
sance de m'envoyer le manuscrit sur la couverture duquel il a écrit quelques rensei- 
gnements précieux. 

3 La dernière Réponse, très 'défectueuse, du temps de Joseph Caro, renferme entre 
autres une citation remarquable d'un écrit talmudique inconnu ^"rib ""nN^fà 

.ftmrôs mirû \^n ina mbjfttt tna laoa arorc baratû 

* Halberstam, L c. 

5 Une des lettres, 189, est intitulée *]tt)8 ^mb rmittîn y^lpn Dirû ^nNittt 
fcO"'C5'""l!"ï "ifaîD "PÏ"I. Une collection de ce nom était connue au xvi° siècle, aussi 
bien de Joseph ibn Lêb, cf. hl'^IÏTD n""l"^, I, p. 24, que de Beçalel Askenasi, 
cf. ses Réponses, n° 20. C'est de ce recueil aussi que sont tirées sans doute plusieurs 
Réponses d'Isaac ben Immanuel de Lattes, éd. Vienne, p. 34 if. 

6 Ibicl, p. 51, Wltt '"! "pfiWÏI. Cf. Conforte, Koré ha-Dorot, édit. Berlin, p. 22 
et les Réponses précitées de Joseph ibn Lêb et Beçalel. 

7 Cf. ihid.; voyez Isaac de Lattes, Schaaré Zion : "Va pHlf 1 '"1 bblDïl faSfiïlY 

ta^umm «mai to'man nnn Kirt ca^a '"Wa t-tronn ^map ^irm 

miQSnîl "INES 31 Tlfabnîl ITfo Û^pDai. Voyez sur lui Landshut, Amoadé ha- 
Aboda, I, p. 124 ; Zunz, Literaturg., p. 505. 

■ s Joseph ibn Lêb [l. c.) avait sous les yeux une collection pareille. 
Cf. Gross, Monatsschrift, 1880, p. 174; Landshut, L c. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dechai était en correspondance il faut, outre Salomon ben Adé- 
reth (Réponses I, n° 443), Isaac Kohen de Manosque (Isaac de 
Lattes, Réponses, p. 51) et Lévi ben Gerson de Marseille (ibid., 
p. 93), remarquer Abba Mari de Lunel. Leur correspondance porte 
sur un cas de jurisprudence matrimoniale, qui, à des époques dif- 
férentes, fut l'objet de controverses entre de savants talmudistes : 
à savoir, au bout de combien de temps, une femme divorcée, en- 
ceinte de son mari ou allaitant l'enfant déjà né, peut se remarier l . 
Deux savants de Marseille 2 , Isaac ben Merwan ben Jacob ha- 
Scheniri (de Montauban ?) et Moïse ha-Doeg ben Natan adres- 
sèrent sur un cas analogue une question à Isaac ben Mordechai et 
à un second savant, peut-être son frère Salomon, ttttwa 3 . En 
effet le premier s'appelait aussi Mestre Petit ttaiN^r 4 , mot qui 
signifie difficilement Nîmes (Renan, L c, p. 650), mais plutôt 
Nions, en latin Neomagus (ville du département de la Drôme, 
au nord de Vaison). Isaac ben Mordechai y a sans doute vécu et a 
émigré plus tard à Salon où Salomon ben Adéreth (L c.) lui a 
adressé des lettres. Isaac, qui, dans sa réponse aux savants de 

1 rT-im^ft IN ÏVpWr} ÎWna. Cf. Ketoubot. f° 60 ; lebamot, 41-42 ; Tossa- 
phot, ibid. ; Or Z (troua, I, p. 173 ; Salomon ben Adéreth, l. c, n» 723 ; Isaac de 
Lattes, Réponses, p. 42 ; Ascher ben Yehiel, Réponses, LUI, 1-5 ; Isaac ben Sché- 
schet, Réponses, n° 13, et souvent dans les Réponses talmudiques. Cf. Maïmonide, 
■plïîVPS '!"» chap. xi; Eben ha-Ezer, chap. xm. 

2 Le manuscrit p. 191 porte au bas d'une lettre la signature Spi^ *JNT"ÏD pTl^ 
■H^SIUÏl et 'jriS n3 SNTlïn ill^a. Le surnom de ha-Scheniri se rencontre chez d'au- 
tres personnages provençaux. Un Ezra ben Meschullam ^"p^lZJÏT vivait en 1386 à 
Marseille. Cf. Isaac de Lattes, Réponses, p. 98 ; un autre de ce nom, de l'année 
1457, est nommé dans le ms.hébr. du Vatican, n° 362 ; cf. Zunz, Zeitnng des Juden- 
thums, 1839, p. 681. Le poète ha-Scheniri est bien connu. Il est très douteux que ce 
mot signifie « de Montauban ». Cf. Zunz, Synagogale Poésie; Rabbins fr., p. 715. 

Le second des soussignés Moïse ben Nathan, n'est pas identique, comme le sup- 
pose M. Halberstam, /. £.,au poëte Moïse Nathan qui s'appelait de son vrai nom 
Moïse ben Nathanel. Cf. Zunz, Zur Greschichte, p. 474 ; Hebr. BibL, XI, p. 141. La 
dénomination ^NTil"» est incompréhensible. Il ne faut pas songer au nom biblique 
Doeg, Psaumes, lu, 2. carie mot paraît être un surnom. Je ne veux pas laisser sans 
la mentionner cette circonstance qu'Abba Mari de Lunel signe ainsi sa lettre de con- 
doléance sur la mort de Ben Adéreth (cf. plus loin) nmSiTÎ MjN3T ÏIIDIS 5^11^1 
"•na fcON ...y falX Est-ce que ^1*7 dans l'autre passage signifierait aussi « celui 
qui est inquiet » ? 

Ï3N TlfcJO. 

4 Dans Isaac de Lattes, Réponses, p. 93, et Isaac de Lattes, Schaaré Zion, simple- 
ment s^bs T1lû1I5N73 ; dans la liturgie de Carpentras, dans ses Azharot, on a ajouté 
à son nom UJM" ,ta ï. Cf. Zunz, Literaturg., p. 505 et Landshut, l. c. Le nom de la 
ville est certainement altéré dans le ms. de Parme, n° 57. Cf. Halberstam, Hebr. 

Bibi., vin, p. 95, iBNiftia *np2!-ï *nap pm^ 'n'a msnatttt snb ptiïttk. 

Nîmes est toujours transcrit "HUaS. Cf. Temim Déim, n ' 7, 19 ; Isaac ben Schéschet, 
Réponses, n» 226. Cf. Letterbode, p. 182, ^ftïft : Minhat Kenaot, n° 23 ; ms. de 
Turin itBfcrr; Rabbins fr., p. 665; ms. de Munich, n- 284: Lattes, p. 112, 



NOTICE SUR ABBA MARI DE LUNEL 205 

Marseille, était disposé à la solution la plus indulgente dans la 
question sur laquelle on le consultait, mais qui n'osait pas se pro- 
noncer ouvertement, s'est sans doute, comme c'était l'habitude en 
pareil cas, adressé de son côté à d'autres savants, pour délibérer 
avec eux sur ce sujet. C'est donc certainement à lui qu'est adressée 
la Réponse de son ami Abba Mari ben Moïse ben Joseph ' , de Lu- 
nel par conséquent, qui décide, avec beaucoup de sévérité, que 
dans n'importe quelle circonstance, et sans différence aucune, le 
délai légal de vingt-quatre mois, comptés à partir du divorce, de- 
vra être maintenu. 

3. — Abba Mari est aussi nommé parmi les poètes liturgiques. 
Cependant on ne peut lui attribuer avec certitude qu'une élégie 2 
de six strophes pour le 9 Ab, qui commence par les mots : ïon 
marra tpONb, et qui probablement a été écrite après l'expulsion des 
Juifs de France, laquelle commença dans le funeste mois d'Ab 
de l'année 1306. Les deux autres élégies 3 que nous connaissons 
de lui sont écrites en prose, dans une langue très énergique, il est 
vrai, mais parsemée d'expressions talmudiques. Une de ces élégies 
roule sur la mort du célèbre Salomon ben Adéreth (Cf. plus haut). 
Dans l'autre Abba Mari déplore la mort de son ami intime 4 , le 
grand et fin talmudiste Menahem ben Salomon, nommé Don 
Vidal Salomon de Perpignan 5 , décédé à Perpignan , dans la 
seconde moitié de l'année 1306 6 , et d'un savant autrement in- 
connu, Meschullam ben Makhir, nommé Don Bonet Crescas de 
Lunel 7 , qui s'était réfugié sans doute à Perpignan. En outre, Abba 

1 Abba Mari termine ainsi sa lettre, qui dans le manuscrit suit immédiatement celle 
d'Isaae ben Mordechai *jrOfïN )Ï2W fc |P , na IB'W ŒD331 'JTDB» Ûlbtt ttnKl 

'frtfOTttb no. 

8 Elle n'est pas imprimée. Cf. à ce sujet Zunz, l. c, p. 498. 
3 Minhat Kenaot, ms. n° 131-132; Letterbode, V, p. 73-79. 
* Minhat Kenaot, l. c, ib ai!! HN1 'p D^ ^b h'J ùmrû TO73». 

5 Minhat Kenaot, n° 93. Cf. Salomon ben Adéreth, Réponses, I, n° 1249 ; ibid., 
û^N rnibin, II, n° H; Isaac de Lattes, Schaaré Zion, où Perpignan est donné 
comme la patrie de Méiri. 

6 Cette date n'offre aucun doute. Cf. Rabbins />., p. b29. Elle est confirmée par le 
passage suivant du Schalschélet ha-Kabbala, p. 46 a •• ('VpNtt DrttTO 'l bttî) "Pto^l 

ntt npTPE 'ptt tn û:n .-. nsnit ©-na ïr*n i"o n^ba 'n naia ï"prnB 

7 II est appelé bbl^ï"! d^nïl et vanté à côté de Méiri comme savant très impor- 
tant. Peut-être est-il identique avec ce Sen Bonet de Lunel dont le supercommen- 
taire sur Ibn Ezra est cité par Nathanel Caspi, dans son commentaire sur le Cozari. 
Cf. Senior Sachs, dans Kerem Hemed, VIII, p. 197 ; Steinschneider, dans Jûd. 
Zeitschr. de Geiger, VI, p. 124. Dans notre hypothèse un des noms, Crescas, serait 
tombé, ce qui arrive souvent chez les Provençaux. Sachs identifie ce Bonet avec Ye- 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mari déplore la situation pénible de ses coreligionnaires dans les 
domaines du Roussillon, de la Cerdagne et de Majorque 1 , qui ap- 
partenaient alors à r Aragon, et dont le roi Jayme II fit saisir vers 
cette époque la fortune des Juifs et brûler en public les livres hé- 
breux. Abba Mari, à la suite de cet événement, institua un deuil 
public. 

En revanche, il n'est pas certain qu'il soit l'auteur d'une poésie 
liturgique 2 commençant par les mots bT hv tin et qui ne ren- 
ferme que l'acrostiche Abba Mari. L'allusion au nom de Joseph, 
son père, est incertaine ; et si même ce nom était indiqué claire- 
ment, l'auteur resterait toujours difficile à déterminer, puisqu'il 
y a eu encore d'autres poètes liturgiques du nom d' Abba Mari ben 
Joseph, entre autres Abba Mari ben Joseph ibn Caspi, auteur de 
la poésie liturgique qui commence par mu) £tefêl W Ti (Zunz, 
l. c). Ce dernier Abba Mari est peut-être le père de l'éloquent 
Joseph ben Abba Mari ben Joseph ibn Caspi surnommé Bonafoux 
de l'Argentière (né en 1280), ou peut-être est-il le talmudiste Abba 
Mari ben Caspi 3 d'Alger, celui, sans doute, qui a écrit l'inscrip- 
tion 4 poétique, gravée sur le monument funèbre du célèbre Isaac 
ben Schéschet (mort en 1408); mais on ne sait pas si son père s'ap- 
pelait Joseph. Le simple nom d'AbbaMari se retrouve encore dans 
deux autres poésies, Tune en hébreu commençant par mm Tim 
(Zunz, l. o., Nachtràge, p. 50) et l'autre en araméen commençant 
par ai73iD ï-ibisb an&o miûN (Luzzato, l. c). 

L'affirmation 5 qu'Abba Mari de Lunel ou un Abba Mari quel- 
conque aurait commenté la liturgie araméenne d'Isaac ben 
Gayyath pour la fête de Pourim repose sur un malentendu. L'au- 



daya Penini, mais ce dernier, quoiqu'il portât le nom de Bonet, n'est jamais appelé 
« de Lunel » . 

1 Letterbode, l. c, ftpTPftl FP'WlSt j^btt5*H mbïlp. Le second nom est 
Cerdana, en latin Ceretania ou Geredania, en français Cerdagne, ancien comté situé 
dans les Pyrénées, confinant au Roussillon, et qui appartient aujourd'hui partie à 
l'Espagne, partie à la France, département des Pyrénées-Orientales. 

2 Cette poésie est imprimée dans le KeremHemed, IV, p. 30. Cf. Zunz, L c, p. 537. 
La dernière strophe contient les lignes suivantes yyz 5|0"P "UStlD msOS "JDN125 lîT* 
SOT 1 l'HD ÏT1D 11 l p3> l "|. Dans ces derniers mots, Zunz prétend voir une allusion au 
nom du père de l'auteur. Cf. Luzzatto's Nachlass dans le Magazin de Berliner, Vil, 
partie hébraïque, p. 4, où cette poésie ainsi que celle dont nous avons parlé £ON 
îpÛfctb et une troisième qui commence par NTlfcO WON sont attribuées, semble-t-il, 
à Abba Mari de Lunel. 

3 Cf. Salomon.ben Simon Duran, Réponses, n° 612. 

4 Cf. Kaufmann, Monatsschrift , 1882, p. 86. i 

5 Cf., à ce sujet, Steinschneider, Cat. Bodl, p. 2307 et 2761 ; Catal. mss. Michael, 
p. 296. Cf. Babb. fr., p. 695, où cependant la désignation qu'emploie Salomon Du- 
ran "H£ £Ott, qui ne laisse aucune incertitude sur l'auteur, n'est pas prise en consi- 
dération. 



NOTICE SUR AliliA MARI DE LUNEL 207 

tour de ce commentaire est Zémah Duran d'Alger (xvr 3 siècle), 
dont le fils Salomon Duran junior fit entrer l'écrit de son père 
« *ntt asa », dans son ouvrage b&ntt"» masn « Gloire d'Israël ». 

4. — On dit aussi qu'Abba Mari de Lunel a composé un ou- 
vrage astronomique 1 . Mais c'est là une hypothèse tout à fait in- 
vraisemblable, si on considère l'attitude hostile de ce rabbin à 
l'égard des études scientifiques. L'auteur en est peut-être le phi- 
losophe Abba Mari, nommé encore Sen Astruc de Noves 2 , chez 
lequel Samuel ben Jehuda ben Meschullam de Marseille est allé 
étudier (vers 1324) l'astronomie à Salon, et sans doute aussi le 
même que l'auteur de la traduction hébraïque d'Euclide 3 . 

Henri Gross. 



1 Voy. Gerondi, ni^blD, p. 24; De Rossi, Bizionario storico, p. 1 ; Calai, mss. 
Codd. à l'index s. v. Le manuscrit n'est pas indiqué avec précision, je ne l'ai pas 
trouvé. 

8 Voy. Gross, Monatsschrift, 1879, p. 471. 

3 Ms. de Munich, 91a, ï~nM2 Ù5ïBtt 3qiDlb"*S)M 'N nfcttOîl !"îï flft'ifiS ^3 
"Hfà N3N p*lSfc* La façon dont ce dernier est cité ici ne plaide pas en faveur de l'hy- 
pothèse proposée dans le catalogue, p. 40, que vnft fcOJX voudrait dire le père du 
traducteur. 



LISTE DE RABBINS DRESSEE PAR AZRIEL TRABOTTO 

UNE DES SOURCES DE GUEDALYA IBN YAHYA 



Dans le manuscrit n° 227 de M. Halberstam, qui comprend les 
notes recueillies par Abraham Joseph Salomon Graziano ni tep«, 
se trouve, f° 226a à 227a, une nomenclature de savants, semblable 
à celle que nous donne Salomon Luria dans sa consultation n° 29, 
et à celle du petit-fils de Samuel de Sélestat publiée par Ben- 
jacob dans le deuxième fascicule de ses D^pvi? tn'-nx II était per- 
mis de supposer à 'priori que Graziano, qui a été un grand collec- 
tionneur, avait copié cette liste sur un manuscrit plus ancien, 
quoiqu'il n'indique dans sa copie ni l'auteur de cette pièce, ni sa 
provenance. Mais nous n'en sommes pas réduits sur ce point à des 
conjectures : nous connaissons le manuscrit original, et, par suite, 
l'auteur de la relation, et nous savons de plus que Graziano a pos- 
sédé ultérieurement ce ms. 

Gomme nous l'apprend le catalogue des manuscrits hébreux de 
Cambridge, par Schiller Szinessy, I, 97, le ms. 40 a été acheté par 
Graziano dans la succession de Natanel Trabotto (forme italienne 
de aia-iïa). La pièce que nous allons publier se trouve égale- 
ment clans ce volume, sous le n° 19, avec cette seule différence 
que la suscription du ms. Halberstam y est mise à la fin. Ce ms. 
de Cambridge nous apprend également que l'auteur de la pièce 
est Azriel Trabotto, portant le titre de Çarfati que prenaient, 
depuis Joseph Colon I, tous les membres de cette famille riche en 
savants. Je puis aujourd'hui, grâce aux gloses manuscrites de 
Graziano sur mon exemplaire du ScUalscUêlet hakhabbalah, indi- 
quer avec précision la parenté d'Azriel Trabotto avec Graziano. 
Azriel ben Yehiel Trabotto fut chef de l'école d'Ascoli et mourut 
à Pesaro le jeudi 22 tammuz 5329, ce qui correspond, comme la 
glose nous le dit explicitement, au 7 juillet [1569]. Il était le bi- 
saïeul de Graziano, car la dénomination de ispï jointe au nom 



LISTE DE RABBINS DRESSÉE PAR AZRIEL TRABOTTO 209 

d'Àzriel dans la glose du f° 64 a démon Schalschélet, édit. Venise, 
est expliquée, f° 65 &, par les mots b"ii£T tt"N n J"n h® lipî, « grand- 
père de mon père ». Si donc Azriel est l'auteur de notre pièce, 
Graziano aura recueilli dans ses collections le travail de son 
bisaïeul. 

Dans une littérature aussi pauvre que la nôtre en sources his- 
toriques et où la biographie des savants se compose péniblement 
à l'aide de notices dispersées, le plus petit travail d'ensemble un peu 
ancien, le moindre essai de réunir dans une suite chronologique et 
généalogique nos écrivains les plus éminents est pour nous d'un 
intérêt considérable. Gomme on le verra par les notes dont j'ai ac- 
compagné le texte de notre liste, surtout si on la complète en 
consultant les travaux spéciaux auxquels je renvoie, cette liste 
nous fournit pour la chronologie des renseignements précieux à la 
fois par leur clarté et leur exactitude. Les informations littéraires 
qui s'y trouvent ne sont pas toutes puisées dans des livres ; 
çà et là on y rencontre aussi quelques fragments de traditions 
historiques qui suffiraient seuls à justifier notre publication. 
Trabotto est si familier avec la littérature des Toçafistes, qu'on 
peut se demander si sa famille, en même temps qu'elle portait le 
nom de Çarfati (français), n'a pas gardé un souvenir de traditions 
françaises. Dans tous les cas, l'intérêt véritablement scientifique 
qu'Azriel éprouvait pour l'histoire de nos savants est un fait digne 
d'attention et qu'on note avec plaisir. 

La liste que nous publions est un document qui nous servira à jus- 
tifier l'auteur si souvent méconnu du Schalschélet, Guedalya ben 
Joseph ibn Yahya, dont Joseph del Medigo disait méchamment qu'il 
fallait l'attacher à sa propre « chaîne ». Le pieux Azulaï lui-même 
traite Guedalya avec malveillance (par exemple s. v. Taan) ; Zunz 
le nomme tout simplement l'auteur « léger » de la Chaîne de la 
tradition (Zeitschrift, 280), et appelle ce livre un livre « souvent 
mensonger » (ibid., I, 131). Contrairement à ces injustes accusa- 
tions, on se convaincra facilement que Guedalya a déployé un zèle 
touchant et digne de tout éloge en s'efforçant de réunir tout ce 
qu'il pouvait trouver de renseignements sur l'histoire de nos sa- 
vants, et s'il a mis sa confiance dans tous les vieux papiers et 
dans tout ce qui est écrit, suivant l'épigramme d'Azulaï, on verra 
qu'il a toujours suivi ses auteurs avec une fidélité scrupuleuse et 
souvent omis ce qui lui paraissait peu croyable. Gomme nous le 
montrerons, Guedalya a connu notre pièce de Trabotto et l'a utilisée 
dans son ouvrage, où il la cite souvent comme un vieux Conteros 
onaanp ; il l'a même tirée directement des papiers de R. Azriel 
Trabotto, comme nous essayerons de le prouver. Dans l'his- 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

toire merveilleuse qu'il raconte au f°52a, il nous dit explici- 
tement qu'il a trouvé cette histoire dans un recueil de l'école de 
Rabin Trabotto. Or, nous retrouvons cette même histoire dans le 
recueil de notes de Graziano (ms. Halberstam), comme je le mon- 
trerai prochainement dans cette Revue. De même, la notice mer- 
veilleuse sur la pierre tumulaire de la mère de Nahmani (56 a du 
Schalschélet) se retrouve dans Graziano (voy. notre note 94). 

Remarquons enfin qu'Azriel Trabotto considère déjà notre pièce 
comme un vieux Gonteros. Elle est donc sans cloute le travail d'un 
de ses ancêtres du même nom que lui. En tout cas, nous avons sous 
les yeux l'œuvre d'un des ancêtres de Graziano. 

ai2"m 
i "woo pan ar-ra •ntfïnM n»Tin *nnN -pn ton a^ann p»p mo 
irnn!-> *iiûn &W' as awri a^pDiam , aï-mna YTaria a^iNsn wwi 
,'rnr-iN nwûi îiaiaai , Tison ,Wtttt ,baai ban^ ynaa ,b&W3 rmn 
naoi , mbaia manam , niabïi *vpoa lana anrp73i a*nso "narra an£p73 

: dm b* &UM33 ab imra 
(2) wia an ^73? , (4) s-i&mn tpo wtp ■rçsa ani n*9*»3*i "irai rowirn 
•psa ,tra*ra nraip73a Trabna naïii "wniao pan73 nv&iUBtt b3>a pas 
p"a lam ï^sioi figsm an &*$& ,Wï» a*! V* M3W£ ïna073a 
ttsip5 prab in ain nat prab *w ^m "os anrabn *itsi b^pWi (3) pianpa 
pan "narrai ,ûib r??apirr rwabntt r-ra^nn nna tnm n^sioïi bai 
psraia n"nn anp3 nna pas rrn / nt pas -ntin an wa , mn ^mao 
■»-inN , nan tûsn n-^an min nsoa a'wa ^id K"aian!n itots-ji , «"na^p 
■n»* annx a^ias n73ai (4) niVns mabrr b?a pas ^it*iw an ^73* p 
iahaa (6) n"us rraai (5) Nnp73ï-> ba naa n^a pas srwo 'n psa mna 
1331 an"nia an , (9) îrnrra an , (8) -naba an ,(7) pns pa an , ratt b? 
an ,(ii)fcaibttntt an ,Fwjm) w*t b* (io) tan:na nnn ntt* Wt an 
ttcn lanm ,ba23n iran ,{f4) WHCtt an ,(13) •wbi-pa an ,{i2)a*mf 
pmp i^an ,(16) ni:mp73'rï nao nan b^sn iram (15) Tin^r? b*a ^na 
ta'ns'tfîîv, , (17) 157273 bap ta"a73n!-n , ^osba anpsïn nao nan niaa ^ond 
^osbamania pnsr is^an nr ni*e aina ^na*» , oaba an *wû ûmw^Sfi 
^n oi73^"ibp iman ,0573 pn^ is^an niïi D3 NnpDi r ?r»rt (18) -nai bax 
, (22) n^iN&73 nia» n"nrï , (21) ïiuî73 an , (20) "j-m^nn a^D3 i^a*i , (19) ^73in 
n"nrr as , msiwb ^7303 îaa"a73n!n toauj a"-n , (23) ta^wa ixnpa "îba ba 
ain n^N ,!ib^rî ns» inœna la-wi ta^ncn^rr *j73i ^ïen p 5ni73© 
ï-nnao73 natp naa ni^t msiÈfâb ^7303 mn as ,127373 ibap nana ^iw 
, (25) p^ ^n an ninN nuî3 auîi baab »^w» i^b? inTDNi , (24) niTsbna 
,maiiam mb^uî ïi73ai a^ni73Ni D^wn nao nan (26) ab3> arj ï|Di^ lï^an 
api»^ yr?\ van bia rman ,p!nai73 lan hr»n abi (27) a^» 137373 bap *&*n 
to^ip (30) nniti^ n"a pn^ is^am , (29) ^ibrr pn^ is^am , (28) np^ n"a 
li^an irjT ^"^n ,û-»ay» a^32D 'î^bna i^uîin^a iN">ani ,nirp +wb 



LISTE DE RABBINS DRESSÉE PAR AZRIEL TRABOTTO 211 

(31) WlTM htnW bï W9 1W1 1tt5« £3D"nE>ttïl pfflr n"3 i-î^bU5 

û^iTsttb? îanaa ^ibn nnabtt ^paa r;73a iab73 û^bd Y'sai , Timbra 
, ï-pï-î vion -nrabr^ (33) rmwiD fhrt ( T^ab mas (32) Vhû*i !ïiTtflBh 
•wanb t-iew» î^maa» nna , (34) maa aaN "tt a^aa ib wi i*o ^"urt 
Srnatp '■*&« V'an ïsnrt , (3$) Jna ■Va STrfcT» ■Vhftb rro»ïn , (35) -pN73 
jaa fc rwa la^an , (38) a-nsa -i"-i^b rmû^VcïTi , (37) "pEfi v^ ^aab mnaott 
is**ina Naa na&fc a-n ^aa -kbn a"attn mrt banfcia 15*31 , b^-in httlaD 
,(39) m*in« msûofc nïpi w naa a^ wai ,i5pT v 'sn bo inn^-ja nna 
, (40) ta^a-n Nirr vawa n"a pnap iwn , arrpfi n"n anft spy ira*n 
ihn n"n m? / ntcn naa nan n"m # Trt ^"c*i b\a ma m iba i-nabo 
la^an ,(4i) wiib-nMa apan nya-i antn ,tawtiQ mtnpfca maôina naTa 
bapi l-rtt n"n bia imriN "ja (42) j-nsa-ini-r ba>a arprti baiTaia i"a prfiF 
'-i ,(44) vtbi iapT» bap û"asJ-n ,(43) T^riN Sa"a©*iE bap r-Tm ,1573» 
apa>-> -i"nm (46) *aTtia n"a pror iîwi , (45) awn b?a y'^7373 itanbn 
ta^n na^ai , (48) tta^VTttWfl tpv *>"nîi aan , t*] n"-i i*n&bnfc (47) banic 
naa n^îN (50) -nra maa r\ov ia^a*n , 5P-pia Sa"*iîi bœ *i73N "un (49) "ji-ia 
■rabi *-i"i wa Tn dîtwd (51) niaaina ^ata ta;n ,îrnn ^Tann 'n 
irai wa (53) ^ins» jrbtf iam , (52) a^Tan a^Tabin ib rm WMWa 
■nwi , (54) ■na'nBTa ïttw 7 n ^s^a «"nspi r^rs rnsoinrt b^a ptr& 
ma» (56) y.5"OT "îiTBîaia li^aii (55) maTnnrî "isa nan niSN prof n"a ^a 
ij-^a^. , lin ïnnaoïni-î b?a bwtatî n"a pn^"> 'n ^ttbn ts^iT nna ^i^a 
£d^t , !-pn ^^b» î— îTiri"» '-i i^bn , na^a ^bïi ^ioh (57) w-toft bBWT 
(59) NDînitt prot^ ^"-îm * bm^n ma» naa nan i^n (58) wp» ™ïï n"-in 
ns^a^i Ni!-î N"a^^ taa bap ^na^ b^n^ n^a^-i ^tit ^n b^a ^T^aoN 
i73D-ianD ab ba« , msoin Niin as nan nt N"am , (60) ûM«na« ^"a pn^ 
ïaa bap J-ia^n'n pn^ i"nm ,b»i53tt3 *i"a pn^ na^an namî "jm^a 
ba ^ i^pWDîi 's N^^tt (6i) ^a^^Tja Nir^au: "172a ^"^ip^ 'p^ttia 1^3^73 
■^"n buj iapT (62)rjfifcia ia^an ^^pa» Nin i^ai iden n^^i b^ l^pB»tt 
maain "nan nia^ (63) pri5N i3^a-i int !s"a^ bts liai îi^ maainrr b3>a 
b^Dna ^"irr ^mph /rt iini b^ vaN ^na (64) tB*7pnsi tmia nao»a 
(66) maaina naîai t-naonrin b^a ptnti ninan sna^ia^a ^^b (65) iia^s» 
nat;^ ■'waiaNïi (67) pn"iaa^n?3 bnisii ta^natt -îa^an .a^a^itt ta^^a 
în^miba *m , n"-i ma^^a r-ianita n^b "a^Tsai ^"»aa^ (68) maanna 
■nm i!-îti ^anntta îm^np» îi^aa ^aaîaï-r rrm ^ibn (69) b«^ li^am 
a"Eaa NitTan ntîNa inu:N nx ^an^b bia"< aaipïi a^ N"a^i» ba^ia (70) bHt 1 
t^-ia^ na^an aim ^a^^a nata nnN û^dn i^an m^i , i^aa mabîia 
rr™n ^ibti bNT^ li^a^i ; p 4 -nb"oa*nE a^naN ns^ai b^ pbnai (71) rî"3iat: 
,nauîa ^37373 nxirb fc ini73 ^3^ rtrfio ïia^aaa atDT 1 "^ "j^a-i^r naa73a 
bisv n"a nî^b^ i3^an î^in ^ii»a m73ip73 r-raaa 'an ï-ï B 'afin 
^w p'nY'aatainia n^73 la^anb û3>5a aip mt rt^axni ^maï ^p^ (72) ^bn 
tPKipsn B^a-ipb naa inan ri^bm fVniawn» Nb73 wvaiï ba t^n 
■»ai^7aa nati!-: ^aa«« (74) ^rû ^"a "lî^ba r -i ni^^MH f a«n , (73) y"attn 
b^rr^ '-i73 bap larcrj (75) p^'^aatari» ^1^73 r n , Wi ï-f^aen bi napT 



212 REVUE DES ETUDES JUIVES 

î-nabraa in a^iaa ^aii^a todi , (76) ^na -y-in *np:i va&o ^isia 
pYiasùiiti -pn» ira-ib nan Tfcbn ittaiûN (77) niaa irai ,t-rflaipa 
i-ryanr< nan (78) ap:>-> n"n^ isai ^-hzjî^ s-*npa -iso nafn ïtïi 
'o Nip^n nriN nso nam fptt irawri (79) x^'iiftn -pia iswi ,131110 
bis 1013 irn itB'ns» b&rrp '1 bu: isnn (80) laiifcïi b^n , ï-raanï-» 
•ni»* t*np3tt ispn mïfl ib'd nan iibn (81) b^'aiip» pw irai 
n"a priât*» irai» wnïi fi^ bap bianp-o pn^ imai -o ï-tkisi t-ibis 
[p] a"îoDïi b? Iran niai* (83) yis iran , ï-ibjttb imat iibn , (82) amaa 
ta-^ars tti pifasbi /artibopi iiBoa tas nffl'^nBft barrr» i3"»aitt bap 
^poicn iKia a* ï-nEraa nap3 binir^a î-mn ir'aitt. iibk tapb-m 
biw» -maria nimb K^bcrs *jw^ irai ai*n -ja wr- nwn ira-i 
ï-nitt D*nM to* tmtm inT»i m , *-3iii»n ba ir^ai ,a-nDO T'-'b pbnsn 
ib taa^rp ^ibii # bwf5atti ynaa iiûk mioup» ï-Ptt «im ,(84) yp ya 
toji , mn (86) raïaisE *m n"a amaK irai ain iï-tt faKin , (85) ■aj'a 
ian aim inaiiu-'a îEJnEbb lasnEa n"-) basais K"*n ,(87) a"n i3"»ai wa 
,ù"a!d-iti ■nai b* a-iran (88) irraiE no^ 'npsrr imm no"» ysj'a ^hk 'a 
ïrrttt nna anaa imarn ^ine bna Tma ynsa -pseb rr»?i (89) in» ■n'uim 
i"irt; bia isrin taVaEitt b* ynama î-tt Va&nrn ,im-<a ta"aEitt nabptt 
înab iiK»r- b*a (91) -nbrï innniî îran Nim , rrn (90) T'a as tarna» 
î-nn T»3cbi , rpn N"attin bta iai (92) nrrbvjtt rtar n"nr; , nn« na^a 
*î»riD n"a ï-tuj?3 i3^a-i ann Nim f a»in , ^in» b-no. (93) nrtN smT n"nï^ 
■rçûEin nia^n 'd nia^ lï^ai riTri ©-wîti , rnin y^ann aisi (94) rtain^a 
"i^bi rr^ï-i nbapaT n^ana ^bcittT , m^bnrr ba ?* mtoin nam , ïrinn 
«np^ ^inx nco nan nia» ^aiatt-î (95) Nia"^!ana53 iT^-ibN i^an» inbap 
rtsa^pita» ^3i"> n"nrïN^ priais lanaa^Ni ^"ati-irîttbap (96)N"aionm npin 
^ibirnan nni» ia aïna« n"a n^bia n3^a-i ïit K"aia-iM (97) iaana niaxa 
n^art nnn nsa nam ne nuî^n t]3^ Nias iiy Nir; aiT [(98) ^ibnaïi a"3] 
niax is^an ^^ai isia b3> (ia"n) n"ia iNafcna ^lîabnrï baai t nxpm ^nnx^ 
smin &« yiaiîib n-j'^brja niax -la^an nabai , M^n isnaT niîîN itsaiON^ 
(îoo) ■jmnNïT a^as is^a-i ^"aia-ir; n-na laaisnDi (99) nai^it-ia ^-n a* 

: ïT'n «"aianrr b» Trabn 

Avant de passer à l'étude de cette pièce, nous en donnons ici, 
pour les lecteurs qui ne sont pas initiés au style rabbinique, une 
traduction à peu près littérale. 

« Tableau d'une partie des savants qui ont vécu après la clôture 
du Talmud, tels que Saboréens, Gueonim, casuistes modernes et 
anciens, qui ont cultivé la Tora en Israël, dans la Terre Sainte, et 
à Babel, en France, en Espagne, en Allemagne et autres pays, et 
dont les uns ont écrit des livres, les autres des décisions rituelles 
ou des consultations, sans avoir fait un livre qui porte leur nom. 

» Après Rabina et Rab Aschi. les derniers talmudistes , est 



LISTE DE RABBINS DRESSÉE PAR AZRIEL TRABOTTO 213 

venu R. Ahaï Gaon, Saboréen, auteur des Scheéltot, mentionné en un 
petit nombre de passages du Talmud, entre autres au I er chap. de 
Kidduschin dans un passage ajouté après la rédaction du Talmud. 
R. Ahaï avait pour contemporain le Gaon R. Simon de Kiyyara. 
Puis est venu Rab Yehudaï Gaon, auteur du Halakhot gedolot, et 
après celui-ci, d'autres Gueonim tels que R. Saadia Gaon (qui a 
commenté toute la Bible et à qui sont attribuées un grand nombre 
de Consultations), R. Cohen Cédek, R. Paltoï, R. Mattatia, R. Scherira 
et son fils R. Haï ^auteur de Portes sur la législation civile), R. 
Sar Schalom, R. Amram, R. Nihalaï, R. Natronaï, Rabbénu Hanna- 
nel et son gendre R. Natan (auteur de YArukh), R. Hannanel qui a 
écrit le livre des Maqçiiot, R. Isaac de Fez (auteur de YAlfasi ; Maï- 
monide a suivi son enseignement ; c'est par erreur qu'on lui a attri- 
bué les Portes de R. Alfas, qui ne sont pas de lui, mais de son neveu 
Isaac de Fez), R. Calonymos de Rome, R. Nissim I, R. Moïse, R. 
Moïse de Pavi'e. Tous ces docteurs sont appelés Gueonim; quelques- 
uns disent que Maïmonide également et R. Samuel b. Hofni ont 
reçu officiellement ce titre de Gaon, et parmi les Français, R. Guer- 
schom, la (/ lumière de l'exil », le maître de la plupart des rabbins 
français. R. Guerschom a commenté un certain nombre de traités du 
Talmud, et on dit qu'il avait été en Babylonie et qu'il avait épousé la 
sœur de R. Haï Gaon. R. Joseph Tob Élem a composé le livre des 
Tannaïm va-amoraïm et nombre de Consultations. Raschi n'a appris 
de lui que peu de chose et n'a pas été son vrai disciple. Les maîtres 
de Raschi sont R. Jacob b. Yakar, R. Isaac Hallévi, et R. Isaac b. 
Yehuda qui a été un peu plus ancien que Raschi, lequel le cite 
un certain nombre de fois dans son commentaire talmudique. 
Raschi, c'est le célèbre R. Salomon bar Isaac, qui a éclairé les 
yeux de tout Israël par son commentaire sur le Talmud et sur 
les vingt-quatre livres de la Bible, sans compter les nombreuses 
décisions qui lui sont attribuées. Le Mahzor Vitry a été rédigé 
sous ses yeux. R. Schemarya a été un de ses élèves. Raschi n'a- 
vait pas de fils, mais seulement des filles. L'une d'elles a épousé 
R. Méir, l'autre R. Yehuda b. Natan appelé Riban, qui a commenté 
quelques traités talmudiques sous les yeux de Raschi, son beau- 
père ; la troisième a épousé R. Ephraïm. R. Méir a planté trois cèdres : 
R. Samuel appelé Raschbam (qui a commenté la plus grande partie 
du traité de Baba Batra après la mort de son grand-père Raschi, le 
dernier chapitre du traité de Peçahim et quelques autres traités), R. 
Jacob, le rabbin bien connu sous le nom de Rabbénu Tarn, R. Isaac b. 
Méir dit Ribam. R. Tarn a écrit le Séfer hayyaschar ; les toçafot men- 
tionnent un autre R. Tarn, qui est R. Jacob d'Orléans. R. Isaac b. 
Samuel, l'auteur bien connu de toçafot, était le fils de la sœur de 
R. Tarn et l'élève de ce dernier, et R. Tarn a été l'élève de son frère 
Raschbam, qui a été l'élève de son grand-père Raschi. R. Eliézer de 
Metz, auteur du livre des Yeréim, R. Isaac b. Mordekhaï et R. Jacob 
Israël ont été les élèves de R. Tam, comme aussi R. Joseph d'Orléans. 

T. IV. 15 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R. Hayyim Cohen, père de la mère du Ram de Coucy, et R. Joseph 
Bekhor Schor, qui a commenté les cinq livres de la Loi et qui est 
mentionné dans les toçafot, ont vécu tous deux du temps de R. Tarn, 
ont étudié à son école et ont été ses élèves haMrim. R. Elie de 
Paris, a été un contemporain de R. Isaac le toçafiste, mais plus âgé 
que lui. R. Yehuda de Paris, R. Barukh b. Isaac, auteur du Se fer 
hatteruma, R. Simson de Sens, qui a commenté l'Ordre de Zeraïm, ont 
été élèves de R. Isaac le toçafiste. R. Yehiel de Paris, qui est allé à 
Acco, a été élève de R. Yehuda de Paris, de même que R. Moïse de 
Coucy, auteur du Grand livre des Préceptes, et queR. Isaac devienne, 
en Allemagne, auteur de l'Or zarua. R. Yehiel de Paris a été 
aussi l'élève de Riba (R. Isaac b. Abraham); Riba a aussi composé 
des toçafot, mais ils n'ont pas obtenu la même vogue que ceux de 
R. Isaac b. Samuel. R. Isaac de Vienne a aussi été élève de R. 
Simson de Coucy, comme nous rapprend le Mordekhaï. R. Simha 
est le grand-père de Ri le toçafiste et le fils de Riba, c'est-à-dire R. 
Elhanan, qui a écrit des toçafot sur Nedarim ; il est mort martyr 
du vivant de son père. Le saint R. Netanel de Chinon a étudié à 
l'école de R. Isaac le toçafiste et il est mentionné quelquefois dans 
les toçafot. R. Ephraïm le Grand de Ratisbonne, l'Allemand, a étu- 
dié en France à l'école de R. Tarn, et il a souvent été en discussion 
avec R. Joël Hallévi qui est mentionné souvent dans le Mordekhaï et 
qui a adressé des questions scientifiques à Riba. Un autre R. Ephraïm 
est nommé dans le Mordekhaï, c'est Ephraïm de Bonn ; il discute contre 
Ephraïm de Ratisbonne et R. Joël Hallévi, ce qui est également men- 
tionné dans le Mordekhaï. Rabiah, qui est souvent cité dans ce même 
ouvrage, est R. Eliézer fils de ce Joël Hallévi que j'ai nommé ; il a été 
un peu antérieur à R. Méir de Rothenbourg, ce rabbin célèbre dont 
les consultations remplissent le Mordekhaï. Ses élèves ont fait un re- 
cueil appelé Tasbaç. Raban, c'est-à-dire R. Eliézer b. Natan l'Allemand, 
qui est mentionné dans le Mordekhaï, est le grand-père de Rabiah. 
R. Méir de Rothenbourg, que je viens de nommer, a été l'élève de R. 
Yehiel de Paris; son père s'appelait R. Barukh, et est nommé deux ou 
trois fois dans le Mordekhaï. R. Ascher l'Allemand a été élève haler 
de R. Méir de Rothenbourg et a écrit un livre appelé Ascheri. Son fils 
R. Jacob a écrit les Arda Turim. R. Barukh de Mayence était alle- 
mand, il a écrit le Livre de la Sagesse. L'auteur du Mordekhaï a été le 
gendre de R. Yehiel de Paris, et le beau-frère de R. Isaac de Corbeil, 
auteur du Livre des Préceptes abrégé appelé les Colonnes de VExil. Il 
paraît que R. Isaac de Corbeil a, lui aussi, été élève de R. Isaac b. 
Abraham nommé plus haut. R. Péreç, qui a fait des notes sur le 
Livre des Préceptes abrégé, a été l'élève de R. Yehiel de Paris. En Es- 
pagne, Catalogne et Languedoc il y a aussi eu de grands savants qui 
ont cultivé la Loi en Israël et sont devenus célèbres avec d'autres 
auteurs de Décisions. Le célèbre R. Moïse, fils de R. Maïmon, a fait 
une œuvre remarquable, son grand ouvrage divisé en quatorze 
livres; il a commenté toute la Mischna et écrit en outre d'innom- 



LISTE DE RABBINS DRESSÉE PAR AZR1EL TRABOTTO 215 

brables ouvrages. Il était de Cordoue, dans le pays d'Ismaè'l, et Raschi 
l'a précédé de peu. Rabad, c'est R. Abraham b. David de Narbonne, 
contemporain de R. Tarn; on dit même qu'il alla étudier incognito à 
l'école de R. Tarn. Il a écrit un livre sur ce qui est défendu et permis, 
appelé leur Maschhu, et fait des critiques sur Maïmonide. L'autre 
Rabad, qui a vécu avant lui à Bagdad, est un homme très remar- 
quable et j'ai vu dans une lettre que Maïmonide l'estimait beaucoup. 
Le Rabad qui a été l'antagoniste de Maïmonide était le gendre de R. 
Abraham Ab-bet-din; lui et R. Zerahya Ilallévi ont étudié à la même 
école. R. Jona de Tolède, a été le maître de Raschba, et avant lui a 
vécu un autre R. Jona, homme très remarquable. Ramban veut dire 
Moïse b. Nahman, il était de Girone, où il enseignait. Il a commenté 
les cinq livres de la loi et écrit des toçafot sur tout le Talmud. Il 
était savant, instruit dans la Cabbale, qu'il apprit de R. Eliézer de 
Worms, l'Allemand, auteur du Roliéah. Raschba a été élève de Ram- 
ban, mais son vrai maître a été R. Jona de Tolède, comme je l'ai dit. 
Raschba, c'est R. Salomon b. Abraham b. Adret de Barcelone. Lui 
aussi a poussé des branches et porté des fruits. Il a composé le 
grand Torat habbaït et le Torat habbaït abrégé, et on a de lui des 
Consultations sur tout le Talmud. Il a vécu du temps de R. Ascher 
l'Allemand nommé plus haut, et lorsque R. Ascher alla ouvrir une 
école à Tolède, il passa par Barcelone et fut l'hôte de Raschba. R. 
Nissim II a été l'élève de Raschba. » 

Voici maintenant nos notes et explications sur notre texte. 

1. Baba M., 86a ; cf. Brùll, Jahrbûcher, II, 39, note 52. 

2. D'après Samuel ben Méir (voy. Toçafot de Ketubot, 2 &, s. v. 

lT^d), l'auteur des Scheéltot serait le Rab Ahaï qui est 
nommé ici et dans d'autres endroits du Talmud de Babylone. 
Cf. Juchasin, édit. Filipowski, 109 b. : wia m ^p-is, voy. 
Kîdduschin, 13a, où les passages parallèles sont indiqués; 
■^na 2-1 b^ibô, voy. Ketubot, 2a. Cf., sur le maître de Rab 
Ahaï et sur son époque, Brùll, l. c, 146 sqq. 

3. 2b. Scherira déjà désigne ce passage comme une addition des 

Saboréens : lyspi lïrûnn ^anm ■wnao *pm. Voy. la Lettre de 
Scherira, édit. Goldberg, Mayence', 18*73, p. 28 sqq. ; cf. 
Brùll,;. c, 46, note 64. 

4. Ceci d'après l'école française qui reconnaît comme auteur des 

mbYM mibïi Rab Yehuhaï Gaon, qui fleurit après Simon 
de Kiyyara. Voy., sur cette question, Graetz dans la Monats- 
schrift de Frankel, VII, 217 sqq. et Halberstam, ibid., VIII, 
379 sqq. Sur Rab Yehudaï Gaon, cf. Hamagid, V, 293 sqq. 

5. Le mot nan indique sans doute une traduction de la Bible, bien 

que d'ordinaire on emploie le mot w» (voy. Zunz, Gesamm. 



2IG REVUE DES ETUDES JUIVES 

Schriften, III, 63), et que le témoignage de Petahya de Ra- 
tisbonne semblerait indiquer que Saadia a commenté toute 
l'Ecriture Sainte (voy. Graetz, Geschichte, V, 536). La tra- 
duction de Saadia avait une très grande réputation en Occi- 
dent, comme on le voit, par exemple, dans le règlement 
scolaire publié par Gùdemann, Geschichte des Erziehungs- 
iv es eus, 269. 

6. Sur les Consultations de Saadia, voyez Frankel, Entwurf 

einer Geschichte der Literatur der nachtalmudisc lien Res- 
ponseïi, 81 sqq. 

7. Sur Cohen Cédek I, cf. Graetz, dans la Monatsschrift, Vif, 

223. Ici, d'après la place qu'il occupe dans cette relation, ce 
paraît être Cohen Cédek II ben Joseph, le célèbre contem- 
porain de Saadia. 

8. A partir d'ici, la science historique de notre auteur commence à 

être moins sûre. Sur R. Paltoï Gaon, cf. Graetz, Geschichte^, 
276; Frankel, Monaisschrift, VII, 224 ; Zunz, Ritus, 186. 

9. Sur Mattatia Gaon, voy. Graetz, Geschichte, V, 277 et Zunz, 

L c. 187. 

10. L'auteur entend certainement par là le naiï?:n npn nco, traduit 

de l'arabe en hébreu en 1078 par Isaac ben Ruben Albargeloni, 
ouvrage que Raschi (Baba M., 29 a) appelle aussi nnn "H*© 
■pan ■wft, comme le remarque Rappoport, Biccuré ha-Ittim, 
X, 91, note 22. 

11. Sur Sar Schalom Gaon, contemporain de R. Paltoï, voy. 

Graetz, Geschichte, V, 276 sqq. ; Zunz, l. c, 186 sqq. 

12. Mar Amram est l'auteur du Siddur de Rab Amram; voy. 

Graetz, L c, 278 ; Zunz, l. c, 88. 

13. C'est sans doute un des ^bifr. Voy. Lettre de Scherira, édit. 

Goldberg, 43 et Jiichasin, édit.Filipowski, 206, où on a deux 
fois imprimé ■ , Nb* , r>tf ; cf. Schêm haggedolim au mot iK^rta. 

14. C'est probablement le célèbre Rab Natronaï II ben Hilaï (859- 

869). Voy. Graetz, l. c, 277; Frankel, Monatsschrift, VII, 
225; Zunz, L c, 187 sqq. 

15. Il n'y a que Guedalya ibn Yahya, Schalschélet, édit. Venise, 

41 ô, qui nous dise : ["jn: w] mn ftTia yj^ o^aaipa *n\\m 
•paw bî«:n man bï3 ina htt»b ib npb. Cette assertion a sans 
doute pour fondement l'emploi extraordinaire que fait l'au- 
teur de YArukh des commentaires du célèbre rabbin de 
Cairoan. C'est aussi pour cela qu'on a fait de Hannanel un 
Romain ; voy. Kohut, Aruch Complehim, I, p. XII ; Hebr. 
Bibliographie, V, 121. Lebrecht a fait deux hypothèses 
différentes pour expliquer cette désignation de « romain » 



LISTE DE RABBINS DRESSEE PAR AZKIKL THABOTTO 217 

appliquée à Hannanel {Wissenschafll. Blàtter/SS, note 3 et 
96, note 2). Sur la parenté supposée de R. Natan avec 
le Gaon Haï, voy. Pinsker, Likkuté Kadmoniyyot, 156, 
note 3, et lettres de Rappoport, dans Ilaschachar, X (fipKE 
dTHa, 16 sqq.). 

16. Ci'. Rappoport, Biccurè ha-Itlim, XII, 30, note 36 et Warn- 

heim, ûr:^n natiap', 52-60, avec les rectilications dans le 
Jeschurun de Kpbak, IV, p. n"o ; voy. aussi Senior Sachs 
dans Hàmagid, 1878, 321. 

17. Guedalva ibn Yahya, Le, 421), donne aussi cette indication 

sur l'autorité douteuse de Schem Tob ibn Gaon. Cf. Conforte, 
Koré haddorot, SI) en bas. 

18. Conforte réunit déjà, Le. ,1a, les témoignages de Méir de 

Rothenbourg sur ce prétendu neveu d'Alfasi. Cf. aussi 
Rappoport, Biccurè ha-Ittim, X, 92, note 23 et l'addition 
embrouillée d'un ms. des trnr£, Hebr. Bibliogr., VII, 22; 
DsbwN m 1-1*18 est déjà le titre qu'on trouve chez le petit-fils 
de Samuel Sélestat ; voyez &ipw ûi-DI, édit. Benjacob, 
II, 7. 

19. Calonymos ben Schabtaï de Rome; voy. Zunz, Synag. Poésie, 

203; Literaturgescliichte , 250 ; Ritus, 198. 

20. Nissim ben Jacob de Cairoan; cf. Rappoport, Biccurè ha- 

Ittim, XII, 69, note 19. 

21. Certainement Moïse ben Calonymos; cf. Zunz, Literatg., 

104 sqq. 

22. Sur Moïse de Pavie, cf. Zunz, Zur Gesch., 57, et les notes de 

Halberstam dans YAruch de Kohut, I, p. XXXVIII ; sur son 
titre de Gaon, voy. Zunz, Ritus, 192. 

23. Sur le titre de Gaon donné à des autorités non babyloniennes, 

voyez la dissertation de Zunz, l. c, 192 sqq. et Halberstam 
dans le Magazin de Berliner, I, 35. J'ajouterai encore à ces 
lPDim Joseph ibn Abitur (voy. Jeschurun, IV, p. «arp) et 
Rabbi Gerschom Meor haggola (voy. Ozar Nehmad, II, 175V 

24. Cf., sur R. Gerschom, Zunz, Zeitschrift, 309 sqq.; Addit.. 

315; Literatg., 238 sqq ; sur ses commentaires du Talmud, 
Weiss, Bet Talmud, II, 97 sqq. 

25. Gerschom, dont Salomon Luria (Consult. n° 29) fait un dis- 

ciple de Rab Haï, en devient ici le beau-frère; cf. Gross. 
dans le Ma gazin de Berliner, I, 77 ; Carmoly, France isr., 
16 sqq. 

26. Sur Joseph Bonfils, cf. Luzzatto, Bibliotheca, 46&, sqq.; Zunz, 

Zur Gesch., 61; Synag. Poésie, 179; Literatg., 129. L'er- 
reur que fait ici Trabotto au sujet 4e Fauteur du Séder Tan- 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

naïm wa-amoraïm, partagée par Zunz (Zeitschrîft, 312), a 
déjà été relevée par Luzzato, l. c, 52a; cf. Azulaï, à la fin 
de l'article awittan û^fcwn "rtc et Kohn, Mardochaï ben 
Hillel, 137. 

27. Cf. Zunz, Zeitschrîft, 314. 

28. Sur ce premier maître de Raschi, voy. Zunz, Ztschr., 315 et 

Zur Gesch., 63. 

29. Sur ce second maître de Raschi, voy. Zunz, Ztschr., 316; 

Kohn, l. c, 122; cf. aussi "Weiss, Bet Talmud, II, 36. 

30. C'est à son sujet que Guedalya ibn Yahya dit : wa pnïH irai 

p-na^pn ^rnsn p ^"ttn btt wi mn iï^ibn imir. Cf. sur 
lui Zunz, Ztschr., 317; Literatg., 155 sqq. ; Gross, Magazin, 
IV, 185. C'est dans le même ordre d'ailleurs que Luria nous 
donne ces trois maîtres de Raschi, toutefois avec cette diffé- 
rence que Luria appelle l'un Isaac ben Yakar au lieu de Ja- 
cob ben Yakar. 

31. Nous rencontrons'aussi souvent la formule m* t»«îtd "rma 

v^-h^ss rrbi^i-î, par laquelle on veut éterniser le nom de 
Raschi dans les Memorbuch ; voyez par exemple Jellinek, 
NTTWm ontiïip, 7, et Conteros hammeconên, 8. 

32. R. Isaac l'Ancien donne comme auteur du Mahzor Vitry son 

aïeul R. Simha, élève de Raschi : 10112 ■nta'n mîfittn ^man 
i"«3l iTObn» nrviw irDi ^pï ; voy. Mordekhaï, Moed Katton, 
838. Luzzatto a analysé cet ouvrage dans le Kerem Chemed, 
III, 200 sqq. D'après Gùnsbourg, Massorét hammasorêt, 
45, note, il en a été rendu compte également par Wright dans 
le Journal ofsacred Literature, 1866, 356. 

33. Guedalya ibn Yahya, 49&, dit de lui: *n*m srntti» 'tfm 

Wfcbn *VftMa Wnû l^"» D^asipa ; Conforte, 18a, le dé- 
signe déjà comme un collègue de R. Simha. 

34. Guedalya ibn Yahya, qui ici s'accorde avec notre source pour 

l'ordre des noms, nous dit,49 b : tridî tr:n i"Wih "nïi Nbo * n b a p i 
n^nn dN^iart -itta msa 'a nbir. Zunz, Literatg., 283, contrai- 
rement à Ztschr., 282 et Conforte, 9&, n'indique, dans le ta- 
bleau généalogique, que deux filles. Rosin, Samuel ben Méir, 
3, et dans son édition du commentaire sur le Pentateuque 
de Samuel ben Méir, p. VII, adopte cette opinion. 

35. Méir, ou, d'après Carmoly, Halebanon, IV, 24, Méir ben Méir 

ben Samuel, était le mari de Jokhébed, fille de Raschi (voy. 
Magazin, I, 3; II, 45). Cf. sur lui Zunz, Zur Gesch., 31 ; 
Synag. Poésie, 183; Literatg., 254. Sur une décision de 
Raschi adressée à Méir, voy. Magazin, VII, 183. 

36. Yehuda ben Natan était marié à Miriam, fille de Raschi. 



LISTE DE RABBINS DRESSÉE PAR AZRIEL TRABOTTO 219 

Cf. sur lui Zunz, Zur Gesch., 31 et Carmoly, Halebanon, 
IV, 25 sq. 

37. Guedalya ibn Yahya, 49/;, dit : toh "ODb mroott nxp 7 ^ct, re- 

produisant littéralement les mots de notre texte. Outre le. 
commentaire de Méir sur Maccot à partir de 19 b, où s'arrête 
le commentaire de Raschi, nous connaissons, grâce au té- 
moignage de Moïse de Coucy (Semag, défense 79), le commen- 
taire qu'il a fait sur Peçahim. 

38. D'après Carmoly, Halebanon, IV, 103, la troisième fille de 

Raschi, du nom de Rachel, aurait été mariée à un certain 
Eliézer. Sur Schemaya, qu'on prétend être né de cette union 
et que Kohn (Mardochaï ben Hillel, 152) maintient comme 
petit-fils de Raschi, parenté contestée par Zunz en 1838 dans 
les Âddit. ad. catal. Lips., ms. 1, cf. Berliner, Hebr. 
Bibliogr., XI, 78. Zunz a réuni tous les Ephraïm du moyen 
âge, Literatg., 618 et Nachtrag, 65. 

39. Ici encore nous retrouvons la trace de notre document dans 

Guedalya ibn Yahya, puisque Rieti, qu'il cite, n'énumère pas 
dans le détail les commentaires de Raschi qui furent com- 
plétés par Samuel ben Méir (a:>tt iznpfc, 100 a, note 2). rtDEi 
û"nn&o "vjta de Guedalya est également calqué sur notre texte. 
Cf. sur les traités commentés par R. Samuel ben Méir, Rosin, 
l. c, 10, et l'introduction au commentaire de Samuel ben 
Méir sur le Pentateuque, XII sqq. 

40. Sur Isaac ben Méir, cf. Zunz, Z. G., 32; Kohn, l. c, 123 et 

Rosin, L c, 4, note 6. Sur les trois £0"^, cf. Kereni Chemed, 
VII, 67. 

41. Sur ce Jacob d'Orléans, appelé aussi R. Tarn, cf. Zunz, Z. G., 

75 sqq. ; Gross, Magazin, I, 78 sqq., 87 sqq. Pour les passages 
des Toçafot où il est cité, voy. Zunz, L c, 51 ; cf. Kohn, 
l. c. 125. 

42. Sur Isaac l'Ancien, un des principaux Toçafistes, voy. Zunz, 

L c. , 33 ; Gross, Magazin, IV, 176 et 192, note 43 ; Kohn, L c. , 
124. Sur les Toçafistes du même nom, voy. Zunz, Litg., 
169 sqq. 

43. Cf. Consultations de Salomon Luria, n° 49, où l'on dit la même 

chose. 

44. Cf. Guedalya ibn Yahya, 51 b et Rosin, L c, 6. 

45. Sur Eliézer ben Samuel de Metz, cf. Zunz, Z. G., 34 et Kohn, 

Le, 111. 

46. Sur Isaac ben Mordekhai, cf. Zunz, Z. (?., 33; Kohn, L c, 

122 sqq. ; Luria, L c, le cite, ainsi que Rabbi Eliézer de Metz, 
parmi les disciples de R. Tarn. 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

4Ti. Cf. sur Jacob Israël, Zunz, Z. G., 51 et Kohn, l. c, 125. 

48. Sur Joseph d'Orléans, cf. Zunz, Z.G., 33; Gross et Berliner 

[Magazin, I, 93 sqq.) l'ont identifié avec Joseph Bekhor 
Schor, hypothèse à laquelle se range également M. Zadoc 
Kahn, Revue des E. J., III, 6 ; cf. aussi Monatsschrift,XXVl, 
366 et Kohn, l. c, 135, note 1, et 136. 

49. Sur Hayyim ha-Cohen, voy. Zunz, Z. G., 48 et Gross, l. c, 

IV, 184. 

50. Sur Joseph Bekhor Schor, cf. Zunz, Z. G., 74 sqq. ; Lit g., 

282 sqq. ; Renan, Rabbins français, 334. Pour l'éloge de son 
commentaire sur le Pentateuque par Isaac de Latas, voy. 
Berliner, Magazin, IV, 073 ; cf. Luzzatto, Bibliotheca, 66 b ; 
Kohn, l. c, 135. 

51. Maccot, 6a, d'après Zunz, Z. G., 52. 

52. Sur l'amitié de Joseph Bekhor Schor avec R. Tarn, voy. Gross, 

L c, I, 94, note 50. Dans Luria également on le voit à côté 
de Hayyim ha-Cohen. Guedalya ibn Yahya, dans son énumé- 
ration des disciples qui paraissent être sortis des écoles des 
trois fils de Méir ben Samuel, a certainement emprunté à 
notre texte les cinq premiers noms, 52 b: ^nna pmr îsw 
fTtwn ii^m, «5fir»b*TttW3 E|Or irai ,banœi apjn in-n .wnîa 
ïrû d^n irnn f\w n*on gjor ma-n. R. Moïse, qu'on trouve 
ici à côté des cinq autres rabbins, pourrait bien être R. Moïse 
ha-Cohen de Mayence, que Luria nous donne comme dis- 
ciple du Ri et dont a parlé Zunz, Z. G., 54; cf. Kohn, 
L c, 143. 

53. C'est Elie ben Yehuda le Pieux, de Paris, ©"nsa TDnn iït^k, 

comme il est nommé chez Luria (à compléter chez Gross, 
l. c.,IV, 190, note 21). La légende que rapporte Guedalya 
ibn Yahya, 52 a, sur ce rabbin, nous montre quelle fut 
sa renommée. Voy. sur lui Zunz, Z. G., 49, 356 g ; Lit.g., 
458; Carmoly, L c, 112; Gross, L c, 184 sqq.; Kohn, 
L c, 112. 

54. Sur Yehuda ben Isaac Sir Léon, cf. Zunz. Z . G . , 35 sqq. ; Ritus, 

198; Litg., 328. Sa biographie a été retracée par Carmoly, 
L c, 66 et Gross, l. c, IV, 173 sqq. Luria le nomme explici- 
tement ïcnss pra?» nn irmîr '■». 

55. Sur Barukh ben Isaac, voy. Zunz, Z. £., 36. 

56. Sur Simson de Sens, beau-frère de Moïse de Coucy, voy. Zunz, 

Z. G., 35; Litg., 302; Kohn, Le., 154. Pour son commentaire 
sur Biccurim, voy. Halebanon, IV, 5. Sur la question de sa- 
voir s'il a été aussi disciple de Jacob ben Méir, voy. Luzzatto, 
Haliklwt Kédem, 46. 



LISTE DE RABBINS DRESSEE PAR AZRIEL TRABOTTO 221 

57. Sur Yehiel ben Joseph, cf. Zunz, Z. G., 39; Carmoly, l. c, 

69 sqq. ; Gross, l. c, IV, 178; Monatsschrift, XVIII, 539, 
note 7; Zadoc Kahn, Revue, III, 4. 

58. Sur R. Moïse ben Jacob de Couey.voy. Zunz, Add., 315; Z. G., 

37, 85; Litg., 479; Carmoly, /. c, 100 sqq. ; Gross, £. c, 179. 

59. La biographie d'Isaac Or Zarua a été retracée par Gross, dans 

Monatsschrift, 1871, 248 sqq.; cf. Zunz,Z. G., 50; Gesamm. 
Schr., III, 128 et, sur les rabbins de ce nom, Litg., 468. 

60. Sur Isaac ben Abraham, cf. Zunz, Z. G., 34, et sur les rabbins 

de ce nom, Litg., 622, note 33; voy. aussi Kohn, L c, 120 
et Gross, Monatsschrift, XVIII, 539, note 4. 

61. Cf. Kohn, L c, 123. 

62. Simha de Vitry était, par son fils Samuel qui avait épousé une 

fille de Méir ben Samuel, le grand-père de Ri l'Ancien. Cf. 
Kohn, l. c, 155. 

63. C'est certainement *'n qu'il faut lire à la place de Kn"*n, puis- 

que nous savons, sur la foi même d'Isaac l'Ancien et par des 
renseignements ultérieurs, comme par exemple les Consul- 
tations de Siméon ben Cémah Duran, III, n° 246 et le frag- 
ment de Luria, qu'Elhanan est le fils d'Isaac ben Samuel. 
Cf. sur lui Zunz, Z. G., 34; Synag. Poésie, 249; Litg., 
288. 

64. Jusqu à présent c'est de Luria seul qu'on tirait ce renseigne- 

ment : 132 "priba 'n înïia nttprn nr^m. Notre relation n'af- 
firme pas seulement qu'Elhanan a été victime d'un meurtre, 
comme on le voit, sans preuve à l'appui, chez Zunz, Litg., 
288, mais elle proclame avec une entière certitude qu'il est 
mort martyr, ce que Gross, l. c, IV, 191, note 38, met com- 
plètement en doute. Guedalya ibn Yahya, 53&,ne connaît 
Elhanan que par Joseph Colon, Consult. n° 52. Sur la ques- 
tion de savoir si Isaac ben Samuel a survécu de plusieurs 
années à son fils, voy. Gross, L c, IV, 192, note 43. Dans les 
Toçafot d'Elhanan sur Aboda Zara, Luzzatto a trouvé la 
date de 1182. Voy. Halihhot Kèdem, 46. 

65. Netanel, le martyr de Chinon, ne peut pas avoir été le disciple 

d'Isaac ben Samuel, puisqu'il a été le maître d'Estori Parhi. 
Cf. sur lui Zunz, Z. G., 54, 205 ; Litg. ,353 et Gross, Monats- 
schrift, XVIII, 435, n. 1. C'est lui que Guedalya ibn Yahya, 
52ô, nomme (lis. "pas») fTiro ©vrpn bfittna irai. 

66. Cf. Azulaï I, r>y s. v. ; Kohn, l. c, 146. 

67. Cette épithète de b"H3rs ajoutée au nom d'Ephraïm ben Isaac 

de Ratisbonne a été donnée par Moïse de Coucy. Cf. Zunz, 
Syn, Poésie, 254 sqq. ; Litg., 21 '4 sqq. Luria l'appelle D'hbn *Ty 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

amMBayna ^aaft, ce que Graetz, Geschichte, VI, 365 (2 a éd.), 
reproduit littéralement; mais Zunz, qui lit *ma!i, voudrait 
remplacer cet adjectif par biwr (l. c). Son identité avec 
Rabbi Yakir est prouvée par Kohn, l. c, 127. 

68. Voyez les endroits où il est cité dans les Toçafot chez Zunz, 

Z. G., 49. 

69. Sur ses rapports avec Joël Hallévi, voy. Kohn, L c, 113 sqq. 

70. Sur Joël ben Isaac Hallévi de Bonn, voy. Zunz, Syn. Poésie, 

251 sqq.; Z. G., 51 ; Litg., 269; Kohn, l. c, 132 sqq. 

71. Sur Ephraïm ben Jacob de Bonn, le chroniqueur des malheu- 

reux événements qui se sont passés de 1146 à 1196, voy. 
Zunz, Syn. Poésie, 262 sqq.; Litg., 288 sqq.; Kohn, L c, 
117 sqq. Les lettres Sia"*^ qui accompagnent son nom sont 
expliquées par Zunz, Z. G., 363; Litg., 619. 

72. Eliézer est le fils de Joël de Bonn déjà mentionné. Cf. Zunz, 

Z.G.,36, 162; Litg., 326 sqq. ; Kohn, l. c, 109 sqq. et Gross, 
Monatsschrift, 1871, 256. 

73. Ordinairement on attribue le yn'^n à Simon ben Çadok, dis- 

ciple de R. Méir de Rothenbourg. Cf. Conforte, 24a, et Azulaï, 
s. v. Sur les explications de l'abréviation yn"ttn, voy. Ca- 
talog. Bodl., s. v.; Rabbins français, p. 457, et sur TVobn, 
Steinschneider, Z. D. M. G., XVIII, 173 sqq. Guedalya ibn 
Yahya, 61 b, le confond avec Simon ben Cémah Duran. 
L'épithète de muste rappelle celle de i^iota qu'on trouve chez 
le petit-fils de Samuel Sélestat, CPpw diiii, II, 8. 

74. Eliézer ben Natan, le ^"in bien connu, est le grand-père 

d'Eliézer ben Joël Hallévi fp"aan, qui le nomme toujours 
npr i:a"an ou )z"tn ^pî. Cf. Buchholz, Monatsschrift, 1871, 
425 sqq. ; Kohn, l. c, 21 sqq. Aussi faut-il corriger dans Gue- 
dalya ibn Yahya les mots , p"» ta i btt im *p en j^'êti bitf nm "p. 
Sur Eliézer ben Natan, voy. Zunz, Z. G., 49, 72 ; Ritus, 196; 
Syn. Poésie, 246; Litg., 259 sqq.; Kohn, l.c, 110 sqq. et 
Gross, Monatsschrift, XVIII, 538, note 5. 

75. •na^Btt b*om 'ntt bsp *om dit Guedalya ibn Yahya, 58&. Cf., 

sur Méir de Rothenbourg, Zunz, Z. G., 40, 92; Syn. Poésie, 
312 ; Litg., 357 sqq. ; Kohn, l. c, 30 sqq. et surtout Rabbins 
fr., 452 sqq. 

76. Cf. Conforte, Koréha-Doroth, 18 b et Kohn, I. c, 101. 

77. Pour la généalogie d'Aschéri, voy. Zunz, ^. £., 422. 

78. Sur l'inscription tumulaire de Jacob ben Ascher, voy. Abné 

Ziccaron, édit. Luzzatto, n° 7. 

79. Sur Barukh ben Samuel deMayence, cf. Zunz, Z. G., 55 ; Syn. 

Poésie, 268 sqq. : Litg., 306 ; Kohn, L c, 102, Le petit-fils de 



LISTE DE RABBINS DRESSÉE PAR AZRIEL TRABOTTO 223 

Sélestat, l. c, attribue le î-i^nn 'o à Barukh de Ratisbonne, 
sans doute par suite d'une confusion avec le ï-iïon^nr: 'o. 

80. Voy. la réfutation de cette assertion tirée du passage du Mor- 

dekhai même, Erubin, VII, 524, dans Kohn, L c, 23. 

81. p"73o!t byi bia io-o ïtjtid D^aripa wkti» dit Guedalyaibn 

Yahya, 586, suivant en cela sans doute notre source. Con- 
forte, L c, 24a, croit pouvoir tirer ce renseignement des 
paroles mêmes du Mordekliai, Beça, IV, 691, ce que réfute 
Kohn, l. c, 24, note 1. 

82. Cf. plus haut, n. 60. Nous ne connaissons comme maître de 

R. Isaac ben Joseph de Corbeil que Yehiel de Paris. Voy. 
Carmoly, L a, 40; Gross, l. c. ; IV, 178, et Monalsschrift, 
XVIII, 539, note 9. Dans le ms. V du Musée national de 
Pesth se trouve, au milieu du Semak, un abrégé d'Isaac ben 
Abraham que je suis porté à attribuer au commentateur 
d'Alfasi, Isaac ben Abraham de Narbonne, contrairement 
à Kohn, Magazin, IV, 87. 

83. Sur Péreç ben Elie de Corbeil, cf. Zunz, Add., 316; Z. G., 

41 ; Kohn, l. c, 33 sqq., et Rabbins fr., 449 sqq. 

84. Imité de Kohêlet XII, 12. Le petit-fils de Samuel Sélestat dit, lui 

aussi, au sujet de Maïmonide yp "pN . . . û"nsD mnfn, L c, 8. 

85. Tandis qu'ici déjà nous trouvons une vue juste sur l'époque 

de ces deux hommes, Guedalya ibn Yahya, 42a et 486, est 
encore hésitant. 

86. Au lieu de Narbonne il faut lire Posquières, puisqu'il est ici 

question d'Abraham ben David et non d'Abraham ben Isaac, 
chef bien connu du rabbinat de Narbonne. Azulaï, le pre- 
mier, puis Zunz, Gesammelte Schriften, III, p. 145, ont jeté 
quelque lumière sur les trois ^"an, qu'on confondait aupa- 
ravant. Voy. la biographie d'Abraham ben David dans Car- 
moly, l. c, 119 sqq; Reifmann, Hamagid, 1862, 382 sqq. ; 
Gross, Monatsschrift, 1873, XXII, 337 sqq. et 1874, 274 sqq. ; 
Rabbins fr., 518 sqq. 

87. C'est cette assertion, donnée dans notre source seulement, qui 
a fait dire à Guedalya ibn Yahia, 53 a : n"n rrarr.. 

88. Cf. Carmoly, Z.e.,125, XIII; Gross, Monalsschrift, XXI, 537, 

n. 8. Dans mon Schalschélet hahhabalah, qui est illustré de 
gloses d'Abraham Joseph Salomon Graziano, se trouve, 
53a, un renvoi au commentaire de Nissim sur ITullin, édit. 
Riva, 22 6, où est cité également le imam no^ 'O. 

89. On peut comprendre ainsi le commencement si difficile à ex- 

pliquer de la lettre de Maïmonide à Samuel ibn Tibbon (voy. 
Kobeç, édit. Lichtenberg, II, 27a), qui a embarrassé égale- 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ment Guedalya ibn Yahya, 42fr. On s'étonne de voir mention- 
ner en cet endroit Abraham ibn Ezra. Aussi Senior Sachs, 
Hamagid, 1868, 390, 397 sqq., suppose-t-il qu'il y a là une 
faute. Abraham [b. Méir] ibn Ezra est mis pour Abraham 
ben Méir, l'ami d'Abraham ben David. Le nom d'Abraham 
ben Méir aurait mérité de trouver place dans les Rabbins 
français, comme correspondant éminent d'Abraham ben 
David. 

90. Sur Abraham ben Isaac Ab-bet-din de Narbonne, voy. Zunz, 

Ges. Schriften, III, 145 sqq. et Gross, Monatsschrift, 1868, 
241 sqq. 

91. tiûn -w-ipi nnm wto 'a nca nania j»i b/na^pa ■'n^n 

n"n ïiam W "Httb m^sn b?ai fcnïnDn ira». C'est par ces 
mots que Guedalya ibn Yahya, 53a, résume brièvement les 
renseignements donnés ici par notre source. Nous savons 
maintenant que Zerahya et Abraham ben David sont dé- 
signés par Guedalya comme condisciples et non comme chefs 
d'école contemporains. C'est dans ce dernier sens qu'Azulaï 
(édit. Benjacob, 4ô, qui a lu Tittb) a expliqué les termes de 
Guedalya. Sur Zerahya ben Isaac Hallévi, cf. la biographie 
de Reifmann mmî 'n rmbnn; Rabbins /V\,.512 sqq.; Gross, 
L c.,247. 

92. Sur Jona ben Abraham de Girone, cf. Steinschneider, Cat. 

Bodl., s. v. Son inscription tumulaire a été conservée dans le 
Abné Ziccaron, édit. Luzzatto, n° 11. Il est aussi cité sou- 
vent sous le nom de Jona de Tolède dans le Mordekhaï, où son 
père est appelé par erreur Samuel. Voy. Kohn, l. c, 134. 

93. Ne serait-ce pas là Jona ben Joseph, cousin du précédent? 

Cf. Conforte, 19 & ; Catalog. Bodl., I. c. 

94. C'est sans doute notre texte qui a donné lieu à cette faute de 

Guedalya nain» -pje mï-» "p'^nî-ï. Cf. Perles, Monatsschrift, 
VII, 115 sqq. et IX, 175. Le terme de mscin désigne ici les 
Novelles qu'a écrites Nahmani sur chaque traité talmudique. 
L'aventure surnaturelle que raconte Guedalya ibn Yahya 
56a, d'après un o^aaip, se trouve également dans les collec- 
tions de Graziano, 560 b. J'en extrais le passage suivant, à 
cause de sa bonne leçon : b"£ï f^m na fïTO irai ann bï i-ien 
m£b "jbi-n .ttj» *an ^anbataBpa lawWDTe "i^a ïrn tûk 
mn» Tj1212 -napa-i ,iraia "p^rttbn vn n^asai ,^a:£r; ynsa naprtbi 
"pb* baariïib iba'pta iy on-naa ruiiî whb d.in ûïib fm© nrw 
iNitt:n irrpafi a va *o /titbb wn nNîa ina anb i»n o-nab-: 
hn^n^a jpan natti "pra "■£« ^m» nmap bs> -n»n rtast)ïTÇ 
SnrDoa 0:031 ,n-i^i^ rrrw» nwa i&np funpatt ^inai rranab 



LISTE DE RABBINS DRESSEE PAR AZR1EL TRABOTTO 225 

*p*ï bz tapr ,û^ro ©bsj inN tjd:i ,av:iT3 tn^iBa fbin 
te^Pttbnïi npbn imE dYipi ,Kiab Tn*b iNin^o irbifio napa 
lavai ,aonn naawart npab ,^pa baa aar;7: -rna ■jbna fnpibnfc?i 
-jets p nûbiai ,nn« iz-z r^v frnaam .nrpa: mMKa wwa 
.— i"d ^nassE s"? —.M narro m ba !rm« mrlm ;;:n 

95. NO^ni?3 wb« 'n airta rrrnb ib t-rr-ro nbapr? p^ano "»nbapi 

dit Guedalya ibn Yahya 55 b. Cf. Conforte, 19 a. Peut-être 
cette assertion provient-elle d'une confusion avec R. Azriel 
dont l'anagramme fait R. Eliézer et qui a enseigné la Gabbale 
àNahmani. Cf. Graetz, Geschichte, VII, 448. Sur Elazar ben 
Yehuda, cf. Zunz, Litg., 317 sqq. ; Rabbins fr., 464 sqq. 

96. M. Perles a fait la biographie de Salomon ben Adret. Cf. 

aussi mes Spurca al-Batlajusïs, 41. 

97. Cf. note 92. 

98. Sur les différentes façons d'écrire ■rçibana, voy. Zunz, Zeil- 

schrift, I, 144 sq. 

99. Guedalya ibn Yahya dit, 58 &, 8a"im!r,2 irm ^pr: vibapi 

p^aa lOD^na nbitrbiab Tamara ti58"ni"ï robnio ^ *w "pian 
Ka"E5"ilH. Et f° 60& il s'exprime ainsi: D^-i"j:ipa imam 
fcavai Na"cn'rî maa tjifcn 'n nia* naib-'ama w» «"«nïi larœa 
im Trob. Nous pouvons en inférer qu'il y a une lacune dans 
la copie de Graziano et la combler par ces mots 'n no 1122] 

100. C'est par opposition à Nissim Gaon (cf. n. 20), que Nissim ben 
Reuben est appelé « le postérieur ». Cf. Schorr dans le 
Chalutz, VIII, 126 sqq. 

Budapest. 

David Kaufmann. 



ACTES DE VENTE HEBREUX 

EN ESPAGNE 



Notre savant ami, M. Fidel Fita, de Madrid, a découvert l'année 
dernière, dans le trésor de la cathédrale de Léon, un manuscrit 
contenant un certain nombre d'actes de vente en hébreu, datant 
du xi e et du xii° siècles. Cette découverte avait déjà un grand 
intérêt par cela seul que les manuscrits hébreux remontant à une 
si haute antiquité sont rares. Ce qui la rend encore plus précieuse, 
c'est que nous ne connaissons guère beaucoup d'actes de vente 
originaux. Un des plus anciens qui aient été publiés est celui qui 
se trouve dans le volume intitulé : Musée des Archives natio- 
nales, Paris, 1872 (p. 118), et qui est un acte passé à Bray-sur- 
Seine le 20 mai 1206. VAnglia Judaica, de Tovey, contient éga- 
lement une pièce de ce genre, très défigurée par l'éditeur, mais 
n'ayant pas le volume sous la main, nous ne pouvons en indiquer 
la date. On en trouvera d'intéressants datés des années 4873 et 
4879 (1113 et 1119) dans les Consultations de Maïmonide, édit. 
Leipzig, n os 237 et 240. 

M. Fidel Fita a bien voulu nous envoyer des notes sur les pièces 
qu'il a découvertes, au nombre de sept, et en outre il a eu l'obli- 
geance de nous adresser des photographies de cinq d'entre elles, 
mais le manuscrit n'étant pas dans un très bon état, la lecture de 
deux de ces photographies est impossible. Nous avons réussi à dé- 
chiffrer suffisamment bien les trois autres, et, vu la valeur de ces 
documents, nous n'hésitons pas à les imprimer ici. La gravure 
intercalée dans cet article reproduit la plus lisible de ces trois 
photographies, qui est en même temps la plus curieuse au point 
de vue paléographique. 

N° I. — Vente faite par Josef bar Joab Escapat * à Dona Afro- 

1 Voir sur le nom de Scapat (Escapat), Revue, IV, p. 76. 






ACTES DE VENTE HEBREUX EN ESPAGNE 227 

nilde Elinfante, pour 50 deniers de bon aloi, d'une vigne qu'il pos- 
sède à Montaurio, et bornée d'un côté par la vigne de Vita ben 
Aldahi, d'un autre côté par la vigne des héritiers d'Elazar bar 
Isaac, et des deux autres côtés, par la voie publique. Si des tiers 
élèvent des prétentions sur cette vigne, le vendeur, si nous com- 
prenons bien, devra payer à l'acquéreur le prix d'une vigne sem- 
blable située dans le même clos, et, en cas de retard, d'une amende 
do 100 deniers payables au roi. Fait à Léon, le jeudi 20 marhesvan 
(4)814 [4 novembre 1053]. Ont signé comme témoins Hayya bar 
Salomon et Josef bar Menahem. 

Voici cet acte * : 

nB3ttK 3NT '73 13 ï|OT» '73 13b 173NU5 rm *p nattb •pTsinnn Û"H? 13K 

•nb^isa mrù i3m maT b-û fwb b33 ianm i3nai *pp3 û'h* *hy nntt 
y*ff+i û^wn ri37373 vibapi vtettî n73n73 niaïb rnra rmrtb ^nsasNbN 
mwoTOa ^b ©*na aian im ba jnaefe -vroai «ïtedkp a-^ d^tit buj 
ia iT^bt* "hûiy* aia "*ats 12:731 ^riNibK *p rnaia £3ns wk 1273 11312731a 
■pria ï-ît aia ba nb t-id» rawi miai "pn -^311 ^bta "«hi prts* 
«53^pi a-p-itt «11733 ifïo» «snpi an -wn êcin ainn73 ib-w •pais» 
*<bi ab?b rin mnnb «b-j ïraibrn nainn sttob Bromei T73b* ni-o73 
jrmm ab^bi ûtï-ï» Ti3B3NbN it ^b^nsiN mn •jbn "pfcb^b nra h«3«îib 
tpbnm p»»m Toàm bTom ponrn wmm rai^n 11733 pim it rtroaa 
ini373 iw ftfaiû isb nanam îissn ina s-nD*m nanriis 173b ri3n733 inm 
■nriK "wrb abi ima73 "wab «bi ^nzyb wmd abi it ïtto» ï-jb 
1732:? ^npbDi abi?3 rrywi N3?t3i man û^nn jm bip it srra&a 
it îfpa» b?73 "nna -wm "ma» i&u pm©m] man ^mom won 
pim anp ninans na p abi? mrrn ranx73 *K3 a&n ab^b 11733 pib">o 
cabira a^s aiiaa rr»b* 121:^1 iia b* in anaa -na in "mm bni3 ©TP 
ÏÎ7373 ia ■pNia 13U53Ï1 îziinb panêrn ^Vtsa mai in- 1 it STfaa n73n73 
ûvp rma it ÏTT373 û^pNia i* ï*nai in? ba mb?» rtTïlbi y*ùïto t?*i 
pnai in? ba ïi^b?73 mïibi y^cnb ^naa^? a^i «11735 ïii73?^i 1173a 
bba naa? «bs aian miN 173a aip^n im^a nb yisNttî it ^1^373 n73n73 
11733 ai^p m^a it m^373 anm ^iri !-in73 ta ;b73b ?isNia ^nas^ axi 
^ûbûtti ^?pip7a "^033 ba b?i •'in» •'^ii' 1 b?i ^b* it ïii^373 ib» nrin«i 



1 Dans les originaux, les abréviations sont indiquées par des points placés sur les 
lettres ; nous avons remplacé ordinairement ces points par le signe ' placé à la suite 
de la lettre munie d'un point. 

4 Casémiyah, monnaie d'Aboul Casem, probablement Aboul Casem Mohammed, le 
second calife fatimite d'Afrique, qui régna de 322 à 334 (Sauvaire, Journal asiat., 
t. XVIII, p. 509). 

3 Illisible sur la photographie. 

4 Le mot est à la fin d'une ligne ; la ligne suivante commençait peut-être par le 
mot N^ 11 , cependant il nous semble qu'il n'y a pas de lacune en tête de cette ligne. 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1*3 15*3p1 ^a».1 ^OSVJT Nro»S80 «3*T s 3b '3T 'an 'ro *5pl * "0183 

Dbia ■pspa ttb^îab a-irors ba bs> *jk*anfi« irw ït TDwabb ht ||0T» 
wwaia rao ficrn» rmb taT tsnœ* nniaa "^Ena . o^pi -ptoi 
an:*: -in bjot 1 . 3/ ^3 ttfcbw na éwi . Nn72 "jT^b pttb ïtîo* sanai msa 

.* 'bx 

Traduction. 

Nous témoins soussignés [affirmons que] il est arrivé comme suit: 
Que le sieur Josef, fils du sieur Joab Escapat, nous a dit : Soyez té- 
moins pour moi dans la vente et écrivez et signez en due forme et 
donnez à Dona Afronilde el-Enfanti en toute propriété, parce que 
j'ai pris et reçu d'elle 50 deniers casémiyah de bon aloi et lui ai vendu 
pour cette somme toute la vigne que j'ai à Montaurio et bornée d'un 
côté par la vigne de Vita ben Aldahi, du second côté, par la vigne 
des héritiers d'Elazar fils d'Isaac, des 3 e et 4 e côtés, par la voie pu- 
blique. Je lui ai vendu cette vigne placée au milieu de ces voisins 
depuis le fond de la terre jusqu'à la voûte du ciel, en vente complète, 
régulière, constante, vente éternelle et publique, vente arrêtée et 
décidée, vente sur laquelle il n'y a pas à revenir jamais et où il n'y 
aura jamais rien à changer. Aille ladite Dona Afronilde el-Enfanti, 
à partir de ce jour et pour toujours, et prenne possession de cette 
vente en toute propriété ; acquière, fasse acquérir, transmette, donne 
en héritage, vende, donne en hypothèque, échange, fasse don à [et 
avec] qui elle voudra et en fasse selon son désir et sa volonté, parce 
que je lui ai fait cette vente de bon cœur et n'ai réservé pour moi ou 
mes ayant cause ou mes héritiers après moi, en cette vente, ni pré- 
tention, ni droit, ni contestation, ni propriété, ni allégation, ni pré- 
texte d'aucune espèce, et je me suis retiré moi-même et ai retiré 
mes propriétés, possession et droit et le droit de mes ayant cause 
et de mes héritiers après moi de cette vente, reirait complet et 
éternel. Et vienne, d'un des quatre coins du monde, fils, fille, frère, 
sœur, parent, étranger, successeur ou héritier, Juif ou non-Juif, 
verbalement ou par écrit, et soulève au sujet de cette vente une con- 
testation quelconque, ses paroles seront nulles et considérées comme 
un tesson brisé qui n'a point de valeur, à charge pour moi de re- 
pousser et rendre vaine toute contestation et réclamation de façon à 
la (Dona Afronilde) maintenir dans son droit d'un maintien complet 
et d'une conservation complète ; et si je suis empêché de repousser 
et rendre vaine une contestation et réclamation quelconque concer- 



1 Voir Arukh, au mot fN ; tais = contrat d'acquisition ; le mot "Op qui suit si- 
gnifie sans doute V^p, acquisition. 

2 rranab û-dt ir»an yipro. 

3 Très peu lisible sur la photographie ; peut-être b"£. 

4 La différence entre les deux formules 'j?J et 'bit vient sans doute de ce que la 
première s'applique à une personne morte, la seconde à une personne vivante. 
Cf. Ozar tob, 1881, p. 40, 'b"T pour des vivants. 



acte;s de vente hébreux en Espagne 229 

nant cette vente, je payerai en cette ville la valeur de cette vigne 
sans aucun retard, et s'il y avait retard, je payerai au roi cent de- 
niers. Et soit cette vente en ses mains d'un maintien complet. Et la 
garantie de cet acte de vente sera, à ma charge et à celle de mes héri- 
tiers après moi, hypothéquée sur toutes mes propriétés immeubles 
et meubles, par acte et acquisition, selon la prescription de nos rab- 
bins, leur mémoire soit bénie ! et non comme une promesse ou une 
formule. Et nous avons fait la vente dudit Josef à ladite el-Enfanti 
Dona Afronilde selon tout ce qui est écrit plus haut, comme vente 
complète ; et tout est régulier et constant ; le 5° jour de la semaine 
(jeudi), 20 e jour du mois de marhesvan, l'an huit cent quatorze de 
Tère de Léon. [Signé :] Hayya bar Salomon; Josef bar Menahem. 

Dona Fronilde était la fille du duc Don Pelage, le restaurateur 
de la puissance chrétienne dans le Nord de l'Espagne, après l'inva- 
sion des Arabes. 

M. Fidel Fita nous adresse sur cette infante les notes suivantes : 

1° 14 juin 1045. Elle achète un jardin potager. « Et est in ter- 
mino primo suo propio de illa infanta Donna Fronilde, alio in ter- 
mino de Fédéral hebreo... » (Trésor de la cathédrale de Léon, ms. 
du xii e siècle, fol. 204, verso). 

2° 22 mars 1049. Elle achète une vigne. « Et est ipsa vinea de 
termino Sancto Tirso de Val de Castro et inde per termino de No- 
men Bono ' hebreo -. » (Ibid., f° 265, v°). 

Sur Vita qui figure dans notre acte et sur le témoin Hayya 
bar Salomon, M. Fidel Fita nous écrit : 

Dans un acte de donation que fit le prêtre Sampirus à l'église 
Saint-Jacques de Léon, il dit : « Item alia villa quod sita est in ripa 
amnis Vernesga, wistasta (?) Alisca, quod fuit de Vitas hebreo, et 
presit eam rex domnus Vermudus pro eorum scelus. » L'acte est 
de 1308 (Ibid., f° 107, v°) et est signé par Hayya bar Salomon. 

Le Jiidichtm Régis A dep/wnsi , publié dans YEspagna sa- 
grada, vol. XXXVI, append. x, daté du 13 février 1015, fait 
mention de vignes appartenant aux Juifs à Montaurio. Sont 
nommés dans cette pièce : Xab Xaia , Jacob Traballio, Vita 
Xabiz. Xaia est égal à Hayya. 

N° II 3 . — Auro, fille de Josef, veuve d'Aziz ben ^b^rn 4 , vend à 
Pelage Guderriz 5 le chrétien, -natiarî "p-ma ^bo, au prix de 31 de- 

1 Semtob ? (Note de M. F. F.). 

2 Voir aussi Espagna sagrada, vol. XXXVI, append. xxv. 
' D'après M. Fidel Fita. 

4 La photographie de cette pièce est lisible par endroits. Nous croyons que le nom 
doit se lire EJ^bjP3. 

5 Aujourd^ui le nom s'écrit Gutierrez ; au moyen âge, Guterriz et Guderriz. 11 y 

T. IV. 16 



230 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ni ers, une vigne située dans le territoire de Léon. Fait à Léon, le 
27 adar II de l'an (4)883 [lundi 26 mars 1123]. Témoins : Moïse bar 
Isaac, Isaac bar Abraham. 

N° III * . — Rébecca, fille de isroû, et son mari Jacob fils de Cid (?) 
Isaac vendent à Domenico Ramoniz (D^naftn np^Nttn) et à sa femme 
Marina Fernandez Gonzalez (o^b^-ia O'na&wiD wi»), au prix de 
20 deniers, une vigne située dans le territoire de Tiersi - (ibrôn). 
Fait à Léon, le 2 schevat (4)884 [dimanche 20 janvier 1124J. 

N° IV. — Auro Toda, fille de Cid Crescent, et son mari Isaac bar 
Moïse vendent à Don Albertin, chanoine s , au prix de 35 maravé- 
dis d'or, une moitié de vigne qu'ils possèdent dans le territoire de 
Castrillo appelé Serna, et bornée de deux côtés par les vignes des 
héritiers de Jacob bar Moïse, du troisième côté par celle de Juan 
Pelaiz, du quatrième côté par celle d'Olaliab Petriz. Fait à Léon 
en élul (4)897 [allant du 20 août au 17 septembre 1137]. Ont signé 
comme témoins : Isaac bar Salomon et Isaac bar Péreç. 

Voici le fac-similé et la transcription de cette pièce : 

^«n«W yJ *»*» ** /»**»* J"*** *">^r 
y—i U*u c-îi i.V>m- •fa" T"??* ** 0?L 

avait, en 1133, à la cathédrale de Léon, un chantre appelé Petrus Guterriz (Esp. 
sagr., XXXVI. app. lui), peut-être le frère de notre Pelage Guderriz, car les Juifs 
du Castrum Judeorum de Léon (auj. Puente-Castro) paj'aient à l'évêque de Léon une 
redevance annuelle que celui-ci céda en 1122 à la cathédrale pour les besoins du culte 
[Esp. sagr., ibid., app. xlviii), ce qui expliquerait les relations des Juifs avec les 
Guderriz (M. P. F.). 

1 D ? après M. F. Fita. 

5 M. Fidel Fita n"a pas pu retrouver un Tiersi dans le territoire de Léon. Il existe 
un Tierz dans la province et le canton de Huesca (Aragon), un Tierzo dans la prov. 
de Guadalajara, cant. de Molina. Notre Tiersi pourrait être le Tercia del Camino, 
commune de la prov. et cant. de Léon (F. F.). 

3 C'est le sens du mot "^2"D, du latin canonicus ; ancien castillan : calonge, ca- 
ronge, dérivé de ranonge. 






ACTES DE VENTE HÉBREUX EN ESPAGNE 231 

' *^^? -Lvn -?>;£*> ; T-ea/ff >j f U*Js*s J^*"* ? ° 
A^/lAv-V/^ °^A*V»W Uf»J*W'»#& i 

0/ «^«*> J^/^**/ L^>yt+* T'OasJsM'* 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

*ro na rrnn ims i^b inttfrna rrn ja rrjttb D^Tainri!-? a^ia» isa 
isnm lanai "papa a^ra> ir>b3> nn îtbe '5a na pnir '53 nbrai na^np 
nttrra marè» iT*a n-pnb iâana V^-iaba ^b ïam mat bus )wh baa 
ba a^3 ib [»i:na]73i ï-ntaan:» tpairn û^abun rr^^n îattk i^bnpi labtaaia 
irpbn îa^i îijip Nipan ib'nniap biaaa 13b ©•»« ana nn\s ba?a i^pbn 
■rçri© "13:731 sud» na apa" yo*\y* ana dtris ^ata» Triât»! ^snTar-î m 
it tma nstn» ib ina» o^tjd a^bbiN ana ■ynm i^tn oanbe ïaT ana 
abiNiaibni tiainn M^-»pT N-i^iia rwbuîi rm»a 3 i^aa3>*]i 2 D^nTai avrpa 
dm» ht ■ptanaba 'p ta i n;b-< "p7aba»b nra naDttïib «bm aba>b na ta H!-î>ab 
b^nn ffi^ri ©T» i-m»a fror Ma nam m)aa pirn it rrpatta pifm 
ib 13-ia» s-wbï) nam ria" 1 *pa>au5 ^ab "îanism istan ha maam "pam 
■p*n bip Nb it ïi*raba irmatt "wab abi la^fà^b la-p^ia Nb it rrroa 
ba» miam irmom larosra» lapb^o naai abia>n ï-owi mat aiiai a^na^n 
p abia> mrm a>aiN7a Nia-> aai mwa pib^a it i-ma7a ba>7a irma» "wa 
nana^i na ba>a in anaa *na in ^w bma idit pim amp mnN na nn 
in *pwa nati»rï ttnnb ■pa'ramv'pbiaa Tnan Tir it i-T-pa» î-iEfi» i^ba» 
ta^ipa© la* i^tji "ma» ba mîibi mirab irban 12 ysn va "^bi ^^a 
ban irnna ■ûnonv ban irba> n-ninaa abia?b m» a a-pp ma it rrpaTa 
■natti "«bDipi NnaTaoNa nVi 4 ':ab'aT 'an 'ha ^baibiatti iypnp:a iraaaba 
■papa ï-iba>»b aman ba ba> î-ïï "pranaba i^b ib« pnm ïTiin p na^api 
rtâ"î« anpafi NnTa "ji^ba Txnn rn3© bib^ nn^a îa^nm naana ..jaVtt 
pmf /w ï-Dabu: na pnit" 1 .a^ipTai 6 pn>arî b^ 5 b rîiriTâri *tm "W 

. 'an yna ia 

M. Fidel Fita nous écrit sur cette pièce : 

1. Le chanoine Albertin est peut-être l'évêque de Léon Jean 
Albertin (1139-1181) dont il est question clans YEsp. sagr., XXXV, 
p. 192-231. 

2. Il 3^ a dans la province de Léon plusieurs Castrillo. Dans 
notre pièce il s'agit probablement de Castrillo de la Ribera, près 
de la ville de Léon et du fleuve Torio. 

3. Sema est un mot très répandu ; il indique l'espace qu'on peut 
semer dans une journée. 

4. Jean Pelaiz est le nom d'un chanoine, diacre de la cathé- 



1 Lettres peu visibles sur la photographie. 

2 Pour a^HTai, et de mon vivant; la lecture a^flfà est assurée par la photogra- 
phie de la pièce n° II, où les mots l^ia^yfal E^TOI sont très lisibles. La formule 
est opposée à celle dé ï"ïrP)3 IflNbl T^a^fà usitée pour les donations testamen- 
taires. Voir Tur, Hoschen mischpat, chap. ccvi. Voir aussi plus loin, n° V. 

3 Le mot t-n'OTa semble manquer à cette place. 
A Voir la pièce n° I. 

5 Ce b est exponctué et, par suite, ne compte pas. 

6 Le passage veut dire que les mots t-f^ti} &np3!"7 qui se trouvent plus haut 
< entre les lignes », et le mot rîiTTTaï"» qui se trouve plus haut sur un grattage, sont 
bons. Comp. Ittttr, éd. Venise, 1608, f° 17. 3 e col. 



t ACTES DE VENTE HÉBREUX EN ESPAGNE 233 

drale de Léon, cité dans une pièce du 19 avril 1133. (Esp. sagr., 
XXXVI, app. lui). Parmi les nobles qui signent cette pièce, après 
le roi et avant les évêques, se trouve Albertinus, père de l'é- 
voque Jean. 

5. Le 30 décembre 1167, un chanoine de la cathédrale, «Dominus 
Albertinus, archidiaconus, » signe une pièce reproduite dans Esp. 
sagr., XXXVI, app. lvi. 

N° V. — Don ! Auro, fille de Cid, et son mari Rabbi Abraham ben 
Méir Mogusi (?) vendent à Petro Pelaiz et à sa femme Eznada Mu- 
nioz, au prix de 15 1/2 maravédis d'or, une vigne située dans le 
territoire de Valdesanialos (?), bornée par les vignes de Geraldo, 
chanoine, de Salvador Basso Cuacho (?), des héritiers de Samuel 
ben Aziz et par la voie publique. Fait à Léon le dimanche 4 iyyar 
(4)911 [22 avril 1151]. Ont signé comme témoins : Josef bar 
Barzillaï et Samuel bar Jacob. 

rtb*m "no na -mat ïn isb v^nie S-nn p ntattb ■pttinnn a^a> na» 
mrm nanan TiDaa»» ûb© 'papa bT* ^ba» yiïi lo-iaitt -pne p ûmaa 'n 
fcrnïrb o-na-iE anara in^^bi aaôa -naab nam mat bu: "pob baa i^br 
to^si i^m fcpainT niaa> s-na^n bfifc labapi "labial s-i^n» maïb a*ra 
ss^ttî aana mis ba ana aanb -la-iatn imab imo "pa ùnai? arcaaamtt 
Yibnà "pi aana ^rnN *rzn tana ims ba lanawai îaibaraun ban biasa iab 
'n -nanv< aana i^bia i^tti làanp naan miabia tana lam TOfci "Àais 
■pna ïit tana anb ina» amsi miai ^-n vm natfci rrç* p bara-ta 
ta^n^i tabn^bi ùti-je ir-pa» îman mpîm nnaar: baa nba* "paiaro 
t^wa^pi st-p-hû i-nobian mi»5 st-pse marnai ■pttb* ni^^ TWDbJtn 
■pn nab^ "pttbarb na^E naranb atb*n ab^b rra frirai aô^i Nïaibm namn 
p-irn it ïrpatta ip*îrpi abirbi a^rpa amprt -iba* anaTa* ■pm -nus 
i3a^7a-«"i ■matt'n na^orpi. îVwn iiai-rm ■nOT" mi»s ï-pat na nam mfca 
*isr-pia ■% bab nanfca ian*n Tïipam w^i Tnata*i ibifcam îaïrn na^bm 
ïiî ana aaï-ïb "ianato nsabie riahi na^ p^auj ">ab naïazm astan ana "iwn 
aô it rrratta la-ntiat WDwb abi naTnatt a^aob «bi larbassb wwc aôi 
ia^ata> napb^a iaai abi^a narrai mat a*na a*bi a^nai a*bi "pn a*bi bip 
rrr ana b^Ta ia*nna< na'Wn wnsia "«a mari nva-n lavron nrnwvi 
a-np mnN hn na p abi? mrrn 3>anN?a aoa^a ^ ban abirb mwa pua 
tana anu:a ar;^b3> i^-i^^i na bra anaa ^a ik *wp bma »nT> pinn 
ia il»© nauj^r: wnnb ^aran i^baa Tnai w m ana nïanw abi^a 
in? ba arr^br^ n^nbi matsb irb^n nt«m na yen V N "b^bi wni: 
rn^nnNa abn3>b mwa a^p a^i^n it rrr^a^ n^^pa© w piai a»anm iîai»i 
'bî 'an 7 r-ia ->baibujwn ^ypnp» na^oaa ba brn îynrw nr«m'' hyi na-»ba> 

1 On remarquera l'emploi de don (non c/owa) devant un nom de femme. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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tZ3^np»n ivb ndïï "pa»b Bnpnfi mené n^N n-pb tzptt* 1 wsin natta 

nnaa ia»nm tabia *papa nb^^b aman ba by iba nidtn "p^bi Ynt» 

. ' anat 'bit ap^ na baittu) . 'bs ^na na tpn 

Note de M. Fidel Fita : 

« "ù&op pourrait être l'espagnol jnez, provenant du latin ju- 
dex, cependant j'incline plutôt à y voir un nom de famille, par 
exemple Cuecho, de Cocho, primitif de Cochino (cochon). Cocho, 
en ce sens, est encore usité à Léon et dans les Asturies. » 

Le nom de localité que nous lisons Valdesanialos, est lu par 
M. F. F. Valdesarielos. Ce serait alors le Valle de Sariegos, ha- 
meau de la commune de Saint-Adrien de Rabanedo, près du 
fleuve Bernerga, canton de Léon. 

N° VI 3 . — Auro, fille de David, et son mari Abraham bar 

vendent à Don Petro Martinez, le chanoine (lïmapîi), au prix de 

trois maravédis d'or, une vigne située dans le territoire de 

Léon. Fait à Léon, le jeudi 5 kaslev (4)936 [20 novembre 1175]. 
Ont signé comme témoins : Jacob bar ribnaran ïrtrba et Joseph bar 
Elischa. 

M. Fidel Fita fait les remarques suivantes : 

1. rttrta, Vellito ou Vileto, est un nom de famille très usité à 
Léon. 

2. nbnav^n aurait-il quelque rapport avec le nom de Taza- 
ferro 3 qu'on trouve dans un acte de janvier 1206 (Esp. sagr., 
XXXVI, app. lxi)Î 

N° VII 4 . — Vente d'une vigne située à Tercios (ovonn). Fait à 
Léon en (4)990 = 1229/30. 

Un des personnages nommés est Mar Josef Naci; un autre, Féli- 
cia, fille d'Isaac b. Moïse ; le nom de la principale venderesse pour- 
rait bien être rptt^, Gracia (I. L.). 

N° VIII. — Document fort intéressant pour l'étude de l'ancien 
dialecte léonais. 

« Sub era M a CC a XG. VII, in mense aprilis. Gonsabido sea por 

1 Nous sommes assez embarrassé pour lire ces deux derniers mots. Ils font peut- 
être : tranca a^na tiaïab inpist. Au heu deana, u faut peut-être lire -ona. 

que nous ne savons pas déchiffrer. 

2 D'après M. Fidel Fita. 

3 Peut-être faut-il lire JlbriaiSn, et nb'Ha étant la traduction de ferro, on aurait 
exactement le nom de Tazaferro (I. L.). 

4 D'après M. Fidel Fita. 









ACTES DE VENTE HEBREUX EN ESPAGNE 235 

este escripto que yo D. Pelayo, erno de ya Lonarda, e yo Pela PaJ- 
maz, ambos decïïîa commo e cada uno por todo devemos a Vos Yuçe 
et a vuestra muyer IIII sol. 3. mr., aquen ata dia dentruestro pri- 
mero que vie, por nos e por nostras buenas mobles non mobles. Se 
volos non pagarnos a este devandicho plazo : que graven sobre nos 
como manda el Rey Casto que sin misiones quaeusnas fecierdes 
sobre este pleyto, todas sean sobre nos; e vos seades creidos. Ts. 
don Marcos fid', Martin Parayso, Diago de Frexno, don Pedro fid', 
don Martin Zapatero, Diago Perez Maria, Diago Liger Zapatero, don 
Yuanes e don Pedro fijos de don Esidro de Quintamela, Pedro Ma- 
zana, Yuanes Farto; — Abrafan judio, Masse judio. » 
« Petrus notuit. » 

Traduction. — Sous l'ère 1297 *, au mois d'avril. Qu'on sacbe par 
cet écrit que moi Don Pelayo-, gendre de la Lonardo 3 , et moi Pela 4 
Palmas, tous deux solidairement 5 et chacun pour le tout, devons à 
vous Yuce 6 et à votre femme 4 sous 3 maravédis, de ce jour jusqu'au 
prochain jour d'Entruecho 7 , pour nous et pour nos biens meubles 
et immeubles. Si nous ne les payons pas à ce susdit terme, que 
tombe sur nous, selon l'ordonnance du Roi Chaste 8 , [la peine] que 
les frais quelconques que vous ferez au sujet de ce procès soient tous 
à notre charge et que vous soyez crus [en justice]. Témoins : Don 
Marcos fid[algo?], Martin Paraiso, Diego de Fresno, Don Pedro 
fid[algo?j, Don Martin Zapataro, Diego M[an?]aria[n?], Diego Liger 
Zapatero, Don Juan et Don Pedro, fils deDonlsidoro de Quintanilla, 
Pedro Mazana 9 , Juan Farto ; — Abrafan 10 , juif; Mossé u , juif. 

Pedro, notaire. 

Isidore Loeb. 



1 Correspondant à Tannée 1259 de 1ère chrétienne. 

2 Pelage ; sur le dos de la pièce, "ifcobs *p^- 

3 Léonarde. 

4 M. F. F. suppose que c'est le nom de Pelaya ; sur le dos, "i^D. 

5 Decma, dans le texte, doit, suivant M. F. F., se lire de companna ou de comanda. 

6 Josef. 

7 C'est l'espagnol antruyo (carnaval), du latin introitus ; sur le dos de la pièce, 
liPfcmLÛ'^btf. Le carnaval de l'an 1260, ou dimanche de Quinquagésime, tombait le 
15 février (M. F. F.j. 

8 Alphonse II (791-842). Des traces de cette ordonnance doivent se trouver dans la 
Karta inter Christianos et Judeos de foros illorum, faite par Alphonse VI (31 mars 
1091) et publiée dans Esp. sagr., XXXV, app. i (M. F. F.). 

9 Voir ce nom dans Revue, IV. p. 74. 

î0 Abraham, avec /"pour h; voir Revue, IV, p. 71, Coff'e; p. 72, Fabib ; p. 74, Jaffuda. 
11 C'est peut-être ainsi qu'il faut lire dans le texte. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES 



AU XVIII e SIECLE 



IV 



La situation des Juifs aux colonies françaises était donc tolé- 
rable, puisque l'autorité laissait tomber en désuétude les rigueurs 
du Gode noir et que la justice elle-même avait admis une juris- 
prudence qui leur reconnaissait en quelque sorte une existence 
légale, lorsque tout à coup la nomination du comte d'Estaing 
comme gouverneur général (1764) vint jeter le trouble dans les 
esprits et inquiéter d'une manière bien vive les petits groupes de 
population juive qui se trouvaient éparpillés dans les différentes 
localités des Iles d'Amérique. 

Le comte d'Estaing fut appelé le 27 décembre 1763 au gouverne- 
ment général des colonies avec le titre de représentant la per- 
sonne de Sa Majesté aux Iles sous le Vent de V Amérique, titre 
tout spécial qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait porté jusqu'à 
lui ; mais il ne fut reçu au Gap que le 23 avril 1764. Il arrivait 
investi de toute la confiance du ministre et l'imagination pleine 
d'idées de transformation et de grands travaux. Tous les rouages 
de l'administration lui paraissaient défectueux; l'allure, la con- 
duite et les mœurs des individus lui déplaisaient et il voulait impo- 
ser au pays une réforme complète. Aussi devait-il s'attendre. à une 
résistance qu'il aurait pu vaincre, grâce à l'appui tout-puissant que 
lui donnait le ministre, s'il avait eu la connaissance pratique des 
choses maritimes et coloniales, s'il avait su mettre delà diplomatie 
et des ménagements dans sa conduite. Mais le comte d'Estaing 
avait toutes les allures du grand seigneur dans ses actes, dans ses 

1 Voir plus haut, p. 127. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIÈCLE 237 

conversations et dans sa correspondance. M. de Choiseul, ministre 
de la marine, qui lui avait donné toute sa confiance, le qualifie 
assez durement dans le mémoire qu'il remit au roi en 1*765 l et le 
traite de fou et de fou dangereux. Dès les premiers jours, il 
ameuta contre lui toutes les classes de la société coloniale, et des 
plaintes de la plus haute importance furent lancées contre lui. Il 
eut presque immédiatement à se défendre contre des critiques 
amères et violentes qui se formulèrent en des accusations très 
graves. Le personnel de la justice même ne refusa pas de prêter 
la main à ces dénonciations. 

De toute cette lutte, nous ne voulons rechercher que les détails 
concernant les Juifs , dont l'imposition arbitraire forma un des 
sept points d'accusation dressés contre lui : nous laissons à 
d'autres, plus experts et plus versés dans l'histoire des colonies, 
le soin d'exhumer des archives du ministère de la marine tous les 
détails piquants de cette affaire. 

Le comte d'Estaing vint-il aux colonies précédé d'une réputa- 
tion de libéralisme, d'homme acquis aux idées nouvelles qui étaient 
alors à la mode ? C'est ce que nous ne pouvons affirmer. Mais il 
est à peine arrivé au Cap, que les Juifs de la Martinique lui adres- 
sent la requête suivante, dont nous n'avons pu retrouver le texte 
original et que nous donnons d'après une copie (fidèle?/ conservée 
aux archives du ministère de la marine 2 . 

Coppie de la Requête présentée par ceux de la Religion Judaïque 
qui habitent Vlsle de la Martinique. 

Du 4 juillet 1764. 

Supplie humblement la Communauté des marchands de la nation 
hébraïque demeurant tant en cette Isle que autres dépendantes et 
étant sous la domination de Sa Majesté très Çhrestienne. 

Et vous remontrent que les commencements qu'elles ont été habi- 
tués, il y seroit venu de divers lieux et contrée de la terre y ayant 
été receus par les propriétaires et habitans avec toute sorte d'a- 
mitié et bienveillance et permission d'y trafiquer en toute liberté 
ainsy qui! avoit toujours depuis fait y ayant fait venir une infinité 
de diverses marchandises et vaisseaux de toutes parts très requis et 

1 • J'ai voulu établir en Amérique un système d'Europe ; j'ai fait choix de sujets 
» pour gouverner qui m'ont jeté dans des écarts épouvantables ; les uns étaient inté- 
» ressés, les autres despotiques, ignorants et déraisonnables. Un, tel que M. d'Es- 
» taing, à qui je croyais un talent supérieur, n'est que fou et fou dangereux ; son 
» intendant pour le moins un fripon. » Voy. Giraud, Mémoire deM.de Choiseul remis 
au Roi en 4165. {Journal des Savants, avril 1881, p. 255.) 

2 Arch. du Minist. de la Marine. — Collect. Moreau St-Méry. — Colonies en gé- 
néral, t. XV. art. Juif. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nécessaires pour la subvention et autres nécessités desdits habitans, 
et par ce moyen beaucoup contribué à les établissements et avène- 
ments des Colonies qui y sont maintenant plantés, de quoy lesdits 
habitants auroient néanmoins été si peu recognoissant qu'ils avoient 
toujours dilayé et refusé le payement des marchandises qu'ils leur 
avoient livrés en leur grandes nécessités, y en ayant un grand nombre 
qui leur sont redevables de sommes assez considérables, de il y a 
plus de dix à douze ans, et de presant ne tiennent encore compte de 
les satisfaire, ce qui les empêche de se retirer des dites Isles à 
moins que de perdre la meilleure partie de leurs biens pour quoy 
ils se voyent dans la nécessité le reste de leur vie. 

Et d'autant qu'il est très notoire et évident que par leur grand traf- 
fique et négoce, ils aportent un bien et utile fort considérable en 
toutes lesdites Isles, ce qu'ils feroient encore plus abondament de 
toutes ces danrées qui y sont requises, s'il etoient permis sy habi- 
tuer ainsy qu'à Gayenne et divers autres lieux de l'Amérique puis- 
que par ce moyen quoy que fesant audit, ils ne pouroient rien 
perdre et ce qu'il ne porteroit neul préjudice ains n'yroit qu'à l'a- 
vencement desdites Colonies. 

Ce considéré, Monseigneur, il vous plaisce permettre ausdits sup- 
plians d'habituer dans toutes les Isles quy sont sous la domination 
de Sa dite Majesté a ceste fin qu'ils puisent se pourvoir par devers 
les propriétaires ou autres ayant pouvoir de donner des terres aux 
fins qu'il leur soit accordé pour y continuer moulins a sucre et y 
fere manufacture toute marchandise et danrée qui y croit, et leur 
permettre d'user des mêmes facultés, droits, franchises et libertés 
dont jouissent et usent les naturels françois qu'autres habitans, ce 
qui ne portera qu'a l'augmentation et avantage desdites colonies et 
bien public comme leur permettre le libre exercice de leur religion 
et aussy seront obligés de prier Dieu pour la conservation de Sadite 
Majesté et augmentation de la couronne et qu'il vous tienne en santé 
et prospérité puisque vous leur ferés justice. 

Le comte d'Estaing voulut profiter de cette demande pour com- 
mencer les réformes et les améliorations qu'il projetait. Il fit venir 
chez lui quelques Juifs, les plus notables de la colonie de Saint- 
Louis et des Cayes, il leur offrit sa protection et sa puissante in- 
tervention en leur faveur, mais à la condition qu'ils feraient des 
sacrifices d'argent pour des fondations d'utilité publique, fon- 
taines, batteries, bateaux, auberges avec relais de poste, etc., etc. 
Dans la crainte de s'aliéner l'esprit du gouverneur, les Juifs 
n'osèrent point refuser, sachant que leur situation illégale et 
indéterminée deviendrait intolérable si, par suite de leur refus, 
le gouverneur se mettait à les tracasser et à soulever contre 
eux l'opinion de la Cour. Leur silence fut donc un acquies- 
cement et le comte d'Estaing les imposa à des sommes fort im- 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII SIECLE 239 

portantes, que les uns versèrent immédiatement et pour lesquelles 
d'autres signèrent des engagements qui lurent remis à l'intendant 
des finances. 

Mais s'ils n'osèrent résister en face, une fois hors de la présence 
du gouverneur, ils ne se firent pas faute de murmurer, de crier à 
l'injustice et de chercher un moyen de ne point payer un impôt 
qu'ils trouvaient vexatoire et inique. Les mécontents qu'avait 
déjà faits le comte d'Estaing profitèrent de cette circonstance et 
s'empressèrent de conseiller les Juifs. Ils les excitèrent à faire in- 
tervenir en leur faveur la maison Gradis de Bordeaux, qui, sans 
doute, ne refuserait pas de porter leurs doléances devant le roi et 
qui, grâce aux services éminents qu'elle ne cessait de rendre à la 
Cour, pourrait contrebalancer l'influence du comte d'Estaing. Le 
moment était assez bien choisi pour user du crédit de la maison 
David Gradis et fils, car elle venait d'être chargée par le mi- 
nistre de fournir les vivres destinés à l'approvisionnement des 
troupes de Cayenne, Saint-Domingue, la Martinique et la Gua- 
deloupe. 

De vagues informations sur toute cette petite conspiration par- 
vinrent au gouverneur ; il s'empressa d'écrire au duc de Choiseul, 
ministre des affaires étrangères et de la guerre, qui avait les co- 
, lonies dans ses attributions. Dans cette lettre, il voulut aller au- 
devant de l'accusation qu'on semblait être prêt à porter contre 
lui ; il ne dissimula pas son inquiétude et montra sa crainte d'être 
accusé de malversation. La lettre originale que nous avons copiée 
montre, par son écriture fiévreuse et tremblée, sous quelle impres- 
sion il l'a écrite ; quant à l'orthographe, que nous respectons, 
c'est celle d'un grand seigneur de la cour, dédaigneux du frein de 
la grammaire : 

Aux Cayes, partie du sud de Tisle de Saint-Domingue, 
ce 8 septembre 1764 *. 

Monsieur, 

La crainte en fesant de son mieux est la pation des sots ; si c'est la 
mienne aujourd'huy, c'est que je vous suis attaché ; quand au reste, 
je me crois très brave ; j'ai donc l'honneur, Monsieur le Duc, de 
vous écrire à la hatte, et de peur: la malignité et les interprétations 
sont les denrées du climat ; mon journal pourroit arriver trop tard : 
je me dépêche de vous rendre compte que j'ai fait contribuer pour le 
bien publique et non pour moy les sinagogues de S 1 Louis et des 
Cayes : des Juifs, propriétaires d'esclaves qu'ils rendent israelites 

1 Archives du Minist. de la Mar. — Colonies. — Saint-Domingue. — Correspon- 
dance générale, ad annum. 



240 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



comme eux ; qui achettent et qui possèdent des terres, dans un pays 
chrétien, doivent pour y être tolérés, faire venir de l'eau dans les 
villes, fournir des battaux au Roy et s'occuper d'autres petites uti- 
lités qui leur feront honneur dans les siècles futures ; c'est ce que 
je leur ai conseillé, cela n'est pas considérable ; mais M. Gradis 
pourrat le desapprouver et cryer ; j'ai d'ailleurs mesuré ces petits 
dons gratuits sur la bonne ou la mauvaise conduite de ces enfans 
de Moyse. 

Il joignit à cette lettre la note suivante, où il établit les contri- 
butions qu'il avait imposées et donna certains détails sur la situa- 
tion des individus compris dans ce premier rôle : 

Nottes sur les Juifs de Saint-Louis et des Cayes qui ont offert par 
requête, et pour être tolérés, de contribuer au bien public l . 



OBJETS. 

Une fontaine dans la place publique de 
Saint-Louis, avec une conduite d'eau sur 
le port pour en donner, bord à quay, aux 
cbaloupes des navires ; l'eau est éloignée 
de Saint-Louis d'une lieue ; on deman- 
dait 7,000 livres par an pour en fournir à 
cinq compagnies. 

Une batterie fermée susceptible de re- 
cevoir quatre pièces de gros canon, qui 
doit être placée dans la baye d'Aquin ; 
une auberge dont la maison restera au Roy, 
avec des chevaux de poste au même lieu. 

Une auberge dont la maison restera au 
Roy avec des chevaux de poste au Bourg 
Saint-Michel. 

Une soumission de 50,000 livres payable 
en deux ans pour acheter pour le Roy des 
batteaux nommées collombes. 



NOMS ET MOTIFS. 



Le sieur Depas père, chef de famille : 
il a auprès de Saint-Louis une grande 
habitation sur laquelle il y a environ 280 
nègres ; ce Juif possède une autre habita- 
tion dans le Bas d'Aquin et une autre à 
lAzile. 



De Pas le jeune, honnête homme. Il 
vient d'acheter une habitation de 100 nè- 
gres près du Bourg d'Aquin ; il en a une 
autre à l'Azile. Il possède deux maisons à 
Saint-Louis et aux Cayes. 

Jean Depas ; il possède une habitation 
à la colonne à Mangon avec 30 nègres. 



Michel Depas, mauvais sujet contre 
lequel il y a une multitude de plaintes de 
la part des habitans ; mulâtre libre et bâ- 
tard. Il possède une habitation très con- 
sidérable à la Grande colline avec 120 nè- 
gres. Il a de plus une autre habitation à 
la colline à Mangon avec 30 nègres : il 
s'est révolté plusieurs fois contre les or- 
dres qui ont été donnés pour le bon ordre 
public : cet homme a été autrefois cour- 
tier de M. Gradis. 



1 Archives du Minist. de la Mar. — Colonies. — Saint-Domingue. — Correspon- 
dance générale, ad annwn. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIÈCLE 241 



OBJETS. 

Une somme de 10,000 livres payée 
comptant à M. l'intendant, pour acheter 
pour le Roy un batteau nommée collombe. 



NOMS ET MOTIFS. 



Levis •. il possède deux maisons de 
10.000 livres de loyers aux Cayes ; il a 
ruiné plusieurs habitants par des procès 
qu'il a achetés et dont il fait commerce ; 
il prétend avoir été baptisé et avoir eu 
Mgr le Duc d'Orléans père pour parrain ; 
il a judaïsé dans la Colonie. 



Il existe encore d'autres Juifs qui n'ont point encore fait de don 
gratuit. 

Aux Cayes, le 8 septembre 1764. 

ESTAING. 



Mais le gouverneur sut dissimuler son inquiétude aux yeux du 
public et n'en continua pas moins l'exécution de son plan. Dans 
les premiers jours du mois d'octobre, il avait à peu près fini de 
dresser la liste des personnes qui devaient payer cet impôt ex- 
traordinaire, applicable aux travaux publics dont il avait fait 
préparer les projets et les devis et pour lesquels il avait déjà 
passé quelques marchés. Il fit notifier à chaque Juif la somme 
pour laquelle il était imposé et lui demanda de se libérer le plus tôt 
possible ou de signer des engagements que l'intendant des finances 
se chargerait de faire exécuter au temps fixé. 

De tous ces Juifs imposés par M. le comte d'Estaing, nous ne 
voyons qu'un seul qui ait songé à résister à la volonté du tout- 
puissant gouverneur général et qui lui ait écrit dans ce sens. La 
réponse que lui fit ce haut personnage suffit sans doute pour 
briser cette velléité de résistance. Nous n'avons pu retrouver 
la lettre de ce Juif assez osé pour discuter les actes du gouver- 
neur ; mais celle que le comte d'Estaing lui adressa nous fait com- 
prendre que le Juif récalcitrant avait protesté contre cet acte 
arbitraire et avait déclaré vouloir s'opposer à la perception de 
cet impôt. Le nom de ce Juif n'est pas indiqué en tête de la 
lettre ; mais les détails nous indiquent que c'était Alvarez de 
Léogane. La lettre du comte d'Estaing nous le montre décidé à 
briser toute résistance et à ne reculer devant aucun moyen 
pour se faire obéir. Comme il ne voulait point avoir à s'oc- 
cuper du détail des rentrées, il nomma M. Daguilard syndic 
des Juifs de la colonie et, par cela même, le rendit garant et 
responsable des engagements de tous ses coreligionnaires. La 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lettre de M. d'Estaing à ce Juif récalcitrant servit d'exposé de 
motifs à cette décision. Voici les deux pièces 1 : 

Lettre de M. le comte d'Estaing à un Juif. 

Port-au-Prince, le 10 octobre 1764. 

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avés jugé à propos de m'é- 
crire le 8 octobre. Les principes du Christianisme et les loix du 
Royaume ne permettent pas que les Juifs possèdent des esclaves à 
qui ils peuvent faire pratiquer une religion différente de la notre. 
J'ai bien voulu leur ouvrir un moyen de prouver leur zèle pour le 
bien général de la colonie. Cette légère marque de soumission et 
d'attachement de leur part me forcera à obtenir de S. M. qu'ils soient 
tolérés dans cette colonie, j'en pourrai d'autant plus répondre de 
leur soumission sur d'autres objets plus importans et sur lesquels 
il faut nécessairement s'en rapporter à leur bonne foy, étant impos- 
sible d'empêcher un maître dans l'intérieur de sa maison et dans 
son habitation de persuader ses esclaves de sa croyance et de les 
faire agir et penser comme il le veut. Le s r Delpech s'est mal expli- 
qué. Il est vrai qu'il a fait un marché avec M. l'Intendant pour des 
baraques construites sur la place dont le loyer est destiné à procurer 
une conduite d'eau salubre au Port-au-Prince. J'ai admis les Juifs 
à en faire les fonds. M. d'Aguilard. que j'aime fort et avec lequel je 
vis, a fourni un contingent de 50,000 livres. Il vous a écrit pour une 
somme de 3,500 livres, monnayées de l'Isle. Loin de vous plaindre, 
vous devriés remercier M. d'Aguilard Je vous conseille de prévenir 
un moment qui seroit plus fâcheux à votre crédit que la signification 
dont vous menace mal a propos le s r Delpech. On ne signifie à per- 
sonne de venir demander une grâce. Et si M. d'Aguilard ne me ré- 
pond pas de vous dans trois jours, tems auquel je vais partir, ce 
sera puis que vous my forcés et que vous ne me voulés fournir de 
bonne volonté aucun prétexte, le procureur des biens vacans à qui 
j'enjoindrai d'exécuter les loix du Royaume et mes ordres. Ne doutés 
pas plus de l'exécution exacte de cet article que de toute l'impartia- 
lité et de la protection sur laquelle vous pouvés compter en qualité 
de citoyen. 

J'ay l'honneur d'être très parfaitement. Monsieur, votre très 
humble. 

Estaing. 

Et au-dessous est écrit : 

En conséquence de la lettre dont la copie est ci-dessus, j'autorise 

1 Arch. du Minist. de la Marine. — Collect. Moreau St-Méry. — Colonies en gé- 
néral, t. XV. art. Juif. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIECLE 243 

M. d'Aguilard à faire les fonctions de syndic de tous les Juifs de 
cette colonie, de percevoir les deniers qu'ils remettront pour les ou- 
vrages publics. Je le charge d'en presser le recouvrement, suivant les 
états acceptes par M. l'Intendant et par moi qui seront enregistrés 
ainsi que leur emploi aux deux bureaux municipaux du Gap et du 
Port-au-Prince. J'autorise M. d'Aguilard en cas que quelques parti- 
culiers Juifs se refusassent à l'arrangement gênerai à les dénoncer 
au procureur des biens vaccans et à demander main forte aux com- 
mandans des lieux pour faire arrêter les delinquans. M. d'Aguilard 
pourra d'ailleurs reverser les fonds entre les mains de tous entre- 
preneurs dont les marchés auront été signés et approuvés par 
M. l'Intendant et par moi, et sur leur quittance, il en demeurera 
bien et valablement déchargé. Fait au Port-au-Prince, le 18 oc- 
tobre 1764. 

ËSTAING. 

(Et plus bas :) 
Par ordre, Guerin (avec un cachet sur cire rouge). 



Toutes les résistances vaincues, tous les projets préparés, les 
sommes versées, ou tout au moins les engagements signés, le 
comte d'Estaing s'aventura encore plus loin et voulut triompher 
complètement de ses ennemis. Pour ne pas assumer sur lui seul 
la responsabilité d'un impôt aussi irrégulier, il chargea M. Magon, 
l'intendant, de soumettre au conseil supérieur la note ci-jointe, 
avec l'état qui l'accompagne * : 

Notes données par le Général. 

Art. 1 0r . — La destination des secours demandés aux Juifs a varié 
suivant les circonstances et selon ies nouveaux motifs de dépense 
qui se sont succédés. 

Art. 2. — Le premier objet de ces soumissions a été d'avoir un 
prétexte pour tolérer les Juifs comme propriétaires d'habitations et 
comme marchands en les rendant utiles au public par des fonda- 
tions nécessaires ou commodes. 

Art. 3. — Le second objet a été d'acheter des batimens nécessaires 

1 Arch. du Minist. de la Marine. — Coilect. Moreau St-Méry. — Colonies en gé- 
néra!, t. XV. art. Juif. 



244 REVUE DES ETUDES JUIVES 

au service de la Colonie et par la d'en diminuer d'autant les dé- 
penses. 

Art. 4. — Le troisième objet a été de chercher un moyen de plus 
pour faire face au fardeau occasionné par l'arrivée imprévue des Al- 
lemands. 

Art. 5. — Dans tous les cas on a toujours compté payer l'intérêt à 
5 pour cent de l'argent avancé par les Juifs. Ce prêt outre l'aisence 
actuelle que l'on a eu en vue a pour objet politique celui d'attacher 
au gouvernement des gens qui ne songent ordinairement qu'à leur 
intérêt : la perte de la Colonie occasionneroit vraisemblablement 
celle du revenu dont ils auroient preste le capital : on est occupé à 
fixer un projet de remboursement par lots afin d'acquérir la con- 
fiance des Juifs ptfur obtenir d'eux un prest plus considérable, lors- 
que d'autres circonstances pourroient l'exiger. 

Art. 6. — Les motifs énoncés dans l'article précédent ont engagé à 
employer trente mille livres du prêt des Juifs et trente autres 
mille livres du trésor de Sa Majesté pour parvenir à la construc- 
tion des cases de la place du Port au Prince : ces boutiques suivant 
l'évaluation la plus basse produiront chaque année un loyer de 
24,000 livres qui seront affectées au payement de l'intérêt et à four- 
nir une partie des fonds nécessaires pour le remboursement du 
capital. 

Art. 7. — Toutes les sommes payées ont été reçues par le tréso- 
rier : toutes les soumissions ont été enregistrées, quant à la partie du 
Sud ou de l'Ouest au bureau de police du Port au Prince ; toutes 
celles du Cap seront enregistrées au bureau de police de ce ressort ; 
leur perception et les titres ainsy que l'argent seront remis à 
M. Gouvion, trésorier gênerai. 

Art. 8. — Il doit résulter de ces précautions une comptabilité 
exacte et il est difficile de supposer des motifs ou des arrangements 
ocultes. 

Art. 9. — Les Juifs de la partie du Nord demandent, suivant la re- 
quête ci-jointe, de payer gratuitement et non a titre de prêt, les 
sommes énoncées, pourvu que les Lettres-Patentes accordées par 
Sa Majesté aux Juifs portugais servent de prétexte à ceux même 
qui ne le sont pas et que leur enregistrement assure dans la colonie 
l'état des gens de cette religion : il est probable que ces Lettres- 
Patentes enregistrées en attireroient beaucoup. 

Art. 10. — Le Conseil national aura pour agréable de donner un 
avis sur cet objet et il sera fait ensuite les démarches qui paroîtront 
nécessaires. 

Au Cap, le 16 janvier 1765. 

Estaing. 
Pour copie, Estaing. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIÈCLE 



243 



Etat des sommes à payer par les Juifs, établis dans le ressort du 
Conseil du Cap {16 janvier 1765). 



SOMMES 

à payer. 

Pierre Fessard 50,000 1. 

Jean Fessard 20,000 

Rabba frères 12,000 

D. Victoria , 15,000 

D. Pereira et Totta 9,000 

La Meyra Faîne 3,000 

La Meyra jeune 3,000 

David Mendes et Victoria. . . 5,000 

Lange père et fils 5,000 

Francillon et Moline 3,000 

Oliveira 4,000 

Joseph Pessoa père et fils. . . . 500 

Torres 300 

Fereire 200 

Garcie 200 



SOMMES 
à payer. 

Salzedo G00 1. 

Jean 200 

Isaac et Roble 000 

Monsanto et Totta 1,000 

Barques 100 

Lejan aîné 200 

Petit Lyon 150 

Daniel Monsanto 200 

Mendes fils 150 

Pechotte 100 

Torres de Limarade 800 

Jacob Toussaint 150 

Lopes 100 

David Castro OoO 



Nota. Ces sommes sont payables en différents termes éloignés ; 
il n'en a pas été reçu une seule au Trésor, et les différents titres de 
créance que Fon propose sur les Espagnols et sur les François, ainsi 
que les soumissions, sont simplement déposés. 



SOMMES 

PAYÉES. 

A Saint-Marc : 

Le sieur Aron Victoria 3,000 F 

Le sieur Mendes Fourtado 2,000 

Au Port-au-Prince : 

Le sieur Guimarin 6,000 

Le sieur Mendes France 3,000 

A Léogane : 
Le sieur Alvares 3,500 

Au Petit-Goave : 
Le sieur Alvares Correa \ 0,000 

A Nippes : 
Le sieur Alvares 2,500 



Ces sommes sont em- 
ployées à la construction 
de trente-une baraques 
dans la place publique 
de Port-au-Prince, sui- 
vant le marché passé 
devant notaire le 22 oc- 
tobre 1764. 



T. IV. 



17 



246 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



AU PORT-AU-PRINCE. 



Le sieur Daguilar 



Despas père et chef de 
famille 



Depas le jeune. 



Jean Depas, 



Michel Depas, 



M. S. J. Depas, 



SOMMES A PAYER. 



50,000 livres. 

Une soumission enre- 
gistrée au greffe du bu- 
reau de police de Port- 
au-Prince le 13 octobre 
1764 pour l'établissement 
d'une foDtaine à faire 
dans la place publique 
de Saint-Louis, avec une 
conduite d'eau sur le port 
pour en donner bord à 
quai aux chaloupes des 
navires. 

Une soumission enre- 
gistrée au greffe du bu- 
reau de police du Port- 
au-Prince le 13 octobre 
1764, pour la construction 
d'une batterie fermée , 
susceptible de recevoir 
quatre pièces de gros ca- 
non, qui doit être placée 
dans la Baye d'Aquin. 

Une soumission enre- 
gistrée au greffe du bu- 
reau de police de Port- 
au-Prince le 13 octobre 
1764, pour l'établissement 
d'une auberge au Bourg 
Saint-Michel. 

50,000 à payer en deux 
termes de un an et deux 
ans à compter du 10 sep- 
tembre 1764. 

Pour acheter pour le 
Roy des batteaux nom- 
més colombes. 



10,000 à payer pour lui 
et Antoine Depas son 
cousin. 



MOTIFS , 



Il a auprès de Saint- 
Louis une grande habita- 
tion sur laquelle il a en- 
viron 280 nègres. Ce Juif 
possède une autre habita- 
tion dans le bas d'Aquin 
et une autre à l'Azile. 



Honnête homme : il 
vient d'acheter une habi- 
tation de 100 nègres près 
du Bourg d'Aquin. Il en 
a une autre à l'Azile. Il 
possède deux maisons, 
l'une à Saint-Louis, l'au- 
tre aux Cayes. 



11 possède une habita- 
tion à la coline à Mangon 



Mauvais sujet, contre 
lequel il y a une multitude 
de plaintes de la part des 
habitans. Mulâtre libre et 
bâtard ; il possède une 
habitation considérable à 
la grande Coline avec 120 
nègres ; il a de plus une 
autre habitation à la Co- 
line à Mangon avec 30 nè- 
gres. Il s'est révolté plu- 
sieurs fois contre les or- 
dres qui ont été donnés 
pour le bon ordre public ; 
cet homme a été autrefois 
courtier de M. Gradis. 



LES JUIFS DANS LES COLONIES FRANÇAISES AU XVIII e SIECLE 247 



AU PORT-AU-PRINCE. 


SOMMES A PAYER. 


MOTIFS. 


Lewis 


10,000 pour achetter 
pour le Roy un batteau 


Il possède deux mai- 
sous de 10,000 1. de loyer 






nommée colombe. 


aux Cayes. Il a ruiné 
plusieurs habitants par 
des procès qu'il a achetés 
et dont il fait commerce. 
Il prétend avoir été bap- 
tisé et avoir eu M. le Duc 
d'Orléans père pour Par- 
rain. Il a judaïsé dans la 
Colonie. 



Payés 40,000 livres. 

A payer 110,000 — 

Ressort du Gap 1 35,1 90 — 

Arrêté et certifié le 16 janvier 1765. Magon. 

Cette note montre que M. d'Estaing avait changé de tactique et 
qu'il tenait à faire passer ces contributions imposées aux Juifs 
comme de simples prêts consentis par eux, prêts qui devaient 
rapporter 5 0/0 d'intérêts annuels. Que s'était-il donc passé du 
mois de septembre 1764 au mois de janvier 1765? Par suite de 
quelles circonstances M. d'Estaing, qui, trois mois auparavant, ne 
se gênait point pour employer le langage raide et menaçant que 
nous avons rapporté un peu plus haut, arriva-t-il à ce moment à se 
défendre de tout abus de pouvoir, à vouloir prouver que, loin de 
persécuter les Juifs, il voulait les protéger et les soutenir, enfin 
à déclarer que c'est par reconnaissance pour ses bienfaits que les 
Juifs avaient consenti, avaient offert même des prêts, où, tout en 
rendant service au gouvernement, ils trouvaient encore un hon- 
nête revenu de leurs avances? 

La crainte qu'il avait manifestée dans sa lettre du 8 septembre 
était fondée. Ses allures autoritaires et ses dédains trop ouver- 
tement manifestés lui avaient créé de grandes inimitiés, des haines 
formidables aussi bien dans la population que dans l'adminis- 
tration coloniale. On avait saisi l'occasion offerte par les fautes et 
les abus d'autorité qu'il avait commis, pour dresser contre lui un 
acte d'accusation en sept points, acte qui fut conseillé et même 
rédigé, croyons-nous, par des magistrats et des membres du 
conseil. M. d'Estaing avait eu connaissance des accusations qui 
étaient lancées contre lui et qui sans doute avaient été expédiées 
dans les derniers jours de l'année 1764; il sentait le besoin de 
préparer sa défense pour le moment où le roi lui ferait demander 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des explications. Ii n'avait que quatre à cinq mois devant lui, et 
ce n'était pas trop pour un pareil labeur, rendu beaucoup plus 
pénible et difficile par l'opposition presque générale qu'il avait 
soulevée contre lui. 

Or, dans ces sept points d'accusation, on avait inséré le para- 
graphe suivant, qui signalait l'illégalité de sa conduite adminis- 
trative dans les contributions imposées aux Juifs : 

« On a taxé à des sommes considérables les Juifs de la colonie, 
» quoique les Juifs Portugais ayent le privilège de s'établir 
» dans toutes les terres sous la domination de la France et en 
» France même ! . » 
Et on faisait suivre ce paragraphe de la note suivante : 
« Les Anglois ont un 'principe bien posé : Ils attirent chez eux 
» ces peuples industrieux en leur donnant de grands privilèges: 
» on peut dire aussi que ce sont les Juifs qui font fleurir le 
» commerce de la Jamaïque. » 

Laissons de côté tous les autres points de Vaccusaiion lancée 
contre le comte d'Estaing, et voyons les moyens qu'il va employer 
pour se disculper du fait particulier concernant l'impôt mis sur les 
Juifs. Il sent que, malgré l'appui tout-puissant qu'il trouvera à la 
Cour, il lui faut tout au moins présenter pour sa justification cer- 
taines apparences de vérité, et que, si le résultat est satisfaisant, 
on ne s'enquerra pas trop des moyens employés pour y arriver. 
C'est donc une habileté de sa part de soumettre la question au 
conseil national dans les termes que nous venons de citer et de lui 
faire accepter comme prêt l'argent versé ou à verser par les Juifs. 
Mais cette démarche ne donna point le résultat qu'il en attendait. 
Le conseil ne voulut pas suivre M. d'Estaing sur le terrain où il 
désirait l'engager et il n'accepta ni le projet de travaux ni le pro- 
jet d'emprunt : Note et Etat ne furent point admis. 

Il fallut donc au gouverneur trouver un autre moyen de dissi- 
muler l'irrégularité de sa conduite dans cette affaire des Juifs. Il 
chercha alors par des intrigues souterraines et peu avouables à 
amener les Juifs à se jeter dans ses bras et à reconnaître que 
c'était de leur plein gré qu'ils avaient donné ces sommes d'argent 
ou qu'ils s'étaient engagés à payer certains travaux d'utilité pu- 
blique. Il déchaîna contre eux l'envie et la jalousie de leurs con- 
currents, pour intervenir, comme un Deus ex machina, au mo- 
ment où le péril imminent lui livrerait les Juifs à merci. 

(A suivre.) Ab. Cahen. 

1 Arch. du Minist. de la Mar. — Corresp. générale. — Colonies. — Sainl-Domin- 
prue, ad annum. 



NOTES ET MÉLANGES 



SENS ET ORIGINE DE LA PARABOLE ËVAMËLIQUE 
DITE DU BON SAMARITAIN 

Saint Luc est le seul des évangéîîstes qui rapporte la parabole 
dite du bon Samaritain. Voici en quelle occasion elle aurait été 
prononcée par Jésus. Un jour que ses disciples, au nombre de 
soixante- dix, lui exprimaient leur joie de ce qu'ils avaient 
réussi à chasser les démons parla vertu de son nom, le Maître leur 
dit avoir vu en effet Satan tomber du ciel sur la terre en forme 
d'éclair. Il ajouta qu'il leur avait transmis le pouvoir d'écraser les 
serpents et les scorpions ainsi que de vaincre toute la puissance 
du démon, qui ne pourrait plus leur nuire, mais que toutefois ils 
devaient moins se réjouir de leurs victoires sur les démons que de 
ce que leurs noms étaient inscrits dans les cieux parmi les justes. Il 
termina en disant que, son Père lui ayant remis tous les pouvoirs 
entre les mains, ils devaient s'estimer heureux d'être témoins de 
choses que les prophètes et les rois anciens avaient en vain sou- 
haité de voir et d'entendre. 

« Alors un docteur de loi (vofuxoç tiç) se leva et lui dit pour le 
tenter : Que faut-il que je fasse pour posséder 1 la vie éternelle? 
Jésus lui répondit : Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi? Qu'y lisez-vous ? 
Il lui répondit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre 
cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de toute votre 
intelligence-, et votre prochain comme vous-mêmes. Jésus lui dit : 
Vous avez fort bien répondu : faites cela et vous vivrez. Mais cet 
homme, voulant faire paraître qu'il était juste, dit à Jésus : Et qui 
est mon prochain ? Et Jésus prenant la parole lui dit : Un homme 

1 Mot à mot « hériter • K).Y]povo(Ji6to. 

2 Les mots » et de toute votre intelligence » forment une autre version des mots 
« et de tout votre cœur », car l'hébreu lêb signifie à la fois « cœur » et « intelligence » . 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui descendait de Jérusalem à Jéricho, tomba entre les mains des 
voleurs, qui le dépouillèrent, lui firent des blessures et s'en allèrent, 
le laissant à demi mort. Un prêtre qui descendait par hasard par 
le même chemin, l'ayant aperçu, passa outre. Un lévite aussi, 
se trouvant sur les lieux, y vint et Payant aperçu passa outre 
encore. Mais un Samaritain qui voyageait, étant venu près de lui 
et l'ayant vu, fut touché de compassion. Il s'approcha donc de lui, 
versa de l'huile et du vin sur ses plaies et les banda ; et, l'ayant 
mis sur sa bête de somme, il le transporta dans une hôtellerie et 
prit soin de lui. Le lendemain au moment de partir, il tira deux 
deniers qu'il donna à l'hôte, et lui dit : Ayez bien soin de cet 
homme, et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai 
à mon retour. Lequel de ces trois vous semble avoir été le pro- 
chain de celui qui tomba entre les mains des voleurs ? Le docteur 
lui répondit : Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. Allez 
donc, lui dit Jésus, et faites de même (Luc, x, 17-37). « 

La première partie du récit qui précède se fait reconnaître tout 
d'abord comme une légende postérieure à l'âge apostolique. En 
premier lieu, la donnée relative à l'élection de soixante-dix disci- 
ples, qui est contredite par les autres évangiles, lesquels ne 
mentionnent jamais que douze disciples, a tout l'air d'être une 
simple imitation des soixante-dix anciens sacrés prophètes 
par Moïse en dehors des douze chefs de tribu. En second lieu, 
malgré Mathieu, x, 1, et Marc, m, 13, vi, 7, il est avéré que du 
vivant de Jésus les disciples n'ont jamais opéré des cures mira- 
culeuses ou, comme on disait alors, chassé les démons ; le fait 
rapporté par Mathieu, xvn, 16 (Cf. Marc, iv, 14; Luc, ix, 38) 
atteste leur impuissance absolue à cet égard. En troisième lieu 
enfin, le don de mettre les serpents hors d'état de nuire, dont il 
est question dans ce récit, est selon toutes les vraisemblances 
celui auquel font allusion les paroles de Jésus ressuscité, dans 
Marc, xvi, 18, et se fait reconnaître par cela même comme 
étant tout au plus d'origine apostolique. Il faut probablement y 
voir un reflet de l'histoire racontée dans les Actes, xx, 16, d'après 
laquelle saint Paul aurait secoué de sa main un serpent veni- 
meux, sans souffrir des suites de sa morsure. 

Toutes ces considérations se réunissent donc pour établir que 
l'introduction doit historiquement être séparée du récit qui suit 
et qui rapporte le dialogue de Jésus avec le docteur. 

Mais ce dialogue lui-même a subi sous la plume de saint Luc 
certaines modifications qui le distinguent de celui qui est rapporté 
par les autres évangélistes. La version de saint Marc, qui semble 
la plus originale, motive la question du docteur par la satisfaction 



NOTES ET MÉLANGES 251 

que les Pharisiens avaient ressentie, en entendant Jésus défendre 
contre les Saclucéens le dogme de la résurrection des corps. 
Comme à ce moment les sacrifices du temple étaient faits par des 
prêtres saducéens, le docteur pharisien voulut savoir si Jésus était 
d'accord avec ses coreligionnaires, qui déclaraient que l'amour de 
Dieu et du prochain valait mieux que tous les sacrifices ; et quand 
Jésus eut répondu dans ce sens, il s'établit entre eux un accord 
parfait : le Pharisien fit entendre un affectueux « bravo, Maître, 
vous avez dit la vérité », et Jésus de son côté se hâta de lui dire: 
« Vous n'êtes pas loin du royaume des cieux » ; c'est-à-dire : 
il ne vous manque qu'une chose, c'est de devenir mon disciple 
(Cf. Mathieu, iv, 19). Dans Mathieu, xxn, 35, l'enthousiasme 
des Pharisiens est non seulement supprimé, mais on les accuse 
d'avoir provoqué contre Jésus un rassemblement, dont celui-ci 
profite d'ailleurs pour leur adresser une question irritante, à sa- 
voir si le Messie n'est pas plus qu'un fils de David. La version de 
saint Luc sépare violemment la demande du docteur de la discus- 
sion avec les Saducéens. C'est par esprit de chicane que le docteur 
pharisien interrompt la confidence de Jésus à ses disciples, en 
lui adressant cette question captieuse : « Que faut-il que je fasse 
pour posséder la vie éternelle? », question à laquelle il espérait 
obtenir pour réponse le célèbre « suivez-moi » lancé jadis à saint 
Pierre, pour pouvoir ainsi l'accuser devant le sanhédrin de séduire 
le peuple. Jésus se garde bien de tomber dans le piège et invite 
le docteur à citer le passage biblique relatif à l'amour de Dieu 
et du prochain ; et quand celui-ci l'a cité, il se contente de 
l'applaudir et de l'assurer que l'observance de ce commandement 
suffit à procurer la vie éternelle. Le docteur, voyant sa ruse 
déjouée, veut au moins satisfaire sa vanité de pharisien en faisant 
paraître son zèle dans l'accomplissement exact des prescriptions 
de la loi (== la justice), et demande quel est le sens du mot 
« prochain». Jésus raconte alors l'action charitable d'un Sama- 
ritain envers un malheureux blessé qu'un prêtre et un lévite 
avaient cruellement abandonné à son sort, et dit au docteur 
d'imiter ce bon exemple. 

Saint Mathieu nous transporte, au contraire, à la dernière épo- 
que de l'activité de Jésus. Le Maître désabusé et désespérant de 
ses contemporains cherche à mourir, afin de s'attacher ses disciples 
par la profonde commisération qu'on ressent pour un martyr, 
surtout lorsque ce martyr est an maître vénéré et sympathique et 
que ses bourreaux professent des principes qui sont diamé- 
tralement opposés aux siens. L'exécution de ce dessein est facilitée 
par la haine des Pharisiens, qu'effarouche sa prétention d'être 



2S2 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

le Messie et d'être en même temps d'une nature supérieure à son 
ancêtre David. Jésus attise le feu en cherchant à prouver, d'abord 
par le psaume ex, que le Messie, loin d'être le fils de David, 
est plutôt son seigneur, puis en prononçant publiquement un 
véhément discours contre les Pharisiens, où ceux-ci sont traités 
d'hypocrites et d'assassins, et où il les invite à combler la mesure 
d'iniquité de leurs pères, « en ajoutant son exécution à celle de tant 
de prophètes et d'envoyés, dont le sang pur a été versé par 
eux (ibid-, xxm) ». 

Il ne faut pas faire un grand effort de réflexion pour reconnaître 
que la version de saint Marc est seule en situation. Nous avons là, 
sans aucun doute, une tradition authentique qui, bien qu'émanant 
de troisième main — car rien dans les évangiles ne vient immé- 
diatement des apôtres, ni des judéo-chrétiens — a conservé une 
image vive et claire de ce que Jésus a pu dire dans la première 
période de sa mission, alors qu'il avait encore l'espoir de gagner 
les Pharisiens à sa cause. Marchant d'accord avec ceux-ci, il 
combattait comme eux les deux partis adverses, le parti sadu- 
céen, qui niait le « royaume des cieux », l'existence d'un monde 
surnaturel, et le parti des zélotes qui niait le « royaume de 
la terre », la domination romaine et ses prétentions ; toute son 
ambition se bornait alors au désir de former une école de repentis 
expectants, à l'instar de l'école de Jean-Baptiste, à laquelle il s'était 
affilié pendant quelque temps. Pour faciliter l'entrée des disciples, 
il renonça même à la cérémonie du baptême que l'école rivale 
observait rigoureusement et qui lui donna une teinte essénienne. 
Si quelqu'un lui avait demandé à cette époque ce que signifiait le 
commandement de la loi : « Aimez votre prochain comme vous- 
même », il aurait certainement répondu comme l'avait fait Hillel 
avant lui et comme devait le faire saint Paul après lui : « Ne faites 
pas à votre prochain ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit » ; 
mais cette maxime courait les rues de Jérusalem et personne 
n'avait besoin qu'on la lui rappelât. 

Nous sommes donc obligés de séparer la parabole du long récit 
qui lui sert d'introduction chez saint Luc, et cette circonstance est 
de nature à soulever un grave doute sur l'authenticité de la para- 
bole elle-même. En effet, sous la forme qu'elle revêt chez saint 
Luc, cette parabole ne peut point venir de Jésus : le rôle d'un 
héros de charité qui y est attribué à un Samaritain réfléchit d'une 
façon nette les idées de saint Paul. On sait que, d'après l'ordre 
exprès de Jésus, les disciples devaient éviter tout contact avec 
les Samaritains et limiter leur prédication aux Israélites ortho- 
doxes (Mathieu, x, 5, xv, 24; Actes, xin, 46; Rom., xv, 8). Il est 



NOTES ET MELANGES 253 

avéré .que les Samaritains ont constamment refusé l'hospitalité 
à la secte naissante (Luc, ix, 52, 58), et que d'ailleurs le seul 
Samaritain loué pour sa reconnaissance est traité d'étranger 
(àMo"yevïfc), expression qui équivaut à & ethnique » ou « païen » 
(Luc, xvn, 15-18). Il s'ensuit que, si Jésus avait voulu chercher 
un exemple de charité ailleurs que chez ses compatriotes, il eût 
choisi pour modèle un païen pur et simple (Cf. Mathieu, xi, 21). A 
ces considérations il faut encore ajouter une remarque d'un ordre 
différent : c'est que le mot Samaritain était hors d'usage chez 
les Juifs à l'époque de Jésus ; ils employaient alors exclusive- 
ment l'expression Chuthéens (Kûfîm). Nous avons pour cela 
le témoignage formel de Josèphe (Histoire, vin, 14), témoignage 
confirmé par l'emploi constant de la même dénomination dans la 
littérature talmudique. En un mot cette parabole telle qu'elle 
figure dans saint Luc appartiendrait tout au plus aux derniers 
développements du christianisme primitif, au cycle des traditions 
pauliniennes ou pagano-chrétiennes. Faut-il pour cela admettre le 
caractère apocryphe de l'ensemble ? Je ne le pense pas ; je suis 
convaincu au contraire que saint Luc nous a conservé un des 
Àoy(a les plus authentiques que le Maître ait produits à l'époque 
où saint Marc place la question du docteur pharisien, c'est-à-dire 
au début de la prédication de Jésus récemment séparé de l'école de 
Jean-Baptiste. Il faut seulement éliminer la mention du Samari- 
tain qui jette une note tardive dans ce vieux récit. 

L'examen approfondi des actes du héros principal, en même 
temps qu'il révélera de nouveau l'inexactitude de la version 
actuelle, nous fournira un moyen très simple pour rétablir la 
physionomie vraie de ce personnage, en sorte que les considé- 
rations qui nous faisaient douter de l'authenticité de la parabole, 
se transformeront en autant de preuves en sa faveur. 

En effet, que nous raconte la parabole au sujet de l'homme 
secourable que la présente version qualifie de Samaritain ? Elle 
nous dit : 1° que ce personnage, comme le prêtre et le lévite qui 
l'ont précédé, s'est trouvé entre Jérusalem et Jéricho ; 2° qu'il a 
soigné le blessé dans une hôtellerie, dont le maître le connaissait et 
avait confiance en lui ; 3° qu'il avait l'intention de retourner à bref 
délai à Jérusalem. Toutes ces particularités cadrent, on ne peut 
plus mal, avec ce que l'histoire et les Évangiles eux-mêmes nous 
apprennent au sujet des relations entre les Juifs et les Samaritains 
à l'époque dont il s'agit. La haine entre ces deux peuples était 
telle qu'ils n'avaient aucun rapport entre eux. Un grave interdit 
pesait sur toutes les denrées d'origine samaritaine, et coupa court 
à toute transaction commerciale. Juifs et Samaritains ne man- 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

geaient jamais ensemble et se refusaient mutuellement l'hospita- 
lité. Dans ces conditions on ne conçoit guère comment un Sama- 
ritain pouvait se trouver en Judée sur la route de Jéricho, être 
en bons termes avec le maître d'hôtel, et surtout aller et venir 
à Jérusalem quand il lui plaisait. Est-ce sérieux? Mais un Sama- 
ritain isolé dans cette ville dévote, au milieu de cette multitude 
chatouilleuse et méfiante, eût risqué à chaque instant d'être 
chassé et maltraité comme un espion. On le voit, ici encore le rôle 
du Samaritain est incompatible avec la situation et ne peut par 
conséquent avoir appartenu à la rédaction primitive. 

On comprendra sans peine qu'on ne peut songer un seul instant 
à remplacer le Samaritain par un païen. D'abord une pareille 
substitution est par trop violente; puis, il est bien constaté que 
les relations entre les Juifs et les païens étaient au temps de Jésus 
beaucoup moins amicales que ne le font supposer les rapports 
du voyageur avec le maître d'hôtel. Aucune transaction commer- 
ciale n'avait d'ailleurs son siège à Jérusalem, encore moins à 
Jéricho, et les seuls païens qui résidaient dans la première de ces 
villes étaient les soldats de la milice étrangère, qui ne voyageaient 
guère. Enfin, si la première rédaction avait le mot « païen » 
(èevtxdç). ce mot serait resté dans le récit de saint Luc qui, comme 
nous le disions plus haut, vient d'un milieu paulinien, si bien 
disposé en faveur des païens. Il ne reste qu'un seul moyen de 
remédier à cet état de choses, celui de supposer que, dans la 
version primitive, le bienfaiteur du blessé était ou bien un Juif de 
Jérusalem que les affaires ou les relations de famille appelaient 
souvent à Jéricho, ou bien un pieux galiléen ayant l'habitude de se 
rendre à Jérusalem pendant lés grandes fêtes et de s'arrêter che- 
min faisant dans l'hôtellerie où il a déposé le blessé. Le fait que 
la parabole place le dénouement de ce drame sur le chemin de 
Jéricho milite en faveur de la dernière hypothèse, car cette route 
était surtout fréquentée par les pèlerins de la Galilée, lesquels 
évitaient ordinairement la Samarie, aussi bien par la crainte 
de l'hostilité de ses habitants que par celle d'y contracter des con- 
taminations légales, qui les auraient rendus incapables de manger 
l'agneau pascal et de visiter le temple. Quoi qu'il en soit du reste, le 
voyageur charitable que Jésus donne comme modèle au pharisien 
était un Israélite ('iapa-r^tariç). On sait que dans la législation rabbi- 
nique le titre d'israélite désigne tout particulièrement un Juif qui 
n'est ni prêtre ni lévite. La pointe de la parabole vient de cette 
opposition : le prêtre et le lévite qui vivent des dons des pèlerins, 
et qui devraient donner l'exemple de la charité au commun 
du peuple, abandonnent sans pitié un pauvre pèlerin blessé sur 






NOTES ET MELANGES 255 

une route déserte ; un simple israélite, ne consultant que son cœur, 
prend soin de lui et le sauve d'une mort certaine. Ce sens particu- 
lier de la dénomination « israélite » était naturellement incompré- 
hensible pour le cercle pagano-chrétien, auquel saint Luc a em- 
prunté la parabole. Pour les chrétiens recrutés parmi les païens, la 
mention d'un israélite, après celle d'un prêtre et d'un lévite qui 
sont aussi israélites, n'avait aucun sens et gâtait par sa présence 
la belle ordonnance de la parabole. Pour remédier à cet incon- 
vénient, on se crut autorisé à corriger 'i<jpaY|Xfoi<; en 2a|Aape(<rrK, et 
cette correction fut accueillie d'autant plus favorablement qu'elle 
donnait satisfaction à un besoin réel, celui de rattacher à Jésus 
l'idée de la supériorité des chrétiens païens sur les Juifs non 
convertis. 

Nous n'avons plus qu'à récapituler les résultats de notre re- 
chercha: 

1° Le récit par lequel saint Luc introduit la question du docteur 
pharisien appartient à la troisième phase du christianisme, ou 
christianisme paulinien. 

2° Le dialogue entre Jésus et le docteur pharisien au sujet 
du principal commandement de la loi, que saint Luc sépare de la 
discussion de Jésus avec les Saducéens sur la résurrection des 
corps, doit y être relié et placé avec lui dans la première phase de 
la prédication de Jésus, conformément à la version de saint Marc. 

3° La parabole primitive du bon Israélite est authentique et 
se rattache étroitement au dialogue avec le docteur pharisien. 

4° La correction de la qualification d' « israélite » en celle 
de « Samaritain » a été faite par des chrétiens païens qui ne com- 
prenaient pas le sens spécial de cette dénomination. 

J. Halévy. 



UN ALPHABET HÉBREU ANGLAIS AU XIV e SIÈCLE 



I 

Le sens des lettres de l'alphabet a souvent préoccupé les éru- 
dits. Les savants du moyen âge, cette époque classique de l'allé- 
gorie, se sont plu à attribuer à chacun des caractères de l'alphabet 
un sens emblématique. M. Omont publiait, il y a quelques mois 
dans la Bibliothèque de l école des Chartes (1881, p. 429) un 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

poème latin du x« siècle sur les lettres de l'alphabet grec. La pièce 
suivante montrera que l'hébreu n'a pas été oublié. 

Le ms. B. N. fr. 1, qui date du commencement du xiv e siècle et 
contient une traduction de la Bible en dialecte anglo-normand, 
renferme aux f os 258 v° et 259 r 3 , à la suite des Lamentations de 
Jêrémie, un alphabet dans lequel chaque lettre hébraïque est 
expliquée par un mot latin et par le mot anglais correspondant. 
Par une erreur du copiste, c'est le mot anglais qui se trouve placé 
le premier. On verra que l'ordre alphabétique n'est pas observé et 
que plusieurs lettres sont expliquées de deux et même de trois 
façons différentes. Nous avons placé entre crochets le mot anglais 
moderne correspondant. 



F 258 d Ci finissent les lamenta- 


(9)Be 


tions de Jeremie 1 et comence 


werching [workingj , 


le alphabeth en grieu 2 


operacio 


God 


(1 0) Caph 


Deus 


of helche [of help] 


(î) Aleph 


salutis 


teching [teaching] 


(11) Vau 


doctrina 


worde [word] 


(2) Zai 


sermo 


sone [son] 


(12) Lameth 


filius 


oneliche [onely] 
unicus 


(3) Beth 


telling 


(1 3) Mem 


narracio 


confort 


(4) Heth 


consolacio 


voiz [voice] 


(14J Sade 

Teching [teaching] 
doctrina 


vox 
(5) Gimel 


gode (good) 
bonus 


(15) Aleph 


(6) Teth 


lif [life] 


drede [dread] 


vita 


timor 


(\ 6) Beth 


(7) Deleph 


of hem [of them] 


biginning [beginning] 


ex ipsis 


principium 


(i7) om 


{%)Ioth 


mouth of rithfulnesse [mouth 


waye [way] 


of righteousness] 


via 


os justicie 



1 C'est-à-dire les quatre premiers chapitres dont les versets, comme on le sait, se 
suivent dans l'ordre alphabétique. 

2 Faute évidente pour hebrieu. 



NOTES ET MELANGES 



257 



(1 8) Sade 


(31) Deleth 


tokenes [tokens] 


lering [Cf. ail. lehren] 


signa / 


disciplinam 


(19) Vau 


(32) Lameth 


wyt [wit] 


cleping 


sensus 


vocacio 


(20) Nun 


(33) Coph 


cleping 


mouth vel bon [mouth vel 


vocacio 


bone] 


(21) Coph 


os 


hous [house] 


(34) Phe 


domus 


strenthe [strenglh] 


(22) Beth 


fortitudo 


biginning [beginning] 


(35) Tau 


principium 


yis [this] 


(23) lotît 


ista 


F 259 10 everlastend [everlasting] 


(36) He 


sempiternum 


wy touten cord [without cords] 


(24) Nun 


sine cordis 
(37) Mem 


helping 
adjutorium 


stalworlh 
fortis 


(25) Sametfi 

of heued [of head] 


(38) Ain 

of ye heued [of the head] 


capitis 


capitis 


(26) Res 


(39) Res 


plentee [plenty] 


he 


plenitudo 


ipse 


(27) Gimel 


(40) Vau 


hend [hand] 


lyf [life] 


manus 


vita 


(28) Caph 


(il) Zai 


on [one] 


withouten ezen [without eyes] 


unus 


sine oculis 


(29) Sam[eth] 


(42) Phe 


rythfulnesse [righteousness] 


of ten [of teeth] 


justicia 


dentium 


(30) Sen 


(43) Sen 


tabler 


Ci fînist le alphabeth 


tabellarius 


en grieu 



Vient ensuite Y Oraison de Jêrêmie qui forme le cinquième 
chapitre des Lamentations dans le canon juif. 



Le tableau suivant, dans lequel nous avons placé à côté de 
ihaque lettre rangée par ordre alphabétique les différentes signifi- 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cations qui lui sont attribuées, mettra un peu de clarté dans cet 
ensemble si confus : 

Aleph, Deus, God (1). doctrina, teching (15). 

Beth, films, sone (3). vita, lif (1 6). domus, tous (22). 

Gimel, wx, voiz (5). plenitudo, plentee (27). 

Deleph, timor, drede (7). tabellarius, tabler (31). 

He, via, waye (9). ista, yis (36). 

YAU,saMis,ofhelche[\\). signa, Menés (19). ipse, he (40)* 

Zai, doctrina, teching (2). vita, lyf (41 ). 

~iÏETB.,narracio : telling[k). 

Teth, bonus, gode (6). 

Ioth, principium, bigin- principium, bigining (23). 

ning (8). 
Gaph, operacio, werching manus, hend (28). 

(10). 
\^KMWïK,sermo,wnrde{\%. disciplinant, lering (32). 
Mem, unicus, oneliche (1 3). sine cordis, wytouten cord (37). 
Nun, sensus, wyt (20). sempiternum, everlastend (24). 
Sameth, adjutorium, hel- unus, on (29). 

ping (25). 
Ain, fortis, stalmorth (38). 
1?ke, os, mouth vel bon (H), sine oculis,withouten ezen 

(42). 
Sade, consolacio, comfort os justicie, mouth ofrilh- 

(14). fulnesse (18). 

Goph, tocacio, cleping (21 ) vocacio, cleping (33) . 
Res, capitis, ofheued (26). capitis ofye heued (39). 
Sen, justicia, rythful- dentium, of ten (43). 

ftme (30). 
Tau, fortitudo, sirenthe 

(35). 
p) ex ipsis, ofhem [il). 

Le fait même que certaines lettres ont reçu plusieurs interpré- 
tations différentes montre que les explications données n'ont en 
général pas d'autre source que la fantaisie de leur auteur. 
Quelques lettres seulement sont traduites d'après leur sens réel : 
beth, domus, hous; phe, os, mouth; res, capitis, of heued; 
sen, dentium, of ten : etc. En traduisant zai par vita, lyf, 
l'auteur a sans doute songé au grec zaw. Il n'y a pas de rapport 
entre le sens attribué à chaque caractère hébraïque et les versets 
des Lamentations de Jérémie en tête desquels sont placées ces 
lettres. 

Une seule chose est certaine, c'est que l'Anglais qui a traduit les 



NOTES ET MÉLANGES 259 

gloses latines ne connaissait pas le sens attribué aux lettres 
hébraïques. Le fait qu'il traduit pue, os, par mouih vel bon, le 
prouve suffisamment. 

.1. Bonnard. 



Il 



Le document que nous fait connaître M. Bonnard a son intérêt 
et mérite attention : il suggère quelques observations que nous 
prenons la liberté de soumettre au lecteur. 

I. M. Bonnard fait remarquer avec raison que, par quelque 
erreur de copiste, c'est le mot anglais qui se trouve placé le pre- 
mier. On peut se demander, il est vrai, si le copiste n'a pas oublié 
la première glose hébraïque, de telle sorte que l'ordre entier doive 
être interverti, et chaque lettre hébraïque demander son expli- 
cation, non aux deux mots qui la précèdent, mais aux deux mots 
qui la suivent. Ne serait-il pas plus simple, par exemple, de rat- 
tacher gimel non à voeu, parole, mais à bonus, bienfaisant? 
Mais, à l'examen, cette thèse ne tient pas ; on reconnaît vite que, 
pour le plus grand nombre des lettres, c'est la traduction anglaise 
ou latine précédant l'hébreu qui leur convient. Malgré des inco- 
hérences, malgré des bizarreries comme celles de Yalef précédé 
au n° 15, suivi au n° 1 d'une même traduction doctrina, il faut 
admettre que le scribe a placé régulièrement l'anglais avant 
l'hébreu, le commentaire avant le texte à commenter. 

Autre singularité plus frappante, et qui nous expliquera la pre- 
mière: les lettres répétées deux et quelquefois même trois fois se 
suivent dans l'incohérence du désordre le plus arbitraire. Ce dé- 
sordre toutefois n'est qu'apparent et est dû à une méprise. 

Prenons d'abord les douze premières lettres et écrivons les à la 
ligne en n'en mettant que deux à chaque ligne : 



God, 


deus, 


alef(n° 1). 


Teching'. 


doctrina, 


zai (2). 


Sone, 


fllius, 


beth (3). 


Telling, 


uarracio, 


heth (4). 


Voiz, 


vox, 


gimel (5). 


Gode, 


bonus, 


teth (6). 


Drede, 


timor, 


deleph (7). 


Biginnirig, 


principium, 


ioth (8). 


Waye, 


via, 


he(Q). 


Werching-, 


operacio, 


caph (10). 


Ofhelche, 


salutis, 


vau (11). 


Worde, 


sermo, 


lame t h (12) 



Lisons maintenant ces mots non plus en lignes horizontales, 



2C0 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



mais en colonnes, et nous voyons aussitôt l'ordre alphabétique se 
suivre à la première colonne de gauche, de alef à vau et reprendre 
à la seconde colonne de zai (= zaïn) à lameth. Autrement dit, 
le copiste reproduisait un manuscrit présentant sur deux colonnes 
Tordre alphabétique, du moins pour les douze premières lettres ; 
mais il a fait sa copie en suivant la ligne, passant de alef à zai, 
comme de vau à lametU. C'est ce qui explique également comment, 
pour chaque lettre, il a commencé par l'anglais qu'il trouve 
ou qu'il met à gauche des lettres et a fini par l'hébreu, qu'il ren- 
contrait en allant à droite. 

Pour les lettres suivantes, une erreur du même genre s'est pro- 
duite, mais plus compliquée. 

Ecrivons les lettres à la suite les unes des autres sur cinq lignes 
horizontales : (pour faciliter la lecture, je mets les caractères hé- 
breux à la place de leurs noms en lettres latines) : 



Col. 1. 

12 (n° 13) 
3(20) 
0(25) 
[9] (29 bis). 
S (34) 



Col. 2. 


Col. 3. 


Col. 4. 


Col. 5. 


Col. 6. 


* (14) 


N (15) 


n (a) (16) 


» (o) (17) 


S (18) 


P(21) 


2 (22) 


i(23) 


2 (24) 


» 


-1(26) 


a (27) 


5(28) 


(29) 


» 


tt(30j 


-(31) 


b (32) 


'J (p) (33) 


» 


n (35j 


î-î (36) 


M (37) 


S (*) (38) 


» 



Col. 7. 
1 (19) 



et enfin hors rang n (39), i (40), î (41), s (42) et 125 (43). 

Dans ce tableau, nous avons remplacé n (n° 16) par fi, le signe 
inintelligible (n° 17) par », et aux n os 33 et 38 p et y par v et s. 
Ces changements, amenés par les exigences de l'ordre alphabé- 
tique, se justifient, comme nous le verrons plus loin, par la nature 
des traductions. 

Or, reportons-nous maintenant aux colonnes verticales, et nous 
constaterons avec une régularité presque entière Tordre même de 
l'alphabet, deux fois répété. Nous n'avons dû, pour arriver à ce 
résultat, qu'ajouter dans la première colonne un y qui peut avoir 
été oublié par le copiste, laisser quelques lettres à la suite en 
dehors de nos classements et faire trois ou quatre légers change- 
ments qui se justifient d'ailleurs. 

Une régularité presque aussi complète ne peut être l'effet du ha- 
sard, et il faut en conclure que le scribe avait sous les yeux un 
double ou triple alphabet en colonnes multiples qu'il a lu par lignes 
horizontales, comme le premier alphabet partiel. 

L'original qu'il reproduit n'est lui-même qu'une copie. En effet, 
si l'incohérence apparente de l'alphabet est l'œuvre du scribe 
anglo-normand, l'ordre alphabétique que l'on reconstitue derrière 



NOTES ET MÉLANGES -.01 

cette incohérence, a, nous le voyons, ses lacunes, ses omissions ot 
ses erreurs. Si le y de la l re colonne a été sûrement oublié par le 
copiste du xiv siècle, le i et le t de la colonne 3, le a de la 
colonne 4, pour ne citer que les laits les plus frappants, n'ont pu 
être omis que par le copiste antérieur qui arrangeait à sa ma- 
nière un document plus ancien. 

Par ce texte du commencement du xiv° siècle, nous plongeons 
donc à travers deux copies en plein moyen âge, peut-être, au 
xii e siècle, ce qui n'étonnera pas pour qui connaît quelque peu 
l'histoire des transcriptions des manuscrits à cette époque. Peut- 
on remonter plus haut ? Ici nous rencontrons de nouvelles 
sources, et la critique de ces sources nous permet en même temps 
de mieux comprendre la formation de notre alphabet, et d'en 
corriger les nombreuses erreurs. 

II. La Bible contient plusieurs poésies, enseignements moraux, 
complaintes, psaumes, etc., rédigés de façon à présenter en 
acrostiches l'ordre alphabétique. Tels les quatre premiers cha- 
pitres des Lamentations de Jérémie et le fameux psaume cxviii, 
qui présente, en vingt-deux chapitres de sept versets chacun, sept 
fois chacune des vingt-deux lettres de l'alphabet. Les Pères de 
l'Eglise, au lieu de voir dans cette répétition de simples procédés 
mnémotechniques, n'ont pas manqué d'y chercher et d'y trouver 
des significations édifiantes, mystiques. De là des travaux d'inter- 
prétation dont sont en particulier l'objet les Lamentations et 
notre psaume cxvm. A cela s'ajoutent les explications purement 
étymologiques d'interprètes non juifs qu'une curiosité de gram- 
mairiens pousse naturellement à s'enquérir du sens des noms qui 
désignent les lettres hébraïques. 

Au ix* siècle Paschal Radbert, l'abbé de Corbie, a laissé un 
commentaire en cinq livres sur les cinq chapitres des Lamen- 
tations et naturellement chaque lettre y est l'objet d'interpréta- 
tions spéciales (voir Migne, Patrologie latine, tome CXX, co- 
lonnes 1059-1256). 

Ses contemporains, Raban Maur et saint Rémi, ont laissé éga- 
lement, le premier un commentaire sur Jérémie dont le huitième 
livre est consacré aux Lamentations (Migne, CXI, col. 1083 et 
suiv.), l'autre un traité intitulé Enarrationes in Psalmos, où le 
psaume cxvm est étudié (Migne, CXXXI, 145 et suiv.). 

En remontant plus haut, nous rencontrons le célèbre évêque de 
Séville, Isidore, qui touche aux questions d'étymologie hébraïque, 
dans le livre VII de ses précieuses FAymologiœ (Migne, CXXXII, 
col. 275 et suiv.). 

T. IV. 18 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Plus haut encore, nous trouvons deux grands noms, saint Am- 
broise de Milan, qui commente le psaume cxvm (Migne, XV, 
pars posterior, col. 1863) et le docteur illustre duquel découle, 
dans sa plus grande partie, la science théologique du moyen âge : 
j'ai nommé saint Jérôme. 

Saint Jérôme a étudié à plusieurs reprises l'alphabet hébreu, 
d'abord dans une lettre qu'il adresse à Paula, commentaire 
grammatical, édifiant et mystique sur le psaume cxvm (Migne, 
XXII, col. 441-445), puis dans son Liber de nominïbus hebraicis 
qui a tant défrayé les étymologistes du moyen âge (Migne, XXIII, 
827); enfin dans un commentaire sur les Lamentations de Jé- 
rémie (Migne, XXV, col. 787-791). Il est vrai que ce dernier 
commentaire est attribué par quelques-uns à Bède le Vénérable. 

C'est la lettre à Paula que reproduisent textuellement Raban 
Maur et Rémi, dont le témoignage devient dès lors inutile pour 
nous. Voyons si c'est à ces sources ecclésiastiques que remonte 
notre alphabet anglo-normand. 

Alef, n° 1 : Deus, God; n° 15 : doctrina, teching. — L'interpréta- 
tion Dens est mystique : elle se retrouve fréquemment au 
moyen âge ; aleph ou alpha est un des 70 noms de la divi- 
nité, et l'un des plus usités : c'est une allusion au mot de 
l'Évangile « Dieu est V alpha et l'oméga ». — Doctrina; c'est 
l'interprétation de P. Radbert, de saint Jérôme (cxxv), de 
saint Ambroise. 

Seth, n° 3 : filins; n° 16 : vita ; n° 22 : domus. — L'explica- 
tion si naturelle de domus se trouve chez tous nos commen- 
tateurs. Pour fllius, le premier auteur de l'alphabet, quel qu'il 
soit, a confondu beth avec ben. Pour vita (n° 16), cette 
glose est inexplicable en elle même. Saint Jérôme et les autres 
rendent par ce mot l'hébreu heth. Or, c'est justement 
heth que réclame au n° 16 l'ordre alphabétique. Nous 
sommes donc en droit de corriger le beth en heth, correc- 
tion d'autant plus simple que dans l'écriture du moyen 
âge Yh se confond facilement avec le b. L'erreur est, à n'en 
pas douter, l'œuvre du dernier scribe. 

Gimel, n° 5 : vox, voice ; n° 27: plénitude*, plentee. — Plenitudo, 
Pasch. Radbert, saint Jérôme (xxn, xxm, xxv) et ceux 
qui le reproduisent. Quant à vox, d'où vient-il? Quelle 
faute se cache derrière ce mot ? 

Deleph ou Delelh, n° 7 : timor, drede ; n° 23: tabellarius, tabler. 
— « Daleth significat latine timorem, vel (ut alibi inveni- 
mus) nativitatem », dit saint Ambroise. — Saint Jérôme et 



NOTES ET MÉLANGES 263 

ses imitateurs pour daleth donnent tabulatum ou tabularum 
dont se rapproche beaucoup notre tabellarius; ce dernier en 
est-il une altération ? Quant à tàbalarum, ce génitif surprend 
et on serait tenté d'y voir une corruption de tabulatum; 
mais lisez l'interprétation de Jérôme sur la connexio, ou lien 
mystique qui réunit cette lettre aux quatre premières : doc- 
lrina, domus, plénitude-, tabularum : « quia videlicet doc- 
trina Ecclesise quse domus Dei est, in librorum reperiatur 
plenitudine divinorum. » C'est bien des tabidœ, des tables de 
la Loi qu'il s'agit ici. 

Hé, n° 9 : via, waye ; n° 36 : ista pis. — Jérôme: ista (xxn, xxm, 
xxv) ; saint Ambroise : est ou vivo. Via est une faute de 
lecture du dernier copiste pour vivo : et celui-ci, en faisant 
suivre l'alphabet hébreu ou latin de la traduction anglaise, a 
confirmé son erreur en traduisant sa fausse lecture via par 
waye. 

Vau, n° 11 : salutis, of helche ; n° 19 : signa, tokenes ; n° 40 : ipse, 
he. — Saint Jérôme, saint Ambroise, Radbert, Raban Maur, 
Rémi, n'ont d'autre explication que ipse, ille, et, ou et Me. 
D'où notre copiste a-t-il tiré son salutis et son signa ? 

Zai (zain), n° 2 : docirina, teching; n° 41, vita, lyfe. — Nos sources 
nous donnent tout autre chose : saint Jérôme, hœc, oliva ou 
fornicatio, c'est-à-dire soit zoth, soit zaith, soit zenouth ; saint 
Ambroise, duc te ou hue. Sont-ce les sources qui sont en 
défaut? Est-ce notre scribe? Remarquons d'abord que doc- 
trina est l'explication la plus généralement admise pour 
alef (voir à cette lettre) et que, dans l'original copié par le 
scribe, zain et alef étaient sur la même ligne ; conclusion : 
pour la glose 2, il a rapporté à zain l'explication qui devait 
revenir à alef. Sans doute alef avait à sa gauche la glose 
Deus et à sa droite la glose doctrina, et le copiste l'a détachée 
d'un côté pour la relier à l'autre. — Au n° 41, le vita est 
également extraordinaire; on soupçonne une méprise du 
même genre ; la glose 41 se trouve hors rang dans notre ta- 
bleau de la page 260, et il est impossible de voir la place 
qu'elle occupait dans l'alphabet primitif; peut-être était-elle 
voisine d'un lietli, la lettre qui la suit immédiatement dans 
l'alphabet, et que les Pères rendent par vita ; ce serait de ce 
vita que l'étourderie et l'ignorance de notre copiste l'auraient 
gratifiée. 

Heth, n° 4 : narracio, telling.— Ni le vita ou le viventes de saint 
Jérôme, ni le pavor de saint Ambroise n'expliquent cette 
étrange traduction. Quelle erreur suppose-t-elle ? 



264 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Teth, n° 6 : bonus, gode, — Ici Radbert et Jérôme s'accordent à 
traduire par bonum : ils changent simplement teth. en tob{\). 

lotli, n° 8 : principium biginning; n° 23, idem — Saint Jérôme 
(xxïii) : « Jod, principium vel scientia, vel Dominator » ; 
id. xxii et xxv : « principium ». Pasch. Radbert : « princi- 
pium vel desolatio. » 

Caph, n° 10 : operacio, werching; n° 18 : manus, hend. — Manus 
se trouve dans Radbert et dans saint Jérôme. D'où vient 
operacio ? 

LametJi, n° 12 : sermo, worde; n° 32 : disciplinant, lering. — Pas- 
chal Radbert : disciplina; saint Jérôme, une fois disciplina 
cordis (xxv) ; une fois disciplina sive cor dis (?) (xxii) ; une 
fois doctrina sive disciplina (xxiii) ; saint Ambroise : « cor, 
vel ut alia interpretatio \\dksi,servo; unde videtur admonere 
vel prudenter hsec intelligenda, vel sollicite servanda prae- 
cepta. » — Corrigeons donc sermo en servo. 

Mem, n° 13 : unicus, oneliche ; n°37 : sine cordis, wytouten cord. 
Ajoutons ici l'inintelligible 0, ex ipsis, of hem (n° 17), que 
Tordre alphabétique réclame à cette place. — Saint Jérôme : 
ex ipsis (xxii, xxiii, xxv) ; ex quo et sive aqua (xxiii); saint 
Ambroise : viscera ou ex ipsis. La source de «. 0, ex ipsis » 
est toute trouvée. 

Mais d'où vient unions ? d'où sine cordis ? Cette dernière 
glose a le n° 37; or, la lettre n° 32, c'est-à-dire b, qui la 
précède immédiatement dans la colonne 4 de notre tableau 
est expliquée par saint Jérôme disciplina sive cordis. C'est 
ce sive cordis qui a été attribué par le copiste antérieur 
à la lettre 72 qui venait immédiatement au-dessous. Notre 
scribe a lu sine pour sive, sans se laisser arrêter par ce 
génitif cordis dépendant de sine, et a ensuite régulièrement 
traduit son contre-sens par wytouten (without). 

Pour unicus, remarquons également que c'est la traduction 
de la glose n° 13 (colonne 1), et que celle-ci ajustement au- 
dessous d'elle la lettre 3 (n° 20), que saint Ambroise traduit 
par unicus Confusion de même nature. 

Nun, n° 20 : sensus, wyt; n° 24 : sempiternum, everlastend. — 
Saint Jérôme explique nun, par faslus, piscis ou sempiter- 
num; Pasch. Radbert par sempiternum, saint Ambroise par 
una pars eorum et par unicus. (Voir la fin de l'article pré- 
cédent.) D'où vient sensus? 

Sameth (lire samedi, confusion du c et du t, fréquente dans les 
textes du moyen âge), n° 25 : adjutorium, helping; n° 29 : 
unus, on. — Adjutorium est donné par Radbert, par saint 



NOTES ET MELANGES 265 

Jérôme (xxii, xxv), qui, ailleurs (xxm) dit : « firmamentum. 
licet quidam erectionem vel adjutorium sive fulturam pu- 
tent. » Saint Ambroise dit : firmamentum. 

Quant à unas, ce doit être un doublet de unicus, rapporté 
à la lettre placée immédiatement au-dessus du nun, comme 
unicus a été rapporté à la lettre placée immédiatement a n- 
dessus. 
Ain, n° 38 : fortis, stalworth. — Le manuscrit porte la lettre , 
quoique l'ordre alphabétique réclame s. Il y a là une erreur 
qui remonte au premier rédacteur; sur cette erreur, le se- 
cond copiste a enté la sienne : il a lu fortis au lieu de fon- 
tis (souce) et a traduit par stalworth. Saint Jérôme, saint 
Ambroise, etc., traduisent correctement aïn par oculus 
ou fous (fons, sive oculus). 
Phe, n° 34 : os, mouth vel bon; n° 42 : sine oculis, withouten ezen. 
Saint Jérôme (xxm) : « os, ab ore, non ab osse, ne litterarum 
ambiguitate fallaris ; » autrement dit : os, bouche, génitif 
oris, et non os, ossement, génitif ossis. — Le plus ancien de 
nos copistes avait traduit phe par os, sans spécifier s'il s'agis- 
sait de os, oris ou de os, ossis; le second, qui ignore le sens 
de phe et reconnaît à os deux significations, les indique con- 
sciencieusement, mouth vel bon, c'est-à-dire bouche on os. 
— Pour le sine oculis, nouvelle et double bourde de notre 
copiste anglo-normand : il a lu sine oculis, et a traduit wi- 
thouten eyen (sans yeux\ là où il devait lire sive oculus et 
traduire or ey (ou œil). Et ce sive oculus appartient à une 
ligne précédente et se rapporte à la lettre y que saint Jérôme 
. interprète par fons sive oculus. (Voir la lettre et l'alinéa 
précédents.) Qu'on se reporte à la colonne 1 de notre al- 
phabet reconstitué (p. 260), on verra que notre reconstitu- 
tion nous avait forcé à admettre un y entre le o (n° 25) et le 
s (n° 34) ; c'est cet y (n°29 bis) qui devait être interprété par 
fons sive oculus, dont une trace nous est conservée, et à 
une ligne au-dessous , dans la glose sine oculis de notre 
manuscrit, nouvelle confirmation de la justesse de notre 
hypothèse. 
Sade, n° 14 : consolatio, comfort ; n, 18 : os justicie, mouth of 
rithfulnesse. — Saint Ambroise donne consolatio, saint Jé- 
rôme justitia (avec regio et venatio). Le os est obscur ; mais 
il doit s'expliquer par une erreur du même genre que celle 
que nous venons de signaler. Dans l'original, la glose 18 fait 
suite à la glose 38, qui doit être un phé, latin os, et c'est à 
cette lettre qu'il faut rendre cet os, indûment rapporté à sade. 



266 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le scribe anglo-normand, lisant os justicie, traduit brave- 
ment mouth of rithfulnesse, « bouche de justice! » 

Coph, n° 21 et n° 33 : vocacio, cleping. — C'est la traduction tra- 
ditionnelle des Pères de l'Église. 

Res y n° 26 et n° 39 : capitis, of heued. — Ici encore la traduction 
traditionnelle est conservée. 

Sen, n° 30 ijusticia, rythfulnesse ; n° 43 : dentium, of ten. — Le 
dentium s'explique de lui-même. (Voyez saint Jérôme, xxn, 
xxiii, xxv, etc.) Mais d'où vient le justicia? 

Tau, n° 35 : fortitudo, stenthe. — Saint Jérôme et d'autres tra- 
duisent par signurn, saint Ambroise par erravit, consum- 
mavit. Nous ne voyons pas comment expliquer ce fortitudo. 

III. De cette discussion ressortent plusieurs conséquences : 1° Le 
copiste du manuscrit français 1, de la B. N., a reproduit un texte 
contenant seulement le nom des lettres et la traduction latine de 
l'alphabet hébreu; il ne comprenait pas son texte, l'a copié de tort 
et de travers, lisant en ligne horizontale ce qui devait être lu en 
ligne verticale, rapportant aux lignes supérieures ou inférieures 
des gloses qui, sans doute, par suite du manque de place, avaient 
été rejetées à la marge interlinéaire supérieure ou inférieure, se 
trompant dans ses lectures, prenant tel mot pour tel autre, et 
confirmant ses contre-sens par ses traductions anglaises. Il voyait 
bien que l'alphabet qu'il copiait n'était pas l'alphabet latin, sa 
science allait jusque là; mais il ne pouvait entrer dans son esprit 
que ce fût de l'hébreu, et il le baptise bravement d'alphabet grec : 
« Ci... comence le alphabet en grieu; ci finist le alphabet en 
grieu. » On pourrait peut-être tirer de ces faits de nouvelles in- 
ductions sur le reste du manuscrit; mais ce n'est ni le lieu ni 
notre affaire de toucher à ce point. 

2° Le texte qu'il copie, lui-même incorrect, avec ses omissions, 
ne peut être l'original ; nous l'avons montré plus haut, d'ailleurs. 
Il reproduit un document antérieur qu'il ne serait pas difficile 
maintenant de reconstituer. Ce document consiste dans deux 
alphabets hébreux (et même plus), placés à la suite des quatre 
chapitres alphabétiques des Lamentations, et expliquant, d'après 
la tradition de l'Église, le sens des alphabets acrostiches de ces 
chapitres. Peut-être l'alphabet expliqué était quadruple, comme 
dans le texte de Jérémie. 

3° Est-ce de saint Jérôme que sont tirées directement les traduc- 
tions? Nous ne saurions le dire. Sur 43 gloses, 27 se retrouvent 
dans saint Jérôme, 6 dans saint Ambroise, 1 appartient à tout le 
moyen âge théologien (deus-aleph) , 1 est une explication par à 



NOTES ET MELANGES 267 

peu près qui peut être le fait du premier rédacteur (beth-filius). 
Reste 8 traductions dont des recherches nouvelles finiraient 
peut-être par faire reconnaître les formes erronées ou les ori- 
gines authentiques. Nous ne pouvons qu'indiquer ici ce point. 

IV. En nous en tenant aux résultats généraux, et sans trop 
presser les détails, cet alphabet nous fait donc remonter sûrement 
à un système d'interprétation qui appartient à saint Jérôme ou à 
ses contemporains. Il y aurait lieu d'examiner de plus près ce 
système, d'en déterminer le degré d'exactitude et de science et de 
discuter la valeur et l'origine de ces traductions, mais ce serait 
toucher à une grave question depuis longtemps et longuement dé- 
battue, du moins en ce qui regarde saint Jérôme, à savoir la con- 
naissance que les Pères avaient de l'hébreu. Nous n'avons nul- 
lement l'intention d'ouvrir incidemment ici le débat. Mais nous 
devons remarquer que saint Jérôme a pu prendre aux Rabbins, 
avec les notions d'hébreu qu'il a été leur demander, l'idée de 
commentaires grammaticaux ou édifiants sur la signification des 
lettres hébraïques. La littérature rabbinique nous a laissé quelques 
traces de ce genre d'interprétation. 

Au folio 104 a du traité Sabbath, on lit une page consacrée à la 
signification des lettres de l'alphabet et de leurs connexions; ainsi 
gimel et daleth sont rapprochées de gomel (charitable, « qui re- 
tribuit » ; cf. la retrïbutio de saint Ambroise et de saint Jérôme) 
et de dalim, les pauvres (cf. le daleth-pauper de saint Jérôme) ; 
de là une conclusion fort édifiante sur la Gemilouth Hassadim 
envers les Dalim. Une bonne partie des discussions de cette 
page est mise en dialogue entre les Rabbanan et R. Josué ben 
Lévi; elle se passe vers la fin du m e siècle, aux temps mêmes de 
S. Jérôme. 

Dans la collection des petits Midraschim publiés par M. Adolf 
Jellinek, sous le titre de Beth-Hammidrasch (t. III, p. 12-49 
et p. 50-64), on trouve deux alphabets midraschiques ou allégo- 
riques, attribués à R. Akiba. L'un semble dériver précisément de 
la page du traité Sabbath que nous venons de rappeler ; l'autre est 
une œuvre plus originale, où les lettres, étudiées dans leurs noms, 
leurs formes, leurs successions ou connexions, donnent lieu à une 
longue suite de considérations morales, allégoriques, religieuses, 
mystiques, cabalistiques. Il n'est guère admissible que ces alpha- 
bets, signalés déjà au vnr siècle et au ix e siècle, remontent sous 
leur forme actuelle au n c siècle et sortent tels quels de la main 
d'Akiba; mais il n'y a rien d'invraisemblable à ce que la première 
idée de ces Midraschim appartienne en effet au célèbre docteur qui 



26S REVUE DES ETUDES JUIVES 

avait imaginé dans l'Ecole une méthode nouvelle d'exégèse, qui 
consistait à expliquer toutes les lettres et tous les signes de l'Écri- 
ture, et « tirait de chaque angle de lettre des boisseaux de règles ». 
Le premier numéro de ce Midrasch nous montre dans Yalef le 
symbole de Dieu, dans le gimel le symbole de la bienfaisance de 
Dieu à l'égard du monde, dans le daleth Dieu préoccupé du 
pauvre, etc. 

Nous n'avons point à étudier ici cette littérature toute spéciale, 
et renvoyons le lecteur aux travaux dont elle a été l'objet *. Nous 
nous contentons de rapprocher le système d'interprétation des 
Pères de l'Église de celui des Rabbins, en nous demandant si le 
premier ne dérive pas du second. Cette question n'est d'ailleurs 
elle-même qu'un point spécial d'une autre beaucoup plus vaste, ce 
que la littérature des Pères de l'Église a reçu ou conservé de la 
littérature et des traditions rabbiniques. 

Arsène Darmesteter. 



ORIGINE ET FORMATION DE LA CONJONCTION TALMUDIQUE 

ILMALÊ 

La conjonction -«b^ba ou abttbN, très fréquente dans le Talmud 
de Babylone et très rare dans les targoums, ne s'emploie que pour 
exprimer une hypothèse et se distingue nettement de la particule 
de la condition simple -»n ou "ja si. Elle est usitée aussi bien pour 
l'affirmation que pour la négation et se traduit tantôt par « s'il était 
que », tantôt par « si ce n'était que ». Elle répond donc aux con- 
jonctions ïib et "^b ou Nbnb de l'hébreu biblique, *ta et i^N ou 
ab^N des targoums. Ce rapprochement a conduit M. J. Lévy à 
voir dans ^bttbN ou Nbttba la conjonction ^brès ou a)nbtf, dans la- 
quelle aurait été insérée la particule ma « quelque chose» 2 . Cette 
explication soulève cependant plusieurs objections. Pourquoi l'in- 
sertion de cette particule aurait-elle fait tomber la voyelle ou, de 
^bnbîjt, laquelle se trouve également dans les formes correspon- 
dantes du syriaque, de l'hébreu biblique et de l'arabe ? Pourquoi 



1 Voir Jellinek, dans l'introduction de son Beth Hammidrasch, p. xiv-xvii ; dans 
la Monatsschrift, II, 429, et Zunz, Gr. V., 168. 

» Chaldœisches Wœrterbuch , Leipzig, 1867, et Neuhebrmsches und Chaldaisches 
Warteriuch, Leipzig, 1876, sous ce mot. 






NOTES ET MELANGES 269 

aurait-elle altéré la valeur de ^b», à tel point que cette conjonc- 
tion put servir pour les hypothèses affirmatives? Enfin ne s'atten- 
drait-on pas à trouver ma rejeté à la tin du mot, au lieu d'être in- 
tercalé au milieu ? Ces objections paraissent assez sérieuses pour 
qu'on n'accepte pas à 'priori l'étymologie proposée, et il sera utile 
de rechercher dans d'autres langues sémitiques des termes de 
comparaison qui mettent sur la voie de l'origine et de la formation 
de la conjonction ^bttbK. 

Le syriaque littéraire ne nous offre rien d'analogue ; mais Bar- 
hebraeus a conservé dans sa grande grammaire syriaque une locu- 
tion vulgaire, où l'on ne peut s'empêcher de voir le dernier 
membre de notre conjonction : c'est le mot mâle. Nous traduisons 
ici le passage qui s'y rapporte 1 ; « abtt avec a 2 après le mim et ê 
» après le lâmed est une particule arabe ayant le sens de « sinon ». 
» On dit, par exemple, à celui qui, invité à dîner, s'excuse : 
» a Sinon, envoie quelqu'un de tes parents », c'est-à-dire, «si tu ne 
» viens pas toi-même, envoie un des tiens ». [Autre exemple] : 
» « Sinon, aide en paroles », c'est-à-dire, « si tu n'aides pas par des 
» actes, aide par des paroles ». Des personnes ignorant l'origine 
» du mot, le prennent dans le sens de donc et disent : « Si le 
» monde est composé, c'est donc qu'il est périssable. » D'autres 
» croient qu'il signifie quoique et disent : « Quoiqu'il m'ait vu, il 
» ne m'a pas cependant interrogé. » Quelques-uns, se trompant 
» sur la prononciation du mot, articulent mêla comme on dit 
» mêhô avec ê après la première consonne et ô après la deuxième 
» (primitivement redoublée). — Eclaircissement — Diana (t&>ç) 
» avec é après le têt et o bref après Yaleph est une particule 
» grecque ; il a le même sens que mâle. De même que les Sy- 
» riens orientaux se servent de abtt, les Syriens occidentaux font 
» usage de o-inïiu. » 

Ce passage est explicite : on doit prononcer mâle et donner à ce 
mot le sens de « sinon ». La prononciation mélô et le sens de 
« donc » n'ont rien à faire ici, ils viennent du grec fiocXa; Barhe- 
braeus a tort de chercher à l'expliquer par une composition de "je 
et de *6, à l'instar de &Ott formé de yn et de ao. Quant au sens de 
quoique, il montre que cette conjonction, comme le talmudique 
^bttbtt, pouvait être prise pour l'affirmatif si, à côté de l'acception 
plus usuelle de si non. 

1 Voy. Œuvres grammaticales d'Abou'l-Faradj, dit Barhebraus, éd. par M. l'abbé 
Martin, I, p. 183, 1. 18 et suiv. 

* Barhebraeus emploie le mot patah, c'est-à-dire a bref, quoique Va ici soit long, 
parce qu'il s'agit d'un mot nest'orien, comme nous le verrons plus loin ; or les Nes- 
toriens avaient conservé pur Va long qui, chez les Jacobites, avait le son o. L'a 
de mâle ne pouvait doac être exprimé en signes jacobites que par le patah. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il est encore digne de remarque que, si ">bttbN ne se rencontre 
guère que dans le Talmud, mâle n'était usité que chez les Syriens 
orientaux. 

On sait que Barhebraeus était originaire de Mélitène, où avait 
été transportée une colonie deNabatéens et où, de son temps même, 
le peuple parlait encore un dialecte nabatéen ' . Il est donc probable 
que mâle est une locution nabatéenne et que les exemples dont se 
sert Barhebraeus ont leur fondement dans des souvenirs de son 
enfance. Cependant, quand il dit que cette particule est arabe et 
qu'il la compare, pour le sens, au grec Téw? usité dans la Syrie oc- 
cidentale, il en a vue les gloses arabes des lexicographes syriens. 
Ceux-ci, en effet, sous le mot dinu ou dinîiu, citent entre autres 
mots : immâ, immâ là, oummâla(i) * . Après le passage que nous 
avons traduit plus haut, Barhebraeus montre par des exemples 
empruntés à divers auteurs que la particule grecque têwç avait pris 
en syriaque le sens de « au moins », « sinon ». Les mots arabes 
immâ et immâ là indiqués par les lexicographes comme les équi- 
valents de cette conjonction, prouvent qu'elle pouvait être prise 
dans un sens afîirmatif ou négatif, comme le syriaque oriental 
mâle et le talmudique ilmâlê. Quant au troisième mot oammâla(i), 
écrit ^b N53N, sa prononciation est donnée par Djawâlîqî 3 qui le 
considère comme altéré de l'arabe immâ là. Souvent Djawâlîqî 
emprunte au dialecte nabatéen de l'Iraq des mots consignés comme 
des prononciations vulgaires dans ses hâta et surtout dans son 
autre traité intitulé Almouarrab. La comparaison de oammâla{ï) 
avec immâ là n'est nullement forcée; on sait qu'en Babylonie 
une voyelle devant une labiale se changeait souvent en ou. Ce mot 
a passé de la Babylonie en Egypte où il est encore usité dans le 
dialecte arabe de ce pays avec les sens de « oui, sans doute », 
« pourquoi donc pas ? » On dit aussi par abréviation ummâl, soit 
pour affirmer: « sans doute », « naturellement», soit pour solliciter 
ou interroger : « cependant » 4 . 

Les mots mâle et oummâlê semblent, d'après ce que nous ve- 

1 Voy. Noeldeke, Zeitschr. der D. M. G., XXV, p. 125. Il n'est pas à notre con- 
naissance que le mot mâle se trouve constaté en syriaque avant Barhebraeus, c'est-à- 
dire avant le xin e siècle. 

4 Voy. Bar e Ali, éd. G. Hoffmann, n°» 4128 et 4165, et Payne Smith, Thésaurus 
syr., col. 1419 et 1433. 

3 Voy. le traité des hâta publié par M. Hartwig Derenbourg dans les Morgenlân- 
dische Forschungen, Leipzig, 1875, p. 132- 

4 Voy. Spitta-Bey, Grammatik des arabischen vulgaer Dialectes ton JUgypten, Leip- 
zig, 1880, p. 171, n. 9. M. le D r Spitta-Bey prend le mot oummal comme la forme 
première, par contraction de immâ là, et il écrit en 'deux mots oummal ê, considé- 
rant ê comme une particule à part. La comparaison avec les autres dialectes nous 
oblige à rejeter cette manière de voir. 



NOTES ET MÉLANGES 271 

nons de dire, être d'origine nabatéenne et babylonienne. L'analogie 
qu'ils présentent avec le talmudique ^bttba , autant pour la forme 
que pour le sens, et la circonstance que cette dernière locution 
se rencontre non seulement dans la Mischna, mais aussi dans 
le Talmud de Babylone nous engagent à attribuer ^bttbN au dia- 
lecte babylonien. C'est une locution que la langue vulgaire de 
cette contrée forma parallèlement aux anciennes conjonctions 
&$ et ^brè». 

Cet exposé préliminaire concernant l'origine de la conjonction 
■'bttba nous conduit à rechercher les éléments qui entrent dans sa 
composition. Il serait assurément subtil de vouloir établir des dis- 
tinctions de sens d'après les différentes écritures ^bttbN et Kbttba ; 
les mots analogues que nous avons mentionnés plus haut, mâle 
en syriaque, oummâlê en arabe vulgaire, ne sont pas non plus 
susceptibles de prononciations variant suivant les acceptions du 
mot. On doit donc rejeter avec Buxtorf et M. J. Lévy la distinction 
qu'on trouve dans Tosaphot sur Megilla, 21a, d'après laquelle 
«bttbN serait usité pour une hypothèse négative : « si ce n'était 
que», et ^bttbs pour une hypothèse affirmative : « s'il était que ». 
Il ne manque pas, en effet, d'exemples qui contredisent cette règle. 
La voyelle finale ê est indiquée indifféremment dans les livres tal- 
mudiques par aleph ou par yod; dans le cas présent, la double 
écriture était d'autant moins surprenante qu'elle suivait la double 
orthographe de l'hébreu biblique r?nb et Nbib. Nous ne pouvons, 
cependant, nous empêcher de penser que cette règle devait se rat- 
tacher à quelque tradition des écoles juives. L'arabe et le syriaque 
n'admettent que la négation là, lô, dans la composition de ces con- 
jonctions : lau la, ellou lô. L'hébreu «b ib et le targoumique 
Nb-iba n'ont-ils pas été prononcés autrefois loa lô, Mou la ? Rien 
ne défend de le supposer. Les formes ^b"ib et ■'bnbtt indiqueraient, 
dans cette hypothèse, une modification de la négation : le serait 
contracté de la négation et de l'interrogatif ai, ->n, que l'on trouve 
"joint à d'autres particules, comme le syriaque liai et l'arabe Kai- 
mâ l . Nous serions tenté maintenant d'expliquer le syriaque 
lewai « puisse. . . ! », targ. "nb "wb «puisse ! », ^ibN "wbrs « oh ! 
puisse ! » par l'hébreu nb, en ar. lau, allongé au moyen de la parti- 
cule ai; nb ne se rencontre plus sous sa forme simple en syriaque 
et dans les targoums, mais il existe encore dans les particules com- 
posées ellou, Mou. Une autre locution analogue est l'hébreu bi- 

1 M. J. Lévy dans ses dictionnaires, sous le mot ""bttbN, voit dans ib une abré- 
viation de rnb, mais cette explication n'est pas applicable à l'hébreu biblique où 
Z"pb n'existe pas. 



272 REVUE DES ETUDES JUIVES 

blique *hm "»bç, nisi forte, fortasse. Nous voyons dans ce mot la 
conjonction i» qui se traduit quelquefois par nisi forte 1 , aug- 
mentée du lâmed conjonctif dont nous parlons plus loin, et de la 
particule interrogative ai dont il est actuellement question ; le 
changement de i« en w ne souffre aucune difficulté, car cet 
ïn vient d'une diphtongue au, comme le montrent l'arabe et le 
syriaque, comp. l'arabe lau avec l'hébreu lou « s'il était que » *. 
Le targoumique ytob^», à côté de lis^ba, plaide aussi en faveur 
d'une ancienne prononciation Nb^ibN, à côté de "Mm*. Il est donc 
permis de supposer que la double écriture abib et ^bnb dans la 
Bible, abiba et ^bibN dans les targoums, répondait à une double 
prononciation et indiquait une légère nuance du sens, la termi- 
naison ^'renfermant une idée de vague et de doute étrangère à la 
désinence â. Mais cette distinction n'est plus à faire pour le tal- 
mudique abttba et -«bttbN, susceptible d'une seule prononciation, 
comme nous l'avons dit plus haut. 

Le second élément formatif, commun aux particules imynâlê, ' 
mâle, oummâlê est ne ma, l'interrogatif indéfini qui donne à la 
négation lé sa véritable portée : « n'est-il pas ? » 

Ilmâlê et oummâlê sont, en outre, précédés de la conjonction 
"** ou fa si qui se place facilement en tête des particules condi- 
tionnelles ou hypothétiques, comme le montrent le targoumique et 
le syriaque illou, ellou, comparés avec l'hébreu lou, l'arabe immâ 
et immâ là, et le mandéen ab^n ou ab^n comparé avec le syria- 
que ellâ (v. Mand. Gramm.,% 314). Dans ilmâlê et oummâlê, cette 
particule change l'interrogatif « n'est-il pas? » en une conjonction 
conditionnelle « si ce n'est pas», « sinon ». Mais, dira-t-on, que 
signifie le premier lâmed ft ilmâlê? C'est le lâmed conjonctif qui 
indique l'hypothèse, car ilmâlê ne signifie pas simplement « si ce 
n'est », « sinon », mais « si ce n'était que », « s'il était que ». Les exem- 
ples de ce lâmed abondent dans les particules hypothétiques : héb. 
lou, ar. lau, « s'il était que », contractés de la et de hou; comp. le 
syriaque ellou, le targoumique illou et l'éthiopien la emma, à côté 
de emma; héb. lâmmâ, \w ti, \ni icote, Ecclés., v, 5. vu, 19, ou 
lemâ, Ezra, iv, 22 ; syr. lemâ, Matth., xxvi, 22, Marc, xiv, 19; 
plus souvent avec le relatif en tête : syr. dalmâ, Ezra, vu, 23, et 

1 Voy. les exemples cités par Gesenius dans son Thésaurus. En mandéen, "\y si es 
plus usité que 'pïl, V. Mand. Gramm., § 313. 

a Ewald, Lehrb., p. 805, note 2, 8 e éd., après avoir fait ressortir les fortes raisons 
qui engagent à considérer ib^tf comme composé de 1K et de ">b, rejette cette expli- 
cation et suppose une forme primitive ^b"b analogue à "»blb, laquelle aurait perdu 
son lâmed initial. Mais une pareille perte n'est guère admissible. 






NOTES ET MELANGES 27:; 

targ. dilmâ, Cant., i, 7, ttfckâ, Dan., i, 10, ïtsb *iç&. Cependant ce 
lâmed peut aussi manquer dans les locutions de ce genre comme 
dans le syr. et le targ. en, raisehna Kfôp, comparés avec dalmâ et 
Sittbrç-. Les passages bibliques que nous venons de citer montrent 
suffisamment que dans les derniers livres de l'ancien Testament 
la particule lemâ, qui entre dans la composition tVilmâlé, s'était 
substituée, sous l'influence de l'araméen de laBabylonie, à la par- 
ticule archaïque )p ne, ut non. 

En résumé, la conjonction talmudique ilmâlè appartient au 
dialecte babylonien, elle se compose des trois particules ^*, Nttb 
et ■&, 

RUBKNS DUVAL. 



NOTES SUR ABOU'L WALID 

I. Stir Isaïe,vu, 14. — M.Neubauer dans sa Notice sur la lexi- 
cographie hébraïque (p. 171, n. 2) a déjà fait observer qu' Abou'l 
Walid dans son Lexique cite deux fois la Bible chrétienne (Cf. 
Kitab el Oussoul, col. 135, 1. 24; 155, 1. 15). Nous avons rencontré 
un troisième passage plus intéressant, d'où il ressort qu'Abou'l 
Walid avait quelquefois des controverses avec les chrétiens. Dans 
l'article nby (col. 530 et ss.) il dit : « Je me suis arrêté plus long- 
temps au mot ttttb*, parce que les chrétiens interprètent mal le 
verset d'isaïe : mrr rsttbj>rï ï-dît, en traduisant la vierge sera en- 
ceinte. Dans tous les débats et discussions que j'ai eus avec eux, 
je les ai réfutés avec les arguments que je viens de donner. » — Il 
faut observer également que, dans le premier des passages cités 
par M. Neubauer, Abou'l Walid parle du « traducteur chrétien des 
Psaumes » et ajoute : « Non seulement dans la version du mot 
babs (Ps., lxxxiii, 14), mais aussi en beaucoup d'autres endroits 
on y rencontre des erreurs. » Ceci prouve de la part d' Abou'l 
Walid une étude approfondie de la Vulgate. 

II. Àboiil Walid et le Targoum des Hagiographes. — On peut 
s'étonner à juste titre que, parmi les centaines de passages du Tar- 
goum cités par Abou'l Walid, soit dans l'intérêt de l'exégèse, soit 
pour la comparaison des racines araméennes et hébraïques, on 
ne rencontre nulle part le Targoum des Hagiographes. Abou'l 
Walid paraît donc ne pas l'avoir possédé. 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

III. Mar Jacob le Pèlerin. — Au chap. xxx de sa Grammaire 
(Rikmah, p. 197), Abou'l Walid parle d'un ouvrage apporté de Jé- 
rusalem (ttHpfcin ma») par •ùvtyn Mirai np?^ n». Le dernier de ces 
mots doit être changé en wblrc « originaire de Léon », comme le 
montre le passage suivant de l'original arabe, que j'ai pu consulter 
grâce à l'obligeance de la Bibliothèque Bodléienne : aarûba vrfirft 
n'a i!o *wbbN nsnobis àNnbN ap^ {= -)») '» arba* ïrsbà ms'iwbN 
rm ttSa Insi oipttbtf. « Ce livre nous a été apporté de Jérusalem 
par Mar Jacob le Pèlerin, le scribe de Léon. Il était écrit de sa 
main. » Mar Jacob était donc connu d' Abou'l Walid non seule- 
ment comme originaire de Léon, mais aussi comme « le scribe de 
Léon ». Ce passage nous prouve encore que le livre qu'il apporta 
de Jérusalem était écrit de sa main. On voit par là quel cas il 
faut faire de l'assertion de Dukes (Schiré Schlomo, p. 88) qui 
affirme que R. Jacob le Pèlerin était « certainement Abou'l "Wa- 
lid ». Le surnom de xmm provient certainement de ce que Ja- 
cob avait été à Jérusalem. Ce pèlerinage valait donc aux Juifs de 
cette époque le nom honorifique qu'on donne encore aujourd'hui 
aux Mahométans qui se sont rendus à la Mecque et à Médine. 

IV. V Anonyme de Jérusalem. — Le livre apporté par Jacob 
faisait peut-être partie des ouvrages cités par Ibn Ezra (Moznaïm, 
init.) immédiatement après ceux de Saadia dans la notice biblio- 
graphique placée en tête de cette grammaire. Abou'l Walid ajoute 
que « le livre que Jacob lui a fait connaître était l'œuvre d'un 
Hiérosolomytain dont il ne sait pas le nom », et il en tire l'expli- 
cation de my vna (Jér., xlvi, 23) et la vraie leçon de nsœtt 
(Ezéch., xxxn, 20). 

Budapest, novembre 1881. 

W. Bâcher. 



UN RUDIMENT DE GRAMMAIRE HÉBRAÏQUE EN ARABE 

VENU DU YÉMEN 

Les manuscrits du Pentateuque qui nous viennent du Yémen ont 
d'ordinaire, en tête, des traités de grammaire hébraïque plus ou 
moins étendus. Peut-être le nom de grammaire est-il bien pré- 
tentieux, car ces traités ne parlent guère que de la division des 
lettres d'après les organes avec lesquels elles se prononcent, de 



NOTES ET MÉLANGES 27S 

la distinction entre les lettres radicales et serviles, des points- 
voyelles, des accents et de quelques règles masorétiques sur les 
lettres fortes et douces 1 . Ils se distinguent peu de ceux que les 
anciens lexicographes juifs, tels que Menahém, Hayyoudj, Parhôn 
et d'autres, ont mis comme introductions en tète de leurs lexi- 
ques. Nous avons publié en 1871 un de ces opuscules, écrit en 
hébreu, sous le titre de Manuel du lecteur-, nom tout à fait arbi- 
traire que nous avons emprunté à un travail analogue, composé 
par R. Yehouda ben Balaam 3 . Depuis, différentes bibliothèques 
ont fait l'acquisition de Pentateuques manuscrits précédés de 
quelques chapitres assez courts en arabe 4 , qui ne méritent certes 
pas d'être publiés en entier, mais qui contiennent quelques pas- 
sages pouvant jeter un peu de lumière sur deux termes obscurs 
employés dans notre Manuel. 

Le premier de ces termes est celui de ôgîrâh ïrr:nK 5 . On 
nomme ainsi l'ensemble des sept versets où, sans raison connue, 
les masorètes ont pourvu d'un dâguesch l'une des six lettres 
muettes placées au commencement d'un mot, bien que le mot pré- 
cédent se termine par une lettre douce et porte un accent con- 
jonctif. Voici comment s'exprime l'auteur anonyme arabe à cet 
égard : « Quant au ôgîrâh, qui veut dire ce qui réunit, il s'applique 
à sept passages, sans qu'il y en ait d'autres dans toute la Bible, 

savoir, à quatre versets dans le cantique de Moïse , à un 

cinquième dans Isaïe, à un sixième dans Jérémie et à un septième 
dans Daniel Contrairement à la règle, le dâguesch s'y ré- 
tablit, sans qu'on connaisse la raison qui a décidé les masorètes. 
Il y a ensuite d'autres mots qui conservent le dâguesch contraire- 
ment à la règle établie ; mais pour ceux-ci les grammairiens ne 
sont pas d'accord et on n'a pas pu se réunir à leur égard comme 
pour les sept qu'on vient décompter... Aussi le lecteur est-il 



1 Voici le titre du manuscrit de Cambridge : î**i!-ïTWn Ê|T"lftbN ytCÔ "»D DÎO 

tmbN ^d ïriâb TOttba* nèiniâ ù^m nanaprisaba 1511 Kïibantti 
Rï-ïttr^bi û^sabN ^in ïtffibKbKi Nïibantti anpaba itv\ ytoabvo ■'Bi.ban 

2 Journal asiatique, 1870, Octob. Novemb. Décembre. Tirage à part, Paris, 1871. 

3 Voyez W. Wickes, Treatist ofthe accentuation, Oxford. 1881, p. 102. 

4 Deux exemplaires de ce traité, détachés du Pentateuque dont ils faisaient partie, se 
trouvent à la Bodléienne. et portent dans le Catalogue de M. Neubauer les n ' 2520 et 
2521 ; une troisième copie, précédant le Pentateuque,*a été achetée par la bibliothèque 
de Cambridge. Enfin, nous avons sous les yeux une quatrième copie, défectueuse au 
commencement, et qui a un nombre considérable de chapitres qui ne se trouvent pas 
dans les autres manuscrits. Elle appartient à M. David de Gùnzbourg, propriétaire à 
Paris d'une riche collection de manuscrits hébreux. M. G., qui est un jeune orien- 
taliste distingué, a l'avantage de pouvoir utiliser les trésors qu'il amasse. 

5 Manuel, p. 78. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

libre de lire ces mots avec ou sans dâguesch, sans qu'on puisse 
l'en blâmer, puisqu'il y a divergence d'opinion l ». Le terme 
ôgirâh serait donc un dérivé du verbe isn « réunir, recueillir ». 

Un second terme grammatical insuffisamment expliqué par 
l'auteur du Manuel est le darbân-. Le sens en est indiqué dans 
le passage suivant. Après avoir parlé des accents, l'auteur continue 
ainsi : « Il y a encore une figure nommée gaiah (jtw) qui res- 
semble à un tipha et n'est ni conjonctive ni disjonctive... Elle n'est 
employée que pour allonger légèrement certaines lettres et pour 
y arrêter quelque peu le lecteur, afin que le débit devienne plus 
beau et plus agréable. Les copistes la mettent ou la négligent et 

1 ■*© "pa *ô jênie y^o *& ^ïtb ftJîDfittba KîTyOBm mpanabN n^nd 
w tn ""D *nbN ï-ifrtt îikji [*o] dm to» mw ■'S ïîwik anp»bK y^î 
iot «npa ii» rrMflsT-»» d*n» tsnb wm -^ *îba naw rr&w "O rrcjtt 

■pîiba* naaro ï-ittsm banal ^c Hi^SNobai bma t^bn Saba viKbai 
néâ'îia 1» wrttfitb ^sn jnsn t,k ny feo sbir-î i» ïrrrwi ba ma nronttîi 
«b ©m rua-n bataba mo:aa dani dmb* "Hba trwabKi rriàb ^aom 
w-n bxttbM nos ■wb'iKfj TA -dk dba un ^bn ib Nnnb^ &W db*? 
rnn Sntt dmb* :ratt o^bi pYrpbà aansN fa E]bà fcambb oat 

.... nNTTT^^bN. H ne peut pas y avoir de doute sur le sens que ce grammairien 
attache au mot ôgîvâh. Mais, sans parler de ce que la forme du mot a d'étrange, la signi- 
fication ne nous paraît probable qu'autant qu'on supposerait un recueil masorétique, 
où Ton aurait placé d'une part les irrégularités dans la ponctuation sur lesquelles tout 
le monde aurait été d'accord, et d'autre part les irrégularités sur lesquelles les opinions 
auraient été divergentes. La racine ^}N revient d'ailleurs dans le mot *[Tn3N cigrôn, 
qui désigne à l'époque de Sa'adiâ' un lexique, ou thésaurus de la langue, et qui pré- 
sente aussi une formation nouvelle. — En abandonnant l'explication proposée par 
notre anonyme, on ne peut pas méconnaître que ÏTTA1N renferme les lettres Î"PÎN 
dans l'ordre adopté par les grammairiens du Yémen, mélangées avec le mot *"|3. Le 
terme désignerait-il, d'une manière énigmatique, un ôyâh étranger, c'esl-à-dire, qui 
n'a pas l'influence que ces lettres possèdent ordinairement? Enfin, on pourrait en- 
core y voir un amalgame de !"P1N et de *")}N. 

L'ordre suivi par les grammairiens juifs pour les quatre lettres faibles, subit des 
changements, qu'il est curieux d'observer. Nous venons de mentionner le mot mné- 
motechnique (cf. Psaumes, cxx, 5) qui les représente dans le Yémen. Menahêm choisit 
Nim» en pensant à E celés., xi, 3, ou bien au roi Iêhou. Hayyoudj place les lettres 
telles qu'elles se succèdent dans l'alphabet. 

Bien que l'auteur du Manuel et celui du petit traité déclarent tous les deux que 
le dâguesch dans les sept passages n'a pas de raison d'être, ces passages cependant 
présentent un cas spécial. Quatre fois le Tiaf pourvu d'un dâguesch n'est séparé 
d'un second kaf que par une seule lettre ; deux fois il y a trois mots fort courts qui 
commencent par k, g et g, et on a aspiré seulement la lettre muette du milieu; enfin 
une fois le kaf n'est séparé que par une lettre d'une seconde lettre muette qui, dans 
ce verset, est un hêt. — Nous croyons peu à l'arbitraire chez les masorètes, qui ont 
eu un sentiment très délicat de la prononciation hébraïque, et quand même on rencon- 
trerait encore dans l'Ecriture d'autres mots où, en appliquant notre manière de voir, 
le dâguesch aurait dû être maintenu également, cela prouverait seulement que ces 
passages ont passé inaperçus. 

1 Manuel, p. 90. 



NOTES ET MÉLANGES -7 7 

disent : « Le ga'iah n'a pas de père », c'est-à-dire, il n'a aucune 
racine dans la langue. Cependant on l'emploie dans certains pas- 
sages pour distinguer entre deux sens différents et diriger ceux 
qui manquent d'expérience... Puis, il y a une figure nommée 
hamzah ou darbân ftrrtt), ce qui veut dire aiguillon. Le darbân 
n'est également ni disjonctif ni conjonctif et s'emploie seule- 
ment pour précipiter avec énergie la lettre qui en est pour- 
vue. Il est donc le contraire du gaiah, puisque celui-ci pro- 
longe la lettre, «tandis que le day^bân ou hamzah l'entraîne. Ce 
signe ne se trouve jamais ailleurs que devant le zahèf kalon ; il 
se place au-dessus de la lettre et ressemble à un azlah. Exemples 
npnrn, tfteïri 1 ». Yehouda ben Balaam qui connaît notre signe 
l'appelle également hamzah, ce que le traducteur a rendu par mê- 
tîgâh (ïrpntt) ; l'un et l'autre en indiquent fort mal le caractère 
et l'emploi 3 . Du reste nous n'avons rencontré ni ôgîrâh ni darbân 
chez aucun grammairien hors du Yémen. 

1 "jnb ab in o^bi ïiriD-jbN b^ bnfc iph !t\m tsc 1 * t5h bdia «pm 
viba tïttbsba rû«d }8 êôn ïïsDttbtf 3>ki» ^b? anna "psi Nbn diai abi 
Sj'nnbN y^n wb Nba btt? Ntti ittiç afti bdr-ab briia £]p^3 kstpû ïn 
Sri» m*m nanpb«a tonn ^b n-po-> nsd^ na ^orift-n ab^bp $112 
na p» -ibnp-> ^bi ttbani dttism ttbttan aandba y^m raiaitfl iwn 
pu nb bNp^i riran ■»»&■! -on bsus dni .... fcttib b^N ab *w nwS 
tpnba ïï-rb b»jn fittsa&o ùlfid tfbi ïftb ab mm iï-n «waïra ttseànai 
îrrTïin rronbfco sprfc» n^n îto&h i^b srwb» ix irn ît»Vj in i-rba 
Htyis Sntt spnba pis p "ppm pp Bjpï ^ »ba a-na wn t^bn 

.attinn^N a*n npnsri fridï-n wfeïî nbïabK 

Une partie de ce morceau est déjà citée par M. Wickes, ?. c, p. 112, note 1, avec 
de légères variantes. Les cinq mots qui suivent ÎTïTlQîl manquent dans le ms. 
Gùnzbourg. — On voit par ce passage que les mots "pnï-îb et 'nînî-n {Manuel, 
p. 77 et 90) sont des néohébraïsmes formés de l'arabe ïïf. (Cf. ibid., p. 170, note 3; 
Geiger, Wissenschaftl. Zeitschrift, vol. X,p. 19-20). 

2 Voir Wickes, l. c, p. 70, note 10 et Wolf Heidenheim, Miscltpelê Halte'âmhn , 
fol. 113 3. On sait que cette partie de l'ouvrage est empruntée à Ben-Balaam. — 
R. Mosé de Londres appelle ce signe : bpfà « bâton » (Frensdorfî, Fragmente, etc., Ha- 
novre, 1847, p. 27, 1. 1), ce qui ne diffère guère de darbân. Ce nom se rencontre 
aussi souvent chez Yehouda b. Yekoutiel dans son En Hakkôré, voir surtout Exode, 
xvi, 18. Ewald [Lehrbuch d. hcbr. Sprache, 1870, p. 217) connaît bien notre signe, 
mais il le confond avec la paschta : puis, il ne donne pas d'exemple pour le cas où il 
y a plus d'une syllabe entre l'accent et la syllabe fermée, comme ÏTEHSÏV'IlEI (Gen., 
vu, 8, où Ton peut voir l'observation de Heidenheim dans le Soum- Séchél) ; enfin, une 
dernière condition de l'emploi du makkêl ou darbân est que la syllabe fermée soit 
précédée d'une lettre ayant schevâ mobile. Comme cette condition n'est mentionnée 
nulle part, j'ai trouvé prudent de consulter M. le D r S. Bœr à Biberich, qui est cer- 
tainement, en matière de masorah, la première autorité. M. Bser, dans une commu- 
nication épistolaire, se déclare d'accord avec moi. 11 ajoute : dans des mots, comme 
irûdrt>331 [Exode, xxx, 32), il faut sans doute accentuer irÔdltàlTl ; I e mMèg sous 
le waw s'est confondu avec le darbân du mêm. 11 en est de même pour dnbsbl (#., 

T. IV. 19 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous noterons encore un petit chapitre qui traite des iflïkârât 
« les besoins », qui sont au nombre de quatre. Premièrement, la 
lettre a besoin d'autres lettres pour former son nom, ainsi on 
ajoute lamed et pé pour obtenir le nom de aleph ; deuxièmement, 
la lettre a besoin d'une ou de plusieurs lettres pour former un 
mot, puisqu'aucun mot hébreu n'a moins de deux lettres ; troisiè- 
mement, ce composé de lettres a besoin pour se prononcer de 
points-voyelles appelés rois (trsbtt) ; quatrièmement, les mots ont 
besoin d'accents qui marquent les coupes des phrases et distin- 
guent souvent les temps et les genres. 

J. Derenbourg. 



TROIS SCEAUX JUIFS DU MOYEN AGE 



On sait que les Juifs de l'ancien Empire possédaient, au moyen 
âge, dans beaucoup de villes, les « droits de citoyens ». Nous trou- 
vons assez souvent, dans les archives de ces villes, les brevets 
par lesquels le Conseil leur donnait ou renouvelait ces droits. On 
n'a pas encore pu établir si des restrictions étaient portées, et 
lesquelles, aux droits de ces citoyens comparés à ceux de leurs 
concitoyens chrétiens, mais il y a lieu de penser que l'intolérance 
religieuse n'épargnait pas, même dans les villes libérales, ces Is- 
raélites privilégiés. Nous croyons donc que les citoyens israélites 
qui dépendaient immédiatement de la juridiction impériale et qui 
étaient les « serfs de la chambre impériale l », formaient un certain 
corps de « citoyens étrangers », de sorte qu'ils ne pouvaient être 
investis de fonctions publiques, que ces fonctions fussent simple- 
ment honorifiques ou rémunérées. Dans la vie civile, les Juifs de 
ces temps n'étaient pas, du reste, aussi rigoureusement séparés de 
leurs concitoyens chrétiens qu'on pourrait le croire. Parmi les dé- 
crets de la ville de Zurich du xiv° siècle, nous trouvons souvent des 
ordonnances contre les repas somptueux où se rencontraient les 
Juifs et les Chrétiens, et certains décrets du Conseil condamnent 
des jeunes filles chrétiennes à porter le chapeau juif (Judenhut) 
pour avoir mis au monde des enfants de pères juifs. 



xxxn, 12), où le darbâu a été- avancé sur wâw qui doit avoir métèg au lieu d'être à sa 
place sur le kaf. Voir En Rakkôrê, sur 'Exode, xxx, 32, et Heidenheim, l. c, 58 tf. 
1 Kammerknechte. 



NOTES ET MÉLANGES 270 

Ce qui est sur, c'est que les Israélites avaient, dans leur vie do- 
mestique et môme synagogale, des coutumes et des symboles em- 
pruntés à leurs concitoyens chrétiens. 

Des sceaux qui se trouvent dans les Archives de Zurich, et qui 
sont apposés à des obligations signées par des Israélites de ce 
temps, prouvent ce fait singulier que les Israélites non seulement 
admettaient dans leurs sceaux des légendes avec caractères latins, 
mais aussi des armes (Wappen), coutume qui venait seulement 
d'entrer dans les mœurs des bourgeois et qui, jusqu'à la lin du 
xm e siècle, avait été un des privilèges des nobles. 

Nous croyons qu'il sera intéressant pour le lecteur de trouver 
ci-après le fac-similé de trois de ces sceaux; nous les reproduisons 
en y joignant quelques observations. 




N° 1. 



N° 2. 



N° 3. 



Le premier sceau porte l'inscription : « S' MOSE, ûr»*] nn hWîa * ». 
Au centre, on voit l'écu triangulaire renfermant trois chapeaux de 
Juifs 2 affrontés par la pointe supérieure. L'intérieur des chapeaux 
est tourné vers les coins de l'écu. Sur la pièce qui porte ce 
sceau il y a encore deux autres sceaux qui ont les mêmes armes*. 
L'un de ces sceaux appartient, il est vrai, au frère de notre Moïse 
(« S' GUMPRECHT, arra -d w» », c.-à-d.Mardochéebar Mena- 
hem); mais un autre appartient à un Juif VISLI (« S' VISLI 
IUDEI, toe nn ^bn »), et porte les mêmes armes, de sorte que 
nous croyons pouvoir prendre ces tricornes pour les armes com- 
munes des Israélites de ces régions et de ce temps, d'autant plus 
qu'il y a aussi dans les Archives de Carlsruhe (Bade) plusieurs 
sceaux juifs de cette époque, originaires d'Ueberlingen, sur le lac 
de Constance, qui portent, avec une légère variante, également 
trois chapeaux de Juifs. 



1 « Sigillum Mose », en hébreu 

2 Judenhilte. 



Mosché bar Menahem ». 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Je suis porté à croire que le triangle connu sous le nom de 
Magen David ! que nous trouvons si souvent comme enseigne 
des temples israélites en Allemagne, et dont l'interprétation et 
l'origine ne sont pas encore suffisamment connues, malgré les 
nombreux commentaires dont il a été l'objet, n'est autre chose que 
ces trois chapeaux de Juifs sous une forme un peu altérée, il est 
vrai. Je crois d'autant plus à cette explication que le Magen Da- 
vid porte encore aujourd'hui dans plusieurs régions, comme en 
Bohême par exemple, un bonnet placé au centre et que l'on veut à 
tort prendre pour la « couronne de David » ou « le chapeau de 
Suède 2 ». Sur le drapeau d'honneur que l'empereur Charles VI a 
offert aux Israélites de Prague et qui est encore dans la Altneu- 
sclml 3 de cette ville, le Magen David a également au centre un 
chapeau. 

Le bonnet de Juif était le signe que les Israélites avaient 
été d'abord forcés de porter, et qu'ils ont pris ensuite (ce fait n'est 
point sans analogie) pour leur symbole national. Nous ne le trou- 
vons pas seulement sur leurs sceaux, mais encore comme ensei- 
gnes sur les portes de leurs maisons. Ainsi, il y a dans la Markt- 
gasse* de Zurich une maison qui, par erreur, porte aujourd'hui le 
nom de Judenliûs (maison de Juif), mais qui se trouve encore dans 
les registres des impôts du dernier siècle sous le nom de Juden- 
liut (chapeau de Juif). 

Nous savons aussi, par un règlement synagogal de ce temps, 
qu'il était défendu d'aller à la synagogue sans porter le chapeau 
de Juif (en corne, in cornu s ) sur la tête 6 . 

Le Moïse du premier de nos trois sceaux, et dont le nom se 
trouve assez souvent dans les actes d'achat et de prêt de cette 
époque qui existent encore aux Archives d'Etat de Zurich, avait 
été, comme son frère Vislin (dont nous avons aussi vu le sceau) et 
sa mère Minna, reçu citoyen de Zurich. Ils possédaient dans l'an- 
cienne Judengasse (rue des Juifs) une maison qui, lors de l'expul- 
sion des Juifs de la ville de Zurich, en 1348, fut acquise par le 
bourguemestre Brun, dont le nom est encore aujourd'hui inscrit 



• * Bouclier de David. 

2 Les Juifs de Prague se sont distingués pendant le siège de cette ville par les 
Suédois en 1648, et on prétend que l'empereur leur a permis, à cette occasion, de 
placer un chapeau de Suède dans leurs armes. ■ 

3 Ancienne synagogue neuve. 

4 Rue du Marché. 

5 Ce môme nom de cornu, en français corne, est donné au bonnet semblable des 
doges de Venise. Voir Littré, Dict., s. v. corne. 

6 Ce passage est cité par Gùdemann, Gresch. des Erzïehungswesens, II, p. 261, mais 
je crois que l'interprétation et la correction de M. G. sont erronées. 



NOTES ET MELANGES 281 

sur les coins de l'ancienne Judengasse (aujourd'hui Brunngasse). 
La pièce sur laquelle se trouve ce sceau porte la date de 1329. 

Le second de nos sceaux a la forme gothique en amande qui ap- 
partient en général aux prêtres catholiques. On peut donc supposer 
que ce sceau appartenait à un Ahronide ou à un rabbin, ce que 
la légende du sceau aurait cependant dû mentionner, et il est dans 
tous les cas intéressant de voir les Juifs emprunter aux chrétiens 
cette forme en amande des sceaux. La légende du sceau, est : np?-> 
bTto bitî niïbtt *D, « Jacob bar Salomon», avec une abréviation très 
connue, et le mot bïtt, bon augure. Ullrich ' a pris ce mot pour 
bito « circonciseur », erreur qui a été suivie par M. Lœwenstein, 
dans sa Geschichte cler Juden am Bodensee. C'est une eulogîe 
qu'on mettait après son nom et que nous trouvons aussi dans l'épi- 
graphe d'un manuscrit mentionné par M. D. Kaufmann -. 

Ce Jacob, dont nous ne connaissons pas l'histoire, était « citoyen 
de Schafhouse », comme le nomme la pièce à laquelle nous em- 
pruntons son sceau. 

Le troisième de nos sceaux enfin ressemble beaucoup au pre- 
mier, mais, au lieu de trois chapeaux de Juifs, nous y trouvons 
trois petits brochets en spirale, la bouche au centre. La légende 
est : « S' SUSLIN, b"î b&ntna n"n 'a bftnw » (Israël b. Samuel). Ce 
Suslin porte, dans la pièce à laquelle le sceau est attaché, le nom 
de Fislin (petit poisson), nom commun parmi les Juifs d'Alle- 
magne, et c'est à cause de ce nom qu'il a certainement adopté ces 
armes. 

Juiigbunzlau ^Bohême), avril 1882. 

D r A. KlSCH. 



1 Sammlung jïtd. Geschichtcu. 

2 Spurcn, Al Batlajti&i's, p. 14. 






BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE- 

2 e TRIMESTRE 1882. 



Ï515N nilbin ïlbN Poésies hébraïques, par L. Rabbinowicz. Varsovie, imp. 
Alex. Ginsa, 1881, in-8° de 64 p. 

IDDN (Esther), Tragedia en 3 actos del cele ? u e escritor frances Racine, 
tirada de la escritura santa, tresladada del frances per un anonimo. Cons- 
tantinople, impr. du journal El Tiempo, in-8° de 56 p. En judéo-espagnol, 
caractères rabbiniques. 

Û^ûlO '^'p'î'Vpl '0 Variée lectiones in Mischnam et in Talmud babyloni- 
cum. . . auctore RapbaeloRabbinovicz. Pars XI, tract. Baba Bathra. Mu- 
nich, imp. Huber, 1881, in-8° de 468 col. -25 ff. 

A la fin, commentaire de l'édition de Pesaro, à partir de f° 29 a, à la 
place de celui du Raschbam, qui se trouve dans les éditions ordinaires (Cf. 
Revue, III, p. 129). 

•plQ^a "P '0 Jad Benjamin und WSchem Mardechai, enthalt eine Abhand- 
lung ùber Philosophie, Cabbala, und die geschichtlichen Momente bis 
zur Offenbarung, sodaim die Verzeichnung der 620 Gebote nach den 
620 Buchstaben der zehn Gebote, sammt genauer Erklarung derselben ; 
ferner in moglichster -Kùrze die Geschichte der Philosophie oder die 
geistige Seele als Grund des Pantheismus und Polytheismus, par J. L. 
Rosner, rabbin à Schafïa (Moravie). Vienne, imp. M. Knôpflmacher, in-8° 
de 31 pp. -64 ff. 

Liste des 613 préceptes de la Loi et des 7 préceptes rabbiniques 
(ensemble 620), avec les 620 lettres des dix commandements en acrostiche, 
avec commentaire et dissertation sur la philosophie, la cabbale, l'histoire 
jusqu'à la révélation, l'histoire de la philosophie ou l'âme intellectuelle 
comme fondement du panthéisme et du polythéisme. Rien que cela ! 

Mpîfiïl ?i Relation du voyage de Sir Moses Montefiore en Russie en 1872, 
par Hayyim Guedalla, traduite en hébreu par un ami de la langue hé- 



BIBLIOGRAPHIE js :; 

braïque. Londres, imp. Vallentine, iu-8° de (1 94 p. La préface (en an- 
glais) est datée du 14 mars 1882. 

d^ï-fcttln -)V70 Livre des Minhagim [usages religieux) d'Isaac Tyrnau, avec 
deux commentaires, Zikhron Aschér et Toledot 1Ssther,j}&T Salomon Hirsch 
Schùck, rabbin à Karczag. Munkacs, impr. Pinkas Blayer; l re partie, 

1880, in-4° de 87-(3) ff. ; 2° partie, 1881, in-* de 86-(6) 11". 

Le commentaire ne nous paraît pas sans valeur, surtout pour l'indication 
des sources ou des auteurs qui se sont occupés de la matière. L'auteur 
aurait pu nous épargner ses théories philosophiques, physiques, chimiques 
et que sais-je encore. 

D*mblB "ns '01 O^lblB til '0 Adam Mickiewicz. Le Livre de la Nation po- 
lonaise et des Pèlerins polonais, traduit en hébreu par le D r Moïse Asca- 
relli, avec une préface d'Armand Lévy. Paris, libr. du Luxembourg, 1881, 
in-21 de xvi-82 p. 

Ce joli petit livre, d'une parfaite exécution typographique, a été imprimé 
par M. Cerf, l'imprimeur de la Revue. Il en a été tiré des exemplaires su 
papier du Japon, de Chine, de Hollande, teinté, vélin. Il se vend au profit 
de la souscription pour le monument qu'on élève à Adam Mickiewicz, à 
Cracovie. M. Armand Lévy rappelle, dans la préface, ces belles paroles 
écrites par M., le 29 mars 1848, dans le Symbole politique polonais qu'il 
donna, en ce jour, à la légion polonaise créée par lui ù Rome pour aider 
l'Italie à reconquérir son indépendance : « A Israël, notre frère aîné, respect, 
fraternité, égalité complète de tous les droits civils et politiques. » Ce même 
jour, le roi Charles-Albert signait le décret qui émancipait tous les Israélites 
de ses Etats. Adam Mickiewicz a prononcé d'autres paroles excellentes 
pour les Israélites : au Collège de France, à Paris (p. vi), à Rome (p.vm). 
C'est sur la proposition d'un Israélite, M. Samuel Alatri, que le conseil 
municipal de Rome a placé une plaque commémorative sur la maison 
habitée par A. M. et son buste au Capitole. A. M. est mort à Constanti- 
nople en 1855. M. le rabbin Ascarelli, en traduisant, à l'occasion du 25 e anni- 
versaire de sa mort, un de ses poèmes, a rendu au poète polonais un 
hommage auquel s'associent nos cœurs. 

ùb\Ii~ l "p ta l3> 'b Aruch completum. . . auctore Natbane filio Jecbiclis. . . edit 
D r Alexander Kohut. Tome III, Vienne, impr. G. Brôg, in-4° de 400 p. 
allant de la lettre dalet à la lettre hêt. 

FPfàriïl NTT^ by TBVTB Anecdota Oxoniensia. Texls, Documents, and Ex- 
tracts, cbiefly from manuscripts in the Bodleian and otber Oxford Libra- 
riers. Semitic séries, vol. I, part. I. Commentary on Ezra and Nehemiah 
by Rabbi Saadiab, edited by II. J. Matbcws. Oxford, imp. Clarendon, 
in-4° de xxvni-32 p. 

Nous résumons ici la savante introduction de M. Mathews. L.e com- 
mentaire sur Ezra et Néhémie dont il publie le texte se trouve, en partie 
ou en totalité, dans 13 mss., sur lesquels 10 n'indiquent aucun auteur; 
l'un (celui de Munich) indique à tort comme auteur Benjamin b. Juda 
(M. M. prouve que cette indication est erronée), l'autre (celui de Milan) 
indique comme auteur du commentaire sur Ezra Saadia Gaon, et dans trois 
des mss. ce commentaire est précédé de celui de Daniel qui est imprimé 
dans les Bibles rabbiniques et qui est attribué à un Saadia qu'on a re- 
connu depuis longtemps n'être pas Saadia Gaon (Catal. Bodl., p. 2195). 
Dans le ras. du British Mus. le comment, sur Ezra et le pseudo-Saadia 
sur Daniel commencent également par ces mots : fp "O^I^O, allusion au 
nom de Saadia. Enfin, trois écrivains (Azulaï, s. v. R. Saadia Gaon; Sa- 
lomon d'Urbino, clans Ohel Moïi ; Azaria de Rossi, d'après Zunz, Ker. 



28/, REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Chem., V, 152) connaissent le commentaire de Saadia (ou Saadia Gaon, 
d'après l'un d'eux) sur Ezra. Il résulte de là que notre commentaire est 
d'un Saadia, et il semble qu'il soit de Saadia Gaon. Mais d'un côté M. M. 
prouve avec évidence que ce commentaire a les mêmes caractères, la 
même méthode, la même langue que le pseudo-Saadia sur Daniel; on 
trouve dans les deux ouvrages, sur les mêmes mots, des explications iden- 
tiques dans le fond et dans la forme. Notre commentaire sur Ezra et Néhé- 
» mie et le commentaire de Daniel ont donc un seul et même auteur, un 
Saadia qui n'est pas Saadia Gaon. On a tour à tour supposé que ce Saa- 
dia est un Juif français du xm e ou du xiv e s. (Dukes), Saadia b. Nah- 
mani (Michael), Saadia b. Jos. Bekhor Schor (Fuerst), un Saadia contem- 
porain de ce Jakar qui était élève de Calonymos de Rome (Rappoport, 
Bicc kaitt., IX, 35) et, par suite, vécut à peu près en même temps que 
Raschi. C'est cette dernière opinion qui a été le plus généralement 
admise. Elle s'appuie sur la prétendue analogie d'un passage du pseudo- 
Saadia sur Daniel et d'un passage que Jakar dit avoir entendu de la bouche 
de R. Saadia, mais le passage du pseudo-Daniel et celui de Jakar ne 
disent pas du tout la même chose, de sorte que l'identité du Saadia de 
Jakar et celle du pseudo-Saadia de Daniel ne s'appuie sur rien. On 
admet généralement que le commentaire des Chroniques attribué à Ra- 
schi a été écrit à Narbonne vers 1130-1140 par un élève ou des élèves d'un 
R. Saadia, lequel aurait donc été rabbin à Narbonne; mais cette hypo- 
thèse repose sur des preuves que M. Math, a raison de ne pas regarder 
comme concluantes, quoiqu'il soit certain qu'un R Saadia a écrit un com- 
ment, sur les Chroniques, et que le commentaire du pseudo-Raschi sur ce 
Livre a été fait à Narbonne. M. Math, conclut comme suit : Notre 
commentaire sur Ezra et Néhémie est sans doute, à en juger d'après son 
caractère et sa phraséologie, du xn e siècle et peut-être antérieur à Raschi. 
Un R. Saadia a composé le pseudo-Daniel et le comment, sur Ezra-Néhé- 
mie, dont les caractères sont si ressemblants, « ou au moins l'un d'eux ». 
Cette dernière restriction montre l'extrême circonspection avec laquelle 
M. Mat. étudie ces questions difficiles. 

Ùîltîïl 'D A Grammar and Lexicon of the Hebrew language entitled Sefer 
Ilassoham, by Rabbi Moseh ben Yitshak of England, edited from a Ms. in 
the Bodleian library of Oxford, and collated with a Ms. in tbe Impérial li- 
brary of St-Petersburg, with additions and corrections, by George Wol- 
seley Collins. Londres, libr. Trùbner., imp. Cerf, à Versailles, in-4° de 
x-40 colonnes (ou v-20 p.). 

M. Neubauer a consacré, dans l'Histoire littér. de la France, tome XXXVII, 
p. 484, uu article assez étendu à Moïse de Londres, ou Moïse b. Isaac, fils 
de la î^fcOtiJjî"» d'Angleterre. Cet auteur a vécu probablement vers le milieu 
du xm e siècle. Il pourrait être originaire de France, ou avoir écrit en 
France, car on trouve chez lui des gloses françaises. Le nom de sa mère 
était Comtesse (cf. Contesse, Revue, I, p. 68). L'ouvrage édité par M. Col- 
lins a pour titre ÛÎ1115 = ÎTtZîfa. H contient : 1° une introduction gramma- 
ticale; 2° un lexique composé de trois parties : verbes, types des substantifs, 
sujets divers (adverbes, nombres, règles de lecture, accents, ponctuation, 
mots chaldéens de la Bible). M. Collins nous donne aujourd'hui la pre- 
mière partie de ce travail et nous espérons que le diligent éditeur en pu- 
bliera bientôt la suite. 

?&nO"' ibnil m^bin 'O Biographien bemhmler jùdischer Gelehrlen des 
Mittelalters, von J. H. Weiss, Lector am Beth-ha-Midrasck in Wien. 
Erstes Heft : Rabbi Moses ben Maimon. Vienne, libr. Lôwy, 1881 -, in-8° 
de 55 p. — Zweites Heft : Rabbi Salomon bar Jizcbok, genannt Raschi. 
Vienne, libr. Lôwy, 1882 ; in-8° de 72 p. 



BIBLIOGRAPHIE 

Extraits du journal Beth Tahmul. Malgré les nombreuses études faites 
sur Maïmonide et sur Raschi, on trouvera encore des indications nouvelles 
et bonnes à noter dans ces biographies de M. Weiss. 

Anuarpentru isracliti... pe anul 5643 (1882-1883); publié par M. Schwarz- 
feld. Buckarest, imp. Bindcr et 111s, libr. Steinberg; in-8° de xiv-11 I p. 

Cinquième année de cette publication. Cet annuaire mérite d'être signalé 
à cause de ses suppléments historiques, littéraires ou scientifiques (p. 1 
à 114). Parmi ces articles nous signalons les suivants : 1. Un Crésus juif 
sur la chaire de Saint-Pierre. (Histoire de Petrus Léo, fils d'un Juif 
baptisé de Rome, devenant antipape sous le nom d'Anaclct II (mort 1138), 
raconté d'après Gregorovius, Gesch. der Stadt Rom im Mittelalter, Stutt- 
gard, 1869, vol. IV, p. 392.) — 2. Légendes 'talmudiques et légendes rou- 
maines, par le D r M. Gaster. (Enfant reconnu, dans Baba batr., 58 a; 
esprit des habitants de Jérusalem ; légendes retrouvées par M. G. dans la 
littérature roumaine et dans d'autres littératures.) — 3. La Calomnie du 
sang, par Lazar Schein. (Etude historique sur cette calomnie, avec indica- 
tions bibliographiques concernant la littérature roumaine, et un certain 
nombre de faits, provenant de cette superstition, qui se sont passés en 
Roumanie depuis 1717 jusqu'en 1881.) — 4. Explication d'un certain nombre 
de passages talmudiques, par le D r C. Lippe. — Biographie de Cilibi Moïse 
(écrivain roumain, né à Focsani en Î81a, mort 18G9), par M. SchwarzfeM. 
— > Bibliographie. 

Bibliotheca oricnlalis, oder eine vollstândige Liste der im Jalire 1881 in 
Deutscnland, Frankreich, England und den Colonien ersebienenen Bû- 
cher, Broschùren, Zeitschriften, u. s. w. liber die Sprachen, Religionen, 
Antiquitâten, Literaturen und Gescbicbte des Ostens, par Karl Friederici. 
6 e année. Leipzig, libr. Otto Schulze, Londres, Paris, New-York, s. d., 
in-8° de 76 p. 

Dans le chapitre consacré à la littérature hébraïque nous remarquons : 
Mgr. David : Gramm. de la langue araméenne, Paris ; — Hutcheson : The 
Syntax ofzOtf, dans Bibliotheca sacra, avril; — P. de Lagarde : Erkliirg. 
hebr. Wôrter ; tiber den Hebr. Ephraïm von Edessa, Zu Genesis 1-38, 
dans Abhdl. d. Gott. Gesell. d. Wiss., XXVI ; — Lederer : Lehrbuch zum 
Selbstunterricht im Babyl. Talmud; — Noldeke : Ueber den Gottesnamen 
El, dans Monatsb. d. Akad. d. Wiss., Berlin, sept.-oct. ; — Toy : The 
Hebr. Verb. termination un, dans Trans. Amer. Philolog. Assoc, XI; 
Wijnkoop : Darche hannesiqah, sive leges de accentus hebr. linguse ascen- 
sione, Leyde, libr. Brill. 

Bickell (Gustavus). Carmina Veteris Testamenti metrice. Oeniponte, libr. 
Wagner, in-8° de iv-236 p. 

Les travaux de M. Bickell sur la grammaire hébraïque ont fait quelque 
bruit. Sur la métrique, il a déjà publié un opuscule intitulé : Motrices 
biblicae régulée exemplis illustrât® (1879). Dans l'ouvrage actuel, M. B. 
expose, p. 219 et ss., les règles qui président, d'après lui, à la versification 
hébraïque. Elles partent toutes de ce principe que le vers hébreu est com- 
posé d'un certain nombre de syllabes de valeur égale, comme, par exemple, 
le vers français, et que, dans un même poème, on distingue des strophes 
où alternent, dans un certain ordre, des vers de différentes longueurs. 
Les règles pour compter les syllabes sont assez compliquées et semblent 
d'abord si arbitraires qu'on se demande si, avec des procédés pareils, on 
ne pourrait pas voir dans la prosodie biblique à peu près tout ce qu'on 
voudrait. Ainsi, on pourrait à volonté compter ou ne pas compter la 
voyelle auxiliaire des mots comme sé/cr, kéren, la voyelle des particules 
au commencement des substantifs ou des verbes, Va du futur avant les suf- 
fixes (Ps., xviii, 43), l'a de pânim, yômim, etc., les voyelles qui commencent 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les mots, sous certaines conditions (p. 293), etc. D'après ce système, M. B. 
transcrit en vers, à l'aide de caractères latins, les Psaumes, les Cantiques, 
les Lamentations., les Proverbes, Job, des poésies isolées des livres histo- 
riques et prophétiques. Grâce à ces règles, et avec force additions, retran- 
chements et corrections, M. B. arrive à trouver dans chaque morceau une 
versification régulière. Prenons, par exemple, le Ps. 1 er , qui commence le 
recueil. 11 serait composé de la série suivante, où les chiffres indiquent le 
nombre de pieds de chaque vers : 12.8.8 j 8.6. Mais pour arriver à con- 
former le Ps. à ce type, il faut : 1° faire du mot dérekh tantôt un mot de 
deux pieds, tantôt le mot dark, à un pied (v.l et 6); 2° lire le tétragramme 
tantôt Jahvé (2 pieds), tantôt Jali (v. 2 et 6); 3° supprimer, sous prétexte 
de platitude, le mot letorato du v. 2, au risque de faire un vers encore 
beaucoup plus plat ; 4° intercaler arbitrairement le mot iehom (dans la cha- 
leur? compté pour 1 pied) après le mot vealélm du v. 3; 5° corriger, d'après 
les Septante, dans v. 5, al-kên en al penê érec et ajouter ces trois mots au 
v. 4. 11 y a pourtant quelque chose de séduisant dans le système de M. B. 
et nous sommes loin de dire que tout en soit à rejeter. Si une partie seu- 
lement de ses règles se confirme, elles seront un instrument nouveau et 
remarquable pour l'étude de la phouétique hébraïque. Dans tous les cas, 
l'ouvrage de M. B. est rempli d'intéressantes notes exégétiques. Remar- 
quez, p. 212, l'acrostiche curieux, découvert récemment, dans le chap. i er 
de Nahum. 

BRiaiDi (E. A.). Giacobini e Realisti o il Viva Maria, storia del 1799 in 
Toscana, con documenti inediti. Sienne, libr. Enrico Torrini ; in-8° de 
(iv)-453p. 

Episodes de l'invasion française en Italie, en 1799, et luttes des Jacobins 
et des royalistes. Le mot de Viva Maria, dit l'auteur, malgré son air 
séraphique et la douceur des sentiments qu'il éveille dans l'âme, ne fut 
alors qu'un mot d'ordre donné en Italie, et principalement en Toscane, par 
la noblesse et le clergé, et signifiant : Mort aux républicains ! mort aux 
Jacobins ! mort aux Juifs ! 

Les passions politiques et religieuses étaient excitées au plus hau,t point 
en Italie à la suite de la révolution et de l'invasion françaises. A Sienne 
particulièrement, où le pape Pie VI, après son départ de Rome au commen- 
cement de 1798, demeura quelque temps, l'agitation des esprits était grande 
et l'irritation des partis des plus vives. Elles s'accrurent lorsque les Français 
y entrèrent, le 29 mars 1799. La direction des affaires civiles et politiques 
fut confiée à Franceso Abrâm, citoyen commissaire pour la ville et l'état 
de Sienne, délégué à cet effet par Charles Reinhard, commissaire de la 
République française en Toscane. Ff . Abrâm n'était pas juif, mais en qualité 
de libre-penseur et de philosophe humanitaire, qui veut braver le préjugé, 
il se montra tout de suite très favorable aux Juifs, se laissa voir souvent 
dans leur société, les invita, au grand scandale des Siennois, à la fête 
nationale célébrée le 7 (ou 9; cf. p. 237 et p. 257) avril sur la place du 
Campo. A Sienne plus que partout ailleurs on se souvenait de toutes les 
lois oppressives édictées contre les Juifs, principalement au xvi e siècle. 
M. Brigidi reproduit deux de ces édits (p. 242 et 243) : l'un du 13 mai 1567, 
promulgué par le prince de Florence et de Sienne, se rapporte principale- 
ment au signe que les Juifs étaient obligés de porter sur leurs vêtements ; 
l'autre, du 9 décembre 1572, promulgué par le prince de Toscane, contenant 
les dispositions suivantes : Tous les Juifs de la Toscane quitteront leur 
domicile et viendront demeurer dans le ghetto de Sienne; des calendes de 
novembre jusqu'aux calendes de mai, ils ne sortiront plus du ghetto à partir 
de 3 heures de la nuit; le reste de l'année, à partir de 2 heures ; ils porte- 
ront le signe ; tout Juif âgé de quinze ans payera par an une taxe de 2 scudi 
d'or ; la communauté payera le salaire de l'homme chargé d'ouvrir et de 
fermer le ghetto aux heures voulues et de veiller à la police du ghetto. Ces 



BIBLIOGRAPHIE 281 

lois n'étaient plus en pleine vigueur en 17Q9, mais on méprisait les Juifs, 
on chantait dans la rue la chanson baroque de Grnora Lima qui trompe le goi 
(chrétien), et la chanson à boire de Baruccabà (larukh habba, mots hébreux 
empruntés au rituel et aux usages juifs). 11 va sans dire qu'à l'arrivée des 
Français toutes les lois d'exception furent abolies. La reconnaissance des 
Juifs fut si grande que tous les soirs ils se rendaient à la Lizza et sur la 
place du Campo pour arroser l'arbre de la liberté qu'on y avait planté. 
Cependant les passions grondaient dans tous les cœurs, et surtout les 
passions religieuses. Bientôt toutes les images miraculeuses, la Madone de 
Florence, le Christ de Livournc, la Madone de Prato, celles de Ccrtaldo, de 
Sienne, de Montalcino, firent des miracles. La Madone d'Arezzo surpassa 
toutes les autres. Arezzo était le centre d'une vaste entreprise de réaction # 
(p. 30G). Là se trouvait une société cosmopolite composée de capitaines et 
d'émissaires allemands, de conspirateurs anglais, de nobles, de prêtres, de 
frères, tous brûlant de faire une croisade contre la révolution. Le 6 mai 1799, 
la Madone d'Arezzo fit un grand miracle, ce fut le signal d'un soulèvement 
général, au cri de Viva Maria. En très peu de temps, toute la Toscane fut 
en feu. Un mouvement parallèle était parti de Volterre, où les habitants 
s'étaient soulevés le 5 mai 1799. A Arezzo, il se forma une sorte de gouver- 
nement provisoire, sous le nom de Députation suprême, et une armée de 
près de 6,000 hommes, que les conjurés appelaient « l'illustre armée de la 
foi ». Des bandes de paysans s'enrôlaient sous la bannière de Notre-Dame- 
de-Secours {Maria del C on fort o, c'est ainsi qu'on appelait, depuis le miracle, 
la Madone d'Arezzo). Un détachement de cette armée entra à Florence, 
ayant à sa tête une aventurière du nom d'Alessandra Mari, qui devint un 
des personnages importants de la conjuration. Ces troupes ne demandaient 
qu'à tuer et à piller ; le ghetto serait devenu leur proie sans l'intervention de 
l'archevêque Antonio Martini, qui, déjà en 1790, avait sauvé les Juifs de 
Florence attaqués par la foule (p. 376). Le 28 juin 1799, le bruit se répandit 
que les soldats de la foi arrivaient à Sienne. L'alarme fut grande dans la 
ville, car ces soldats passaient pour des brigands et des assassins (p. 386). 
Ils entrèrent le même jour dans la ville, massacrèrent les jacobins et les 
Juifs et pillèrent le ghetto (p. 39 1). Parmi les plus furieux on remarquait un 
certain Pettirossi, judéophobe distingué (p. 359 et 391). Les Juifs furent 
particulièrement maltraités. On leur reprochait de s'être enrôlés dans la 
garde nationale, d'avoir composé des chansons patriotiques, d'avoir arrosé 
l'arbre de la liberté (p. 396). Les Madoniens les firent mourir dans d'hor- 
ribles tourments. Ainsi furent tués, le 28 juin, et brûlés, morts ou mourants, 
sur un bûcher élevé sur la place du Campo, 19 Juifs dont les noms ont été 
conservés (p. 412). Le ghetto fut livré au pillage, à la destruction, au 
meurtre. Nous ne donnerons pas ici la longue liste de ces actes de cruauté 
(p. 395 à 400) dont furent victimes le rabbin Raffaele Casteluuovo, les frères 
Moïse et Giuseppe Gallichi, Levi fils de Daniel, Isacco Gallichi, deux fils 
de Daniel Castelnuovo et leur mère Nissim, etc. Il va sans dire que la syna- 
gogue fut saccagée. C'est à tort qu'on a dit (Corriere israelitico, numéro du 
2 oct. 1872) que l'évêque Zoudadari sortit dans la rue pour haranguer les 
assassins et arrêter leur fureur, il se tint enfermé toute la journée dans son 
palais (p. 407). D'autres habitants de Sienne, Luca Marcetto, Silvio Lanzi, 
Tiberio Sergardi, etc., donnèrent au contraire asile aux Juifs et en sauvèrent 
un grand nombre au péril de leur vie (p. 407-408). Un gardien de l'Univer- 
sité, Angelo Fineschi, protégea dans sa fuite et cacha chez lui un pauvre 
Juif blessé, nommé Levi (p. 408). Un officier autrichien, Carlo Schneider, 
commandant en chef d'une partie de la troupe d'Arezzo, arriva le soir même 
dans la ville : il exigea des Juifs une somme de 50,000 livres, avec la 
menace d'incendier le ghetto si la somme n'était pas livrée dans un délai 
de deux heures. Il réduisit cependant ses prétentions à 15,000 livres, mais 
il demanda ensuite une nouvelle taxe de 10,000 livres à fournir dans une 
heure, sous peine, pour les Juifs, d'être conduits enchaînés à Arezzo. Ils 
furent plus tard indemnisés par le bon prince Ferdinand III (p. 410). Les 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Juifs de Sienne ont établi le jeûne du 25 sivan (correspondant, en Tannée 
1799, au 28 juin) en souvenir de ces horribles événements. 

Gennarelli (A.). La persecuzione degli Ebrei specialemente in Romania cd 
in Russia. (Nuova Ântologia, série II, vol. XXXI, fasc. 4, 15 février 1882.) 

Contient quelques renseignements curieux empruntés à un travail de 
Leone Carpi, de 1847, sur les lois d'exception relatives aux Israélites et 
sur la condition identique des Catholiques et des Juifs en Angleterre et en 
Ecosse, où les uns et les autres étaient encore relégués dans des quartiers 
spéciaux, également méprisés, réduits au petit commerce et à l'usure. Daus 
le préambule, décret de la fin du xv c siècle, à Florence, pour la fonda- 
tion d'un mont-de-piété ayant pour objet d'obvier à l'usure des Juifs. Dans 
un autre passage, mention d'une lettre de Paul III en réponse à une lettre 
du sultan Soliman, qui avait recommandé au pape les Juifs d'Ancone, 
trop durement persécutés en 1566. En parlant de l'apologie des Juifs pu- 
bliée par Massimo d'Azeglio en 1847, l'auteur fait mention d'un mémoire 
imprimé en 1826 par l'avocat G. Vicini, de Bologne, qui fut plus tard pré- 
sident du gouvernement provisoire des Romagnes, en faveur des droits des 
Juifs dans les Etats pontificaux. En Toscane, les Juifs ont toujours trouvé 
une hospitalité libérale, comme on peut le voir dans le beau livre de 
l'avocat J. Rignano, de Livourne, et dans un travail que le même Gen- 
narelli a publié à une époque où l'intolérance commençait à poindre à 
Florence. — M. lattes. 

Graetz. Histoire des Juifs, traduit de l'allemand par M. Wogue. Tome I er : 
Delà sortie d'Egypte (1400) à l'Exode babylonien (534). Paris, libr. A. 
Lévy; in-8° de 297 p. 

L'ouvrage doit avoir six volumes : 2. Exode babylonien et guerre de 
Barcokebas ; 3. Dispersion, Talmud ; 4. Juifs d'Espagne, croisades; 5 et 
6. Des croisades à 1848. Nous serions heureux de pouvoir nous féliciter 
sans réserve de la publication française d'un ouvrage dû au célèbre his- 
torien des Juifs et auquel a collaboré notre cher maître M. Wogue. 

Hamburger (J.). Real-Encyclop'àdie fur Bibel und Talmud. Abtli. II, lleft 
VII, Recht — Sprichwort. Strelitz, chez l'auteur, in-8° allant de p. 977 à 
p. 113(5. 

IIoghmuth (Abraham), Rabbiner in Veszprim. Gotteserkentniss und Gottes- 
verehung, auf Grundlage der H. Schrift und spàterer Quellen bearbeitet... 
Budapest, libr. Franklin-Verein ; in-8° de 207 p. 

Cet ouvrage est une espèce de catéchisme accompagné d'explications 
historiques et scientifiques. Il est divisé en 4 parties : connaissance et 
amour de Dieu, articles de foi et de morale, morale pratique, culte. 

Horowitz (M.), Rabbiner. Frankfurter Rabbinen, ein Beitrag zur Ge- 
schichte der isr. Gemeinde in Frankfurt. a. M. — I. Von R. Simon Ha- 
darschan biss R. Jesaia Halevi (1200-1614). Francfort s/M-, libr. Jaeger ; 
in-8° de ix-60 p. 

L'avant-propos contient une discussion sur la date de l'établissement des 
Juifs à Francfort, question fort controversée (Voir D l> Grotefend, Mit- 
theilungen des Vereins fur Gesch. und Alterthmsk. in Fr. a/M., vol. IV, 
fasc. I; cf. Graetz, VII, 120). L'auteur explique ensuite pourquoi Simon 
Hadarschan, l'auteur du Yalkut, est compté par lui parmi les rabbins de 
Francfort, quoiqu'un doute puisse encore être admis sur ce point. D'a- 
près une notice manuscrite qui se lit sur un exemplaire imprimé du Yalkut, 
l'auteur se serait appelé R. Simon an der Pfort (près de la porte, peut- 
être à la porte des Pêcheurs; p. VII, note). L'auteur indique, comme une 



BIBLIOGRAPHE 289 

des sources de l'histoire des Juifs à Francfort,' les pierres tumulaires de 
l'ancien cimetière juif; il serait bien à désirer que les inscriptions de ces 
pierres fussent publiées. 

Voici une espèce de table des matières de cette intéressante étude : Si- 
mon Hadarschan et le Yalkut ; massacre de 1241*, où 159 personnes furent 
tuées et b?s autres obligées de s'enfuir; la communauté est déjà reconsti- 
tuée en 1288; nouvelle destruction de la communauté en 1349, pendant la 
peste noire, et sa reconstitution vers 1363; les rabbins Nathan Epstein, 
Simon Ilakohen, Israël Rheinbach, Isaac b. Eljakim, etc. ; Elieser 
Trêves (un des rabbins les plus remarquables de cette ville), Abraham 
Naft ; Herz Halevi, Samuel B. Elieser (synode et statuts faits à cette 
époque, 1603, et signature des rabbins de la contrée qui ont assisté à ce 
synode, p. 40) ; Jesaia Horwitz. Un supplément hébreu contient les pièces 
suivantes : 1. Liste nominative des martyrs de l'an 1241 ; 2. Statuts défen- 
dant aux rabbins d'un pays d'appeler devant leur juridiction des Israélites 
d'un autre pays, faits dans un synode le 10 elul 1542; 3. Décision des 
rabbins de Francfort au sujet d'un procès curieux raconté p. 24; la décision 
est datée de la veille de Pâque 1564 ; 4. et 5. Pièces relatives à la même 
question ; 6. Engagement de Jesaia Horwitz comme rabbin ù Francfort, 
vers 1606. 

Immanuel b. Salomo Romano. Comento sopra i Salmi... trascritto e publ. 
da Pietro Perreau. Fasc. XXXII et XXXIII, Parme, 1 er mars et 1 er avril, 
autographié à 60 expl. 

Katalog der Kais. Universitâts und Landesbibliothek in Strasburg. Oricnta- 
lische Handschriften, Theil I. Strasbourg, libr. Trûbner, 1881, in-4° de 
(2)-75p. 

Ce catalogue comprend les mss. bébreux, arabes, persans et turcs, il 
a pour auteur M. S. Landauer. Nous y remarquons les ouvrages suivants : 
n° 4, étude sur le calendrier par Jaekel b. Isaac Saekel Mutzig de Rap- 
pschwir (Ribeauvillé), demeurant à Niederhagenthal, dayan à Rixheim ; 
composé probablement en 1762. — n° 8, novelles de Josef Joël Jehuda 
Mœrchingen (Morhange), demeurant dans l'école de David Û^pl^ZÛ 
(peut-être Terquem, non Tùrkheim) à Metz ; commencé en 1769. — n° 11, 
novelles, avec indications historiques sur des rabbins de Mayence, de 
Francfort, etc., au xvm e siècle. — n° 12, novelles, même origine, même 
• époque ; i"lb"lS ne serait-il pas "nb")D Sarrelouis ? — n° 12, idem. — 
n° 18, ms. autographe de Salomon Hanau. — n° 21, Tosafot Schabuot. 
— n° 36, lettres d'Italie, avec renseignements historiques, quelques-uns 
datés de 1553/4. — n° 37, documents et projets relatifs à l'histoire des Juifs 
de Metz de 1720 à 1784 ; sn-pi == Birié, nom qui existe encore à Metz ; 
''IlSHEa, Sans doute Tréni ou Trenel ; Moïse Blien, voir Annuaire, I, 
p. 148; £OT = Zay? — n° 45. Ne faut-il pas lire d^îloVllQ au lieu àe 
'bltf ? Molsheim, près Strasbourg, ancien département du Bas-Rhin. 

Kossowitz. Canticum Canticorum ex hebraeo convertit et explicavit D i: Ca- 

jetanus Kossowitz. Saint-Pétersbourg, impr. pour l'expédition et la con- 

• fection des papiers d'Etat, 1879, in-8° de 58 p. Travaux de la 3 e session 

du congrès international des orientalistes. Saint-Pétersbourg, 1870 ; tome 

deuxième, supplément. 

Texte non vocalisé, avec traduction latine et notes. 

Lattes (Mose). Catalogo dei codici ebraici dclla biblioteca marciana. Flo- 
rence, imp. Le Monnier, in-8° de 11 p. Extrait des Cataloghi dei Codici 
orientali di alcune bibliothece d'Italia. 

Ce catalogue des mss. hébr. delà Bibliothèque Saint-Marc, de Venise. 



290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

renferme 19 numéros. Le numéro 13 contient la grammaire (rare) de Josef 
Sarko ; le n° 14, le grand ouvrage philosophique de Lévi b. Gcrson, pro- 
bablement sans la partie astronomique. 

Lattes (M.). Nuovo Saggio di giunte e correzioni al Lessico talmudico 
(Levy-Fleischerï. Rome, imp. del Salviucci, 1881; in-4° de 81 p. Reale 
Accademia dei Lincei, anno CCLXXVIII (1880-81). 

Le premier Essai d'additions et de corrections de M. Lattes au diction- 
naire talmudique de Lévy est de 1879. Dans ce travail, M. L. ne s'occupe 
pas seulement du lexique talmudique, mais outre les mots omis par Lévy 
dans les sources consultées par lui, M. Lattes a enregistré les mots qui 
se trouvent dans d'autres ouvrages (par. ex. le Pirké de R. Eliézer), les- 
quels, quoique rédigés plus tard que le Talmud et les principaux Midra- 
schim, contiennent des parties moins récentes et sont, par conséquent, des 
restes de l'ancienne littérature talmudique. De même, M. Lattes a enregistré 
les mots de l'hébreu biblique qui se trouvent dans les sources talmudi- 
ques, pour indiquer qu'ils étaient usités à l'époque du Talmud. Enfin il a 
donné des exemples tirés du Talmud pour les mots araméens que M. Lévy 
ne donne que dans des exemples tirés de la Bible. Cet essai va de la lettre 
alef à la lettre lamed. Citons quelques exemples qui montreront l'utilité de 
cet excellent travail : NDN ne signifiant pas père, mais ayant simplement 
un sens honorifique ; la correction de Gabtari en Nabtaié, au mot NpIlN ; 
l'explication du nom Agustos pour Augustos ; celle du mot "O^tp"!^ tiré 
du grec, = le monde habité ; l'orthographe fcOjDON pour l'Espagne ; etc. 

Ledrain (E.). Une page de mythologie sémilique sur un petit bijou du 
Louvre. Paris, libr. Lemerrc, in-8° de 8 p. Extrait de la Philosophie po- . 
sitive, mars-avril 1882. 

Le bijou en question est un de ces petits cônes en agate que les Sémites 
portaient comme des amulettes qui devaient leur assurer une grande pos- 
térité. La pomme de pin tenue par les génies placés à la porte des palais 
assyriens rappelle également, par sa forme, ces collines sacrées. Ces 
cônes seraient la réduction minuscule des collines adorées primitivement 
par les Sémites (les bamot) et représentées aussi par les bétyles. Sur le 
cône décrit par M. L. se trouve gravé un dieu en costume persan de 
l'époque des Achéménides ; à ses pieds, on voit un disque lunaire. Ce 
sont, sans doute, le dieu-soleil et la déesse-lune, dont les . noms se re- 
trouvent encore dans le nom de bien des localités bibliques : Bêt-Sémes, 
Gilgal (disque de la lune), Jéricho, Astarot-Karnaïm (croissant à deux 
cornes). Enfin, sur ce cône se trouvent deux colonnes, dont l'une est atta- 
chée à la barque solaire. L'une est YAschéra ou pieu de Baal, l'autre celui 
d'Astarté. 

Maimonide. Seferha-Mitzwot. Das Buch der Gesetze von Moseh ben Mai- 
mun in arabischen Urtexte nebst der hebr. Uebersetzung des Schelomob 
b. Joseph ibn Ajab und mit einer deutschen Uebersetzung und An- 
merkung versehen von D r Moritz Peiïtz. Theil I, Breslau, imp. Grass, in- 
8° de vi-34 + 28 p. 

Contient l'introduction et les trois premières règles. 

Morais (Henry Samuel). The Daggatouns, a tribe of Jewish origin in the 
désert of Sahara. Philadelphie, Edward Stem, in-8° de 14 p. 

D'après « Les Daggatoun, tribu d'origine juive... par le rabb. Mar- 
dochée Aby Serour ; Paris, 1880. » 

Mosgoviter (S. J.). Het Nieuwe Testament en de Talmud. l re livraison. 
Haarlem, libr. Graaf, in-8° de 80 p. 



BIBLIOGRAPHIE 291 

Apologie de la morale religieuse et civile du Talmud ; le Nouveau Testa- 
ment serait en grande partie né du Talmud (p. 42), dont les idées sont an- 
ciennes, quoique écrites et rédigées plus tard. Passages parallèles des 
Evangiles et du Talmud, p. 73 à 80. P. b'6, citation d'un ouvrage (ou ar- 
ticle ?) d'Oort, intitulé •. Evangelie en Talmud. L'auteur promet trois autres 
livraisons. 

Parisini (F.). I cantici di Salotnonc Ronsi. (Gazzelta musicale di Milano, 
1 er janvier 1882). 

L'auteur, bibliothécaire du Lycée musical do Bologne, se référant à un 
article relatif à l'œuvre de Salomon de Rossi publié dans le Boccherini, 
journal musical de Florence (n° 10, 30 oct. 188l), énumère les exemplaires 
plus ou moins complets de la très rare édition princeps des Cantiques de 
Rossi (Venise, 1623), réimprimés en partie par S. Naumbourg, à Paris, 
187G, sous le titre de Recueil de chants religieux. M. Parisini donne une 
description détaillée de l'exemplaire presque complet que possède le Lycée 
musical de Bologne. Il ignore qu'un autre exemplaire assez complet, et 
contenant en particulier les feuillets qui manquent dans l'exemplaire de 
Bologne, était autrefois dans la bibliothèque du grand-rabbin Marco Mor- 
tara, de Mantoue 1 (voir Corriere isr., I, p. 124, note l). L'article de M. Pa- 
risini a paru aussi dans YArpe du 23 déc. 1881. — M. Lattes. 

Perreau (P.). La Cantica di Salomone ed i commeiitatori israeliti nel medio 
evo. Corfou, imp. Nacamulli, in-8° de 25 p. 

Nous avons analysé ce travail lors de sa publication dans le journal le 
Mêsè^ dont il est extrait. 

Perreau (Pielro). 1700 abbrevialure e sigle (m3M "nUfin) ebraiche, cal- 
daiche, rabbiniclie, talmudiche, colle loro varie soluzioni. Parme, auto- 
graphié à 60 exempl., iv-84 p. papier écolier. 

M. P. avait composé pour son usage personnel cette table des abrévia- 
tions initiales, il la livre aujourd'hui au public, parce qu'il a la conviction, 
très fondée, que, si elle n'est pas complète (et il est impossible d'en faire de 
complètes, car la matière est inépuisable), elle est plus riche que toutes 
celles qui ont été publiées jusqu'à ce jour. Il va sans dire que M. P. a 
utilisé les travaux antérieurs sur ce sujet. Il en donne la liste dans son 
Avertissement. Sa table ne contient pas seulement les abréviations de la 
littérature talmudique et rabbinique, mais celles de la littérature cabbalis- 
tique, des noms propres d'auteurs, des titres de livres, des noms géogra- 
phiques, des inscriptions tumulaircs (d'après Zunz), etc. C'est un travail très 
utile et très méritoire. 

Scherdlin (E.). Le Judaïsme moderne. Paris, imp. Larousse [1882] ; in-8° 
de 30 p. 

Extrait de l'Encyclopédie des sciences religieuses de Lichtenberger. 
L'auteur prend l'histoire des Juifs en Europe à partir de Mendelssohn et de 
la Révolution française ; il étudie leur, situation politique et civile dans les 
différents pays, les effets de la Révolution et de la chute de l'Empire sur 
leur situation en Allemagne, leur lutte pour l'émancipation à Francfort, à 
Hambourg, les polémiques de 1816, la réaction et les excès de 1819, sur les 
bords du Rhin, celle de 1822 en Prusse, l'antisémitisme de 1842 en Prusse 
encore, la lutte pour l'émancipation en Angleterre, pour l'abolition du ser- 
ment more judaico en France, les détestables lois d'oppression qu'ils 
subissent en Russie, l'affaire de Damas, l'histoire de la réforme religieuse. 

1 Nous croyons que quelques fascicules de cet exemplaire ayant été adressés à 
M. Naumbourg, se sont perdus à la poste. — I. L. 



292 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans le judaïsme, histoire agitée et tourmentée, qui a si longtemps et peut- 
être si inutilement occupé les esprits. Il était difficile de mieux raconter, 
en si peu de pages, les événements qui ont marqué dans le développement 
du judaïsme moderne. L'auteur les a retracés à grands traits, comme il 
convenait, laissant de côté les détails, sans omettre rien d'important ni au- 
cun épisode intéressant. L'article se termine par une appréciation très élevée 
du mouvement antisémitique actuel. Ce mouvement procède à la fois d'i- 
dées religieuses, sociales et politiques. Les Juifs sont poursuivis comme 
secte religieuse, comme agents économiques importants, comme propaga- 
teurs d'idées libérales. Ce n'est point par indifférence, comme le suppose 
M. Sch., que les Juifs de France ne sont point venus au secours ue leurs 
coreligionnaires allemands, c'est par crainte de leur nuire. Parmi les chrétiens 
qui, en Allemagne, ont pris la défense des Juifs, M. Sch. cite avec raison 
Vogt, le chanoine Doellinger, le D r Cassel; il faudrait ajouter Franz De- 
litzch. M. Sch. a des paroles touchantes pour protester contre cette guerre 
odieuse, nourrie de passions inavouables : l'orgueil national et de race 
poussé à la folie depuis 1870, le fanatisme religieux et politique, une 
jalousie que rien ne justifie et qui repose sur de pures imaginations. Il est 
consolant de voir un savant comme M. Sch., qui, si nous ne nous trompons, 
a été à l'école de l'Allemagne, condamner avec une si grande énergie et 
une sympathie si vive pour les persécutés cette expédition honteuse, qui est 
une insulte à la civilisation. 

Schultze (Martin). Handbuch der ebràischen Mythologie. Sage und Glaube 
der alten Ebrâer in ibrem Zusammenhang mit den religiôsen Anschau- 
ungen anderer Semiten sowie der Indogerrnanen und Aegypter; 2 e édi- 
tion. Leipzig, libr. Karl Scboltze, in-8° de x-294 p. 

Nous ne sommes pas en mesure d'apprécier la valeur scientifique de ce 
livre, nous dirons seulement qu'on y trouve des étymologies très hardies. 
Pour l'auteur, l'histoire ancienne des Hébreux telle qu'elle est racontée dans 
la Bible, n'est le plus souvent que de la mythologie, de la légende, de la 
poésie épique. Dans l'histoire de Moïse il voit une espèce d'odyssée, 
comme l'Odyssée des Grecs ; l'histoire de Joseph, serait l'Iliade des Hé- 
breux. Une belle personne (homme ou femme) est enlevée de son pays, 
ses compatriotes la suivent pour la délivrer, et, après de longues difficultés, 
la ramènent (morte ou vive) dans sa patrie. Cette fable représenterait le 
mythe du Dieu de la lumière, exilé pendant l'hiver, et retournant au ciel 
à l'arrivée du printemps, avec une suite nombreuse. — Autre exemple : Le 
cantique de Déborah est un mythe dyonisiaque. Lorsque, au solstice d'hiver, 
le soleil entre dans le signe du capricorne (Jael) et recommence à monter 
(jaal), que le vin également fermente et monte dans les cruches, que les 
nuées versent l'eau sur la terre, que les rues sont désertes et que les pas- 
sants font des zigzags (pour poser le pied aux endroits que la boue ne re- 
couvre pas), les moissonneurs sont en fête (boivent le vin), jusqu'à ce que 
vienne Déborah, la mère en Israël. Déborah, l'abeille, c'est l'Artémise des 
Grecs (appelée mélissa), l'amazone guerrière (armée comme l'abeille), 
sœur d'Apollon. Elle est représentée avec deux torches à la main, comme 
Déborah est la femme des lappidot (torches). Cette même déesse, sous 
d'autres formes, règne dans le signe dû Bélier, en mars, c'est-à-dire au 
réveil du printemps. On entend la voix des moissonneurs qui chantent 
dans les champs et qui vont faire la guerre aux plaines immobiles (searim) 
de blé ! Puis vient la saison du resta (de la vendange), les tribus sont 
louées ou blâmées selon qu'elles cultivent la vigne ou la négligent. Le rai- 
sin r.oule dans le sang de son jus, comme des cadavres dans le Kison ; les 
vendangeurs le foulent et piaffent comme des chevaux dans la bataille. Si- 
sara (le lait de la bravoure, c'est-à-dire le vin) est placé dans la tente, où 
il repose, jusqu'en hiver. Jael revient alors avec le marteau, elle enfonce un 
piquet dans la tête du géant, et le sang (vin) coule par l'ouverture béante. 



BIBLIOGRAPHIE 

Il est clair qu'on peut aller loin avec ce système d'interprétation. Que de- 
vient, dans tout cela, l'histoire de la guerre de Sisara racontée par la Bible 
en dehors du chant prétendu dyonisiaque ? Les mythes auraient-ils servi à 
faire de l'histoire ? 

Stade (Bernhard). Geschichte des Volkes Israël, mit Illuslrationcn und 
Karten. Berlin, libr. G. Grote, 1881, in-8°. 

Livraisons 35 et 40 de rAllgemeine Geschichte in Einzeldarstellungen 
(Encyclopédie historique), publiée par Wilhelm Onken. Ces deux livrais., 
allant de p. 1 à p. 304, ne forment encore qu'une partie de l'ouvrage. Il 
faut se féliciter qu'un travail aussi important ait été conlié à un savant 
si consciencieux et si érudit que M. Stade. Son introduction montre déjà 
avec quel soin il s'est proposé de procéder au travail et comment il se rend 
compte des difficultés extrêmes de cette œuvre. 

Tiele (C.-P.). Histoire comparée des anciennes religions de l'Egypte et des 
peuples sémitiques, traduite du hollandais par G. Collins, précédée d'une 
préface par A. Réville. Paris, libr. Fischbacher, in-8° de xvi-510 p. 

Nous ne pouvons pas faire ici l'analyse détaillée de cet ouvrage. Il est 
divisé en trois livres : 1. Histoire de la religion de l'Egypte ; 2. La reli- 
gion de Babylone et de l'Assyrie; 3. La religion des Phéniciens et celle 
des Israélites. Dans ce dernier livre, nous signalons les chapitres suivants 
(chap. vu à xvi) : Etat religieux des Hébreux dans le pays de Goschen ; 

— le yahvisme primitif et Moïse ; — le yahvisme mosaïque de Samuel 
jusqu'au schisme des dix tribus ; — la lutte du yahvisme mosaïque pour la 
suprématie, de la sécession des dix tribus à la ruine du royaume d'Israël ; 

— l'idéalisme des nouveaux prophètes en lutte avec la tendance réaliste 
de plus en plus prononcée d'Ahas à Amon ; — réalisation temporaire de 
l'idéal prophétique; réforme de Josias, le Deutéronome ; — la catastrophe 
et son lugubre prophète; — caractère de la religion d'Israël. La conclu- 
sion de l'auteur est que la religion mosaïque se distingue de toutes les reli- 
gions des Egyptiens et des Sémites de l'Asie par le caractère de sainteté 
qu'elle attribue à Dieu et au culte. On ne peut approcher Dieu, ni le voir, 
ni toucher l'arche, ni pénétrer dans le saint des saints. Ce dieu est 
aristocrate, Israël le fut également (p. 506), les prescriptions religieuses 
qui le séparent des autres peuples lui inspirent un orgueil qui, dans le 
Talmud, « dégénère en véritable folie ». Ces conclusions nous paraissent 
assez mesquines pour un sujet aussi élevé, et nous pensons que l'idée que les 
Hébreux s'étaient faite de Dieu, lors du retour de l'exil, était autrement 
grande et généreuse. L'orgueil national des Juifs, si malmené par M. T., 
n'était pas plus féroce ni moins justifié que celui des autres peuples qui 
les entouraient. C'était une maladie du temps, et il semble bien que les 
nations modernes la connaissent également. 

Renan (Ernest). L'Ecclésiaste traduit de l'hébreu avec une étude surl'ùge et 
le caractère du livre. Paris, libr. Calmann Lévy; in-8° de 153 p. 

Nous avons déjà annoncé VEtude qui forme l'introduction de cet ouvrage 
et qui a été publiée dans la Revue des Deux-Mondes (voir plus haut, 
p. 152). Nous reviendrons prochainement sur cette Etude et sur la traduction 
de M. Renan. 

[Spinoza]. Benedicti Spinoza opéra quotquot reperta sunt recognoverunt 
J. Van Vloten et J. N. Land. Volumen prius. La Haye, imp. Nijhoif, in-8° 
de xi-630 p. 



T. IV. . 20 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Publications pouvant servir à l'histoire moderne des Juifs, du Judaïsme, 
des communautés, des institutions, etc. 



Adler (Hermann). Récent Phases of Judœophobia (Nineteenth Century, 
Londres, n° 58, décembre 1881, p. 813). 

Réponse excellente à l'article de M. Smith (voir plus loin). 

Debidour (M. A.). L'abbé Grégoire. Nancy, imp. Sordoillet, 1881; in-8° 
de 15 p. 

Viox (Camille). L'abbé Grégoire, conférence historique. Lunéville, imp. 
nouvelle, in-8° de 44 p. 

Friedlaender (M.)- Fùnf Wochen in Brody unter jûdisch-russischen Emi- 
granten. Vienne, libr. Waizner, in-8° de 50 p. 

L'auteur a vécu cinq semaines parmi les émigrants juifs de Russie qui 
se sont léfugiés à Brody : il a travaillé, avec beaucoup de cœur et de 
dévouement, de concert avec M. Charles Netter, à secourir ces malheureux 
et à soulager leurs souffrances. Le récit de son séjour dans cette ville est 
instructif et touchant. 

Die russischen Judenverfolgungen, fùnfzehn Briefe aus Sûd-Russland. Franc- 
fort s/M., libr. Kauffmann, in-8° de 61 p. 

Ces lettres sont d'un témoin oculaire ; elles ont une grande valeur histo- 
rique et sont, en outre, très émouvantes. 

Le Juif russe jugé par lui-même, par Arvède Barine (Revue politique et 
littéraire, 10 juin 1882, p. 705). 

Le titre de cet article n"est point exact, l'auteur s'est servi, pour faire 
son travail, de documents dont un grand nombre n'émanent pas le moins 
du monde des Juifs. Certains passages de l'article, généralement équitable 
et bienveillant pour les Juifs, prêtent cependant à la critique et indiquent la 
persistance singulière des préjugés. 

Leroy-Beajjlieu (Anatole). Les troubles antisémitiques ; la persécution des 
Juifs en Russie (Revue politique et littéraire, n° 20, p. 609). 

Détails sur la législation oppressive dont souffrent les Juifs de Russie, 
sur les nombreuses professions manuelles qu'ils exercent; contradiction 
entre les reproches qu'on leur adresse et les mesures qui sont prises à leur 
égard et dont l'unique effet ne peut être que de perpétuer les défauts qui 
leur sont attribués. 

Lubomirski (le Prince). Jérusalem : Juifs, Chrétiens, Musulmans (Nouvelle 
Revue, 13 avril 1882, p. 589). 

L'article, conçu dans un esprit un peu singulier, et d'une observation qui 
nous semble superficielle, est peu bienveillant pour les Juifs. Un épisode 
curieux est celui d'un Juif, autrefois serf de l'auteur à Dubno (et nous 
croyons volontiers que le prince traitait ses serfs avec la plus grande hu- 
manité), et qui, à Jérusalem, lui témoigne une certaine mauvaise humeur : 
« Que voulez-vous que je vous donne en échange de votre mépris? Mon 
amitié peut-être? » (p. 597). Cet article, probablement augmenté, a paru en 
volume sous ce titre : Jérusalem, m incrédule en Terre-Mainte. 



BIBLIOGRAPHIE 295 

Persécution of the Jews in Russia, 1881. Reprinted from thc Times with Map 
and Appendice. Londres, imp. Spottiswoode, in-8° do 30 p. 

C'est le résumé le plus complet qui ait été fait des persécutions des 
Juifs en Russie depuis leur origine jusqu'en décembre 1881. 

Que faire? Réponse à l'auteur de la situation en Russie. (Nouvelle Revue, 
15 mai 1882, p. 241.) 

Réponse à un article paru dans la même Revue, numéro du 15 février 
1882. L'auteur de « Que faire? » pense que le mouvement contre les Juifs est 
parti des nihilistes, qui voient dans cette agitation un instrument de dé- 
sordre et d'anarchie, et que le comte IgnatiefT a favorisé « celte indigne 
persécution » dans l'espoir qu'elle servirait de dérivatif aux passions révo- 
lutionnaires. De plus, cette agitation est dans les desseins du parti pansla- 
viste, lequel persécute également les vieux croyants, qui sont au nombre 
de 13 millions et qu'on accable de vexations. Le parti national russe, à la 
tête duquel se trouve l'éminent directeur de la Gazette de Moscou, ne doit 
pas être confondu avec le parti panslaviste, car il est beaucoup plus sage 
et plus modéré. Cette assimilation serait pour lui une injure. 

Ruelf (J.). Drei Tage in Jùdisch-Russland. Francfort s/M., libr. Kauflmann, 
in-8° de 131 p. 

Relation de voyage intéressante et qui renferme de nombreux renseigne- 
ments sur la situation morale et économique des Juifs de Pologne. 

Smith (prof. Goldwin). The Jewish question (Nineteenth Century, Londres, 
n° 56, oct. 1881, p. 494). 

Voir, plus haut, H. Adler. 

Schwabàcher (D r Simon Léon von). Denkschrift ùber Entstehung und 
Charakter der in den sûdlichen Provinzen Russlands vorgefallenen Un- 
ruhen. Stuttgart, libr. Levy et Mùller, in-8° de 43 p. 

L'auteur est rabbin à Odessa, il est donc bien placé pour apprécier les 
causes des persécutions en Russie. Le mémoire qu'il a écrit à ce sujet lui 
a été demandé par le sénateur, commissaire du gouvernement, comte Kutai- 
soff. L'auteur proteste contre cette opinion que le peuple russe haït les 
Juifs. Il n'en est rien, il a seulement contre eux des préjugés, et ces pré- 
jugés ont été exploités par le parti révolutionnaire, surtout par la presse 
populaire, à laquelle M. Sch. attribue un rôle prépondérant (et peut-être 
exagéré) dans les derniers événements. Il y a des milliers de Juifs en 
Russie qui sont cultivateurs ou qui exercent les métiers les plus durs. Il 
est donc faux qu'ils repoussent le travail manuel. Ce qu'on peut reprocher 
aux Juifs n'est que le résultat fa.tal de la mauvaise législation à laquelle 
ils sont soumis. « Vestra culpa ! • 

Théâtre de Campéador. Le devoir du mari, la peur du bruit, David Rizzio. 
Paris, libr. Calm.-Lévy, gr. in-8° de 327 p. 

Notre excellent ami, M. Hippolyte Rodrigues, nous permettra de 
mentionner ici cet ouvrage aimable, où respire une bonne grâce parfaite. 
C'est ainsi que se délasse dignement, entre deux ouvrages plus graves, 
l'auteur des Trois filles de la Bible, des Origines du Sermon sur la Mon- 
tagne, des Midraschim et de tant d'autres œuvres honorables. 

Tissot (V.). La Russie et les Russes. (Illustration, à partir du numéro du 
15 avril). 

Beaucoup de détails sur les Juifs, mais où le romancier a peut-être plus 
de part que l'observateur et l'historien. 



29G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Revue des pér 



Tlttbn ma Beth-Talmud (Wien, mensuel). 2 e année. = = N° 11. Fried- 
mann: Civilisation du temps des patriarches (suite). — N. Briill : Origine 
et développement de la législation relative à la purification des mains. 
— Feiss-Rosenthal : Époque de la rédaction primitive du Targum On- 
kelos. — Une consultation de Raschi. — H. S. Slonimski : Notes talmu- 
diques. — H. Oppenheim : Histoire de la Mischna. — Une lettre de 
Rappoport. ===== N°12. Friedmann : Esprit de la haggada (suite). — Brùll : 
Origine, etc. (suite). — David Kaufmann : Additions et corrections à son 
article sur Hayyim ibn Musa. — J. Reifmann : Divers Tikkuné So- 
ferim. — Traité des Bénédictions, par Samuel b. Hofni, édité par 
Weiss. — J. .Reifmann : Réplique à un article duSchachar sur ses articles 
concernant les mots syriens de la Bible. 

N° 11. — Rosenthal : Le Targum Onkelos aurait été rédigé en Palestine, 
du temps de R. Akiba. — Consultation de Raschi : Elle est très courte. 
Un jeune homme et une jeune fille ont été mariés après qu'ils avaient été 
obligés, pour sauver leur vie, de se baptiser. Le mariage est-il valable 
comme tout mariage israélite? Réponse : oui, car les baptisés involontaires 
ont le cœur pur. 

N° 12. — La publication du traité de Samuel b. Hofni mérite spéciale- 
ment d'être signalée. 

13=W3Ï1 Hamdaber (Berlin, bimensuel). l re année. = = N° 2 à 5. Elie 
Capsali : Relation d'un miracle arrivé aux Israélites de Candie en 1537 
et jour commémoratif institué à ce sujet. = = N° 8. Origine historique 
du nom d'Azulai. = =. N° 9. Lettre de Hayy. J. David Azulaï. 

Nous n'avons pas vu les n os G, 7, 10, 11 . Le n° 12 est-il le dernier de 
cette publication ? 

"lïTlB!"! Haschachar, die Morgenrœtbe (Wien, périodicité non-indiquée). 
10 e année. = = N° 11. Smolensky : Sur la situation actuelle des Juifs. 
Hillel Noah Steinschneider : Sur l'article de M. Modlinger (n° 7) sur le 
Midrasch Lekah Tob. — S. Rubin : Les Urim we-Tummim. — La terre 
de gloire (suite). — Midrasch Soferim. — Histoire des peuples anciens 
(suite). 

Archives israélites (Paris, hebdomadaire). 43 e année. = — N° 5. 
Ernest David : Histoire juive, les Texeira. ===== N os 11, 12, 14, 16, 17, 
H. Becker : Voltaire et les Juifs. = = N° 16. M. Schwab : Archéologie, 
lettre adressée de Tours au directeur (sur un ms. hébreu du Pentateuque 
conservé à Tours). 

Académie des inscriptions et belles-lettres, Comptes-rendus (Paris)- 
===== 4 e série, tome IX, octobre à décembre 1881 : Philippe Berger : Note 
sur les inscriptions puniques qui figurent à l'exposition des fouilles d'U- 
tique. — J. Menant : Remarques sur des portraits des rois assyro-chal- 
déens. — A. de Longpérier : Monuments antiques de la Chaldée rapportés 
par M. de Sarzac. 

Menant : Ce travail cherche à prouver que, dans les représentations des 
rois assyriens qu'on trouve sur les monuments, les artistes n'ont pas re- 



BIBLIOGRAPHIE 2 97 

produit un type conventionnel, mais des figures ressemblantes, quoique 
ennoblies, de telle sorte qu'il est facile de reconnaître par exemple Tiglat- 
Pileser, Sorgon, Sennachérib, Assarhaddou, Assurbanipal. On distingue 
aussi les types des peuples, Susiens, Hébreux, Arméniens. — Long- 
périer : La Syrie des deux ileuves (Aram nehar'aim) est représentée sur les 
monuments par deux courants à lignes brisées ou ondulées, repré- 
sentant l'un le Tigre, l'autre TEuphrate. Il y a un symbole de ce genre 
sur les bas-reliefs rapportés par M. de Sarzac. M. de L. pense que les rois 
de cette contrée, qui ont élevé des monuments comparables, pour leur 
grandeur, à ceux de l'Egypte, devaient être très puissants et on comprend 
qu'ils aient facilement remporté sur les Hébreux la victoire dont il est 
question dans les Juges, chap. ni. 

Das jiïdische Centralisait (Belovar, bimensuel). l ro année. = = N° 1. 
Wesen und Umfang der Aggada. = = N° 2. Wesen (suite). — Zur Ge- 
schichte der Juden in dem vereinigten Kônigreiche Kroatien, Slavonien 
und Dalmatien. — A. Wùnsche : Ibn Esra als Râthseldichlcr. = = N° 3. 
Wesen (suite). — Ueber die Juden in Bosnien und Herzegovina. — Zur 
Geschichte, etc. (suite). = = N° 4. Ueber den jùdisch-spanischen 
Dialekt. = = N° 9. Das altfranzosiche bei Raschi. = = N° 10 et 11. 
Ueber die spanisch-portugiesischen Juden der Gegenwart. — Das altfran- 
zosiche, etc. (suite). 

Les études sur l'histoire des Juifs en Croatie, Slavonie et Dalmatie, sur 
le judéo-espagnol et sur les gloses françaises dans Raschi sont particu- 
lièrement intéressantes. — Nous n'avons pas les n os 5, 6 et 8. 

Fraternitatea (Bucbarest, hebdomadaire). 4 e année. = = N° 3 à 20. Do- 
cumente istorice previtoare la Evreii din Romania. 

Ces documents historiques sur l'histoire des Juifs en Roumanie sont 
très précieux. Nous y remarquons tour à tour des pièces de 1790 (du voivod 
Michel Constantin), de 1834, de 1710, de 1823 (Jean Stourdza), etc. 

Hebrœisclie Bibliographie TOflaft (Berlin, bimestriel). 21° année. = 
= N° 123-124, mai à août 1882. Cataloge. — Bibliotheken. — Elia del 
Medigo. — Grabschriften. — Kulturgeschichte. — Literaturgeschichte. — 
Abraham b. Schemtob (Bibago?). — Averroes. — Berkamani. — Ibn 
Efraim. — Feindesliebe. — Figura Sector. — Heirathsgesellschaften. — 
lnschrift. — Josef ha darschan. — Jus primée noctis. — Kanon des A. T. 
— Mordechai b. Jehosifja. 

Cataloge : Notes sur un catalogue de livres hébreux publié à Munich 
par M. R. M. Rabbinovicz, 1881. — Elie del Medigo : Analyse d'un ou- 
vrage de M. Dukas, de l'année 1876, avec notes, observations, additions, 
et extraits de deux mss. latins du Vatican. — Grabschriften : Sur les 
Ucchot abanim de M. Berliner, avec notes sur la transcription et l'in- 
terprétation des noms propres. — Kulturgeschichte : Sur un ouvrage 
d'Abraham Jagel. — Literaturgeschichte : Supplément à l'article sur Elie 
del Medigo. — Jefet Berkamani. — Société pour marier les jeunes filles 
pauvres, en Italie, 1644. — Jus : Dans un ouvrage sous ce titre, par 
Schmidt (Fribourg en Brisgau, 188l), il est traité, p. 163 à 175, du fait qui, d'a- 
près le Talmud, aurait amené le soulèvement des Macchabées. — Kanon : 
Article de L. Strack sur le canon de l'Ancien Testament, dans la Real En- 
cyklopœdie fur protest. Théologie, 2° édit. ; Leipzig, 1880, vol. VII, p. 412 
à 451. 

Der Israelit (Mayence, hebdomadaire). 23 e année. = = N° 5. Nochmals 
ein Wort ûber die Lage des Gardens Eden. == N° 9. Aus den Verhand- 



•298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lungen des preuss. Abgeordnetenhauses vom 25. Febr. (Stocker, etc.). 
= =3 N° 13-14. Eine erneute Verdâchtigung gegen das Schâchteo. 

Journal asiatique (Paris). 7 a série, tome XIX. = = N°l. E.Renan: 
Sur quelques noms arabes qui figurent dans des inscriptions grecques de 
l'Auranitide. — H. Sauvaire : Matériaux pour servir à l'histoire de la nu- 
mismatique et de la métrologie musulmane. =2 = N° 2. Sauvaire : Maté- 
riaux (suite). 

Renan : P. 19, quelques mots sur l'envahissement de la Syrie par les 
Arabes plusieurs siècles avant la naissance de l'islamisme. — Sauraire : 
Etude qui peut souvent être très utile pour les recherches archéologiques 
concernant la littérature des Juifs qui ont vécu en pays musulman. 

Das jiïdïsehe Uteraturblatt (Magdebourg, hebdomadaire). 11 e année. = 
= N° 1. Ein Beitrag zur Geschichte der Frankisten. — Jastrow : Be- 
merkungen zu D r Gebhard's Beitrâgen zur Erklârung griech. Wôrter in 
den Midraschim und Talmuden. 8= = N° 2. Ein Beitrag (suite). — Jas- 
trow (suite). 3= == N° 3. Caro : David's Testament. — Jastrow (fin). = =. 
N° 5. Ad. Jellinek : Galdos (auteur du roman Gloria, 1878, contre les 
préjugés religieux). = = N° 6. J. Minor : Historisches zurBerliner Juden- 
frage. — Recension der Gedenkeblatter an Ober-Cantor Salomon Sulzer. 
= — N° 7. Minor (fin, activité intellectuelle des Juifs de Berlin au com- 
mencement de ce siècle). = == N° 10. Eine neue jùd. Sekte in Russland. 
= = N° 12. Berthold Auerbach's Stellung in der deutschen Literature. 

— S. Friedmann : Ueber die Entstehungszeit der Septuaginta. '= = 
N° 13. Friedeberg: Kant und Mendelssohn. = = N° 14-15. Das Edikt 
vom 11. Mârz 1812. Zur Emancipationsgeschichte der Juden in Preussen. 

— S. Friedmann : Ueber unsere Pessach-IIaggadah. = = N° 16. Friede- 
berg (suite). — Das Edikt (suite). — Wolffsohn : Zur Geschichte des 
Aberglauben im Talmud. = === N° 17. Wolffsohn (suite; si Abraham 
était devin; le mauvais œil ; Aschmodai). 

Magazin fur die Wisscnschaft des Juden thums (Berlin, trimestriel). 
9° année. =r sr N° 1 . Eduard Baneth : Ueber den Ursprung der Sadukâer 
und Boëthosàer. — David Kaufmann : Berichtigungen und Erklarungen. 

— Aus Briefen. 

Baneth : Nous reviendrons sur ce travail, qui paraît devoir devenir fort 
intéressant, lorsqu'il sera plus avancé. — Kaufmann : Explications et cor- 
rections pour la partie hébraïque de l'année précédente. — . Notes de 
M. Halberstam sur le même sujet. — Aus Briefen : Lettre de M. Rosin 
sur la correspondance deRappoport publiée récemment par M. A. Harkavy 
et annoncée dans notre Bibliographie. 

Populïir wissenschaflliehe Monatsblatfer (Francfort-sur-Mein, men- 
suel). 2 6 année. = = N° 1. A. Stein : Aus dem Leben der Juden in Ara- 
bien. — H. Friediander : Geschichtsbilder aus der nachtalmudischen 
Zeit. — David : Semitisches und Antisemitisches in Oesterreich-Ungarn. 

— Eine neue jûdische Secte in Russland. — Personalien. = = N° 2. 
Stein: Aus dem Leben (suite). — Friediander: Geschichtsbilder (suite). 

— D. Sel ver : Anti-Dùhring. — Literarische Mittheilungen. a= = N° 3. 
A. Rosenberg : Das Judenthum und die Nationalidee. — Friediander : 
Geschichtsbilder (suite). — Referate, Personalien. = = N° 4. A. Rosen- 
berg (suite). — Die Leichenfeier Berthold Auerbach's. — Referate, Per- 
sonalien. 83 = N° 5. Griinebaum : Zur Geschichte der Juden in der Pfalz. 



BIBLTOr.KAPIIlK 299 

— David: Semitiscbes und Antisemitiscbcs in Oestetreioh 'suite). — 
Mittbeilungen, Referate. =~N° 8. Grùnebaum : Gescbicbte (suite). — 
David: Semitiscbes (suite). — A. Rosenbcrg : Das Judentlimn (fuite). — 
Duscbak : Tiericbes Strafrccbt. — Referait 1 . 

N° 1. — Stein : La vie juive en Arabie, principalement d'après Eben 
Sappir. — Friedlander : Mordechai Meisel, de Prague (né 1528) ; R. Lowe 
b. Bezalel, né 1525; R. Jesaias Ilurwitz, né 1570. — Personalien : 80* an- 
niversaire de la naissance de M. le chevalier Josef de Werlheimer, à 
Vienne, 24 octobre 1881. 

N° 2. — Friedlander : R. Joël Serkcs, né à Lublin, vers 1500 ; R. Lip- 
pmann Heller, né à Wallerstein en 1579. 

N° 3. — Rosenberg : Sur l'idée de nationalité et l'importance qu'elle a, 
surtout depuis les agitations antisémitiques. — Friedlander : Menasche b. 
Israël. — Personalien : Mort de Simon Szanto, directeur de la Neuzeit, de 
Vienne, le 17 janvier 1882; né le 13 août 1819 à Gross-Kanisza. Mort de 
Berthold Auerbach à Cannes, le 8 février 1882; né à Nordstettcn le 15 fé- 
vrier 1882 (voirn 4, p. 90). 

N° 5. — Grùnebaum : Histoire des Juifs du Palatinat. Renseignements 
sur Spire datant de 1010; sur Landau, datant de 1291 ; sur Kaiserslautern, 
datant de 1315, etc. — Friedlander : Uriel da Costa et Spinoza. — Recen- 
sion de Laroche, drame en cinq actes de Ferdinand Ludwig Neuburger 
(Frcf s/m, 1882), où est traitée la question du mariage d'un juif avec une 
chrétienne. 

N° 6. — Grùnebaum : Suite, épisodes de la peste noire à Mayence, à 
Landau, Strasbourg, Spire. Un enfant chrétien disparu à Strasbourg, en 
1539 ; etc. — Duschak : Sur la législation mosaïque relative au traitement 
des animaux, à propos d'un article de M. Lacagne, professeur de droit pé- 
nal à Lyon, dans la Revue scientifique. 

Monatsschrift fur Geschicht© und Wissenschaft des Judenthums 

(Breslau, mensuel). 31 e année. = = N° 4. W. Bacber : Die Agada der 
Tannaiten. — A. Harkavy : Eine von Saadia Gaon bestatigte Décision 
des Exilarcben David b. Sackai. — A. Harkavy : Karâiscbe Deutung des 
Wortes mamzêr. — J. Landsberger : Gescbicbte der Juden in der Stadt 
Stendal vom Ende des 13. Jabrb. bis zu ibrer Vertreibung im J. 1510. — 
Jastrow : Notiz (I. Ein alter Copistenfebler ; II. Eine wandernde Corrup- 
tion). ===== N°5. Grsetz : Das Deborab-Lied. — W. Bacber : Die Agada 
(suite). — J. L. : Miscellen. 

N° 4. — Bâcher : Jochanan b. Zakkai, sa vaste érudition, son applica- 
tion à l'intelligence des textes bibliques. — Harkavy : Texte d'une formule 
pour la confirmation d'une décision de l'Exilarque de Babylonie, David, 
par Saadia, chef de l'Académie de Sora. C'est un document très précieux, 
tiré d'un ms. où se trouvent encore d'autres pièces de Saadia. — Har- 
kavy : Passage d'un commentaire caraïte du Deutéronome où le nom de 
manuêf est appliqué aux Khozars. Les Caraïtes leur ont peut-être donné ce 
nom à cause de l'attachement des Khozars aux rabbanites. — Jastrow : 
I.Les mots i-ûS àiïTIlD dans Gittin, Ha, doivent être lus "H33ÎTID (^"OD 
venant de "v^ pour "Hà) ; c'est la corvée appelée parangaria. II. Corruption 
de mots de la même racine, Bai. Mec, 83 b -. tt2"|}î"ï1D pour Rt3*liWT®, 
parant/entes, celui qui est requis pour la corvée. 

N° 5. — Graetz : Explications ingénieuses de nombreux passages du 
Cantique de Débora. — Bâcher i Zadoc, Eléazar b. Zadoc, Hanina, chef des 
prêtres, Nehunja b. Haccana, Nahum de Gimzo, Ben Paturi (Sifra, Lév. 
25, 36, et B. Mec, 62 a), Eliézer b. Jacob, José Haccohen. — J. L. : Ex- 
plication de divers mots talmudiques : i J"1"1lû" i P — centurion, dans Sifré, 
Balac, 131, p. 47, édit. Friedm. ; etc. 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ftlosè, Antologia israelitica (Corfou, mensuel). 5 e année = = N° 4. 
P. Perreau : Intorno al comento inedito ebreorabbinico del R. Immanuel 
b. Salomo sopra Giobbe. — S. Morais : Autobiografîa di S. D. Luzzatto 
(suite). — M.Mortara : Notizia di alcune raccolte di Consulti mss. di Rabbini 
italiani possedute da Marco Mortara. = = N os 5 et 6. Perreau (suite). 
Mortara (suite). 

Les notices de M. Mortara sur les consultations rabbiniques qu'il possède 
contiennent des renseignements historiques utiles. 

Palestine Exploration Fund (Londres, trimestriel). = = Avril 1882. 
Captain Conders Reports. — A. M. Mantelli : Jérusalem, newly discove- 
red Church. — C. R. C: Note on prebistoric remains in Western Pales- 
tine. — C. R. C: Tbe Siloam Tunnel. — W.Wright: Kadesh on tbe 
Orontes. — Assyrian discoveries near Bagdad. — E. A. Finn : Cromlechs 
onthe East of Jordan. — C. Pickering Clarke : The Mountain of the Scap 
Goat. 

Conder : Description de nombreux cromlechs, restes d'un ancien culte, 
à l'est du Jourdain et de la mer Morte, aux environs de Hesban. M. C. 
croit pouvoir identifier les principaux groupes de cromlechs avec Bamot- 
Baal, et les sanctuaires de Baal Peor, de Baal Peor en face de Jesimon- et 
de Baal Peor dans la vallée du Jourdain, où est Sittim, localités et monu- 
ments mentionnés dans le Pentateuque. Description de constructions à 
Amman et à Arak el Emir. — Note... : Monuments de pierre près de 
Jérusalem et à Gezer. — Siloam tunnel : Plan du tunnel maintenant cé- 
lèbre par l'inscription de Siloé. Ce tunnel part de la fontaine de la Vierge, 
se dirige à l'ouest, puis descend au sud, où il est encore obligé de faire un 
coude pour se diriger, à l'ouest, sur la fontaine de Siloé. Ce tracé capri- 
cieux est dû à l'inexpérience des mineurs ou à la dureté plus ou moins 
grande de la roche. Ce qu'il y a de curieux et d'intéressant dans ce plan, 
c'est que vers le milieu du tunnel, le tracé fait un certain nombre de zig- 
zags très courts. C'est là probablement que se sont rejoints, après des tâ- 
tonnements, les deux tronçons du tunnel qui a été commencé aux deux 
bouts. En se rapprochant les unes des autres, les deux brigades de mi- 
neurs qui avaient entamé le tunnel aux deux extrémités s'aperçurent 
qu'elles ne se rejoindraient pas, et durent faire ce tracé en zigzag pour se 
rencontrer. M. J. Derenbourg a déjà fait ces remarques dans la Revue, III, 
p. 165. 

Israelitischer Reichs-Bote (Francfort-s.-M., hebdomadaire). 7° année. = 
= N° 35-36. Karl Pick : Die Juden in Bôhmen im 14. Jahrhundert 
(d'après Israelitischer Lehrerbote?). = — N 0s 39 à 42. Samuel Oppen- 
heimer (suite). 

Itevue de l'histoire des religions (Paris, bimestriel). 3 e année, tome V. 
= =N°1, janvier-février. M. Vernes : Les plus anciens sanctuaires des 
Israélites. — La foi en la rédemption et au médiateur. — Périodiques et 
sociétés savantes. = = N° 2, mars-avril. St. Guyard : Bulletin de la re- 
ligion assyro-babylonienne. — Périodiques et sociétés savantes. — Biblio- 
graphie. 

N° 1. — Vernes : Le premier de ces sanctuaires est celui qui fut établi 
par Mika [Juges, XVII et XVIII), et dont la tribu de Dan enleva l'image 
et le prêtre pour les installer à Laïsch. Les adhérents de ce culte prétendent 
que leur dieu a été desservi par Jonathan, fils de Gersom, fils de Moïse, 
mais ce nom de Moïse aurait été substitué par eux à celui de Manassé 
(XVIII, 30; Reuss, ad. loc). Un sanctuaire plus important a été celui de 
Silo, renfermant une arche, probablement avec une pierre sacrée. Ces repré- 



BIBLIOGRAPHIE 301 

sentations élémentaires de Dieu étant partout plus anciennes que les idoles 
ou images, le sanctuaire de Silo, avec son arche et sa pierre, a été ou pré- 
tendait être un des plus anciens. Il a survécu à la prise de l'arche par les 
Philistins, et peut-être existé jusqu'à la chute du royaume des dix tribus. 
Sichem, ancienne ville sainte de la Palestine et qui n'a jamais oublié sa 
gloire passée, avait un temple de Baal Berit, un chêne sacré, une stèle, 
symbole de Dieu, consacrée de nouveau et rendue saiute par Abraham et 
Jacob. A Ofra, près Sichem, était l'idole en or de Gédéon-Yerubbaal, un 
autel, un pic sacré (aschéra). A Bétel se rattache le souvenir de la pierre 
élevée par Jacob et du culte fondé par les dix tribus dissidentes. Guilgal, 
où Josué, après le passage du Jourdain, fit ériger douze pierres, fut aussi 
le centre fameux d'un culte. M. V. croit que le récit de Josué, xxn, con- 
cernant l'autel construit avant (?) leur retour dans leur territoire par les tribus 
transjordaniques, a pour objet de légitimer et de justifier, au point de vue 
ortbodoxe, l'érection d'un autel à Guilgal. Enfin Gabaou a eu, avant la 
construction du temple par Salomon, un sanctuaire vénéré. Si l'on se rap- 
pelle que les prêtres des sanctuaires locaux devaient, après la conquête du 
pays par les Hébreux (cf. Ezéch., xliv, 10-14), servir comme coupeurs 
de bois et porteurs d'eau au temple des Hébreux, on comprendra ce que 
signifie le curieux épisode des Gabaonites raconté au livre de Josué. 11 
constate que le clergé indigène de Gabaon est soumis au Dieu des conqué- 
rants. Mais Gabaon garde encore une certaine importance, comme le 
prouve le sacrifice que ses prêtres accomplissent sous David, lors de la fa- 
mine, les sacrifices que Salomon fait dans cette ville, et l'attention excep- 
tionnelle que la Bible accorde aux Gabaonites. 

N° 2. — Guyard : On a inventé, dans ces dernières années, une langue 
dite sumérienme ou accadienne, qu'on a voulu retrouver dans les textes 
cunéiformes, et cette langue n'étant pas sémitique, mais étant, d'après les 
savants qui appuient cette théorie, antérieure à l'assyrien, on en a conclu 
que l'écriture cunéiforme et la civilisation assyrienne devaient leur origine 
à une race non sémitique. C'est M. Jos. Halévy qui a le premier, et avec 
une grande énergie, combattu cette théorie. M. St. Guyard se rattache à 
l'opinion de M. Halévy et montre que le prétendu suméro-accadien 
n'existe pas. 

The Hebrew-Review (Cincinnati, trimestriel), 2 e volume. = = N° 3. 
M. Lilienthal : The Jew a riddle. — Thomas d'Aquino in the Jewish lite- 
rature (d'après Ad. Jellinek). — M. Lilienthal: TTn;»nn tfb or the Blood 
Covenant. 

Lilienthal, The Jew : Apologie des Juifs. — Lilienthal, Blood Covenant : 
Coutumes diverses chez les peuples, qui expliquent la défense de la Bible de 
se percer les chairs (Deut., xiv, l). 

L'Univers israélite (Paris, bi-mensuel). 37 e année. r==N° 11. Schuhl : 
Préventions des Romains contre les Juifs. = = N° 16. La Chalitsa de- 
vant la loi française, lettre de M. Wogue et de M. Ch. Lyon-Caen, pro- 
fesseur à la Faculté de droit de Paris. 

La Veu del Montserrat (Vich). = = Numéro du 22 avril 1882, p. 123. 
Andreu Balaguer y Merino : Apuntacions de bibliografia Catalana. En 
Dalmau Planes y son tractact d'Astrologia que li feu escriure lo rey en 
Père III de Catalunya y IV d'Arago. 

Nous avons analysé, dans le tome III de la Revue, p. 138-130, un travail 
de M. Steinschneider sur des tables astronomiques rédigées par Pierre 
Gilebert et son élève Dalmacius Planes, et remaniées, dans un certain 
système, pour le même roi, par un Juif castillan appelé Jacob Carsium. 
M. St. avait cherché à fixer la date de l'ouvrage original et du remaniement 



302 REVUE DES ETUDES JUIVES 

par Jacob Carsium ; il en était venu à cette conclusion que l'ouvrage de 
Jacob Carsium avait été composé vers 1360 ou un peu plus tard, et que le 
roi pour lequel furent faits et cet ouvrage et celui de Gilebert et de D. Pla- 
nes, n'était pas, comme le dit le prologue du ms. latin 10,263 de la Biblio- 
thèque nat. de Paris, Pierre III, roi d'Aragon, mais Pierre IV. M. An- 
dréa Balaguer y M. vient de faire une découverte qui confirme l'hypothèse 
de M. St. et résout la question. Cette découverte consiste en trois pièces 
dont voici l'analyse : 1. Le roi Pierre, en récompense des services à lui 
rendus par Dalmatius Planes, et en dédommagement des dépenses faites par 
celui-ci, pour certains livres d'astrologie qu'il a traduits (tradidistis) pour 
le roi, lui accorde 300 florins d'or d'Aragon. Donné à Barcelone, le 6 jan- 
vier 1367 (Areh. génér. delà couronne d'Aragon, registre 1344, f° 22 v°) ; 
2. Reçu de 300 florins, signé par Dalmacius Planes, à Barcelone, le di- 
manche 24 janvier 1367 (Arch. des protocoles du district notarial de Barc, 
manuel des écritures du notaire Guillem de Sant Hilari) ; 3. Le roi Pierre 
mande à son trésorier à Barcelone que Dalmau Planes, à qui il a promis 
12 livres pour une grande et solennelle œuvre qu'il a faite, se plaint qu'il 
lui reste dû encore une grande partie de cette somme ; le roi ordonne qu'on 
lui donne tout de suite un à compte et qu'on lui paie le reste dès qu'il sera 
possible. Donné à Saragosse le 31 décembre 1381 (Arch. gén. de la cour. 
d'Aragon, reg. 1270, f° 41 r°). Pierre III d'Aragon, qui est Pierre II de 
Catalogne, a régné de 1276 à 1285 (à corriger, Revtie, ibid., p. 139), ce n'est 
donc pas lui qui est mentionné dans ces pièces. Pierre IV d'Aragon, qui 
est Pierre III de Catalogne, a régné de 1335 à 1385 (la conquête de la Sar- 
daigne avait eu lieu en 1324, non en 1297; à corriger ibid.). C'est ce Pierre 
qui a commandé des travaux astrologiques à Dalmatius Planes, c'est lui 
aussi qui est mentionné dans le prologue du ms. de Paris sous le nom de 
Pierre III (de Catalogne), roi d'Aragon, de Valence, etc. 

Il Vessillo israelitico (Casale-Monferrat, mensuel). 30 e année. = = 
N° 3. A. Pesaro : Cenni storici sulla comunità isr. di Cento. — F. Servi : 
Samuel Romanelli (né à Mantoue le 17 sept. 1757 ; sou épitaphe ; mort à 
Casale, 17 oct. 1814). 

Zeitschi'ift dei* deutschen morgenlàndisclien Geseilschaft (Leipzig, 
trimestriel). 36 e vol. = = N° 1. Nôldeke : Article sur l'ouvrage : Wo lag 
das Paradies? de Fried. Delitzsch (voir Bévue, III, p. 290). 

Allgcmeine Zeitmtg des Judcnthums (Bonn, hebdomadaire). 45° année. 
= = N° 28. M. J. Schleiden (notice nécrologique; voir la Chronique). 
= = N 0s 30-31. Moses Mendelssohn und der Rector Damm. = = N° 34. 
Teatru israelit (le théâtre israélite à Bucharest, d'après la Gazette de Co- 
logne). ■=. = N° 40. Heinrich Heine als deutscher Patriot. = = N° 46. 
Alexander von Humboldt und die Juden (extrait d'une lettre du 12 sept. 
1836). = =N° 48. Auch ein Curiosum (si les Peaux-rouges descendent 
des dix tribus, etc., dans Otto Reventlow, Amerik. Skizzen). == N° 50. 
Ludvvig Barnay und Uriel Acosta im Grand-Theater zu Amsterdam. 

Isidore Loeb. 



BIBLIOGRAPHIE 303 



Le Mistére dn Viol Testament, publié, avec introduction, notes et glossaire, 
par le baron James de Rothschild. Tome III. Paris, libr. Firrain Didot, 1881. 
In-8° de cxi-428 pages. 



C'est avec une douloureuse émotion que 'nous annonçons cet ou- 
vrage posthume de notre regretté président de la Société des Études 
juives. La publication du Mistére du Viel Testament, qu'il avait 
commencée pour la Société des Anciens Textes français, est une 
œuvre de longue haleine à laquelle il consacrait, depuis quelques 
années, sa vaste érudition et tous ses soins de savant consciencieux. 
Quoique d'autres mains que les siennes soient appelées à l'achever, 
elle laissera, dans la littérature française, un témoignage touchant 
de son goût pour la science et un souvenir des plus honorables pour 
le nom illustre qu'il a porté. 

C'est lui-même qui avait imprimé, dès le printemps de 1881,1e 
texte de ce troisième volume ; il a préparé en grande partie l'introduc- 
tion de ce volume, qui a été complétée par ses amis. 

L'introduction est précédée d'un extrait du discours prononcé par 
M. Gaston Paris, président de la Société des Anciens Textes fran- 
çais, le 21 décembre 1881, à la séance générale de cette assemblée. 
Nous devons à la mémoire du président qui a fondé notre Société de 
reproduire ici quelques-unes des paroles prononcées par M. Gaston 
Paris. 

Le baron Nathan-James-Edouard de Rothschild est né à Paris le 
28 octobre 1844 ; il a été enlevé à sa famille et à ses amis le 25 oc- 
tobre 1881. C'est lui qui, en 1874, à Vichy, eut l'idée de fonder la 
Société des Anciens Textes français. Il en parla à M. Gaston Paris. 
« Nous y avons pensé plus d'une fois, lui répondit M. Gaston Paris, 
mais nous craignons un insuccès. Les affaires de ce genre ont un côté 
temporel qui nous est étranger et qui nous effraie. — Sa proposition 
me fit cependant réfléchir, continue M. Paris, et le lendemain, je lui 
dis en l'abordant : Eh bien ! la société dont vous me parliez hier, nous 
la fonderons si nous pouvons la présenter comme ayant pour tré- 
sorier le baron James de Rothschild. — J'y consens de grand cœur, 
dit-il aussitôt, et la Société existait l'année suivante. Vous savez 
quel intérêt il a toujours porté à nos travaux et quel précieux con- 
cours il nous a donné et valu. Qu'il fût un trésorier hors ligne, c'est 
ce qu'on pouvait attendre ; qu'il fût en même temps un donateur li- 
béral, on n'en était pas non plus étonné; mais ce qui surprit fort 
ceux qui ne le connaissaient que de nom, ce fut de trouver en lui 
un excellent éditeur de textes. Je ne parlerai pas ici des ouvrages 
qu'il a publiés ou commencés ailleurs et qui auraient justement 
fondé la réputation d'un littérateur sérieux ; mais le Mistére du Viel 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Testament, dont il a pu nous donner deux volumes, — et dont la 
suite, grâce à la générosité de M me la baronne James de Rothschild et 
à l'active amitié de M. Emile Picot, ne nous fera pas défaut, -— est 
une publication hors ligne. Pour les soins à donner au texte, le 
baron James étonnait parfois les éditeurs les plus diligents par la ri- 
gueur de sa méthode et la minutieuse exactitude de son travail ; 
pour le commentaire, il a montré une information que peu de sa- 
vants auraient possédée au même degré... » 

Nous pouvons nous associer entièrement, dans les limites de notre 
compétence, à cet éloge. Il est justifié de nouveau par la Notice qui 
précède le troisième volume du Mistére. Ce volume, qui va du vers 
17,567 au vers 27,113, contient l'histoire de Joseph, la mort de Jacob, 
la captivité d'Egypte, la vie et la mort de Moïse. Nous remarquons, 
dans la Notice, les comparaisons, encore plus nombreuses que dans 
les volumes précédents, tirées de la littérature rabbinique : Gomment 
la femme de Putiphar était seule à la maison avec Joseph (p.xmlisez 
rascha, non roscha); pourquoi Putiphar était stérile (p. xvn); pour- 
quoi Pharaon fit tuer les enfants mâles des Hébreux (p. lxxxvii ; à 
la note 1 , lire Zunz, non Zung) ; etc. Le Midrasch connaît parfai- 
tement bien l'épreuve du charbon (pageLxxxvm). Aux pages xxvi à 
lxxxii, on trouvera une bibliographie extrêmement remarquable des 
pièces dramatiques dont Joseph est le héros : pièces latines (29 pièces), 
françaises (31 pièces), béarnaises (1 pièce), ladines (3 pièces), ita- 
liennes (9 pièces), espagnoles (10 pièces), anglaises (3 pièces), néerlan- 
daises (11 pièces), allemandes (28 pièces), danoises (1 pièce), suédoises 
(3 pièces), russes (2 pièces), serbo-croates (1 pièce), polonaises (1 pièce), 
celtiques (2 pièces), sans compter les différentes éditions, quelquefois 
très nombreuses, d'une même pièce et les traductions en langue 
étrangère, qui sont également énumérées. Les mêmes indications 
sur l'histoire de Moïse, qui a beaucoup moins occupé les dra- 
maturges, se trouvent p. lxxxix et p. xc ; puis p. xcvi à p. c, 
p. civ à cvi, p. ex à cxi. On peut apprécier par ces seules indications 
rétendue des recherches et le vaste savoir de M. le baron James de 
Rothschild. La lecture de son dernier ouvrage a réveillé dans nos 
cœurs le regret et la douleur de l'avoir perdu. 

Isidore Loeb. 



Torquemada. drame, par Victor Hugo. Paris, libr. Calmann Lévy, in-8° de 203 p. 



L'Inquisition est loin de nous, mais le souvenir de ses épouvanta- 
bles autodafé est encore si vif qu'on ne saurait prononcer son nom 
sans éveiller dans les cœurs un sentiment de douleur et de réproba-: 



BIBLIOGRAPHIE 308 

tion. M. Hyacinthe Loyson s'est donné une peine superflue lorsqu'il 
a récemment, dans une conférence publique, pris à parti sur ce sujet 
un prédicateur de Notre-Dame. L'Inquisition d'Espagne, au moins, 
avec sa procédure hypocrite, ses hideuses processions, ses cachots, 
ses tortures et ses bûchers, restera à jamais exécrée comme une des 
inventions les plus atroces du fanatisme religieux. Torquemada n'a 
point créé l'Inquisition, comme Victor Hugo paraît le supposer, car 
elle existait longtemps avant lui, sous un aspect moins barbare, il 
est vrai, dans le midi de la France, mais il l'a introduite en Gastille, 
il en a été la vivante incarnation. Victor Hugo l'a fait, en un sens, 
trop grand. Son Torquemada est un génie sanguinaire, il effraie, il 
épouvante, il n'est pas, ce qu'il devrait être, haïssable et odieux. 
Lorsque, repaissant ses yeux du quemadero où gémissent ses vic- 
times, il lance au ciel son cantique sauvage (p. 475), on frissonne et 
on tremble comme devant un monstre, mais l'impression est plutôt 
physique que morale. Cet homme n'a pas la moindre conscience du 
mal qu'il fait, ce n'est pas un homme, avec un cœur et des entrailles, 
c'est une formule, un paradoxe, le massacre par amour, l'homicide 
par charité. C'est le sophisme d'un frénétique ou d'un halluciné. Ces 
théories féroces pouvaient hanter le cerveau de maint inquisiteur, et 
plus d'un, en y mettant beaucoup de bonne volonté, pouvait s'ima- 
giner qu'en brûlant les Juifs, l'Inquisition leur donnait une preuve de 
charité angélique, mais tout le monde sait qu'à ces beaux senti- 
ments s'en mêlaient d'autres beaucoup moins nobles. On n'était déjà 
pas si fanatique à la fin du xv° siècle, la politique avait bien sa part, 
une part très grande, dans les persécutions contre les Juifs. L'Inqui- 
sition aussi bien que le roi d'Espagne ne pensaient pas seulement au 
salut des âmes et aux intérêts du ciel lorsqu'ils dressaient les bû- 
chers en permanence sur les places publiques, et Torquemada n'était 
pas aussi inconscient, aussi irresponsable ni aussi séraphique qu'on 
pourrait le croire. Lors même qu'il eût été ce mystique sincère que 
nous représente Victor Hugo, sa sincérité ne pourrait pas l'absoudre. 
Son erreur est trop grave, son assurance trop grande, on n'a pas le 
droit de se tromper ainsi et à ce point. Il est bon de réfuter ses théo- 
ries, il faut aussi flétrir ses actes. Ils ne sont pas seulement condam- 
nables parce qu'ils sont absurdes et insensés, mais parce qu'ils sont 
cruels, inhumains, injustes, immoraux. Il n'y a pas de maladie men- 
tale qui justifie de tels forfaits. 

Victor Hugo ne les justifie pas, l'âme de l'humanité est en lui, il est 
le grand poète des misérables, le père miséricordieux des humbles et 
des malheureux. Mais, dans ce drame, son cœur s'est tu, impuissant 
peut-être à exprimer sa douleur. Ce qu'il a vu surtout c'est le côté 
extérieur, dramatique et terrible de l'Inquisition, les san-benitos, les 
cagoules, les bannières noires, les têtes de mort, les poteaux, les 
flammes, les têtes hurlantes des suppliciés. L'action du drame est 
peu de chose : Torquemada obtient du pape la permission d'intro- 
duire l'Inquisition en Espagne, il fait chasser les Juifs, humilie le roi 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et couronne son œuvre en sauvant à sa manière, toujours par 
pur amour, un jeune prince qui l'avait tiré de Vin-pace où il 
allait mourir. La plus belle partie de l'œuvre sont les trois ou 
quatre tableaux qui la résument. Celui qui termine le prologue 
(p. 57) et où Torquemada descend marche à marche dans Vin-pace, 
serait, à la scène, d'un effet prodigieux. Tout aussi dramatique est 
la rencontre de Torquemada avec François de Paule (p. 113), son 
irruption chez le roi au moment où celui-ci va céder à la prière des 
Juifs et révoquer l'édit d'expulsion (p. 171), son grand monologue du 
quatrième acte dont nous avons parlé plus haut. Mais cette figure 
grandiose parle aux yeux. Les personnages du drame sont pitto- 
resques, magnifiques, mais unis, nus et de bronze. L'âme humaine 
est plus variée et compliquée que cela. Le pape signe en riant 
l'édit que lui demande Torquemada (p. 128), on sait cependant qu'il 
n'y a pas mis cette désinvolture et que la bulle n'a été accordée 
qu'après d'assez longues négociations. Le pauvre Moïse b. Habib, 
le grand rabbin (pourquoi Victor Hugo a choisi justement ce nom, 
nous ne saurions le dire), se répand en lamentations éloquentes 
(p. 162), mais sa plainte n'a qu'une note, le gémissement; le dis- 
cours que la jeune juive de Montesquieu adresse à l'Inquisition est 
bien plus fort, dans sa simplicité, et plus touchant. Le seul person- 
nage qui s'exprime comme un homme, c'est François de Paule 
(p. 123). Sa parole est douce, comme il convient au bon ermite, il n'y 
manque qu'un peu plus de fermeté et d'accent. Cette protestation 
énergique que nous aurions souhaitée, il aurait fallu la placer dans 
la bouche d'un Juif ou dans celle d'un grand d'Espagne. Il aurait 
parlé au nom du christianisme, au nom de la morale et des intérêts 
de l'État. A côté des effusions lyriques de Torquemada, il eût été bon 
et consolant de faire entendre la voix de la raison, delà justice, de la 
religion, de l'humanité. Quelque politique sage et modéré, quelque 
évoque véritablement pieux s'en serait chargé. Et nous aurions été 
tout à fait soulagés si un chevalier de tempérament moins calme ou 
un Juif moins endurant nous avait donné ce spectacle d'une bonne 
explosion de colère et d'indignation. 

Isidore Loeb. 



La Juive, poésie par Henry Gréville, dans la Bévue politique et littéraire, 
du 7 janvier 1882, p. 23-26. 



L'histoire qui se déroule en traits rapides dans « La Juive » n'est 
empruntée à aucune chronique. L'action se passe dans a une ville 



BIBLIOGRAPHIE 307 

d'Espagne », on ne sait laquelle. Ni la Juive ni son fils ne portent 
un nom. De telles indications trop précises auraient pu diminuer la 
portée morale de la pensée philosophique. Le plaidoyer daté de lé- 
vrier 1876, est prononcé non point en faveur d'un individu, mais en 
faveur d'une race. Ce que l'auteur se propose, c'est de flétrir non 
point quelques hommes, mais de vieilles institutions et de nouvelles 
tendances où l'on cherche à les faire revivre. 

La Juive vivait ignorée dans une ville d'Espagne, se tenant à 
l'écart « tout au bout du faubourg», habitant sa hutte et son tout 
petit jardin avec son fils, sans qu'on s'occupât, dans l'humble voisi- 
nage, de sa foi judaïque, lorsque la très sainte Ilermandad, dont « le 
feu vorace» lui avait jadis dévoré son mari, parvint à découvrir le 
secret de son origine, et la fit saisir avec l'enfant. 

Une Juive authentique, ah ! la belle capture ! 

La mère, conduite devant «le juge triomphant», avoua tous ses 
méfaits et refusa d'abjurer. Mais, par un mensonge pieux, elle vou- 
lut sauver l'enfant. Ce n'était pas son fils, dit-elle; elle avait volé cet 
enfant à Séville, ayant eu le malheur de voir mourir le sien. Le len- 
demain matin, lorsque l'aube parut, les juges vinrent en pompeux 
équipage chercher leur précieuse conquête. L'Inquisiteur ne voulut 
même point permettre que, par un dernier baiser, la mère, « bête 
immonde », souillât l'innocence nouvelle de ce jeune chrétien 
ressuscité par le Saint-Office. Et la procession l'emporte de force au 
milieu du tapage : 

L'église triomphante acclamait sa victoire ; 
La Juive succomba. . . Levant son œil hagard, 
Elle appela son fils. L'enfant dans son. regard 
Connut la vérité 1 « Mère! » dit-il. La flamme 
Montait. . . La femme juive à Dieu rendit son âme 
Heureuse et consolée, et ne regrettant rien. 

Son fils n'oublia point, et ne fut pas chrétien. 

Le lecteur me pardonnera d'avoir reproduit, dans un recueil en- 
tièrement consacré à la science, le sujet et quelques vers de ce petit 
drame où la grandeur des idées est encore rehaussée par la simpli- 
cité sans apprêt du style et la noble pureté de l'expression. Je sou- 
haite d'avoir pu mettre, dans ma courte analyse, quelque chose de 
l'admiration que m'a fait éprouver la lecture de cette poésie. 

IL D. 



CHRONIQUE 



L'allé Grégoire. — Un comité s'est formé à Lunéville pour élever 
une statue à l'abbé Grégoire. Aucun personnage de la Révolution 
française ne mérite plus que ce modeste prêtre la reconnaissance 
des Juifs pour la part qu'il a prise à leur émancipation. On sait que 
c'est lui qui remporta le prix proposé par l'Académie de Metz sur la 
question de la situation sociale des Juifs. Son mémoire a été im- 
primé sous le titre de : Essai sur la régénération physique, morale 
et politique des Juifs..., par M. Grégoire, curé du diocèse de Metz 
(Metz, imp. Claude Lamort; Paris, libr. Relin, 1789). La même an- 
née, il écrivit sa Motion en faveur des Juifs, précédée d'une notice his- 
torique sur les persécutions qu'ils viennent d'essuyer en divers lieux, 
notamment en Alsace, et sur V admission de leurs députés à la Barre 
de VAssemllée nationale (Paris, Belin, 4789). Son Histoire des sectes 
religieuses est de 1814. Dans la séance de l'Assemblée nationale du 
3 avril 1789, il réclama l'intervention de l'Assembléepour faire cesser 
les persécutions en Alsace. Il plaida la cause de l'émancipation des 
Israélites dans les séances du 28 septembre 1789, du 28 janvier 1790, 
et ce fut sous sa présidence, dans la séance du 18 janvier 1791, 
qu'une motion fut faite pour régler définitivement cette question ; 
elle ne le fut cependant que le 27 septembre suivant. Après le pre- 
mier Empire, l'abbé Grégoire vécut pauvrement et nous nous rap- 
pelons qu'Adolphe Crémieux fut son avocat dans un procès qu'il 
soutint pour obtenir le règlement d'une pension que lui devait l'État. 

M. A. de Longpérier.— M. Henri- Adrien Prévost de Longpérier, 
membre de l'Institut, né à Paris le 21 septembre 1816, est mort le 
14 janvier 1882. C'était, parmi les savants français, une des person- 
nalités les plus remarquables et les plus sympathiques. M. de L. s'est 
aussi occupé des antiquités juives. Des communications de lui sur 
des sceaux juifs et sur la ville d'Hysope se trouvent dans la col- 
lection des Comptes-rendus de l'Académie des inscriptions, et une 
étude sur les pierres tumulaires hébraïques du Musée de Cluny, à 
Paris, dans le Journal des Savants. 

M. Lilienthal et la Russie. — Le D r Lilienthal, rabbin, né à Munich 
en 1815, est mort à Cincinnati, le vendredi 31 mars 1882. Sa biogra- 
phie forme un chapitre instructif de l'histoire des Juifs de Russie, 
sur lesquels se portent en ce moment l'attention et les sympathies 
de l'Europe. Il y a environ quarante ans, le nom de M. Lilienthal 



CHRONIQUE 309 

était dans tous les journaux. 11 a eu, à cette époque, son heure de 
célébrité. Une généreuse illusion l'avait conduit en Russie, où il 
devait, avec l'aide du gouvernement, régénérer les écoles israélites. 
De cruelles déceptions l'y attendaient. Après de louables efforts, 
rendus stériles par la politique changeante et finalement persécu- 
trice du gouvernement, il dut quitter ce pays le cœur plein d'amer- 
tume et de douleur. 

M. Lilienthal s'est d'abord fait connaître par un travail sur les 
manuscrits hébreux de la bibliothèque de Munich, publié dans le 
Beiblatt de YAllgem. Zeitung des Judentlmms, en 4 838 1 . Peu de temps 
après, il fut nommé prédicateur et directeur général des écoles israé- 
lites de Riga. Voici dans quelles circonstances. 

Riga était la seule ville de Livonie où, à cette époque, il fût permis 
aux Israélites de demeurer. La communauté israélite de cette ville 
se félicitait d'avoir deux siècles d'existence, elle trouvait sa situation 
tolérable, surtout depuis l'ukase du 4 3/25 avril 4 835, qui avait réglé 
et jusqu'à un certain point amélioré la situation des Juifs en Russie 2 . 
Elle avait le grand désir de fonder une bonne école et elle avait 
publié un appel pour trouver un directeur 3 . Cet appel fut renouvelé 
en 4 839, lorsqu'elle eut obtenu du ministère de l'instruction pu- 
blique un décret, daté du 4 2 juin 4 839, qui lui permit de lever un 
impôt spécial de 50 copeks pour l'entretien de cette école*. Les Israé- 
lites de Riga faisaient remarquer avec bonheur que cette école était 
la première école juive de Russie placée sous l'autorité de l'Univer- 
sité, comme toutes les autres écoles du pays 5 . L'école fut ouverte le 
4 5/27 janvier 4 840, sous la haute direction de M. Lilienthal c , qui 
paraît avoir été désigné pour ces fonctions à la communauté par 
M. le D r Philippson, directeur deYAllgemei?ie Zeitung des Judenthums. 
Les efforts pour la culture de la communauté étaient encouragés par 
le comte Ouwaroff, ministre de l'instruction publique 7 , qui, en 
toutes circonstances, montra les meilleures dispositions en faveur 
des Juifs. L'empereur Nicolas envoya même à l'intelligent prédica- 
teur une bague en brillants, en témoignage de satisfaction 8 . 

L'exemple de Riga porta ses fruits. Beaucoup d'autres commu- 
nautés russes voulurent avoir des écoles nouvelles. C'était l'empe- 
reur lui-même qui avait pris, dans le conseil d'État, l'initiative de 
mesures libérales pour le progrès de l'instruction parmi les Israélites. 
Une enquête avait été ouverte pour cet objet, et, le 45 janvier 4 841, le 

1 P. 49 et ss. 

2 La traduction de cet ukase important se trouve dans VAllgemeine Zeitung des Ju- 
dentlmms, 1840, p. 147 et ss. Nous avertissons ici qu'à moins de mention contraire, 
toutes les citations de cet article sont tirées de ce môme journal. 

3 1837, p. 410 et 414. 



■il 



4 


1839, 


p. 


81. 








5 


1839, 


P 


390. 








6 


1840, 


P- 


174; 


221, 


269, 


339. 


7 


1840, 


P- 


527. 








8 


1840 


p. 
T 


651. 
IV. 









310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ministre de l'instruction publique avait appelé M. le D r Lilienthal 
à St-Pétersbourg K M. L. fut chargé de chercher des professeurs 
en Allemagne et de préparer les plans, programmes, projets néces- 
saires pour une vaste œuvre de réorganisation des écoles juives. Le 
6 mars, de retour à Riga, il pouvait déjà dresser une liste de plus de 
200 candidats aux fonctions d'instituteur. 

Cependant les papiers restaient au ministère et les candidats se 
découragèrent. Au mois de décembre 4 841, un Israélite de Wilna 
s'entretint des écoles de sa ville avec le ministre et il fut convenu 
entre eux que M. L. se rendrait dans cette ville pour étudier la 
question. Il y alla en janvier 4 842 a . La communauté avait déjà 
réuni un fonds de 5,100 roubles pour la fondation de l'école et tout 
semblait annoncer que le projet aboutirait promptement. Cependant 
il y eut certaines résistances dans la communauté. Il ne manquait 
pas de gens pour dire que l'instruction sans l'émancipation rendrait 
les Juifs malheureux, parce qu'ils deviendraient beaucoup plus sen- 
sibles à l'infériorité légale dont ils étaient frappés, et que les jeunes 
gens élevés dans les écoles formeraient une classe de mécontents qui 
se plaindraient des hommes et de Dieu. L'Etat et la religion avaient, 
à leurs yeux, un égal intérêt à ne pas donner à la jeunesse israélite 
une éducation qui serait en désaccord avec la situation légale des 
Juifs en Russie. Ce raisonnement était en partie fondé, si aucun rai- 
sonnement pouvait prévaloir contre la nécessité de l'instruction, 
mais une grande partie de la communauté juive de Wilna désirait 
ardemment améliorer les écoles Israélites. On a, dans les lettres 
d'un témoin oculaire, le tableau très animé des discussions, des 
luttes, des espérances et des craintes qui partageaient la commu- 
nauté et avaient enflammé les esprits 3 . 

Avant que rien ne fût arrêté à Wilna, les Israélites de Minsk 
avaient appelé M. L. pour les aider également à fonder une bonne 
école. Cet appel parut immédiatement suspect à ceux qui connais- 
saient cette communauté. Elle passait pour un des centres les plus 
ardents de l'orthodoxie aveugle et de ce fanatisme particulier appelé 
en Russie le hassidisme. Les amis de M. L. craignirent un piège et 
le dissuadèrent, mais en vain, de se rendre dans cette ville. Leurs 
appréhensions furent justifiées par l'événement. M. L. fut mal 
accueilli, accablé d'insultes et de calomnies. Ce qu'il y eut de plus 
fâcheux dans cette aventure, c'est que l'opposition qui avait éclaté à 
Minsk enhardit l'opposition d'abord timide de certains Israélites de 
Wilna. D'un autre côté, les amis de M. L. dans cette ville avaient 
fini par le trouver trop tiède, trop enclin à respecter les scrupules 
religieux des orthodoxes, ils ne lui prêtèrent plus un appui aussi 
énergique. Le quatrième jour de Pâque, il y eut, à Wilna, une 



1 1842, p. 603. 

2 1842, p. 89 et 183. 

3 B. Mandelstatnm, CutturUld^', Wien, 4877, 2 e partie, p. 19 et ss. 






CHRONIQUE ;!ll 

assemblée générale de la communauté où les adversaires de l'école 
combattirent avec la dernière énergie. La lutte ne fut pas décisive, 
mais les passions étaient excitées au plus haut point et M. L. lui- 
même ne conserva pas, dans ces pénibles circonstances, toute l'éga- 
lité d'âme qu'il aurait fallu l . Il était blessé, irrité, il ne voyait de 
salut que dans l'intervention active du gouvernement. D'après lui, 
le ministre de l'instruction publique avait à dessein laissé la crise se 
produire et se développer, afin de connaître l'état des esprits dans 
chaque communauté et d'abandonner les communautés où la majo- 
rité était contraire aux écoles. 

Le 13/25 avril, M. L. se rendit à Saint-Pétersbourg, pour rendre 
compte de son voyage au ministre, et, sur la proposition de celui-ci, 
l'empereur signa, le 22 juin/4 juillet, un ukase dont voici les princi- 
pales dispositions : Par un rescrit impérial du 19/31 août 1827, toutes 
les écoles existant dans l'empire, sauf les écoles militaires et ecclé- 
siastiques, ayant été mises sous la direction du ministère de l'instruc- 
tion publique, celui-ci était maintenant chargé d'appliquer cette 
mesure à toutes les écoles des Juifs, écoles primaires, écoles rabbi- 
niques, etc. Une commission provisoire, composée de quatre rabbins, 
un pour chacun des gouvernements où demeurent des Juifs, sera 
nommée pour contribuer à l'exécution de la mesure ; elle siégera à 
Saint-Pétersbourg. En outre, sur la proposition du ministre de 
l'instruction publique, M. L. fut chargé par l'empereur de parcourir 
tous les gouvernements russes habités par les Juifs, afin de faire de 
la propagande en faveur des^ écoles. Il dut se mettre en route le 
30 juillet/11 août, et une somme de 10,000 roubles fut mise à sa dis- 
position pour frais de voyage. Une lettre-circulaire du comte Ou- 
warofT, ministre de l'instruction publique, aux gouverneurs, datée 
du 23 juillet/ 4 août, annonçait en excellents termes l'intention for- 
melle de l'empereur de placer les écoles juives sous la direction du 
ministère et d'améliorer ces établissements, en même temps qu'elle 
leur recommandait de bien accueillir et de seconder le directeur des 
écoles israélites de Riga, le rabbin D r Lilienthal. Enfin, une lettre du 
même ministre, datée du 22 juillet/3 août, contenait des instructions 
précises pour M. Lilienthal : 

« Votre itinéraire passe par Riga, Mitau, Kowno, AVilna, Minsk, 
Grodno, Bialistock, Zitomir, Berditschew, Kamenecz-Podolsk, Kischi- 
new, Odessa, jusqu'à Cherson; de là, vous passerez dans le gouver- 
nement de Kiew et irez à Kiew par Uman ; puis vous continuerez 
votre route par Tschernigow, Mohilew et Witebsk, pour revenir à 
Saint-Pétersbourg. » 

La lettre prescrivait ensuite à M. L. la conduite suivante : Visiter 
partout les autorités civiles et scolaires, expliquer aux Juifs les 
intentions de l'empereur, tâcher d'obtenir d'eux le vote des ressources 
nécessaires, visiter leurs écoles existantes> recueillir sur elles des 

» 1842, p. m. 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

renseignements statistiques, s'enquérir des jeunes gens instruits et 
de valeur, dont le concours pourrait être utile ; enfin, tâcher d'être 
de retour avant le 4 5 octobre. A cette époque, les séances de la com- 
mission spéciale des quatre rabbins seront ouvertes, et M. L. avait 
reçu du ministre la permission d'y inviter sir Moses Montefiore et 
Grémieux. Après que la commission aurait délibéré, on se proposait 
de demander l'appui et le concours financier des Israélites des autres 
pays. 

Avant d'entreprendre son voyage, M. L. rédigea en hébreu, sous le 
titre de ÏW£^ TOa, une espèce de manifeste où il s'efforçait de pré- 
parer les esprits et de les convaincre de l'utilité de l'œuvre \ 

Les communautés juives parurent heureuses de l'accueillir. Des 
lettres de Mohilew, où M. L. se trouvait en octobre, de Varsovie et 
de Berditschew, indiquaient, chez les populations israélites, un véri- 
table enthousiasme 2 . Il en fut de même à Odessa, lorsque M. L. y 
vint à la fin du mois d'octobre*, à Kischinew 4 . Le 14/26 janvier 4 843 
M. L. était de retour à Saint-Pétersbourg et comme il craignait que 
sa mission ne durât encore longtemps, il donna sa démission de 
directeur des écoles de Riga 5 . La convocation de la commission des 
quatre était attendue pour fin février 6 et on espérait que sir Moses 
Montefiore prendrait part aux séances. 

La commission se trouva formée à la fin d'avril 7 . Elle était com- 
posée des personnes suivantes : le conseiller d'État, chevalier de 
Wrontchenko, président ; chevalier Dukstadukschinski, rapporteur ; 
D r Lilienthal, commissaire ; un secrétaire, le rabbin de Wolosni, le 
rabbin de Lubawitz, le directeur de l'école israélite d'Odessa, un 
banquier israélite de Berditschew. Elle siégea jusqu'au vendredi 
27 août/8 septembre 8 , mais il se passa du temps jusqu'à ce qu'on 
entendit parler de ses délibérations et des résultats qu'elles avaient 
eus. Ce n'est que le 13/25 novembre 4 844 qu'on en put apprécier les 
effets par un ukase de l'empereur Nicolas signé, à cette date, à 
Gatschinio, et contenant les dispositions suivantes 9 : 

1° Permission accordée de nouveau aux Juifs (en vertu d'un ukase 
de 4 804 et d'un autre de 4 835) de fréquenter les écoles chrétiennes, 
de fonder des écoles du 1 er ordre (écoles élémentaires) et du 2 e ordre, 
de former des écoles rabbiniques ayant rang de gymnase; 

2° Les élèves juifs dans les écoles juives ou chrétiennes placées sous 
la direction du gouvernement, les professeurs chrétiens ou juifs dans 

1 1842, p. 661; cf., p. 662, 

2 1842, p. 714, 715. 

3 1842, p. 760, et 1843, p. 8, 

4 1843, p. 22. 

5 1843, p. 131, M. L. fut remplacé m\ octobre 1843; p. 643. 
fi 1843, p. 190. 

7 1843, p. 310. 

8 1843, p. 602. 
* 1844, p. 737. 



CHRONIQUE 313 

les écoles juives, jouiront de tous les droits et privilèges accordés 
aux autres élèves ou professeurs. 

Bientôt après (13/25 décembre 1844), parut un règlement du comte 
Ouwaroff sur l'organisation des écoles juives 1 . Ce règlement con- 
tenait 60 articles et organisait, jusque dans le détail, les cinq 
genres d'écoles suivantes : Ecoles (élémentaires) fondées avec la per- 
mission du ministre, talmud-tora pour les pauvres entretenus par 
des dons volontaires, écoles privées, jeschibot ou écoles talmudiques, 
lU-Jiammidrascli ou kîauses. Vers la fin du mois de juin, le rapport 
général du ministère de l'instruction publique pour l'année 18U se 
bornait encore à mentionner ces mesures, sans rien dire des effets 
qu'elles avaient produits 5 . Dans tous les ukases précédents il avait 
été question vaguement des ressources à créer plus tard pour l'en- 
tretien des écoles juives. Ces ressources devaient être fournies par les 
Juifs eux-mêmes et le gouvernement n'entendait y contribuer pour 
rien. Un ukase d'octobre 1845 institua, à cet effet, un impôt juif sur 
les lumières que les Juifs ont l'habitude d'allumer pour célébrer le 
samedi et les fêtes 3 . Un autre impôt, appelé Korb ou Korbak, et qui 
était autrefois un impôt volontaire consenti par les communautés, 
plus le produit de la ferme des imprimeries hébraïques, étaient éga- 
lement consacrés aux futures écoles 4 . Cependant les anciennes écoles 
étaient maintenues telles quelles et des commissions provisoires, 
nommées par le ministère, au nombre de 97, leur accordaient la 
permission de continuer à subsister comme par le passé 3 . Plus de 
10,000 anciens instituteurs avaient reçu des certificats de ce genre. 
Le rapport général du ministre de l'instruction publique pour l'année 
1845, publié fin 1846,. se bornait à constater cette situation qu'il 
paraissait considérer comme un grand progrès. Il résumait l'état des 
écoles juives en Russie par le tableau suivant 6 : • 

1 1845, p. 6 et p. 17. 

2 1845, p. 523. 

3 1845, p. 655 ; 1846, p. 26, et p. 232 ; p. 291, détails. 

4 La korobka ou kruplia est un impôt sur la viande de consommation tuée suivant 
les rites juifs. En Pologne elle s'appelle hoscherné. Le produit de cet impôt devait 
être exclusivement employé en faveur des communautés juives, de leurs écoles, de 
leurs pauvres, des cultivateurs juifs. Mais tandis qu'en Pologne seule il rapporte 
environ 400,000 roubles par an, le gouvernement n'accorde, sur cette somme, qu'un 
faible subside de 9,000 roubles par an à l'hôpital juif de Varsovie ; le reste rentre 
dans les caisses de l'Etat (Louis Lubliner. De la condition politique et civile des Juifs 
dans le royaume de Pologne, Bruxelles, 1" janvier 1860, p. 40 et p. 72 . 

En Pologne, il existait (et existe peut-être encore) un impôt spécial payé par les 
Juifs des provinces qui viennent séjourner à Varsovie. Cet impôt, appelé tagzei tel 
(billet de séjour), devait être consacré à l'entretien des écoles primaires juives «lu 
royaume, mais il n'a pas reçu cette destination ni aucune autre connue. Tout au plus 
y a-t-on puisé ce qu'il fallait pour le séminaire rabbinique créé par décret organique 
du 15 novembre 1826, et dont l'entretien aurait dû, en vertu de ce décret, être à la 
charge de l'État (Lubliner, p. 44-45). Le tagzcttel rapportait environ 700,000 roubles 
par an (Ibid., p. 68). 

s 1846, p. 490. 

6 1847, p. 86. 



314 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ecoles ayant rang de gymnase — 79 avec 20,436 élèves. 

— du 2° rang 447 ) 

_ du1 cr rang 1,047 avec 87,955 — 

— privées 585 ) 

2,158 108,391 élèves. 



En outre, cinq écoles réelles israélites (Odessa, Riga, Kischinew, 
Wilna, Uman) comptaient ensemble 273 élèves. 

Toute cette grande agitation, qui avait duré plus de trois ans, 
n'avait donc abouti à rien. Faut-il attribuer cet échec à l'impuissance 
et à l'incurie de l'administration ou à la résistance des Juifs? Ni l'un 
ni l'autre. Il eut pour cause principale un changement profond qui 
s'était opéré dans l'esprit de l'empereur et qui eut, pour les Juifs, les 
plus funestes effets. 

L'empereur avait commencé par chercher sincèrement à améliorer 
la situation des Juifs, en les laissant néanmoins sous un régime 
d'exception. Son but était de les assimiler plus qu'ils ne l'avaient été 
jusque là au reste de la population russe. Mais une fois engagé dans 
cette voie, ses habitudes d'esprit et son caractère absolu devaient le 
conduire plus loin qu'il n'avait pensé d'abord. Puisqu'on voulait 
transformer les Juifs, pourquoi s'arrêter à des demi-mesures? Les 
Juifs ne seraient véritablement russifiés que le jour où ils 
auraient embrassé la religion russe, et il y avait des moyens de les 
y amener. Il paraît hors de doute que l'empereur poursuivit pendant 
quelque temps ce projet tyrannique. Il se rattachait à un plan géné- 
ral d'unification de la Russie par l'établissementde l'unité religieuse. 
Une grande activité était déployée, pour cet objet, dans les minis- 
tères pendant les années 1844 à 1846. Les Juifs n'étaient pas les 
seuls qu'on voulut rattacher de force à l'Église dominante, les pro- 
testants, les catholiques, les nombreuses sectes dissidentes de Russie 
furent également en butte à des tentatives plus ou moins directes de 
conversion, mais les Juifs furent plus que tous les autres harcelés 
par l'administration et accablés de vexations. Quelques-unes des 
mesures prises contre eux avaient le caractère d'une véritable per- 
sécution. Il leur semblait évident que ces violences étaient calculées 
et avaient pour objet leur conversion. Comment auraient-ils pu 
accepter d'une main aussi cruelle le bienfait suspect des écoles ? 

Les mauvaises intentions ou dispositions du gouvernement parais- 
saient se révéler dans tous ses actes. En 1844, il s'était proposé de 
faire traduire en hébreu, à l'usage des Juifs, les prières de l'église 
russe ». Un ukase du 1/13 février 1845 avait supprimé toutes les 
administrations des communautés juives et avait remis la direction 
de celles-ci aux autorités civiles 2 : c'était les désorganiser complè- 
tement. Les livres hébreux étaient soumis à des impôts excep- 

1 1844, p. 437. 

2 1846, p. 165 et 377-379. 



CHRONIQUE MB 

tionnels'. La loi militaire surtout semblait révéler la malveillance 
du gouvernement et aussi son intention d'amener les Juifs de force 
au christianisme. 

Depuis l'ukase du 26 août 1827, les Juifs de la Lithuanie,de la Podo- 
lie, de la Volhynie, de l'Ukraine et do la Nouvelle-Russie, etc., étaient 
soumis au service militaire 2 . Il y avait, eu 1843, environ 10,000 sol- 
dats juifs dans l'armée russe, dont 4,000 matelots, et les officiers 
étaient unanimes à vanter leur conduite et leurs bons services. Dans 
d'autres provinces, et particulièrement en Pologne, les Juifs nétaient 
par astreints au service militaire. Au commencement de 1843, il fut 
question de les y soumettre tous. Un ukase fut publié (ou préparé)) 
à ce sujet, puis retiré. On prétendait que l'empereur avait fait 
l'ukase pour tirer les Juifs de leur isolement, mais qu'ensuite il 
avait pensé qu'ils n'étaient pas dignes de servir dans l'armée 3 . Ce- 
pendant le 26 septembre / 8 octobre 1843 l'empereur signa, dans la 
forteresse de Nowo-Georgiewsk, un ukase par lequel tous les 
Juifs de Pologne étaient soumis à la loi du recrutement militaire à 
partir du 1 0r janvier 1844, l'impôt de recrutement de 105,299 roubles 
argent qu'ils payaient jusque là était aboli, et enfin il leur était 
permis, comme aux chrétiens, de se faire remplacer, mais seulement 
par des Juifs*. Bien entendu, cette mesure n'était pas accompagnée 
de son corollaire naturel : l'égalité des droits civils. La loi militaire 
excluait les Juifs des grades à partir de celui d'officier, un règle- 
ment de février 1844 les excluait du service de la garde et ordonnait 
que les nouvelles recrues juives seraient toutes envoyées dans le Cau- 
case, pour la guerre contre les montagnards, ou incorporées dans 
les compagnies d'ouvriers militaires 5 . On faisait remarquer, en 1845, 
que depuis longtemps aucun Juif n'avait été nommé même au grade 
de sous-officier. Faites-vous chrétiens, et vous avancerez, tel était 
le langage que la loi tenait aux soldats juifs. De nombreuses dispo- 
sitions tendaient à. hâter leur conversion. Un Juif qui se faisait bap- 
tiser était exempté du service militaire. En 1843, un ordre secret 
enjoignit au procureur du Synode de faire faire un catéchisme pour 
la conversion des enfants juifs élevés dans les écoles militaires, et, 
en 1844, l'ordre formel fut donné d'élever ces enfants dans la religion 
chrétienne 6 . Pour apprécier toute la portée de cette mesure, il faut 
savoir qu'à cette époque le service militaire durait vingt-cinq ans, 
que les communautés juives étaient forcées de fournir chaque année 
un nombre d'hommes déterminé qui pouvaient avoir de douze à 

1 1846, p. 282 et 749; 1847, p. 689. 
3 1843, p. 205. 
3 1843, p. 204-205. 

• 1843, p. 656, 674. 

* 1844, p. 678. 

6 II faut lire, sur tous ces faits et d'autres encore, YAlUjcmcine Zcitung des Jwlen- 
thums, 1845, p. 464, 681, 693 et suivantes. On racontait que, dans une revue, l'em- 
pereur ayant durement reproché à deux matelots juifs de ne pas se convertir, ils se 
jetèrent à la mer sous ses yeux (1845, p. 714). 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vingt-cinq ans. Les enfants ainsi fournis étaient élevés dans les 
écoles militaires et on comprend le désespoir des mères juives à qui 
on arrachait leurs enfants pour les conduire au catéchisme. Les 
scènes de séparation étaient déchirantes l . 

Une autre persécution vint atteindre les Juifs au moment même où 
l'on prétendait les relever par la création de nouvelles écoles. Un 
ukase du 20 avril / 2 mai 1 843 ordonna que tous les Juifs demeurant 
dans une étendue de 50 verstes à partir des frontières autrichienne 
et prussienne seraient obligés de quitter cette région et d'aller s'é- 
tablir dans un des M gouvernements habités par leurs coreligion- 
naires 2 . Cette mesure cruelle décrétait la ruine de milliers de fa- 
milles. Leurs inquiétudes furent d'abord vives, puis on s'imagina 
que l'ukase ne serait exécuté qu'en partie et seulement contre quel- 
ques misérables qui faisaient la contrebande sur la frontière 3 . Bientôt 
on crut savoir qu'une déclaration officielle restreignait l'ukase aux 
habitants juifs des campagnes, beaucoup moins nombreux que ceux 
des villes 4 . Vain espoir ! Au mois d'octobre, les Juifs de Radziwillow 
furent avertis que la mesure allait être exécutée 5 . Ils protestaient en 
vain contre l'accusation de faire la contrebande en disant que, par 
exemple, sur la frontière autrichienne la plupart des contrebandiers 
étaient des chrétiens de Galicie. Dans la Lithuanie, les Juifs avaient 
prouvé que, sur environ 100 contrebandiers arrêtés, il y avait à peine 
5 Juifs. Tout fut inutile, trente-trois communautés juives de la Lithua- 
nie furent sommées de se retirer à l'intérieur et on ne leur laissa le 
choix de s'établir que dans 7 gouvernements, tout en leur défendant 
de s'expatrier 6 . On estimait à 30,000 (au moins 150,000 à 200,000 âmes) 
le nombre de familles qui allaient être atteintes et ruinées par l'u- 
kase 7 : leurs maisons, leur mobilier ne pouvaient être vendus qu'à des 
prix dérisoires, leurs moyens d'existence leur étaient enlevés. On com- 

1 Un ukase du 4/16 septembre 1843 pour le royaume de Pologne donnait à l'auto- 
rité administrative le droit de prendre au recrutement jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans 
les Juifs inculpés de vagabondage ou de toute autre contravention aux lois, et ces 
recrues n'étaient pas portées en décompte sur le contingent annuel à fournir par les 
communautés juives. C'était l'arbitraire érigé en loi (Lubliner, p. 73). 

Après la guerre de Crimée, le Comité hébraïque (chargé des affaires juives) qui 
siège au ministère de l'intérieur fut sollicité en faveur des soldats juifs. Le 13 mai 1858, 
il prit une décision déclarant quïl était impossible d'accorder aux soldats juifs le droit 
d'avancement au grade de sous-ofhcier et d'officier, et il s'en référa à la décision du 
ministre de l'intérieur sur l'autorisation à donner aux soldats juifs congédiés de 
s'établir librement dans n'importe quelle partie de l'empire comme les soldats chrétiens 
congédiés. L'empereur Alexandre II écrivit de sa main, en marge : « Je ne partage 
pas l'avis émis par le Comité hébraïque (sur les restrictions que ce Comité voulait 
maintenir). » Cependant, il ne paraît pas que ces restrictions aient été levées 
(Lubliner, p. 24). 

2 1843, p. 397. 

3 1843, p. 574. 

4 1843, p. 610. 

5 1843, p. 698. 

fi 1843, p. 748-749. 
7 1844, p. 75 et p. 247. 



CHRONIQUE 17 

prend leur douleur et leur désolation. Mais la volonté de l'empereur 
était inébranlable. Au mois de janvier 1844, il accorda seulement 
quelques facilités nouvelles aux Juifs expulsés : le délai pour la vente 
de leurs maisons était porté de deux ans à quatre ans; les Juifs ex- 
pulsés étaient exempts de tout impôt pendant cinq ans ; la mesure 
était provisoirement suspendue en faveur des Juifs possesseurs de 
grandes fabriques ou à la tête d'industries importantes l . L'adminis- 
tration fit même mine de vouloir dédommager les Juifs, et des com- 
missions furent nommées pour faire l'estimation de leurs biens 2 . 
Cette enquête et quelques autres sur le même sujet parait avoir eu 
pour résultat d'ajourner, au moins pour les Juifs habitant les villes, 
l'exécution de la mesure 3 . De tous côtés, du reste, des personnages 
importants et même des gouverneurs s'employaient en faveur des 
Juifs. Finalement, il ne semble pas que l'ukase ait été exécuté. Il lut 
remplacé par d'autres lois d'exception, non moins graves, et toutes 
empreintes d'un esprit de persécution, parmi lesquelles la défense 
de vendre des spiritueux (ukase du 6/18 septembre 1845) 4 . 

On parlait beaucoup aussi des encouragements donnés par l'Em- 
pereur aux Juifs qui voulaient devenir agriculteurs. Des colonies 
d'agriculteurs juifs avaient été créées, sous les auspices du gouver- 
nement, à Cherson, à Ekatherinoslaw et dans la Bessarabie, mais les 
subventions mises à la disposition des agriculteurs juifs pour les 
frais du voyage, l'achat du matériel d'exploitation, etc., avaient fondu 
entre les mains des intermédiaires officiels et les Juifs ne les avaient 
pas touchés 5 . Un rapport ministériel de 1859 constatait qu'il y avait 
dans le royaume de Pologne, à cette époque, 8,000 cultivateurs 
juifs 6 . On sera étonné de ce chiffre quand on saura quels étaient les 
singuliers encouragements que le gouvernement voulait donner aux 
Juifs agriculteurs. Un arrêté du lieutenant royal du 9 avril .1823 
avait autorisé le gouvernement du royaume à concéder des terres 
arables aux Juifs, mais la concession était soumise à des conditions 
impossibles à remplir. Entre autres, il était interdit aux Juifs de se 
servir de laboureurs chrétiens, mais ceux-ci leur étaient indispensa- 
bles au moins pendant quelque temps, pour leur apprendre le mé- 
tier. En outre, une circulaire ministérielle interprétative ordonnait 
d'offrir aux Juifs des terres incultes ou des bruyères éloignées des 
forêts ou des métairies abandonnées et dont personne ne voulait 7 . 
On sait du reste que les Juifs, au moins jusqu'en 1860, ne pouvaient 
pas posséder de terres ni en Pologne, ni en Russie, si ce n'est par 
concession exceptionnelle. En 1843, cette concession fut soumise 



1 1844, p. 105-107. 

s 1844, p. 247 et p. 540. 

3 1845, p. 64. 

* 1845, p. 752. 

5 B. Maudelstamm, Culturbilder, Wien, 1877, 3« partie, p. 3: 

fi Lubliner, p. 67. 

7 Lubliner, p. 8-9. 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aux conditions suivantes : Etablissement de 25 familles juives dans 
les six premières années de la concession, versement préalable de 
150 roubles à titre de cautionnement par famille, menace d'expro- 
priation en cas de mort des concessionnaires, faveurs en cas de con- 
version des Juifs colons au christianisme l . Une ordonnance de 4 844 
affranchit de la peine de la bastonnade, en cas de procès criminel, 
les Juifs qui auraient obtenu une médaille d'honneur pour une bonne 
administration agricole 2 . 

Une autre mesure enfin, presque puérile en apparence, fut extrê- 
mement pénible aux Juifs. L'empereur voulut les forcer de changer 
leur vêtement traditionnel et de s'habiller à la russe. Un ukase parut 
pour cet objet, en 4 845. Il devenait obligatoire à partir de 1850, mais 
jusque-là, les Juifs qui voulaient garder leur ancien costume pou- 
vaient se donner cette satisfaction en payant un impôt. En Pologne 
cependant, on voulut que la transformation du costume fût immé- 
diate. Le 7/19 mai 4 845, le gouverneur de Wilna fit savoir à la popu- 
lation juive qu'en vertu d'un ordre impérial, les Juifs étaient obligés, 
à partir du 4 5/27 mai, sous peine de fortes amendes,, de quitter les 
vêtements qu'ils avaient l'habitude de porter et de s'habiller comme 
les chrétiens ; de se couper aussi les cheveux qu'ils laissaient croître 
le long des tempes 3 . L'intention pouvait être excellente, mais le pro- 
cédé parut odieux. Ce n'eût été rien si on s'était borné à punir les 
récalcitrants de l'amende ou de la prison, mais il était brutal de les 
saisir dans la rue, comme on faisait, pour les livrer de force au bar- 
bier. Sans doute, les Juifs éclairés ne demandaient pas mieux que 
d'obéir à l'ukase 4 , à Varsovie beaucoup prirent la chose en riant 5 . 
D'autres souffrirent cruellement de se voir imposer un vêtement 
nouveau, et versaient des larmes de rage pendant qu'on leur cou- 
pait les cheveux et la barbe 6 . La police renonça probablement bientôt 
à exécuter l'ukase et le principal effet qu'il produisit, ce fut de 
faire entrer dans les caisses du gouvernement l'impôt que payaient 
les Juifs qui voulaient garder leur costume 7 . 

On pense bien que ces vexations et ces persécutions, qui avaient 
apporté aux Juifs tant de préoccupations et de souffrances, avaient 
fait oublier les écoles. Cependant le mouvement inauguré par le 
D r Lilienthal avait fait quelque impression sur les esprits, on en aura 
une preuve par ce seul fait que la communauté juive de Minsk, qui, 
au début, avait montré la plus vive hostilité envers la réforme 
scolaire, avait, dès 4 845, réorganisé son Talmud-Tora conformément 
aux prescriptions ministérielles 8 , puis transformé cette école en 

1 Lubliner, p. 56-58. 

2 Lubliner, p. G6. 

3 1845, p. 304 et 390. 

4 1846, p. 318. 
s 1846, p. 641. 

8 1846, p. 754. Ces scènes nous ont été racontées par des témoins oculaires. 

7 1846, p. 490; 1847, p. 136. 

8 1847, p. 87. 



CHRONIQUE 310 

école du gouvernement à partir du mois d'octobre 1817 \ et enfin 
fondé deux bonnes écoles nouvelles vers la môme époque». Le 
D r Lilienthal n'était plus là pour jouir du fruit de ses eflbrts. Il avait 
compris que sa place n'était pas à côté d'un gouvernement persécu- 
teur. Découragé, désespéré, il avait quitté l'Kurope et s'était rendu 
en Amérique. Le 25 novembre 1815 il écrivait de New- York à YAlige- 
meine Zeitung des Judenthums 3 : « Recevez mon salut fraternel et 
joyeux qui vous vient du pays béni de la liberté, du beau pays de 
l'égalité civile! La vieille Europe, avec ses lois d'exception, m'appa- 
rait comme dans un rêve, l'horrible haine contre les Juifs en Russie 
n'est plus pour moi qu'un souvenir nébuleux. Mon Sme n'est plus 
oppressée par l'image effrayante de la tyrannie et de la persécution; 
ma poitrine respire en liberté, mon esprit se meut sans entraves sur 
ses ailes et c'est avec allégresse que je voudrais offrir aux hommes, 
qui vivent ici dans la concorde, le baiser fraternel ! » 

Nous n'avons que peu de renseignements sur la vie du D r Lilien- 
thal en Amérique. Il remplit d'abord des fonctions de rabbin à New - 
York, puis fonda dans cette ville une maison d'éducation. En 1855, il 
fut nommé rabbin d'une des communautés israélites de Cincinnati. 
Il devint, peu de temps après, membre du Board of Education de 
l'Etat et on dit qu'il contribua beaucoup à faire admettre dans les 
écoles les leçons de choses, pour lesquelles il composa même un 
manuel. En 1872, il fut nommé directeur du Board de l'Université de 
Cincinnati. Il a fondé, en 1874, le journal Sabbat School Visitor k et il 
a pris une grande part, en 1879, à la fondation de la Rabbinical lite- 
rary Association. Sa mort est une grande perte pour le judaïsme 
américain. — /. L. 

Isaac bar Schcschet. — Dans l'exposition artistique faite par l'Aca- 
démie de Berlin, se trouve entre autres envois de Wilhelm Gentz, 
un tableau dû au pinceau de ce célèbre artiste et qui intéressera les lec- 
teurs de ce recueil. La Zeitschrift fvr Uldende Kunst, de von Lùtzow 
(17 e vol., fascic. 2, n° 56), contient une gravure de ce tableau, sous le 
titre de : Gedachtnissfeier des Rabbi Isak Barschischat in Algier 
(Fête commémorative de R. Isaac Barschischat à Alger). Ce rabbin 
est le fameux Isaac ber Schéschet que les persécutions d'Espagne en 
1391 ont chassé au-delà de la mer, en Algérie, et en mémoire duquel, 
les Juifs algériens ont institué un service commémoratif annuel ■ 
(voir Wavnheim, Kebuçatmikktabim, p. 113). Il résulte d'une commu- 
nication qui m'a été faite par M. Gentz lui-même, qu'il se promenait 
près de la tombe du rabbin, placée près de la mer dans une situation 
des plus pittoresques, il ne savait rien de la fête commémorative, 

1 1847, p. 637. 

2 1847, p. 690. 

3 1846, p. 18. 

4 Ces renseignements sont tirés du Jewish Messenger du 7 avril 1882. 

5 Ceci ne paraît pas exact. On va sur la tombe de R. Isaac b. Sch. les mêmes jours 
que sur les autres tombes. 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lorsque soudain ses yeux furent frappés par le tableau de cette fête, 
qui, par sa signification profonde, lui rappela les scènes émouvantes 
de la prière des Juifs au pied du mur de Salomon, à Jérusalem. 
Enchaîné par ce surprenant spectacle, il resta jusqu'à la nuit pour 
le dessiner. Sans doute, tous les Juifs d'Alger, indigènes et étrangers, 
Français, Espagnols, Orientaux, riches et pauvres, s'étaient associés 
à la cérémonie. Tous versaient des dons dans une caisse qui se rem- 
plit jusqu'au bord. Le monument sépulcral était éclairé, à l'intérieur, 
de centaines de lumières que les visiteurs y avaient apportées à l'envi. 
Il y a encore des doutes sur la date de la mort d'Isaac (voir Abr. 
Cahen, Les Juifs dans V Afrique septentrionale, p. 57-58 et Arch. isr., 
1 865, p. 33). L'inscription commémorative de sa tombe porte ces mots *: 
« Ce monument a été restauré par la communauté israélite d'Alger 
en l'honneur du rabbin Isaac Barschischat, né en Espagne, décédé à 
Alger en 4 408, dans sa quatre-vingt-deuxième année. » Sa tombe 
s'est conservée, son nom est resté célèbre, et il a maintenant la gloire 
d'avoir été illustré par le pinceau d'un maître. — David Kaufmann. 

Prix Brunet. — M. Moïse Schwab, notre excellent collègue du 
Conseil, vient d'obtenir ce prix de l'Académie des inscriptions pour 
un travail de bibliographie aristotélique. (Séance du 26 mai 1882.) 

M. J. Schleiden. — Nous tenons beaucoup à rappeler ici le sou- 
venir de ce savant qui a écrit, en faveur des Juifs deux opuscules 
excellents et pour lesquels il a droit à notre reconnaissance. M. Schlei- 
den était un naturaliste distingué, et, si nous ne nous trompons, ses 
idées libérales lui avaient fait perdre la place de professeur qu'il 
avait en Russie. On se rappelle la sensation que fit son écrit intitulé : 
Die Bedeuhing der Juden fur Erhallung und Wiederbelebung der Wissen- 
schaft im Mittelalter (1877). Il a été traduit en français [Les Juifs et la 
science au moyen âge, Paris, 1877) et en italien (Milan, 1878). M. Schlei- 
den a aussi écrit, en 1878, Die Romantik des Martyriums im Mittel- 
alter. (Les martyrs juifs au moyen âge.) Il est mort à Francfort-sur- 
le-Mein le 23 juin 1881, à l'âge de soixante-dix-sept ans. (Monat- 
sblâtter, 1881, n° 7.) 

M. Ernest Sabatier. — M. Sabatier est mort à Nîmes le 15 décembre 
1881 , à l'âge de cinquante-cinq ans. Il a réuni et transcrit un certain 
nombre de chants liturgiques des Juifs comtadins sous le titre de 
Chansons hébraïco-provençales, Nîmes, 1874. Nous prions sa fa- 
mille de recevoir l'expression de nos sentiments de condoléance. 



Elle a été rédigée par M. le grand rabbin Micbel A. Weill 



AUDITIONS ET RECTIFICATIONS 



A notre liste des savants de Barcelone {Revue, IV, 64), il faut sans doute 
ajouter Péreç de Barcelone, cité dans le catalogue des ms. orientaux: de La 
Bibliothèque de l'Université de Strasbourg (voir plus haut p. 289), à La 
page 66, n° 46. Ce Péreç, auteur d'un écrit de Cabbala, pourrait être Le Péreç 
b. Isaac Cohen Gerondi, qui a écrit un ouvrage cabbalislique bien connu. 
(Voir Catal. Bodl., p. 2091.) — Isidore Loeb. 

Le passage de Josef Bechor Schor cité dans Revue, IV, p. 1.48, se trouve 
aussi dans le ms. d'Oxford du Paeneah Raza sous la forme suivante (d'après 
une communication de notre ami, M. Ad. Neubauer) : 

■na* *id )V2i2 Nba "ib -û?: bsmo s*wn ao 'tan W9b }r\i ap^n 
obi^n d^wn^io "i»a "j-naTb bN tj i-pïiKb b"W* toi onbi . ïmaan 

. T3blZ5N "îTwbn KDIp^b l"mptt 

Pour l'étymologie de ce mot leinliauf, voyez Grùnbaum, Jiidisch-deutsche 
Chrestomathie, p. 473. M. Gr. ne trouve pas de source plus ancienne pour leit- 
liauf ou laikauf que Sârtels ; notre passage de Paeneah Raza montre que 
ce mot était usité à la fin du xin° siècle, c'est-à-dire trois cents ans avant 
Siirtels. — S. J. Halberstam. 

Sur le mot tnî*P [Revue, IV, p. 1, note 1) désignant la fôte de Saint-Jean, 
voir S. Kohn, Die hebr. Handschriften des ungar. Nationalmuseums, p. 24, et 
Hebr. Bibliographie, XVII, p. 81. — David Kaufmann. 

Tome IV, p. 11, 1. 25. Lire lundi 12 (non 20) Tammouz 5058. Cette date 
correspond au 23 juin 1298. — P. 10, 1. 22 et p. 11, 1. 28. Le G Tam- 
mouz 5045 n'est pas un vendredi, mais correspond au mardi 8 juin 1288. 
11 y a donc une faute dans le texte. Il faut peut-être lire nfarn l"i, 
16 Tammouz, c'est-à-dire vendredi 18 juin 1288. — P. 10, 1. 23 et p. 11, 
1. 29. L'année 5039 n'a pas d'Adar II ; le texte hébreu a du reste 5019 
(1288/9), qui est une année embolismique ayant un Adar II ; lire Be'rn- 
castel, non Bemcatsel. —P. 11, 1. 30. Lire 5046 = 1286, ou 5047 = 1287. 
— P. 25, 1. 7. Il faut sans doute lire 'bV£ et non 'b'î'73 ; cf. la traduction, 
môme page, 1. 32. — Ibid., 1. 10 et I. 35. Lire 'n'tt au lieu de 'fi'£. — P. 26, 
lignes 17 à 23. Il faut remplacer les années 5133, 5137, 5139, par 5103, 5107, 
5109, et les nombres 1373, 1377, 1379, par 1343, 1347, 1349. Le 24 Nissan 
etlel er Iyyar 5103 tombent un samedi (19 avril et 26 avril 1343), tandis que 
dans l'année 5133 ils tombent un lundi. Le 14 Iyyar 5107 correspond au 
mercredi 25 avril 1347 (en 5137, le 14 Iyyar tombe le vendredi 24 avril 
1377). — P. 28, 1. 11 et 12. Evidemment 5109 = 1349, l'année de la peste 
noire. — Presque toutes ces incorrections que nous avons rectifiées nous 
ont été signalées par M. Emile Ouverleaux, sous-directeur de la Biblio- 
thèque royale de Bruxelles. — Isid. Loeb. 

Tome IV, p. 74, ligne 4 en bas. — Lisez comme suit : « Que le nom 
signifie Petit, 'pp. En catalan, le mot maymo signifie « calme, lent, indo- 
lent ». — I. L. 

Ibid., p. 114, note 3, lisez 22 septembre. 

Ibid., p. 115, ligne 29, lisez : il mourut le samedi 27 Ilesvan 5445 (1684). 

Ibid., p. 117, dernière ligne du texte, lisez nizM. 

Ibid., p. 119, note 4, lisez : Disciple du célèbre Moïse Zéchut, Benjamin 
Coen. . . — S. Jona. 

Ibid., p. 150, ligne 7 en bas. — M. Fidel Fita n'a pas collaboré à la bro- 
chure de M. Augustin Blasco. — L L. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 30 MAI 1882. 

Présidence de M. Isidore Loeb. 

Le Conseil, après discussion, adopte les articles suivants : 

1° La Bévue publie les tableaux des dates des séances du Conseil pour l'année 
courante. 

2° Les membres de la Société sont admis à faire aux séances du Conseil des 
lectures ou communications qui rentrent dans le cadre des études de la Société. Il en 
est de même de toute personne présentée par un Sociétaire. Les Sociétaires et autres 
personnes ne peuvent user de ce droit qu'à la condition de prévenir le Président du 
Comité de publication et d'administration huit jours au moins avant la séance. Ils 
devront en même temps indiquer le sujet de leur lecture ou communication. 

3° Les communications et lectures sont mises à l'ordre du jour de la séance. Elles 
peuvent être suivies de discussions. Le président de la séance reste maître de la 
direction des débats et peut lever la séance quand il le juge nécessaire. Des analyses 
des travaux communiqués sont insérées dans la Revue. 

L'ordre du jour appelle l'élection des membres du Comité de propagande. 

M. Erlanger propose que le Conseil s'enquière d'abord des membres qui voudraient 
en faire partie. 

L'élection est ajournée à la séance suivanle. 



SEANCE DU 27 AVRIL 

Présidence de M. Arsène Darmesteter . 

Le Conseil décide qu'il sera envoyé une lettre aux membres du Conseil qui ne 
font pas partie du Comité de publication et d'administration, pour leur demander s'ils 
veulent entrer dans le Comité de propagande. 

Sur la proposition de M. Loeb, le Conseil déclare que l'Annuaire pourra contenir 
dorénavant une Revue générale des événements de l'année relatifs aux Israélites. 

Plusieurs membres font remarquer que l'Annuaire paraissant au mois d'octobre ne 
peut publier que les rapports de l'année précédente, qu'ainsi l'Annuaire qui paraîtra 
en 1882 ne donnera que les rapports lus dans la séance de l'Assemblée générale de 
l'année 1881. Ils estiment donc que cette publication devrait paraître au mois de 
janvier. 

M. le Président serait d'avis qu'au lieu de donner dans chaque numéro de la 
Revue une revue bibliographique, on fît paraître à la fin de l'année un fascicule à 
part pour cet objet. 

M. Halévy combat cette opinion. 

M. Schwab voudrait qu'on fît un rapport général sur tous les travaux de science 
juive parus dans l'année. 

L'examen de ces diverses questions est renvoyé au Comité de publication. 

Les Secrétaires, 
Ha.rtwig Derenbourg, A. Éphraïm. 



Le gérant responsable, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



ARTICLES DE FOND . 

Babelon (Ern.) et Schwab (Moïse). Un vase judéo-chaldéen 4 65 

Cahen (Ah.). Les Juifs dans les colonies françaises au xviii 

siècle 127. 236 

Gross (Henri). Notice sur Abba Mari de Lunel 4 92 

Jona (S.). Abraham Joseph Salomon Graziani 113 

Kaufmann (David). I. Délivrance des Juifs de Rome en 1535. . . 88 

II. Liste de rabbins dressée par Azriel Trabotto 208 

Loeb (Isidore). I. Liste nominative des Juifs de Barcelone en 

4 392 57 

II. Actes de vente hébreux en Espagne 226 

Morel-Fatio (Alfred). Notes et documents sur les Juifs des 

Baléares 34 

Neubauer (Ad.). I. Le Memorbuch de Mayence 1 

II. Documents inédits sur Maïmonide et David Alroï.. 173 

Scheid (Élie). Histoire des Juifs de Haguenau [suite) 98 

Steinschneider (M.). Paul de Bonnefoy et le Livre de la foi. . . 78 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). Notes sur Abou'I Walid 2*73 

Bonnard (JJ. Un alphabet hébreu anglais au xiv° siècle 255 

Darmesteter (Arsène). Sur le même sujet 239 

Derenbourq (Joseph). Un rudiment de grammaire hébraïque 

en arabe 27i 

Duval (Rubens). Origine et formation de la codj onction talmu- 

dique Ilmalé ~ 68 

Halberstam. Joseph le Zélateur ' i7 

Halévy (J.). Sens et origine de la parabole évangélique dite du 

bon Samaritain • ** 9 

Kisch (A.). Trois sceaux juifs du moyen âge 278 

Simonsen (D.). Joseph le Zélateur IAC 



324 REVUE DES ETUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 

Duval (Rubens). I. Palestine et Syrie : Manuel du voyageur, 

par K. Baedeker 4 57 

II. Le livre de Sibawaihi, par Hartwig Derenbourg. . . 458 

Loeb (Isidore). I. Revue bibliographique, 1 er et 2 e trimestres 

\ 882 449 et 282 

II. Le Mistére du Viel Testament, par le baron James 

de Rothschild 303 

III. Torquemada, par Victor Hugo 304 

H. D. La Juive, par Henri Gréville , 306 

DIVERS. 

Chronique 308 

Additions et rectifications 4 61 et 324 

Ouvrages offerts à la Société des Études juives 4 60 

Liste des nouveaux membres de la Société des Études juives 

depuis le 4 er janvier 4 882 4 62 

Procès-verbaux des séances du Conseil 4 63 et 322 

Table des matières 323 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 5£ 



MM. les Membres de la Société des Etudes juives 
pourront recevoir I'Histoire des Juifs du Languedoc 
par G. Saige, au prix de 10 francs (11 francs rendue 
franco), au lieu de 15 francs. 

S'adresser à la Rédaction, 8, Allée Verte, Paris. 



TABLE DES MATIERES 



Babelon (Ern.) et Schwab (Moïse). Un vase judéo-chaldéen 165 

Neubauer (Ad.). Documents inédits sur Maïmonide et David 

Alroï 173 

Gross (Henri). Notice sur Abba Mari de Lunel 4 92 

Kaufmann (David). Liste de rabbins dressée par Azriel Trabotto 208 

Loeb (Isidore). Actes de vente hébreux en Espagne 226 

Gahen (Ab.). Les Juifs dans les colonies françaises au 

xviii siècle " 236 

NOTES ET MÉLANGES. 

Halévy (J.). Sens et origine de la parabole évangélique dite du 

bon Samaritain 249 

Bonnard (J.). Un alphabet hébreu anglais au xiv e siècle. 255 

Darmesteter (Arsène). Même sujet 259 

Duval (Rubens). Origine et formation de la conjonction talmu- 

dique Ilmalé 268 

Bâcher (W.). Notes sur Abou'l Walid 273 

Derenbourg (Joseph). Un rudiment de grammaire hébraïque 

en arabe 274 

Kisch (A.). Trois sceaux juifs du moyen âge 278 

BIBLIOGRAPHIE. 

Loeb (Isidore). I. Revue bibliographique : 2° trimestre 1882 282 

II. Le Mistére du Viel Testament, par le baron James 

de Rothschild 303 

III. Torquemada, par Victor Hugo 304 

H. D. La Juive, par Henri Gréville 306 

Chronique 308 

Additions et rectifications 321 

Procès-verbaux des séances du Conseil 322 



Conformément au règlement intérieur, les séances du Conseil sont suspen- 
dues pendant les mois de juillet, août et septembre. 

Le n° 9 contiendra le tableau des séances ultérieures. Tous les Sociétaires 
peuvent assister à ces séances dans lesquelles pourront être failes des com- 
munications scientifiques. 

Toutes les communications concernant la Rédaction doivent être adressées 
à la Société des Études juives \ 8, Allée Verte, Paris. 

Les envois d'argent doivent être adressés à M. Michel Erlanger, trésorier, 
9, place des Vosges. 



PRIX D'ABONNEMENT A LA REVUE DES ETUDES JUIVES 

Un an 25 fr. 

Prix du numéro 7 — 



VERSAILLES. IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



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felNDING SECT, APR 2 6 1979 



DS 
101 

R45 
t. 4 



Revue des études juives; 
historia judaica 



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